L'Aubergine et la Tomate : Une Coexistence Délicate Face aux Maladies et Ravageurs

L'aubergine et la tomate, toutes deux membres de la famille des Solanacées, sont des cultures potagères mondialement appréciées pour leurs fruits charnus et savoureux. Cependant, cette parenté botanique, tout en facilitant une certaine compréhension de leurs besoins culturaux, les rend également vulnérables à des maladies et ravageurs communs, ce qui complexifie leur association en culture. Comprendre ces défis et les stratégies de protection est essentiel pour garantir une récolte abondante et saine.

aubergine et tomate côte à côte

Les Agents Pathogènes et Ravageurs de l'Aubergine

Les cultures d'aubergine, notamment en France et dans de nombreux autres pays, peuvent être affectées par une large gamme d'agents pathogènes et de ravageurs. Cette partie de l'application « Maladies de l'aubergine » propose de nombreuses fiches détaillant les champignons, bactéries, phytoplasmes, virus, nématodes, insectes, acariens, ainsi que les maladies abiotiques. Pour chaque fiche, en plus de généralités sur ces agents, leurs symptômes, leur biologie et les méthodes de protection sont détaillés.

Maladies Fongiques

Plusieurs champignons peuvent causer des dommages significatifs à l'aubergine. Le mildiou de l’aubergine, dû à Phytophthora infestans, se manifeste par des taches gris-brun d'aspect huileux sur les tiges, des taches marrons et un duvet blanc sur la face inférieure des feuilles. Les fruits peuvent être marbrés de brun, bosselés et durs. Cette maladie se développe lors de journées humides de mai à septembre. Le botrytis, ou pourriture grise, est causé par Botrytis cinerea. Sur l'aubergine, les symptômes sont visibles sur les tiges et les feuilles, avec des taches et moisissures grises. Fréquent en serre, ce champignon sévit par temps frais et humide ou avec une forte hygrométrie sous abri. On observe des tâches beiges à brun clair délimitées, formant un chancre sur tige ou rameau, se recouvrant d’un feutrage grisâtre. Les fleurs infectées avortent, et les fruits pourrissent ou se momifient.

aubergine atteinte de mildiou

L'oïdium provoque des tâches jaunes sur la face supérieure des feuilles, suivies d'un duvet blanc poudreux et de tissus desséchés, surtout en fin d'été et en automne, mais aussi au printemps avec une hygrométrie élevée. La sclérotiniose, également appelée pourriture blanche, est provoquée par Sclerotinia sclerotiorum et se caractérise par une pourriture blanche humide du collet ou de la tige, un jaunissement puis un flétrissement du feuillage. Enfin, la maladie Pythium est due au champignon Pythium sp.

Maladies Bactériennes

Le flétrissement bactérien est une maladie bactérienne redoutée par de nombreux agriculteurs, affectant diverses espèces de plantes de la famille des solanacées, y compris l'aubergine, la tomate, la pomme de terre et le piment, ainsi que des cucurbitacées comme les melons et les concombres, entraînant des pertes de rendement importantes. Lorsque la plante est infectée, ses feuilles se couvrent de plages vert mat. La bactérie obstrue progressivement les vaisseaux conducteurs de la plante, provoquant le flétrissement des tiges coureuses puis de toute la plante. Les plants jaunissent et meurent. Sur la tomate, elle provoque le flétrissement des feuilles et l’apparition de bourrelets de racines adventives. De plus, après avoir été coupées, les tiges peuvent laisser s’écouler un liquide blanchâtre.

Maladies Vasculaires et Abiotiques

La verticilliose sur l'aubergine, due à Verticillium dahliae, sévit à partir de températures de 16° à 20°C. Ce champignon, présent dans le sol, atteint les racines, provoquant l’obstruction des vaisseaux conducteurs de la sève, d'où le jaunissement et le dessèchement des feuilles. La nécrose apicale touche également les aubergines. Cette maladie est en fait un dérèglement physiologique généralement causé par une alimentation en eau irrégulière, entraînant une chute du taux de calcium des fruits. Des conditions climatiques défavorables sont le principal facteur favorisant l'installation de nombreuses maladies.

Ravageurs

Les pucerons, ces petits insectes piqueurs-suceurs de sève, sécrètent du miellat favorable à la fumagine et peuvent transmettre des maladies à virus entraînant pied chétif, mauvaise nouaison, décolorations, déformations ou taches sur feuilles et fruits. Le tétranyque tisserand (araignée rouge), sous abri et lors d'étés chauds et secs, provoque une dépigmentation des feuilles sous forme de petites ponctuations jaunes, puis leur dessèchement. Au revers du limbe, des toiles soyeuses sont visibles le long des nervures, abritant des œufs, des larves et des adultes. Les aleurodes, ou "mouches blanches", sont surtout présents en serre, causant un jaunissement foliaire dû aux piqûres de petites larves translucides, et souillant les fruits par le miellat et la fumagine. Les noctuelles sont plusieurs espèces qui rongent le feuillage et les fruits. Enfin, le doryphore, avec ses larves et adultes très voraces, peut défolier totalement l'aubergine, avec jusqu'à trois générations par an.

schéma de la transmission des virus par les pucerons

Stratégies de Prévention et de Lutte

Pour faire face à ces menaces, une combinaison de pratiques culturales préventives et de méthodes de lutte spécifiques est essentielle.

Prévention Générale

Pour commencer, achetez vos plants avec discernement. Vérifiez que les tiges sont indemnes de chancre à Botrytis cinerea, agent de la pourriture grise, surtout quand les aubergines sont très serrées entre elles sur les lieux de vente. Effectuez une rotation culturale pendant quatre ans au minimum sans Solanacées (poivron, pomme de terre, tomate…), afin de rompre le cycle de vie des pathogènes et ravageurs spécifiques à cette famille. Amendez le sol avant de planter avec du compost mûr ou du fumier bien décomposé, jamais frais. Des pieds d'aubergine greffés, bien que plus coûteux à l'achat, sont vigoureux et résistent à certaines maladies du sol (racines liégeuses) ou vasculaires (verticilliose).

La période de plantation est également cruciale : plantez lorsque les températures nocturnes sont supérieures à 12°C, pas avant mi-mai dans la moitié nord de la France. N’enterrez pas le collet. Pour favoriser une bonne aération, espacez les plants de 50 à 60 cm sur le rang, en laissant au moins 80 cm à 1 m de large entre les rangs, et supprimez les feuilles basses à mesure de l’élongation des tiges. Réduire la densité de vos plants est une mesure efficace contre le mildiou. Proscrivez l’irrigation par aspersion, surtout en fin de journée, pour limiter l'humidité foliaire qui favorise de nombreux champignons.

Traitement de l'acariose de l'aubergine - Rufisque, Sénégal

Lutte Contre les Ravageurs Spécifiques

Contre les pucerons, désherbez et usez de la fumure azotée avec modération. Piégez ces insectes avec des panneaux jaunes englués suspendus au niveau de la végétation. Sous serre, les maraîchers effectuent un lâcher de petites “guêpes” (Aphelinus abdominalis, Aphidius colemani, Aphidius ervi) parasitoïdes de pucerons ou de cécidomyies aphidiphages (Aphidoletes aphidimyza).

Contre le doryphore, supprimez à la main les œufs jaunâtres sous les feuilles ou les formes mobiles (larves et adultes). Pour les noctuelles, attrapez les papillons avec un piège à phéromones.

Lutte Contre les Maladies Spécifiques

Contre la pourriture grise (Botrytis cinerea), les blessures lors des effeuillages et tuteurages sont des portes d'entrée pour la maladie, il faut donc être vigilant. Contre la sclérotiniose, proscrivez le fumier frais et fertilisez en potassium si besoin.

En ce qui concerne le flétrissement bactérien, des pratiques prophylactiques sont nombreuses pour les cultures en plein champ : utilisation de plants sains, de variétés résistantes ou tolérantes, rotation avec des espèces non hôtes. Une fois qu'une plante est infectée, il est indispensable de l’arracher du champ pour éviter la propagation. Continuez d'observer les champs plantés chaque semaine après la plantation pour détecter la maladie au plus tôt et agir dès que l’on voit la perte de vigueur des feuilles. Arrachez les plantes malades et mettez-les dans un sac en plastique sur place, puis enlevez-les du champ et brûlez-les sur un tas éloigné. Évitez l’éclaboussement de l’eau, mettez un paillis autour des pieds des tomates si la maladie est présente dans le champ, et lavez vos outils avec du savon ou de l’alcool dénaturé après les avoir utilisés sur une plante malade.

L'Association Aubergine-Tomate : Un Débat Complexe

La question de l'association de l'aubergine et de la tomate est un sujet de débat parmi les jardiniers, en raison de leur appartenance à la même famille botanique, les Solanacées.

tableau des plantes compagnes et à éviter pour l'aubergine

Les Risques de l'Association

Il est important d'éviter de planter des légumes de la même famille que l'aubergine, tels que les tomates, les poivrons et les pommes de terre, si les conditions s'y prêtent. Ces plantes partagent des maladies et des ravageurs communs, ce qui peut affaiblir les plantes et réduire la récolte. En effet, tant qu'il n'y a pas de problème sur l'un, tout ira bien sur l'ensemble des cultures. Mais si l'un est infecté, le risque de transmission de maladie de l'un à l'autre est donc facilité : mildiou, verticillose, flétrissement bactérien, botrytis, en sont des exemples.

De plus, ces deux variétés ont les mêmes besoins en nutriments et consomment les mêmes éléments nutritifs. Certains cultivent les variétés d'une même famille ensemble, non pas l'un avec l'autre, mais l'un à côté de l'autre.

Recommandations pour une Coexistence Prudente

Si vous décidez de les associer, une distance minimale de 50 à 60 cm est recommandée entre les plants. Assurez une bonne aération et faites tourner les cultures l’année suivante. Favorisez la diversité végétale autour pour limiter les risques, surtout si vous êtes dans une région humide ou sujette aux maladies cryptogamiques. Pour les plantations en rang, certains jardiniers espacent leurs plants d'aubergines, de tomates et de poivrons à environ 66 cm les uns des autres.

Des études ont été menées sur l'intérêt de l'association entre la tomate et l'aubergine, notamment pour la lutte contre le flétrissement bactérien. Des mécanismes de résistance ont été identifiés chez la tomate et l'aubergine, mais ils peuvent être contournés ou être négativement impactés par les fortes chaleurs et l'humidité. Des essais en plein champ, par exemple à l'île de la Réunion, ont montré des résultats variables. Pour les tomates, une meilleure résistance a pu être observée pendant l'hiver. Pour certaines variétés, une meilleure résistance avec l'aubergine sensible et/ou avec l'aubergine résistante a pu être observée par rapport à l'association avec l'aubergine tolérante. Pour l'aubergine, pas d'effet fort des saisons et des associations n'ont pu être observés sur les résistances. Cette recherche vise à vérifier l'intérêt du compagnonnage entre tomate et aubergine et à caractériser l'impact des fortes températures pour la lutte contre le flétrissement bactérien.

La Greffe comme Solution

Une nouvelle technique basée sur la greffe entre deux plants pourrait produire de nouveaux plants plus résistants. L'idée de greffer des plants de tomates sur ceux des aubergines a germé jusqu'à devenir une méthode qui a déjà fait ses preuves pour obtenir des plants sains et renforcer leur résistance face à l'attaque bactérienne du flétrissement bactérien.

Plantes Compagnes Bénéfiques pour l'Aubergine

L'aubergine apprécie la compagnie de certaines plantes qui peuvent aider à repousser les ravageurs, améliorer la fertilité du sol et favoriser une croissance saine. Les herbes aromatiques telles que la menthe, le basilic et la coriandre sont d'excellentes options pour les associer avec l'aubergine, car elles repoussent les insectes nuisibles et ajoutent une saveur délicieuse aux plats. L’aubergine apprécie particulièrement la compagnie du basilic.

D'autres plantes bénéfiques incluent l'œillet d'Inde (Tagetes patula), le tagète des décombres (Tagetes minuta) et/ou le souci officinal (Calendula officinalis), qui peuvent être cultivés à côté de l'aubergine pour lutter contre le doryphore. L'ail, l'oignon ou encore l'épinard de Nouvelle-Zélande sont également des compagnons appréciés. Certaines fleurs comme les capucines ou les soucis peuvent aussi offrir une protection biologique contre les pucerons. L’objectif est de créer un petit écosystème qui favorise la croissance et la résilience naturelle de l'aubergine.

illustration d'un potager avec aubergines et plantes compagnes

Conditions de Culture Optimales

Pour réussir la culture de l'aubergine, il est important de choisir un endroit ensoleillé et bien drainé, et d'ajouter du compost ou de l'engrais organique pour améliorer la fertilité du sol. Installez-les en plein soleil, dans une zone abritée du vent, sur un sol riche et bien drainé. Idéalement, dans un carré ou une planche de culture avec d’autres plantes compagnes compatibles.

L’aubergine et la courgette peuvent cohabiter si on leur laisse suffisamment d’espace pour éviter la concurrence racinaire. Pensez à bien espacer (au moins 60 cm) et à utiliser du paillage pour limiter l’évaporation. L’association aubergine/poivron est possible, mais comme le poivron est également une Solanacée et une plante gourmande, il faut bien gérer les apports en nutriments et espacer correctement, tout en étant attentif aux maladies communes (notamment botrytis, mildiou).

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