L’avenir de la viticulture : Le miscanthus comme levier de transformation durable

La quête de méthodes alternatives au désherbage chimique et mécanique dans le vignoble conduit les professionnels à explorer des solutions fondatrices en permaculture. Parmi elles, le miscanthus, surnommé « herbe à éléphant », suscite un intérêt croissant. Originaire d'Asie du Sud-Est, cette graminée, essentiellement utilisée jusqu'ici comme biocombustible ou litière animale, s'invite désormais au pied des ceps.

Champ de miscanthus à proximité d'une parcelle viticole

L’expérimentation au cœur du vignoble champenois

Il faut rouler une dizaine de minutes au sud d'Epernay, dans la Marne, avant de tomber sur les vignes de Sébastien Manteau, un conseiller viticole propriétaire de 28 ares dans la région champenoise. “La vigne à Paulette”, du nom de sa mère, est une parcelle en apparence semblable à celles qui s’étendent tout autour. Sébastien Manteau a découvert les propriétés de ce paillage en 2018, lors d’une rencontre avec Bernard Frère, commerçant local de miscanthus.

Avec le paillage de miscanthus, Sébastien Manteau souhaitait remettre de la biodiversité dans ses vignes. Lorsqu’il a étendu, il y a trois ans, 12 tonnes de miscanthus sur ses terres, Sébastien Manteau a suivi les préceptes de la permaculture. Ce mouvement pensé par le biologiste Bill Mollison a pour principe de favoriser l'interaction biochimique entre les plantes. “Je suis parti sur une idée de lisière, en faisant un rang sur deux, avec à peu près 10 cm d’épaisseur de paillage”, explique-t-il. Cette alternance entre herbe et miscanthus lui permet d’éviter que le sol n’étouffe.

Sébastien Manteau estime qu’il est préférable de réaliser cette opération à l’automne afin de “priver les mauvaises herbes de l’énergie apportée par le soleil”, ce qui aurait rendu le paillage inefficace. Trois ans après l’opération, Sébastien Manteau est “pleinement satisfait” de cette expérimentation. En plus d’avoir empêché la pousse d’adventices, le paillage a eu le mérite de “remettre de la vie” dans le sol de la vigne.

Comparaison visuelle entre une terre traitée au miscanthus et une terre nue

Analyse des bénéfices agronomiques et environnementaux

Le miscanthus utilisé dans les vignes est un paillage organique naturel qui, en recouvrant le sol, a pour objectifs de limiter la pousse des adventices, réduire le travail du sol, limiter les intrants et protéger les pieds de vignes.

  • Gestion de l'humidité : Le paillage crée une barrière limitant la déshydratation et maintient l’humidité du sol. Alice Reumaux, qui a réalisé une étude en 2017 pour la Chambre d’Agriculture du Loir-et-Cher, note : “On a remarqué que ce paillage réduisait sensiblement le stress hydrique de la vigne et limitait les évaporations au niveau du sol”.
  • Protection physique et thermique : La structure aérée et drainante du sol est maintenue, favorisant la reprise et la croissance des plantes. Le paillage protège également les racines des plantes des grands froids et de la sécheresse.
  • Qualité du sol : Contrairement aux paillages acides, le miscanthus ne modifie pas le pH du sol. Après dégradation, les copeaux contribuent à la formation d'humus, aidant à la fertilité et à la vitalité des plants.
  • Lutte contre les adventices : Sa densité et son épaisseur en font un barrage efficace à la lumière, limitant le développement des adventices sans utiliser de désherbants chimiques. Le produit, garanti sans ivraie, est un atout majeur.

Les défis de la mise en œuvre et le poids économique

Si les avantages agronomiques sont réels, la filière fait face à des freins logistiques et financiers. Le principal frein au développement de la filière ne se situe pas dans son efficacité mais dans son coût. “C’est environ 5000 euros à l’hectare contre 100 euros pour du désherbage mécanique”, explique Alice Reumaux. Pour réaliser son épandage sur ces 28 ares, Sébastien Manteau a en effet dû débourser 3000 euros, frais de transport compris. Il nuance néanmoins : “pour moi, c’est à remettre en perspective avec le travail du sol, le temps passé dans les vignes”.

Alternative au désherbage chimique en vigne avec le paillage de miscanthus

La mécanisation reste un point noir. Clément Michel, du GDDV 41, souligne les difficultés rencontrées : “en vigne étroite, cela nous a pris 150 heures par hectare, sans compter la dépose des sacs”. Dans plusieurs départements, tels que la Gironde, les Pyrénées-Atlantiques ou encore la Dordogne, les chambres d’agriculture s’intéressent de près aux propriétés de la graminée, mais la pratique reste difficile à mettre en place à grande échelle.

Comparaison avec d'autres alternatives de paillage

Le débat sur le paillage sous le cavaillon n'est pas tranché. D’autres matières ont été testées avec des résultats variables :

  1. Bois Raméal Fragmenté (BRF) : Pauline Garin, dans le Vaucluse, note que le BRF nécessite des volumes énormes et peut favoriser certaines adventices comme le liseron. Des blocages de minéralisation de l'azote ont également été observés par l'Inra de Colmar lors d'essais avec des plaquettes forestières.
  2. Paille compressée : Bien que plus facile à transporter, son coût élevé et son efficacité limitée en font une solution peu convaincante pour les expérimentateurs.
  3. Sarments broyés : Bien qu'écologique, la logistique est complexe : un hectare de vigne ne produit pas assez de bois pour couvrir tous les cavaillons, nécessitant des apports extérieurs coûteux.

En revanche, le miscanthus se distingue par sa stabilité : il se fixe au sol et apporte une couverture efficace, même en pente, résistant bien au vent et aux eaux de ruissellement. Sa silice naturelle le rend naturellement irritant pour les limaces, offrant une protection supplémentaire aux jeunes plants.

Préconisations pour une utilisation optimale

Pour une première utilisation, il est d’usage d’étaler une épaisseur d’au minimum 5 cm (10 cm c'est mieux) et impérativement arroser après la pose. L’humidité va compacter les copeaux, empêchant ainsi les mauvaises herbes de percer. L'épandage doit se faire sur un sol propre, idéalement au printemps avant la reprise de la végétation (mars-avril), ou à l’automne.

Il est recommandé d'utiliser un épandeur équipé de déflecteurs pour un épandage localisé. La durée de vie du paillis est estimée à 2-3 ans. En réservant cette technique aux jeunes plants, les viticulteurs peuvent optimiser leur retour sur investissement, notamment en gagnant du temps sur la croissance des plants de vigne, comme observé par Lionel Ley lors de ses travaux sur les plantiers.

L'avenir du miscanthus en viticulture semble donc se dessiner dans une approche ciblée, valorisant la biomasse locale et la réduction des intrants chimiques pour une viticulture de précision, plus respectueuse de la vie microbienne du sol et de la biodiversité globale de la parcelle.

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