La Noctuelle du Coudrier et l'Angéronie : Biodiversité au cœur du Noisetier

Le noisetier, Corylus avellana, est bien plus qu’un simple arbuste fournissant des noisettes. C’est un écosystème à part entière, un pilier de la biodiversité indigène qui abrite une faune entomologique riche et fascinante. Parmi les nombreux insectes qui lui sont inféodés, les lépidoptères nocturnes occupent une place de choix. Deux espèces emblématiques, la Noctuelle du coudrier (Colocasia coryli) et l’Angéronie du prunier (Angerona prunaria), illustrent parfaitement cette interdépendance.

Le noisetier dans son habitat naturel en lisière de forêt

La Noctuelle du coudrier : Identification et biologie

Colocasia coryli (Linnaeus, 1758), appelée communément la noctuelle du coudrier, est une noctuelle commune et très largement répandue. Son identification est facile, ce qui en fait un sujet d'étude idéal pour les entomologistes amateurs. Son nom d’espèce, coryli, provient directement du nom latin du noisetier, Corylus sp., plante hôte privilégiée de sa chenille. Toutefois, la chenille peut choisir beaucoup d’autres feuillus pour se développer.

Morphologie et allure

C’est une noctuelle typique, avec au repos les ailes en triangle recouvrant le corps. C’est une des plus faciles à identifier car la coloration des ailes antérieures est coupée en deux : la moitié basale est brun foncé et la moitié distale est claire, brun pâle ou gris clair.

La base de l’aile antérieure est grise sur un ou deux millimètres et la partie sombre est marquée d’une tache orbiculaire cerclée de clair et pupillée de sombre. La noctuelle du coudrier a des taches orbiculaires dans la partie sombre de l’aile. Les mâles ont les antennes pectinées, tandis que la tonalité générale de l’espèce varie du gris au brun. Les motifs des ailes de la noctuelle du coudrier sont vraiment constants.

Comportement et cycle de vie

Cette noctuelle est attirée par la lumière ; les mâles viennent souvent aux pièges à lampe UV, les femelles beaucoup plus rarement. On attire facilement la noctuelle du coudrier sur une toile éclairée par une lampe UV.

Il y a deux générations par an : la première de fin avril à la mi-juin et la seconde de fin juillet à début septembre (périodes de vol des imagos). Dans le nord de son aire de répartition, il n’y a qu’une génération, de fin mai à début juillet. La femelle pond ses œufs isolément, sur les feuilles. Les chenilles de la première génération se développent de fin mars à début juillet, celles de la seconde de septembre à début octobre. Elles hivernent au stade chrysalide (diapause nymphale) dans un cocon à l’abri sous la mousse, à la base des arbres ou parmi la litière de feuilles. Les chenilles atteignent 35 mm ; elles sont de couleur pâle, rosâtre généralement, ou brunâtre, rougeâtre ou blanchâtre, avec une bande dorsale noire et deux faisceaux de poils roussâtres ou noirs par segment. Elles ont 5 paires de fausses pattes.

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L'Angéronie du prunier : Une beauté solaire

L’Angéronie du prunier, Angerona prunaria (Linnaeus, 1758), est une autre espèce fascinante liée au noisetier. Le nom de genre, Angerona, fait référence à une ancienne déesse de la mythologie romaine, divinité du silence et de la concentration.

Variabilité et formes

Duponchel, dans son Histoire naturelle des lépidoptères, décrit deux variétés : A. prunaria prunaria et A. prunaria corylaria. Dans les deux variétés, le mâle est plus coloré et plus petit.

La variété la plus commune est prunaria : « Les quatre ailes du mâle prunaria, tant en dessus qu'en dessous sont d'un beau jaune-orangé, et plus ou moins chargées de petites stries noires, avec un croissant, ou plutôt une ligne un peu courbe de cette dernière couleur sur le disque de chacune d'elles, et leur frange entrecoupée de noir. » La femelle ne diffère du mâle que parce que chez elle la couleur orangée est remplacée par le jaune d'ocre.

Concernant la variété corylaria : « Le fond de la couleur de la corylaria est le même que chez la précédente, c'est-à-dire orangée chez le mâle et jaune d'ocre chez la femelle, mais ce fond est absorbé en grande partie par une large bande d'un brun-noir qui termine les quatre ailes, ainsi que par une grande tache de même couleur placée à leur base. »

Cycle de développement

La chenille de l'Angéronie sort de l'œuf en septembre, passe l'hiver engourdie sous de la mousse ou dans quelques fentes d'arbre, et n'atteint toute sa croissance que vers la fin de mai de l'année suivante. À cette époque, elle se renferme entre des feuilles, qu'elle attache ensemble par quelques fils, pour s'y changer en une chrysalide d'un brun-rouge. Le papillon en sort trois semaines après, à la fin de juin ou au commencement de juillet. Bien que Linné ait signalé le prunellier (Prunus spinosa) comme plante hôte, la chenille se nourrit aussi sur le saule, le chêne, la ronce, le lilas, le noisetier ou le chèvrefeuille.

Schéma illustrant le cycle de vie d'une noctuelle hivernant sous la mousse

Le Noisetier comme hôte et ressource

Corylus avellana est un petit arbre qu’on trouve souvent dans les haies bien implantées. On le rencontre aussi dans les sous-bois, à l’ombre des chênes. C’est un arbre discret et frugal qui pousse en direction de la lumière. Il s’est répandu dans toute l’Europe du nord jusqu’au 60e degré. Il est monoïque, une des raisons de sa grande propagation à l’instar des épais fourrés, endroits éclairés et lisières de forêts.

Reproduction et floraison

La floraison du noisetier survient en hiver, entre janvier et mars. C’est une caractéristique peu commune. Les fleurs mâles forment des chatons pendants, tandis que les fleurs femelles sont à même le rameau dans un bouton, ressemblant à de petites étoiles rouge carmin. Le pollinisateur principal du coudrier est le vent. Les grains de pollen ont une morphologie adaptée au transport par le vent, et les fleurs ne produisent pas de nectar.

Faune associée

Environ soixante-dix insectes, dont plus de trente grands papillons de nuit, sont liés au noisetier. Outre les espèces citées, on peut mentionner la grande phalène ou la chenille d’écureuil, cette dernière étant marron-rouge avec des bosses abdominales. Le charançon du noisetier (Curculio nucum) est également un habitué, la femelle pondant ses œufs directement dans les fruits en formation.

Les loirs et les muscardins apprécient particulièrement les taillis de noisetiers, y trouvant abri et nourriture. Ces mammifères nocturnes, dotés de grands yeux, sont essentiels à l'équilibre de ces zones boisées. La gestion traditionnelle des noisetiers, via la taille et le tressage des branches, a historiquement favorisé la création de haies riches en biodiversité, servant de refuges pour de nombreuses espèces.

Importance écologique et intérêts pour l'homme

Le noisetier est une plante très utile dans les haies, procurant un abri et de la nourriture pour des oiseaux et quelques mammifères. L’écureuil roux (Sciurus vulgaris) participe activement à la dissémination des graines en enterrant ses réserves.

Sur le plan nutritionnel, la noisette est riche en potassium, phosphore, zinc, calcium et vitamines. Très nutritive (683 calories dans 100 g !), elle possède des propriétés antihémorragiques et astringentes. Au-delà des fruits, le bois de noisetier était utilisé en vannerie et pour la confection de baguettes de sourciers. Son feuillage est également de bonne qualité pour le fourrage.

La gestion raisonnée des haies, qui inclut le maintien des noisetiers, permet de préserver ces niches écologiques indispensables aux lépidoptères nocturnes. En favorisant la présence de ces arbustes, on soutient indirectement la survie de papillons comme la noctuelle du coudrier ou l'Angéronie, tout en renforçant la résilience de nos espaces verts face aux changements environnementaux.

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