Guide complet sur l'élevage des phasmes : de la biologie à la pratique

Les phasmes, du latin phasma signifiant « fantôme », sont des insectes fascinants qui captivent les passionnés d'entomologie par leur capacité exceptionnelle à se fondre dans leur environnement. Grâce à leur homochromie et leur morphologie imitant à la perfection les brindilles, les feuilles, les tiges épineuses ou même les écorces et les lichens, ils sont passés maîtres dans l'art du camouflage. Cet article se propose de détailler les impératifs de leur élevage, en mettant l'accent sur les espèces comme le Carausius morosus et l'utilisation de plantes nourricières variées, notamment le lierre.

Un phasme bâton parfaitement camouflé sur une branche

Biologie et caractéristiques des phasmes

Le phasme est un insecte dont la taille varie considérablement selon l'espèce, allant en moyenne de 2 à 12 cm, bien que certains spécimens puissent dépasser les 30 cm. Leur corps, long et cylindrique, est recouvert de tubercules et divisé en trois parties distinctes : la tête, dotée de deux antennes fines et de mandibules, le thorax et l'abdomen segmenté. Ils possèdent trois paires de pattes longues et grêles, celles du milieu servant principalement à l'équilibre.

La reproduction est un aspect fascinant de leur cycle de vie. Chez certaines espèces, la femelle peut se reproduire par parthénogenèse, pondant des œufs non fécondés qui ne donneront naissance qu'à des femelles. En cas de reproduction sexuée, les œufs fécondés produisent les deux sexes. Une femelle peut pondre jusqu'à 300 œufs au cours de sa vie. Le développement est hémimétabole : en sortant de l'œuf, le petit phasme ressemble déjà à un adulte et passera par plusieurs mues (généralement 5 à 7) pour atteindre sa maturité.

L'installation : concevoir un habitat adapté

Pour réussir son élevage, le choix de l'enceinte est primordial. Qu'il s'agisse d'un terrarium, d'un aquarium ou d'un vivarium, l'essentiel est que le volume soit adapté à l'espèce. La règle d'or est de prévoir une hauteur égale à au moins trois fois la longueur du plus grand spécimen. Cet espace vertical est crucial pour permettre à l'insecte de muer correctement sans être entravé, lui laissant la place de s'extraire intégralement de son ancienne peau.

L'aération est le second pilier de l'habitat. Un terrarium bien aéré évite la stagnation de l'air, facteur propice aux maladies. Concernant le substrat, il est déconseillé d'utiliser du sable, car il est difficile à nettoyer et rend la récolte des œufs laborieuse. L'utilisation de papier essuie-tout au fond de l'enceinte est largement recommandée : cela facilite le nettoyage, permet de visualiser aisément les œufs et absorbe l'humidité.

Schéma d'un terrarium type pour phasmes avec aération et supports verticaux

Les paramètres environnementaux : température et humidité

Les phasmes sont des insectes dont la vitesse de développement dépend étroitement de la température. Idéalement, celle-ci doit se situer entre 20°C et 25°C. Il convient de placer l'enceinte dans un endroit lumineux, mais sans exposition directe au soleil, qui pourrait transformer le terrarium en four et être fatal aux insectes.

L'hygrométrie joue également un rôle clé, avec un taux idéal avoisinant les 80 %. Une brumisation quotidienne à l'eau de pluie, sans toutefois détremper le substrat, suffit généralement à maintenir ce taux. Pour les espèces nécessitant un lieu de ponte spécifique, l'adjonction d'un petit récipient rempli de substrat peut s'avérer nécessaire, bien que beaucoup d'espèces se contentent de laisser tomber leurs œufs au sol.

L'alimentation : le choix des plantes nourricières

Tous les phasmes sont phytophages. Si la ronce reste la plante « providentielle » acceptée par plus de 90 % des espèces en élevage, d'autres végétaux sont indispensables pour répondre aux besoins spécifiques de certaines familles.

Le lierre : une ressource précieuse

Le lierre est une plante très utile pour le régime alimentaire de quelques phasmes. Des genres comme Aretaon, Neohirasea, Sungaya, Heteropteryx, Eurycantha calcarata, Creoxylus spinosus, Libethra regularis, Parapachymorpha spinosa ou encore Carausius morosus l'acceptent volontiers. Il constitue une alternative intéressante, surtout lorsque d'autres sources de feuillage deviennent plus rares.

Diversité végétale et précautions

La plante doit être placée dans un récipient d'eau (vase ou pot) pour éviter qu'elle ne se dessèche trop vite. Il est impératif de couvrir le récipient pour éviter que les phasmes ne tombent dans l'eau et ne s'y noient. Voici quelques autres plantes incontournables :

  • Le millepertuis : Particulièrement la forme « hidcote », indispensable pour des espèces autrement impossibles à élever.
  • Le troène : Très apprécié des Pseudophasmatinae.
  • Les fougères : Disponibles toute l'année en intérieur.
  • L'eucalyptus : Indispensable pour certaines espèces australiennes. L'Eucalyptus gunii est l'espèce la plus résistante au gel.
  • Le pyracantha : Arbuste épineux utile pour diminuer la mortalité chez les jeunes stades.

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Le cas particulier du Carausius morosus

Le phasme morose (Carausius morosus) est l'espèce idéale pour débuter. Originaire du Sud de l'Inde, il est très peu exigeant en termes de températures et d'humidité. À la naissance, il est marron foncé, puis s'éclaircit à l'âge adulte pour devenir beige ou vert. Le taux d'éclosion des œufs, qui mesurent entre 2,1 et 2,5 mm, est élevé (80 à 90 %) s'ils sont maintenus dans une enceinte humide.

Pour l'entretien, il est conseillé de changer le feuillage tous les 2 à 3 jours pour éviter le pourrissement. La spatule de bricolage est l'outil indispensable de l'éleveur : elle permet de gratter le fond de l'enceinte pour retirer les déjections et les mues. Lors des opérations de nettoyage, il faut manipuler les individus avec une extrême précaution, les phasmes étant des insectes fragiles qui supportent mal le stress et les vibrations.

Gestion de la population et éthique

Si vous élevez des phasmes de sexes différents, la reproduction sera rapide. Il est crucial de surveiller la population pour éviter le surpeuplement, source de stress et de maladies. En aucun cas, des phasmes ne doivent être relâchés dans la nature, car cela risquerait de déséquilibrer les écosystèmes locaux. En cas de surplus, il est conseillé de contacter une association de naturalistes.

L'observation est au cœur de cet élevage. Le cycle de vie, de la ponte à l'adulte, est une succession d'étapes captivantes. La patience est la première règle de l'éleveur : il faut parfois attendre plusieurs mois pour voir les œufs éclore, et le développement larvaire demande une observation attentive pour identifier les stades de mue. En respectant ces quelques principes, l'élevage des phasmes devient une activité enrichissante, permettant de découvrir le monde fascinant des insectes à une échelle miniature.

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