La culture des plantes grasses dans le jardin provençal est une aventure fascinante qui mêle botanique, esthétique et adaptation climatique. Au cœur de cette pratique se trouve une confusion fréquente : l'amalgame entre les plantes dites "succulentes" et les cactus. Bien souvent, une sorte d'amalgame se fait entre les plantes grasses, dites "succulentes" et les cactus, comme si il s'agissait de la même chose. Pourtant, si tous les cactus sont des succulentes, toutes les succulentes ne sont pas des cactus. Cette distinction est fondamentale pour quiconque souhaite structurer son jardin avec ces espèces capables de stocker de l'eau dans leurs feuilles, leurs tiges ou même leurs racines.

Comprendre la nature des succulentes
En latin, suculentus signifie "plein de suc", ce qui indique clairement la présence de réserves aquifères. Cette caractéristique permet à ces végétaux de survivre dans des environnements arides. Les plantes grasses sont des plantes capables de stocker de l’eau dans leurs feuilles, leurs tiges ou même leurs racines. Visuellement, elles ont souvent des tissus épais et charnus. On y trouve les bien connues Aloe vera, Echeveria et Crassula.
Il existe une grande diversité au sein de ce groupe, classée en plusieurs familles botaniques distinctes :
- Les Cactacées : Avec plus de 2300 espèces, c'est la plus importante famille parmi les succulentes. Il s'agit des vrais cactus que vous ne devrez pas confondre avec les euphorbes. Pour les distinguer, vous verrez que les cactus ont des petits coussinets feutrés à la base des aiguillons (et non pas des épines). Les cactées sont classées en trois familles : les Pereskioïdées, les Opuntioïdées et les Cactoïdées.
- Les Mésembryanthémacées : On en compte plus de 2000 espèces. Leur fructification les réunit. On les appelle aussi plantes-cailloux, doigt de sorcière, ficoïdes et "mesems". Elles ont soit des formes rampantes, soit des formes arbustives, soit sont sans tiges (acaules), soit elles sont mimétiques.
- Les Crassulacées : Environ 1300 espèces connues, c'est leur feuillage et leur floraison qui fait leur charme. On les retrouve beaucoup dans les intérieurs mais aussi dans les rocailles.
- Les Composées : Quelques plantes succulentes appartiennent à la plus riche des familles botaniques.
La distinction cruciale : Cactus versus Succulentes
À l'inverse des plantes succulentes, tous les Cactus (ou Cactées) font partie de la même famille, les Cactacées, une très grande famille de 2500 espèces réparties dans le monde en 90 genres. Du côté des cactus, on retrouve toutes les plantes de la famille des Cactaceae. Cependant, il faut noter que tous les cactus sont des succulentes, mais toutes les succulentes ne sont pas des cactus. Ces derniers possèdent des épines, ce qui les distingue des autres succulentes. On pense, par exemple, au très représentatif Opuntia, le figuier de Barbarie ou encore le coussin de belle-mère !
Gestion et entretien au quotidien
Les succulentes et les cactées ont des besoins similaires car elles sont adaptées à des milieux arides, mais il y a tout de même quelques nuances à prendre en compte. Cultivées en pleine terre ou en pot, le substrat doit être impérativement drainant. Le terreau « spécial cactus et succulentes » est parfait ! Pour la culture en pot, privilégiez les pots en terre cuite avec un trou d’évacuation. En tous cas, évitez tous contenants où l'eau stagne car vos plantes grasses détestent l’eau stagnante.
La règle d’or pour les deux catégories est simple : « mieux vaut pas assez que trop ! ». Pour les succulentes, l’arrosage reste modéré tout au long de l’année. Laissez sécher le substrat entre deux apports d’eau. Quand le substrat est sec sur 2 cm de profondeur, arrosez mais jamais à grande eau. Pour les cactées, l’arrosage doit être encore plus sobre avec un arrêt complet de novembre à février. Sinon, vous risquez le pourrissement des racines et donc de la plante.

Lumière et température : les clés de la réussite
Ce sont des plantes de lumière, mais là aussi, les besoins sont nuancés. Les succulentes aiment la lumière vive mais peu filtrée, surtout en été. En intérieur, mieux vaut les placer derrière une baie vitrée voilée. Quant aux cactées, elles préfèrent le plein soleil direct plusieurs heures par jour. Placez-les près d’une fenêtre orientée sud ou ouest.
Côté température, la plupart des plantes grasses supportent bien la chaleur. En hiver, préférez les garder au frais et au sec. Une température comprise entre 5 et 15°C est idéale, surtout pour les cactées. Certaines succulentes rustiques tolèrent le gel (comme Sempervivum), mais beaucoup ne le supportent pas. Soyez vigilants sur la rusticité de vos végétaux si vous voulez les cultiver en extérieur.
Zoom sur des espèces emblématiques
La Crassula (Crassula Ovata)
La Crassula, originaire d'Afrique du Sud, qu’on appelle aussi Arbre de jade, plante de l’argent, ou même plante porte-bonheur, est une succulente vivace, parfois arbustive. On adore ses feuilles ovales, épaisses, d’un vert brillant souvent bordées de rouge. Les tiges sont épaisses et donnent un aspect de petit tronc. La plante donne des fleurs blanches à roses en forme d’étoiles, en hiver mais cela reste rare en intérieur. En effet, les conditions ne sont pas souvent réunies. La Crassula a besoin de beaucoup de lumière pour rester compacte et colorée. Le plein soleil est toléré mais il faut l’acclimater progressivement.
Le Coussin de belle-mère (Echinocactus grusonii)
Le coussin de belle-mère, appelé le cactus hérisson, est originaire du Mexique, des zones semi-désertiques. Sa croissance est lente et il possède de longues épines, jaunâtres, rigides et très piquantes. La floraison de fleurs jaunes, en couronne au sommet, intervient uniquement chez les spécimens adultes de 15 ans et plus. Il lui faut le plus d’ensoleillement possible, en intérieur comme en extérieur. S’il résiste bien à la chaleur même au-delà de 35°C, par contre, il supporte le froid seulement jusqu’à 5°C au risque de dépérir s'il gèle.
Conseil d'experts : Rempoter les succulentes
Environnement et biodiversité dans le jardin
Dans mon jardin en Provence, il y a des cactus avec une locataire ! Il y a des plantes de différentes formes. Mais le plus grand plaisir de ce printemps a bien été la floraison de cet Echinopsis ou cactus oursin, une floraison un peu plus pâle que celle qu'il nous avait offert il y a deux ans. Je vous ai montré ce Stenocactus en fleurs dernièrement et il faut noter que sa floraison a duré presque deux mois en tout, mais si je partage cette photo c'est parce que c'est la première fois que je trouve un gecko accroché aux piquants. Stenocactus dangereux…
Il faut noter que les plantes grasses sont des espèces exceptionnelles. Certaines forment une rosette géante plus large et haute que les autres espèces. Elles structurent tout naturellement les décors exotiques, contemporains et sauvages. Par exemple, une belle espèce mexicaine aux longues feuilles souples vert tendre, terminées par une pointe, forme une touffe régulière, hémisphérique et très graphique. D'autres présentent une silhouette imposante formée de grandes feuilles raides, succulentes et pointues, de couleur gris-bleu.
Défis et parasites
Les parasites souvent observés sont les cochenilles et les acariens qui se développent dans des environnements chauds, secs et peu ventilés. Cela arrive souvent en intérieur, surtout en hiver. Sans oublier la pourriture due à un excès d’humidité, un excès d’arrosage et d’eau stagnante. Il faut noter que les cactus sont des plantes faciles à cultiver mais au contraire de ce que l'on croit, elles peuvent très vite dépérir à cause d'un trop plein d'humidité et des escargots qui malgré les piquants en sont friands, j'en perds tous les étés.

Perspectives historiques et botaniques
L'histoire des plantes succulentes est riche. Le Silphium, par exemple, était très répandu il y a 2000 ans dans les déserts du Cyrénaïque. Son extinction a eu lieu sous le règne d'Auguste, quand Jésus n'était alors qu'un enfant. Cyrène est restée célèbre pour son monnayage d'or où paraît la tête de Zeus muni des cornes d'Ammon. Au revers, une pousse de silphium, cette plante mystérieuse, panacée au cent usages divers, dont la Cyrénaïque faisait une grande exportation, ainsi que l'atteste dès le VIe siècle avant Jésus-Christ la fameuse coupe où l'on voit le roi Arcésilas assister à la pesée et à l'embarquement de la précieuse denrée.
Aujourd'hui, dans mon jardin, d'autres plantes cohabitent. Le Fenouil ou Fenouil commun (Foeniculum vulgare) côtoie les succulentes. En été, elles doivent être arrosées régulièrement tout en veillant à ce que le pot soit bien drainé. À sa première sortie printanière, mon Haworthia (qui appartient à la famille des Liliacées) a pris un coup de soleil mais il se remet en ce moment à mi-ombre. L'Aloe arborescens appartient à la famille des Aloeacées. Dans les potées, j'ai aussi une floraison abondante du Pourpier de Cooper qui est une succulente vivace de la famille des Aizoacées. Je l'ai bouturé seulement l'été dernier à partir d'un minuscule brin trouvé en bordure d'un chemin.
Esthétique et structuration du jardin
L'utilisation des succulentes permet des contrastes saisissants. Certaines espèces rares et rustiques forment une rosette bien régulière en forme de coupe. On peut observer un contraste entre les couleurs de ses larges feuilles vert franc couvertes de pruine blanche et l'orange-cuivré de ses épines disposées tout le long. Elle aime le plein soleil et les sols caillouteux, calcaires, arides. Effet exotique assuré !
Pour une petite rocaille, il existe de petites espèces aux feuilles gris vert très dures, terminées par une longue épine de couleur ivoire. D'autres sont composées de feuilles vert clair marginées de blanc et terminées par une épine noire. Enfin, un agave rustique de petite taille forme une rosette gris-vert bleuté avec un liseret noir et une forte épine terminale noire. Ces variétés permettent de varier les textures et les formes, transformant un simple espace extérieur en un paysage méditerranéen structuré et vivant, où la vie en rouge des coquelicots le long de la voie ferrée vient ponctuer le décor, rappelant la beauté éphémère de la nature provençale.