Planter des Oignons avec du Fumier : Mythes, Réalités et Meilleures Pratiques

oignons dans un jardin

L'oignon (Allium cepa), ingrédient de base incontournable dans les recettes de cuisine, est un aliment essentiel à avoir dans son placard. Avec une gamme aussi large de sortes et de variétés différentes, il est tentant d'en cultiver soi-même. Cependant, la question de l'apport de fumier ou de crottin de cheval pour les alliacées comme les oignons, l'ail et les échalotes suscite de vifs débats parmi les jardiniers. Si certains affirment qu'il ne faut absolument pas en mettre, d'autres nuancent cette position en fonction du type et de la décomposition du fumier. Cet article explore ces différentes perspectives pour vous guider dans la culture de vos oignons en toute connaissance de cause.

Les Oignons : Exigences Culturales Générales

Avant d'aborder la question du fumier, il est important de rappeler les besoins fondamentaux des oignons pour une croissance optimale. Les oignons ont besoin d'un sol riche, neutre à calcaire, et d'une exposition ensoleillée. Certaines variétés peuvent être plantées en automne pour être récoltées au début de l’été, mais il y a un risque de pourrissement du bulbe si le terrain est lourd et très humide. La plantation printanière nécessite de creuser la parcelle, de la débarrasser des mauvaises herbes et des pierres au préalable. Une fois plantés, les plants doivent être espacés de 10 à 15 cm et les rangées de 30 cm. Un désherbage régulier de la parcelle est essentiel pour éviter la concurrence des mauvaises herbes.

variétés d'oignons

Les oignons plantés au printemps sont généralement prêts à être récoltés en fin d’été et début d’automne. Le moment idéal pour la récolte est lorsque le feuillage commence à se flétrir et à pencher sur le côté. Après la récolte, conservez les oignons dans un local lumineux, frais et bien ventilé pour assurer une bonne conservation.

Les Dangers de l'Excès d'Azote et les Maladies

L'apport en azote doit être géré avec précaution pour les oignons. L'apport azoté, par exemple sous forme de sang desséché, sera apporté en deux fois : un tiers à la plantation et les deux tiers restants un mois plus tard, une fois que les plants ont 5 à 6 feuilles. Il est crucial de ne plus apporter d’azote après cette période, car les excès d’azote leur sont préjudiciables durant la période de grossissement du bulbe. C'est pourquoi il ne faut pas les planter après des fabacées qui fixent dans le sol l'azote puisé dans l'air, ni les planter à proximité de ces dernières. Pour leur apporter le magnésium dont ils ont besoin, on peut en épandre 150 gr.

Les oignons peuvent être attaqués par la larve de la mouche de l’oignon. Ces petits asticots creusent des tunnels au sein du bulbe et se nourrissent de celui-ci. Des bulbes qui pourrissent et un feuillage qui s’affaisse sont des signes révélateurs de leur présence. Une autre menace est la rouille du poireau, une maladie fongique qui affecte la famille des alliacées. Elle se manifeste par des points orange sur les feuilles et peut affaiblir la plante. Bien que cette maladie touche moins l’oignon, il est recommandé d'ôter toutes les feuilles malades dès leur apparition et de les brûler, en veillant à ne pas les jeter sur le compost. La rouille du poireau est plus courante lors de longues périodes d’humidité et lorsque les cultures sont trop rapprochées.

Le Débat sur le Fumier et les Oignons

De nombreux jardiniers ont appris qu'il ne fallait pas mettre de fumier ou de crottin de cheval aux ails, oignons et échalotes. Cette mise en garde est souvent justifiée par l'observation que le fumier frais peut faire pourrir les bulbes. Des jardiniers témoignent de bonnes récoltes sur les parcelles les plus pauvres de leur jardin (terre calcaire) où ils ne mettent le fumier que sur celles qui accueilleront les tomates, courgettes, potirons ou aubergines. L'idée est que l'oignon, l'ail et l'échalote n'apprécient pas la fumure.

Cependant, la question est plus nuancée. Le fumier est depuis toujours une bénédiction pour les cultures, offrant de nombreux nutriments et améliorant grandement les sols. Le fumier de cheval, en particulier, est apprécié pour ses qualités intéressantes.

Le Fumier de Cheval : Un Amendement de Choix

Le fumier est un bon amendement pour le sol, composé à la fois de déjections animales, d’urines et de matières végétales (paille ou déchets). Il est ainsi constitué comme un parfait compost : un mélange de matières sèches, ligneuses et donc riches en carbone, et de matières humides et riches en azote. Lors de sa décomposition, il offre au sol tous les nutriments dont il est composé : minéraux et oligoéléments. Ses matières organiques favorisent également la formation d’une couche d’humus. La structure comme la composition du sol en sont améliorées, quelle que soit la qualité du sol au départ (argileux ou sablonneux). Le sol devient plus aéré, l’air et l’eau y circulent mieux, et l’eau y est plus facilement retenue, ce qui est extrêmement profitable aux plantes cultivées.

Les Intérêts du Fumier de Cheval au Potager

Parmi les différents fumiers, l’utilisation du fumier de cheval pour le potager est un bon choix. Il est bien équilibré grâce à sa teneur en paille et est particulièrement apprécié pour les terres lourdes et argileuses, qu’il contribue réellement à améliorer. Il est particulièrement riche en potasse et en azote.

Les Inconvénients du Fumier Frais

Le fumier frais présente quelques inconvénients. Il est assez riche en ammoniaque à cause des urines, donc une quantité importante peut être polluante. Il peut contenir des restes de traitements médicamenteux, comme des vermifuges, et des pathogènes (bactéries ou autres). Cependant, sa rapide montée en température et la présence d’oxygène vont assez rapidement les détruire. Il est généralement conseillé de ne pas l’épandre juste avant de faire des plantations, mais plutôt au moins 3 à 4 mois avant. La quantité d’azote qu’il contient est un peu importante pour certaines plantations et risque de brûler leurs racines. Néanmoins, le fumier de cheval est assez fibreux et moins chargé en azote que d’autres fumiers. L’utiliser frais a par contre l’avantage de doper l’activité biologique du sol. Après environ un mois, le fumier de cheval pourra être utilisé comme lit de culture pour certains légumes, comme les tomates et les courges. Par contre, il ne faut pas l’utiliser frais en cours de culture, lorsque les plants ont déjà poussé, car les éventuels agents pathogènes pourraient encore être actifs et contaminer la production.

L'Importance du Fumier Décomposé (Composté)

Il faut environ 6 mois pour composter correctement un fumier. Le fumier de cheval, qui monte très haut en température, peut ainsi se débarrasser des éventuelles bactéries ou parasites qu’il peut contenir. Ce compostage permet également d’équilibrer les ratios NPK (N pour azote, P pour phosphore, K pour potasse). Un fumier de cheval bien décomposé présente ainsi un NPK de 0,6 % d’azote, 0,4 % de phosphore et 0,7 % de potassium. Il ne fait donc courir aucun risque aux racines de jeunes végétaux qu’une forte quantité d’azote peut brûler, et les quantités de minéraux apportés au sol restent raisonnables. Vous pouvez donc l’épandre en quantité sans crainte, les doses conseillées étant de 1 à 3 kg par m² par an.

tas de fumier en décomposition

Pour bien mener ce compostage, plusieurs choses sont importantes : ne pas réaliser de tas trop hauts, dans lesquels le processus ne se passerait pas correctement. Il est conseillé d'installer le tas sur des branchages, qui permettront à l’air de passer en-dessous et favoriseront également l’écoulement du liquide qui se forme au cours de la décomposition. Ou bien, il faut le retourner au moins trois fois au cours des six mois. Il est également conseillé de couvrir le fumier, par exemple avec de la paille, pour éviter le lessivage de tous les nutriments dans le sol entraînés par la pluie.

Utilisation du Fumier de Cheval au Potager

Le fumier de cheval est bon pour presque tout au potager. Il sera utilisé frais, à demi-mûr ou totalement composté selon les cas. Il doit être apporté aux légumes et autres plantes potagères qui en ont le plus besoin, comme toutes les courges, les tomates et autres solanacées (poivrons, aubergines…). Ces légumes gourmands supportent bien le fumier à demi-mûr, voire à peine composté. Les pommes de terre en sont également friandes, car le fumier de cheval est riche en potasse. Les salades peuvent aussi en profiter, mais ne leur donnez que du fumier bien décomposé.

C'est ici qu'il est crucial de noter qu'il faut éviter de planter des alliacées comme les oignons, l’ail et l’échalote à des endroits que vous avez enrichis avec du fumier (ou d'autres matières organiques d’ailleurs), car elles ont horreur de ça. Le fumier de cheval en sac pour potager est généralement du fumier déjà composté, que vous pouvez donc utiliser dès l’achat.

Sur les Planches de Culture

Le meilleur moyen pour bien intégrer le fumier dans le sol, c’est de ne pas l’intégrer trop profondément. Il convient en effet de l’étaler sur le sol et de le laisser se décomposer jusqu'au moment des plantations, environ 3 à 4 mois. Sa décomposition doit se faire en milieu aérobie, c’est-à-dire exposé à l’air. L'automne est le moment conseillé pour réaliser cet épandage. Une fois le printemps venu, le gel et les pluies étant passés sur le fumier, aidés par les microorganismes vivants dans le sol, le fumier sera parfait pour les plantes potagères. Les vers de terre et autres organismes feront leur travail et l'incorporeront progressivement dans le sol, en douceur et déjà décomposé. Vous le grifferez légèrement avant d’y faire vos plantations. Cette méthode permet de nourrir le sol, de l’enrichir, sans pour autant nuire à la vie indispensable qui s’y cache. Non seulement vos légumes y trouveront les nutriments dont ils ont besoin pour une bonne croissance, mais en plus votre terre sera améliorée. La couche de fumier de cheval doit être épaisse, et il est judicieux de couvrir cet amendement avec, par exemple, toutes les feuilles mortes ramassées dans votre jardin. Si vous êtes dans une zone ventée, fixer un filet sur les feuilles peut éviter qu’elles ne s’envolent.

couche de fumier sur le sol

Alternative Printanière

Une autre possibilité est d'utiliser le fumier de cheval pour le potager au printemps. Lorsqu’il est bien décomposé, cette matière organique peut tout à fait être apportée sur les planches un peu avant les plantations. Au début du mois de mars, il faut faire une couche de 6 cm environ et patienter une quinzaine de jours. Vous aurez juste ensuite à l’enfouir superficiellement et planter ou semer comme vous le faites habituellement. À savoir : le fumier frais peut être apporté sur des cultures, mais veillez à n’en mettre qu’une très petite quantité.

Une Approche Permaculturelle

Plutôt que d'enfouir, même superficiellement, le fumier de cheval épandu, celui-ci peut tout simplement être recouvert de matières ligneuses, composées de lignine (substance organique qui, associée à la cellulose, compose le bois), par exemple de la paille, des feuilles ou du BRF. Vous formerez ainsi, progressivement, des buttes sur lesquelles vous pourrez planter vos légumes sans avoir à travailler le sol. C'est une méthode qui s'inscrit dans les principes de la permaculture, en utilisant les végétaux verts, la tonte de gazon, le fumier des chevaux de la voisine, la paille et le BRF pour rehausser la zone de travail et enrichir le sol.

Comme Couche Chaude

Il est très simple de faire une couche chaude au potager, où elle servira pour les semis et jeunes plants frileux à planter plus tard. Le fumier de cheval est tout à fait approprié à la confection de ces couches chaudes, car il monte rapidement en température. Vous pouvez la construire directement sur le sol, mais il est plus judicieux de creuser une fosse d’une cinquantaine de centimètres, ce qui permettra de conserver la chaleur émise par la décomposition des matières organiques qui la composent. Faites une couche de 30 à 40 cm de fumier de cheval et arrosez copieusement. Le fumier peut être mélangé à des déchets verts variés, comme des tontes de gazon ou du BRF, et recouvert d’une couche de compost. Sans fosse, fabriquez un cadre en bois d’environ 30 cm de hauteur qui sera posé sur le tas, le cadre devant être un peu plus petit que le tas de fumier. Étalez du terreau par-dessus et attendez une semaine. Passé ce délai, la température sera plus douce, environ 20 °C, et vous pourrez y installer vos semis et jeunes plantes potagères.

Le Fumier Déshydraté

Très simple à utiliser de par sa présentation en granulés, le fumier déshydraté est idéal pour tous ceux qui n’ont pas accès à du vrai fumier. Il a de plus l'avantage de pouvoir être employé à tout moment et pour de nombreuses plantes potagères : pommes de terre, tomates, salades, petits fruits… Vous l’emploierez aussi bien pour fertiliser le sol avant une plantation que pour apporter des nutriments en cours de croissance de vos plantes potagères. Il se mélange très simplement à la terre ou au terreau et s’incorpore par griffage ou ratissage. En entretien, il sera apporté une fois par an, à l’automne ou au printemps, à raison d’un kilogramme par mètre carré.

fumier déshydraté en granulés

Quantité et Fréquence d'Application

Quel est le dosage de fumier de cheval pour le potager ? En règle générale, les plantes les plus gourmandes du potager nécessitent entre 15 et 20 g d’azote, entre 8 et 10 g de phosphore et entre 20 et 30 g de potassium, par an et par mètre carré. Cependant, ces besoins sont en partie apportés par d’autres biais : la décomposition du paillage lorsqu’il est organique, le compost, l’utilisation d’engrais verts. Pour la première année, 3 kg de fumier de cheval décomposé est une bonne dose, puis 1 kg par mètre carré la deuxième année. En entretien, l’épandage de fumier décomposé ne sera pas fait tous les ans. Vous pourrez apporter ce fumier tous les deux ou trois ans, à raison d’un kilogramme par mètre carré.

Quelle que soit sa forme, utilisez le fumier de cheval pour votre potager qui vous le rendra bien sous forme de beaux et bons légumes. Les apports de fumiers vont améliorer votre sol au fil des années, le rendant plus facile à travailler.

Le Compostage : Un Processus Essentiel

La distinction entre compost et fumier est importante pour comprendre leur utilisation optimale. Le mot compost désigne toute matière organique qui a subi un processus de compostage. Pour être précis dans la désignation du compost et des intrants qui le composent, on distingue :

  • Le "compost de ferme" qui regroupe tous les composts faits à partir des fumiers, seuls ou en mélange.
  • Le "compost vert" issu des plateformes de compostage.
  • Le "compost domestique" réalisé par des particuliers seuls ou en commun.

tas de compost domestique

Le compostage domestique consiste à apporter au fur et à mesure les déchets de cuisine et de jardin au composteur (ou tas). Pour accélérer le processus et obtenir un compost demi-mûr plus rapidement, certains jardiniers le reprennent totalement deux fois par an en y ajoutant quelques poubelles de fumier frais et d'autres déchets frais si disponibles. Ce mélange fait monter la température et lance le processus. Un compost demi-mûr peut être obtenu en quelques petites semaines et se reconnaît à son aspect brunâtre, où l'on voit encore de la matière organique sans pouvoir l'identifier, et le tas, si on le brasse, n'est plus capable de chauffer. L'intérêt du compost demi-mûr sur le compost mûr est qu'il va finir son humification sur le sol et générer une activité biologique intense. Si l'on apporte du fumier frais en quantité suffisante, on peut obtenir du compost demi-mûr vers fin octobre, ce qui est préférable à fin novembre dans certaines régions où les vers de terre sont moins actifs avec l'intensification du froid.

Protéger le Sol en Hiver

Il est important d'avoir de la racine vivante dans le sol pendant l'hiver. Si l'on cultive peu pendant cette période, il faut essayer d'avoir quelques planches de culture semées en engrais vert d'hiver. D'autres planches peuvent avoir reçu un engrais d'automne gélif qui laissera beaucoup de racines dans le sol lors de sa destruction par le gel et une couverture de surface pendant une bonne partie de l'hiver. Les autres planches de cultures resteront avec le paillis de l'été qui sera renforcé avant les premiers froids. Il est également possible de laisser les racines des plantations de l'été en terre et les déchets sur place, ainsi qu'une couverture de BRF. La permaculture permet d'utiliser les végétaux verts, la tonte de gazon, le fumier des chevaux de la voisine, la paille et le BRF pour rehausser la zone de travail et protéger le sol du froid.

En fin de saison, fin septembre, il est courant d'étaler une couche de fumier mûr sur les planches qui accueilleront les tomates, courgettes, etc., tout en préservant les planches pour l'oignon et l'échalote, ainsi que les haricots verts qui n'ont pas besoin de fumure. À la tombée des feuilles de kiwis, il est judicieux de les étaler sur tout le potager pour protéger la terre du froid. Le paillage du potager est également une excellente pratique pour protéger la terre de la chaleur et de la sécheresse.

paillage du jardin

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