Le rocket stove de masse est un poêle de masse qui fait des émules dans le monde entier et pour cause, il est extrêmement efficace et très facile à construire soi-même. Mais qu’est ce qui rend le rocket stove beaucoup plus efficace qu’un poêle classique ? Dans un poêle classique, le tirage est assuré par la chaleur des fumées qui s’échappent par la cheminée. Plus les fumées sont chaudes, plus elles montent vite par la cheminée, plus le tirage est important. Si les fumées doivent sortir chaudes pour assurer le tirage, cette chaleur se dissipe dans l’atmosphère et est perdue à jamais.

Le principe de Bill Molisson en permaculture est clair : les énergies doivent circuler et être recyclées. Il faut créer des moyens de capter, utiliser et stocker les énergies tout au long de leurs circuits avant qu’elles ne sortent du système. Grâce au Rocket Stove de masse, c’est possible. On intègre la cheminée dans le poêle, ce qui permet de capturer les fumées chaudes, puis on les fait circuler dans un banc maçonné pour stocker la chaleur dans la maison.
La mécanique du Rocket Stove : Du J-Tube au Batch Box
Dans un rocket stove classique, la partie dédiée à la combustion du bois a la forme d’un J. On enfourne le bois coupé en bâtonnets dans la petite barre du J (« feed tube »). La combustion se réalise à la base du conduit et le bois descend par gravité. Les flammes sont aspirées dans le tube horizontal (« burn tunnel ») puis montent dans la cheminée interne (« heat riser »). La cheminée est isolée et enfermée dans un bidon. Lorsque les fumées atteignent le haut de la cheminée, elles sont piégées, se refroidissent et redescendent dans l’espace entre le bidon et la cheminée. Cette descente provoquée par le refroidissement des fumées contribue à assurer définitivement le tirage.
poêle à bois bûche en chaudière double combustion
Le modèle J-tube est le fruit d’expérimentations de pionniers comme Ianto Evans et Peter Van den Berg. Cependant, nous avons choisi de nous orienter vers un modèle expérimental : le batch boxe rocket stove. La différence majeure réside dans la chambre de combustion. Contrairement au J-tube qui nécessite une alimentation continue, le batch box permet de charger une quantité de bois en une seule fois. Les éléments clés du batch box incluent une arrivée d’air principale, une arrivée d’air secondaire (P Channel) apportant de l’air au fond de la box, et une « cuvette » sur la sole de la box pour diriger le flux d’air de manière optimale.
Conception et mise en œuvre technique
Notre modèle est destiné à chauffer une maisonnette de pierre de 30 m2. Pour sa construction, nous avons utilisé des briques réfractaires classiques et une vitre de verre réfractaire en partie supérieure, permettant de profiter des flammes. La cheminée, quant à elle, a été réalisée en briques réfractaires isolantes, légères et facilement usinables. Nous avons opté pour une cheminée octogonale pour conserver une aire équivalente à une cheminée ronde de 150 mm.

L’implantation est un moment crucial qui conditionne le déroulement du chantier. Le point de référence est toujours l’axe du conduit de fumées. Prenez le temps de tracer au sol tous les repères utiles en débordant au-delà de l’ouvrage : dimensions du foyer, section des conduits, épaisseurs utiles pour les isolants, les matériaux de parement, l’épaisseur des enduits. Même si le fil à plomb reste un outil indispensable, ne vous privez pas d’un bon niveau laser. Avant de maçonner un rang, faites toujours un montage à blanc des briques pour vérifier et ajuster les épaisseurs.
Gestion des flux et matériaux naturels
Le bidon du poêle est constitué de deux bidons soudés ensemble pour laisser assez d’espace entre le haut de la cheminée et la partie supérieure du bidon. Les conduits de fumées circulent dans un banc maçonné en pierre et terre. Ce dernier capte et stocke la chaleur. Le conduit est constitué de tuyaux aluminés de 153 mm de diamètre. Il est indispensable de réaliser des trappes donnant accès au conduit une fois qu’il est enterré pour l’entretien.
Pour les surfaces verticales, nous recommandons les enduits en terre, mélange d’argile, de sable et de fibre végétale. La couche de corps sert au dressage des parois, tandis que la couche de finition apporte lissage et couleur. Il est possible de réaliser un stuc par-dessus la finition, pour une texture lisse et brillante. Pour changer la couleur de son poêle, on peut le peindre avec des peintures naturelles à base d’argile, de caséine ou de chaux.
Sécurité et retours d’expérience
Le monoxyde de carbone (CO) est le principal danger des rocket stoves de masse. Lorsque le tirage n’est pas optimal, surtout en début et en fin de chauffe, les poêles peuvent en renvoyer dans la maison. Il est crucial d’assurer l’étanchéité des trappes et des jonctions. Nous avons colmaté les trous avec une plaque ronde de métal au fond du trou et un bouchon de laine de roche.

La cheminée extérieure renforce le tirage et empêche le vent de créer des back drafts. Au-dessus de la cheminée extérieure, nous avons ajouté deux coudes de 45° mis bout à bout, formant un U-turn qui renvoie les fumées vers le sol, protégeant ainsi des turbulences. Le respect des cotes conditionne l’épaisseur de joint et la compression de la natte céramique. Tranquillité et méticulosité sont les maîtres-mots : n’essayez pas d’aller vite, c’est le meilleur moyen de rencontrer des problèmes.
Travailler en équipe est également un atout : il est idéal d’avoir deux personnes à la maçonnerie et une qui s’occupe des coupes, des mélanges de mortier et de l’approvisionnement. Si ce poste est bien pris en charge, les personnes qui maçonnent restent concentrées car elles ne manquent jamais ni de briques ni de mortier. Le confort de travail et la propreté du chantier garantissent une réalisation de qualité, transformant un simple tas de briques en un véritable système de chauffage performant, économique et respectueux de l’environnement.