Les paysages côtiers méditerranéens, caractérisés par leur ensoleillement généreux et la présence omniprésente de la mer, abritent une flore unique et résiliente. Parmi ces végétaux, les plantes semi-grasses halophiles se distinguent par leurs adaptations remarquables à des environnements souvent perçus comme hostiles : les milieux salés. Le terme "halophile" désigne ce qui aime les milieux salés, et par extension, une plante halophile est une plante adaptée aux milieux salés ou, par extension, aux milieux à pression osmotique importante. Ces organismes sont également halotolérants, ce qui signifie qu'ils peuvent supporter des concentrations de sel élevées. Le contraire d'halophile est halophobe, synonyme de halicole, désignant les organismes qui ne supportent pas le sel.
Comprendre l'Halophilie : Une Question d'Osmose
Pour saisir l'ingéniosité des halophytes, il est essentiel de comprendre le phénomène d'osmose. L'osmose traduit le déplacement de l'eau du milieu le plus dilué vers le plus concentré. Les poils absorbants des racines des plantes absorbent l'eau et les sels minéraux, mais ils dépendent pour cela de la pression osmotique, qui dépend du différentiel de concentration entre le milieu extérieur et les cellules de l'organisme.

Si le milieu extérieur est trop salé pour la plante, elle n'absorbe plus l'eau. Au-delà d'un certain seuil, l'eau peut même sortir de la plante, la faisant se dessécher comme dans un désert. Inversement, dans certaines conditions, la plante peut souffrir d'un excès d'absorption d'eau. Chaque espèce, et dans une moindre mesure chaque individu, a un niveau d'équilibre osmotique correspondant à son milieu de vie optimum. Les marges de manœuvre sont plus ou moins grandes. Ainsi, les halophytes qui peuvent vivre dans un milieu très salé sont des halobiontes.
Diversité des Halophytes : Des Stratégies Variées
L'hétérogénéité des halophytes est augmentée du fait de la diversité des sels solubles présents. Si, au bord de la mer, les eaux et sols salés sont surtout riches en chlorure de sodium, il n'en est pas de même à l'intérieur des terres où de fortes concentrations salines peuvent être créées par l'accumulation de sulfates, de carbonates ou d'un mélange de plusieurs sels. Les halophytes sont le plus souvent installées dans des milieux alcalins. Elles ne constituent cependant pas l'ensemble des végétaux « alcalinophiles », car un sol peut être fortement alcalin sans contenir une solution riche en sel.
On distingue plusieurs catégories d'halophytes selon leur rapport au sel :
Halophytes Strictes (Obligatoires)
Un halophile strict est un organisme qui vit obligatoirement dans un milieu où la pression osmotique et la concentration en chlorure de sodium (près de 30 %) doivent être élevées, normalement dans de l'eau sursalée. Les halophytes obligatoires sont les espèces végétales qui nécessitent une concentration saline élevée pour survivre.

Le genre de plantes Salicornia, qui appartient à la famille des Amaranthacées (ou Chenopodiaceae selon les sources), en est un exemple emblématique. Ces plantes halophytes sont considérées comme des plantes succulentes et poussent généralement le long des plages côtières, des marais salants et des mangroves dans les Amériques, en Europe et dans les régions du sud de l'Asie. La salicorne est une halophyte commune sur les plages européennes et vit également sur des dunes de sable, la qualifiant d'énaulophile.
La salicorne d'Europe, par exemple, est un halophile obligatoire que l'on trouve associée aux marais salants et dans les environnements salins élevés des rivages océaniques. Son nom fait référence au fait qu'une fois brûlée, la cendre de salicorne est un composant essentiel dans la fabrication du verre et même du savon. Compte tenu de sa teneur élevée en sel, ses cendres créent du carbonate de sodium, parfois appelé alcali.
Halophytes Facultatives
Un halophile facultatif est un organisme halophile capable de se développer dans un milieu dont la concentration en sel atteint 2 %, mais qui ne requiert pas une telle concentration. Il peut être un halophile extrême si l'eau salée est du type eau sursalée, mais dans tous les cas, il est halotolérant. Il se distingue de l'halophile strict.
Certains halophytes sont capables de survivre dans des environnements salins et non salins. Quelques exemples d'halophytes facultatifs comprennent des plantes appartenant aux familles des Cypéracées (Cyperaceae), des Joncacées (Juncaceae) et des graminées (Gramineae ou Poacées).
Famille des Cypéracées (Cyperaceae) : Cette famille comprend plus de 5 000 espèces, dont la majorité se trouve dans les régions tropicales d'Amérique du Sud et d'Asie. L'un des exemples les plus connus est le carex papyrus (Cyperus papyrus), qui pousse dans des habitats marécageux et autour des rives des lacs en Afrique, en particulier dans les régions méditerranéennes et à Madagascar. Cette plante a été utilisée par les anciens Égyptiens pour créer l'un des premiers types de papier.
Famille des Joncacées (Juncaceae) : Cette famille comprend environ 464 espèces, dont la plupart appartiennent au genre Juncus. Ces plantes sont caractérisées comme à croissance lente et sont généralement considérées comme un type de carex ou d'herbe. Le jonc épars (Juncus effusus), par exemple, se trouve sur tous les continents sauf l'Antarctique. Cette plante, également connue sous le nom de jonc commun, pousse dans les zones humides, les marais, les landes et les zones riveraines.
Famille des Poacées (Poaceae) : Composée d'environ 12 000 espèces, dont la plupart sont des graminées à fleurs. Ces halophytes facultatifs sont l'une des plantes agricoles les plus importantes et comprennent des cultures telles que le riz, le blé, l'orge (Hordeum vulgare), le bambou, le millet et le maïs. L'orge, par exemple, peut tolérer une concentration de 5 g/L de sel et est considérée comme une halophyte marginale.
Halophiles Extrêmes
Un halophile extrême est un microorganisme halophile qui se développe uniquement dans un milieu dont la concentration en sel est élevée, typiquement en eau sursalée. Par exemple, les artémias sont des halophiles extrêmes, halotolérants qui plus est, qui supportent à la fois de vivre en eau saumâtre comme en eau salée, mais aussi en eau sursalée jusqu'à 15 % environ. L'artémia est un halophile facultatif.
Morphologie et Physiologie : Des Adaptations Remarquables
Les halophytes présentent des adaptations morphologiques et physiologiques fascinantes pour survivre dans des environnements où la plupart des plantes, appelées glycophytes (plantes des milieux non salés), périraient. Leurs caractéristiques sont souvent proches de celles des xérophytes, plantes des milieux arides.
Réduction de l'Appareil Aérien et Protection Contre la Transpiration
Pour contrer leur perte d’eau causée par la transpiration, les halophytes réduisent la taille de leur appareil aérien, constituant tous les organes se trouvant au-dessus du sol, tels que les feuilles et la tige. Ces plantes auront des feuilles petites et réduites souvent modifiées en aiguilles ou en écailles. Elles auront souvent une cuticule épaisse recouverte d’une couche cireuse afin de limiter la transpiration par cet endroit.
Environ 90 % de l’eau perdue par une plante sort par les stomates, pores responsables des échanges d’O2 et de CO2 entre l’atmosphère et la feuille. La quantité de stomates se trouvant sur les feuilles des halophytes sera donc grandement réduite pour limiter ces pertes. Les stomates peuvent également être dans des cryptes afin qu’elles soient moins en contact avec l’air. De plus, les feuilles peuvent être pubescentes pour limiter la circulation d’air et minimiser les échanges avec celle-ci.

Succulence : Des Réserves d'Eau Précieuses
Les halophytes ont généralement des structures qui sont homologues à celles des organismes végétaux vivant dans les milieux arides. En effet, ils possèdent souvent des organes aériens succulents ou charnus en guise de protection. Les tissus qui possèdent cette succulence sont créés à la suite de l’hypertrophie de certaines cellules du parenchyme, généralement un tissu de réserve ou d’assimilation, ce qui forme un tissu capable de se gorger d’eau lorsque la ressource est accessible. Le fait que leurs feuilles soient succulentes leur permet donc d’emmagasiner de grandes réserves d’eau. Leur tige, souvent charnue, leur confère la même propriété. Puisque les halophytes perdent beaucoup d’eau par transpiration et ce, proportionnellement à la surface de leurs tissus, et qu’un moyen de pallier cette perte est de faire des réserves d’eau, ces plantes ont avantage à avoir un ratio surface/volume très petit.
Gestion du Sel : Des Mécanismes de Défense Ingénieux
Lorsque la concentration en sel est trop élevée dans l’environnement de la plante, elle limitera l’entrée des sels dans ses tissus via des membranes perméables sélectives. Ces membranes ne laisseront pas entrer les sels dans le cytosol lorsqu’un certain seuil, tout dépendamment de la plante, est atteint.
- Excrétion du sel : Certaines plantes, comme le palétuvier rouge, possèdent des glandes situées sur leur épiderme qui aura pour but d’excréter les sels, surtout le NaCl, par les feuilles afin de diminuer la concentration en ions à l’intérieur des tissus et de ramener un certain équilibre ionique.
- Stockage vacuolaire : Chez la plupart des plantes, les sels en excès seront stockés dans des vacuoles afin de diminuer la concentration en sels auxquels le cytosol et les chloroplastes sont exposés. Cette propriété des cellules végétales de pratiquer une absorption supplémentaire de sels minéraux permet de maintenir leur pression osmotique interne légèrement supérieure à celle du milieu.
- Sénescence sélective : Chez les soudes du genre Suaeda, les tissus contenant une trop grande concentration en sel noirciront et tomberont. Cette forme de sénescence remplace les organes gorgés de sels par de nouveaux qui accompliront leur fonction.
Les adaptations des plantes
Classification Écologique des Halophytes
Les relations des plantes « halophiles » avec le milieu permettent de définir des halophytes selon leur localisation et leur exposition au sel :
- Halophytes submergées : Plongées entièrement dans de l'eau salée (algues et plantes marines).
- Halophytes terrestres : Dont seuls les organes souterrains sont en contact avec des teneurs importantes de sel.
- Aérohalophytes : Recevant sur leurs parties aériennes des embruns ou des poussières salées (végétation des falaises, dunes littorales, déserts).
Il est important de noter que le plus souvent, une même espèce végétale appartient tantôt à l'une, tantôt à l'autre de ces catégories ou à plusieurs de ces catégories à la fois. Ainsi, les salicornes qui se développent à la limite des hautes mers moyennes sont des halophytes terrestres puisque leurs racines baignent constamment dans une vase salée ; elles deviennent des halophytes submergées au moment des fortes marées et des aérohalophytes à marée basse.
Les halophytes sont abondantes dans la frange supérieure des plages et surtout dans les prés salés. L'herbu, pâturage recouvert régulièrement par la marée, est le territoire par excellence pour les plantes halophytes en France. Il possède une flore spécifique comme la pucinellie. En zone tropicale, le biotope est appelé mangrove lorsqu'il est arborescent (palétuviers). Mis à part les algues et, parmi les végétaux supérieurs, les palétuviers arborescents et quelques plantes buissonnantes (tamaris, atriplex), la plupart des halophytes sont herbacées (salicorne, spartine, obione, diverses graminées) et présentent des organes aériens charnus.
Halophytes Méditerranéennes et Semi-Grasses : Des Exemples Concrets
Le bassin méditerranéen, avec ses côtes et ses zones arides intérieures, est un terrain propice au développement de nombreuses halophytes. Beaucoup d'entre elles présentent une morphologie semi-grasse, c'est-à-dire qu'elles possèdent des tissus succulents sans être aussi extrêmes que certaines cactées.
- La Salicorne (Salicornia herbacea) : L'une des halophytes les plus connues est la salicorne que l'on trouve associée aux marais salants. Elle se développe chaque année et contribue à fixer définitivement les substrats.
- Le Palmier Dattier (Phoenix dactylifera) : Bien que non strictement semi-gras, le palmier dattier peut tolérer une concentration de 5 g/L de sel, le classant parmi les halophytes marginales.
- Les Aeoniums : Ces plantes succulentes sont très faciles à trouver dans les jardineries et les pépinières. Avec leur silhouette graphique, elles créent à elles seules une ambiance exotique.
- Les Agaves : Plantes succulentes de culture facile, les agaves n'ont pas fini d'attirer les collectionneurs.
- Les Yucas : Avec leur silhouette très graphique, les yuccas créent à eux seuls une ambiance exotique !
- Le Romarin : Un arbuste aromatique originaire des régions méditerranéennes, il peut tolérer des conditions de sol relativement difficiles, y compris une certaine salinité.
- Le Laurier Rose : Un arbuste méditerranéen populaire, capable de supporter des sols salins, notamment près des côtes.
- L'Olivier : Cultivé à grande échelle dans de nombreux pays, l'olivier enchante par sa floraison délicieusement parfumée et ses fruits juteux et sucrés. En début de saison, l'olivier a besoin qu'on s'occupe de lui, pour être pimpant durant toute une année.
- Le Polygale à feuilles de myrte (Polygala myrtifolia) : Un bel arbuste apprécié pour sa floraison prolongée et son feuillage persistant, qui peut se retrouver dans des milieux côtiers.
- Le Myrte : Pour une floraison estivale prolongée, blanche et odorante, choisissez le myrte !
- L'Arbousier : Un petit arbre qui se plaît dans les régions au climat doux.
- Le Clémentinier et le Mandarinier : Deux agrumes très communs, parfois confondus. Il faut dire que la clémentine est proche de la mandarine. Ces arbres fruitiers méditerranéens peuvent montrer une certaine tolérance au sel.
- Le Goyavier du Brésil : Un arbuste plein de surprises.
- Le Grenadier : Pour une note d'exotisme, des fleurs colorées, originales, et des fruits juteux, choisissez le grenadier !
- Le Lantana : Un petit arbuste compact au feuillage persistant ou semi-persistant.
- La Lavande : Fait partie de ces plantes connues de tous. Elle colore les champs provençaux et embaume nos jardins en été. Une note ensoleillée sans pareil au jardin !
- La Bougainvillée : Cet arbrisseau sarmenteux aux bractées fortement colorées, souvent associé aux climats méditerranéens.
Ces plantes, par leur capacité à prospérer dans des environnements salés, offrent des exemples frappants de l'adaptabilité du monde végétal. Leurs mécanismes de résistance au sel sont non seulement fascinants à étudier, mais ils ouvrent également des perspectives prometteuses pour l'agriculture dans des régions confrontées à la salinisation des sols. Les connaissances liées à des techniques culturales particulières visant à maintenir l'équilibre ionique du sol par des irrigations et des drainages appropriés ont permis la mise en culture de régions réputées incultes (polders, chotts) ; bien plus, l'irrigation par des eaux salées sur des terrains sablonneux a permis de valoriser certaines régions d'Israël.
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