L'Art de l'entretien du Pinus Thunbergii et des Pins en Bonsaï

Le travail autour des pins en bonsaï, et plus particulièrement du Pinus thunbergii (pin noir du Japon), représente l'un des piliers les plus emblématiques de cet art millénaire. Ces arbres, admirés pour leur écorce rugueuse, leurs lignes de tronc marquées et leur résilience, incarnent le principe masculin en bonsaï : force, endurance et dignité. La gestion de ces spécimens demande une compréhension fine de leur physiologie, notamment en ce qui concerne la gestion de la vigueur, le contrôle de la croissance des aiguilles et le maintien de l'équilibre entre les parties aériennes et racinaires.

Un bonsaï de Pinus thunbergii mature mettant en valeur son écorce craquelée et son style dynamique

Les spécificités botaniques et le cadre de culture

Les pins utilisés en bonsaï se divisent principalement en deux catégories selon leur cycle de croissance : ceux qui ne produisent qu'une seule poussée par an et ceux qui en produisent deux. Le pin blanc du Japon (Pinus parviflora ou pentaphylla), originaire des zones montagneuses, est une plante de montagne aux aiguilles douces en grappes de cinq. Il a un style plus féminin et se trouve dans les régions de haute montagne. À l'inverse, le pin noir du Japon (Pinus thunbergii), originaire des zones côtières, est une espèce très vigoureuse qui s'est adaptée aux vents violents et aux embruns salés. Il possède de longues aiguilles épaisses, vert très foncé, groupées par paires.

Ces arbres sont des bonsaïs d'extérieur rustiques qui doivent impérativement rester dehors tout au long de l'année. Le plein soleil est essentiel pour favoriser une croissance saine et réduire la taille des aiguilles ; en effet, les aiguilles s'allongent si l'arbre ne reçoit pas suffisamment de lumière. Bien qu'ils supportent le gel, il est conseillé de protéger les racines des fortes gelées en hiver, notamment dans les régions où les températures chutent drastiquement, en utilisant par exemple une serre non chauffée.

La gestion de l'arrosage et le choix du substrat

Le pin noir résiste bien à la sécheresse, mais apprécie des arrosages généreux à condition qu'il soit planté dans un mélange bien drainant. Un substrat bien drainant est extrêmement important du fait que les pins ne supportent pas être détrempés. L'excès d'eau est souvent plus préjudiciable qu'un manque d'eau, particulièrement en hiver. Un mélange de substrats stables comme l'Akadama, la pierre ponce ou la lave est idéal.

Il est crucial de surveiller quotidiennement les besoins en eau. En hiver, l'arrosage doit être diminué, surtout pour le pin blanc, afin d'éviter que la motte ne soit constamment humide tout en veillant à ce qu'elle ne s'assèche jamais totalement. Un surplus d'eau au printemps, au moment où les chandelles s'ouvrent, aura pour conséquence fâcheuse d'allonger inutilement les aiguilles.

Schéma illustrant un mélange de substrat idéal pour pin : Akadama, pierre ponce et lave

Stratégies de fertilisation et contrôle de la vigueur

La fertilisation est un levier puissant pour contrôler la santé et la forme de l'arbre. Pour le pin blanc, la fertilisation s'effectue principalement de mars à septembre avec un engrais solide placé à la surface du substrat. Il est préférable d'utiliser une plus faible concentration chez le pin âgé mais de les engraisser plus souvent.

Pour le pin noir, il convient d'appliquer l'engrais toutes les trois à quatre semaines, du printemps au début de l'hiver, sauf en juillet et en août. Si vous apportez trop d'engrais, en particulier riche en azote, la croissance est accélérée, mais les branches et les pousses ont tendance à se développer à la partie supérieure (partie apicale), affaiblissant ainsi rapidement les branches inférieures. Le nombre d'aiguilles peut être utilisé comme levier pour contrôler la vigueur : plus on laisse d'aiguilles, plus le bourgeon va grossir et plus il va développer une grande chandelle.

Techniques de taille et équilibrage énergétique

La taille des chandelles est une technique essentielle pour équilibrer l'énergie. Pour les essences à deux poussées de croissance, on peut tailler les chandelles au début de l'été pour produire une deuxième pousse avec des chandelles plus courtes et des aiguilles plus petites.

Dans une pépinière professionnelle, le pincement est pratiqué de manière globale : quand les chandelles sont développées, on les pince, les fortes comme les faibles. On coupe complètement la chandelle, en laissant juste un petit bout d'environ 5 mm au-dessus des aiguilles de l'année précédente. Pour les pousses plus courtes, on peut supprimer un tiers à la moitié de la croissance de l'année. En fin d'été ou en début d'automne, il est recommandé de supprimer les vieilles aiguilles et les rameaux en surnombre pour laisser la lumière pénétrer jusqu'au cœur de l'arbre, favorisant ainsi l'apparition de bourgeons arrière.

Le Langage des Chandelles et des Aiguilles du PIN 🌱NEJIKAN BONSAI 🌱

Rempotage et santé racinaire

Le rempotage ne devrait se faire que lorsque le pain racinaire est bien compact et sain. Il est important de vérifier la présence de mycorhizes, ces champignons qui prennent la forme de filaments blancs et vivent en symbiose avec le pin pour l'aider à puiser les nutriments.

Le rempotage doit absolument se faire avant le départ de la végétation, généralement à la fin de l'hiver. Pour les pins importés, souvent cultivés dans le même substrat depuis des années, il est préférable de procéder en plusieurs étapes sur plusieurs années pour ne pas affaiblir l'arbre. Lors de l'opération, contentez-vous de couper le pourtour et de peigner légèrement les racines sans forcer. Grattez également le dessus jusqu'à trouver les premières racines, car la couche superficielle est souvent devenue dure et colmatée par les arrosages et engrais successifs.

Formation et mise en forme

Les pins se prêtent à presque tous les styles de bonsaï, à l'exception du style balai. Le style droit informel (Moyogi), droit formel (Chokkan) ou incliné (Shakan) sont très fréquents. Le style literati met particulièrement bien en valeur l'écorce craquelée du pin noir.

La mise en forme repose sur la ligature, mais prévoyez du temps, car suivant la grosseur de l'arbre, on peut facilement y passer une demi-journée. Les branches des pins restent flexibles pendant longtemps, ce qui offre une grande liberté de création. Les extrémités doivent être légèrement ligaturées vers le haut. Durant la période de formation, l'utilisation de haubans est une excellente alternative pour abaisser les branches et permettre à la lumière d'accéder à l'intérieur de l'arbre, ce qui est indispensable pour obtenir une ramification dense et des bourgeons sur le bois nu.

Exemple de haubans utilisés pour abaisser des branches de pin et restructurer la cime

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