La Plantation Leyritz, située dans le Nord Atlantique de la Martinique, est bien plus qu'une simple ancienne habitation agricole. C'est un site emblématique qui a traversé les siècles, témoignant de l'évolution économique, sociale et culturelle de l'île. Au sein d'un parc tropical verdoyant, entouré d'arbres centenaires et de plantations de bananes et d'ananas, cette propriété historique offre un aperçu fascinant du passé martiniquais, malgré sa fermeture actuelle au public.

Les Origines et les Premières Cultures
L'histoire de la Plantation Leyritz débute avec un noble originaire de Bordeaux, Michel de Leyritz (1681-1764), secrétaire du roi et contrôleur de la chancellerie. Après s'être installé dans la région du nord atlantique de l'île, il fonde cette habitation agricole vers 1700. Le patronyme Leyritz est une altération du mot "larris", qui désignait des terres presque incultes, bien que l'habitation ait rapidement connu un développement significatif. La maison de maître, cœur de la propriété, fut édifiée en 1713, puis agrandie en 1830, devenant typique des premières demeures construites aux Antilles à cette époque. Elle a suivi les évolutions, passant d'un simple petit bâtiment avec cuisine extérieure à une résidence plus bourgeoise avec l'adjonction d'une galerie et de balcons en fer forgé. La famille Leyritz, attachée au mode de vie métropolitain, a même tenu à créer des repères familiers, comme une toiture à la Mansart et un joli jardin à la française, agrémenté de deux magnifiques fontaines du début du XVIIIe siècle.
Dès sa création, un système de plantation de cultures se met en place, s'adaptant aux besoins et aux tendances de l'époque. Aux débuts, la Plantation Leyritz pratiquait la culture du manioc et du tabac. Au fil du temps, elle a évolué vers celle de la canne à sucre, une culture qui allait marquer profondément l'économie de l'île.
L'Ère de la Canne à Sucre et l'Esclavage
À la grande époque de la culture de la canne, l'habitation, étendue sur près de 500 hectares (précisément 497 hectares selon certains registres), est devenue l'une des plus importantes de l'île. Pour faire fonctionner cette vaste exploitation, Michel de Leyritz, comme c'était le cas dans le reste des habitations de l'île, a eu recours à des esclaves venus d'Afrique. On y comptait alors 336 esclaves en 1771 travaillant sur les champs du site. Ce chiffre impressionnant, allant jusqu'à plus de 330 esclaves, souligne l'ampleur du système esclavagiste qui alimentait l'économie sucrière.
Le site de la Plantation Leyritz conserve encore des vestiges de cette période douloureuse, notamment la « rue Case Nègres » où logeaient les esclaves, ainsi que les maisons du Géreur et du Maître. Du haut d'une colline dominant la propriété, la maison du Maître permettait de suivre sans peine le bon déroulement du travail sur l'exploitation.
Le nombre d'esclaves présents sur les lieux a progressivement diminué suite à l'arrêt de la Traite Négrière. Après l'abolition de l'esclavage, des travailleurs noirs et « koulis » rémunérés ont pris en charge les travaux des champs et la production de produits dérivés de la canne à sucre.

La Crise Sucrière et la Production de Rhum
Aux alentours de 1850, contrainte par la crise sucrière, la Plantation Leyritz opère un tournant stratégique et se tourne vers la production de tafia et de rhum. Une distillerie est créée à cet effet sur la propriété. Cette distillerie, dont la fondation est parfois située vers 1700, a acquis une certaine réputation pour la production de rhum de haute qualité, utilisant des techniques traditionnelles et une matière première provenant exclusivement de la plantation. Elle a fonctionné jusqu'au début du XXe siècle avant de péricliter.
L'éruption volcanique de la Montagne Pelée en 1902 a également eu un impact dévastateur sur la région environnante et, par extension, sur la distillerie, qui a été gravement endommagée. Aujourd'hui restaurée, la distillerie de la Plantation de Leyritz produit du rhum agricole de renommée mondiale selon des méthodes traditionnelles, avec une fermentation en cuves en bois et une distillation en colonne. Les rhums, qu'ils soient blancs ou vieux, sont caractérisés par des saveurs pures et rafraîchissantes avec des notes de vanille et de fruits exotiques pour le rhum blanc, et une couleur plus sombre et une saveur plus complexe pour le rhum vieux, élevé en fûts de chêne français pendant plusieurs années.
La Transformation en Hôtel-Restaurant et le Sommet Historique
En 1970, la Plantation Leyritz connaît une transformation majeure. L'ensemble des édifices est restauré et l'ancienne habitation est convertie en hôtel-restaurant. Cette rénovation a permis de préserver au mieux les bâtiments historiques tels que la sucrerie, la distillerie, le moulin à eau et la rue case-nègres. L'hôtel, situé sur les flancs de la Montagne Pelée, au cœur d'un parc de 8 hectares et à proximité des centres d'intérêt de l'île, est devenu une adresse reconnue, offrant 67 chambres climatisées avec téléphone, TV, salle de douche, sèche-cheveux et terrasse. Il proposait une formule hébergement et petit-déjeuner avec un buffet, ainsi que des équipements comme une piscine, un grand parc, un tennis éclairé, du ping-pong, un billard et des jeux de société. Un bar et une boutique étaient également disponibles.

La Plantation Leyritz est également célèbre pour avoir été la terre d'accueil d'un événement historique majeur : un sommet franco-américain entre le Président de la République de l'époque, Valéry Giscard d'Estaing, et Gerald Ford, le Président des États-Unis, du 14 au 16 décembre 1974. Le célèbre guitariste Stevie Ray Vaughan aurait même donné un concert privé pour les deux présidents lors de ce sommet.
Les Catastrophes Naturelles et la Fermeture Actuelle
Malheureusement, l'histoire de la Plantation Leyritz est aussi marquée par les aléas climatiques. En 1979, elle est durement frappée par le cyclone David, avant d'être restaurée et de continuer à accueillir des visiteurs du monde entier.
Cependant, en 2007, la Plantation Leyritz est partiellement détruite suite au passage de l'ouragan Dean. Michel de Leyritz lui-même a constaté les dégâts importants. Très abîmée par le cyclone Dean, la Plantation Leyritz est malheureusement fermée au public depuis 2007 et n'a pas rouvert ses portes aux visiteurs depuis. Bien que l'hôtel soit fermé, il est toujours possible de se promener sur le site pour découvrir sa végétation luxuriante.
La Distillerie Leyritz : Un Héritage Vivant
Malgré la fermeture de l'hôtel, la distillerie de la Plantation de Leyritz, située dans le nord de l'île près de Basse-Pointe, a réussi à se relever des catastrophes et continue de produire du rhum agricole de grande qualité. Elle accueille les visiteurs pour des visites guidées qui permettent de découvrir l'histoire et les processus de production du rhum agricole.
Les visites, d'une durée d'environ une heure et demie à deux heures, peuvent se faire en buggy ou en quad, ou sous forme de visites privées. Elles offrent l'opportunité d'admirer les champs de canne à sucre, les alambics en cuivre utilisés pour la distillation, et de déguster différents types de rhums agricoles, allant du blanc au vieux. La distillerie est généralement ouverte du lundi au samedi de 9h à 17h, avec des départs de visites guidées toutes les heures ou toutes les demi-heures selon l'affluence. Le tarif de base pour la visite guidée est de 8 euros pour les adultes et de 5 euros pour les enfants. Des options de visite supplémentaires sont également disponibles, telles que des visites privées et des visites combinées avec d'autres attractions locales.
Pour se rendre à la distillerie, il faut prendre la route N1 depuis Fort-de-France jusqu'à Basse-Pointe, puis suivre les indications. Le trajet dure environ 1 heure et 15 minutes. Des taxis, des bus, et des excursions organisées proposent également des visites de la distillerie.

La boutique de la distillerie propose une large sélection de rhums de différentes gammes, du rhum blanc agricole au rhum vieux en passant par les rhums aromatisés, avec des prix variant entre 25 et 80 euros pour une bouteille de rhum vieux. Des coffrets cadeaux et des accessoires pour les amateurs de rhum sont également disponibles. Pour ceux qui ne peuvent se rendre sur place, un service d'expédition est proposé.
Un Avenir Prometteur : La Réhabilitation
En partie classé aux monuments historiques, le site d'une vingtaine d'hectares de l'habitation Leyritz comprend plusieurs édifices. Un projet de réhabilitation est actuellement porté par Stéphane Bern dans le cadre du programme de sauvegarde du patrimoine en péril. Une enveloppe de 287 000 euros sera attribuée pour cette rénovation, avec la maison de maître promise à une restauration. Ce projet vise à faire renaître ce lieu chargé d'histoire et à le rendre accessible, peut-être, à nouveau au public.
La Plantation Leyritz, avec son histoire riche et ses vestiges préservés, est un témoin essentiel de l'héritage martiniquais. Elle incarne la persévérance, la transformation et la résilience d'un patrimoine qui, malgré les épreuves, continue de raconter son histoire à travers ses pierres, sa végétation et son rhum.
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