Tout savoir sur les semences de blé certifiées : De la sélection à l'implantation

La culture du blé, pilier de l'agriculture française, repose sur un socle fondamental : la qualité des semences. Que l'agriculteur choisisse des semences certifiées ou des semences de ferme, chaque décision technique, du choix variétal jusqu'à la profondeur de semis, influence directement le potentiel de rendement et la pérennité de l'exploitation.

Schéma illustrant la structure d'un grain de blé : embryon, albumen et enveloppe

Structure et biologie de la graine de blé

Avant d’être cultivé par nos ancêtres, le blé (famille des graminées) était une plante sauvage, triticum spontaneum. La graine de blé, élément fondamental de la culture blé, est composée de trois parties principales : l’embryon, l’albumen et l’enveloppe. L’embryon, le cœur de la graine, est la future plante, contenant la radicule (future racine) et la gemmule (future tige). L’albumen, la réserve nutritive, fournit l’énergie nécessaire à l’embryon pendant la phase cruciale de la germination blé. L’embryon représente environ 2 % du poids total de la graine de blé, tandis que l’albumen en constitue environ 85 %. L’enveloppe, quant à elle, représente les 13 % restants.

La dormance est un état de repos physiologique qui empêche la graine de germer immédiatement après sa maturation. Ce mécanisme naturel permet à la graine de survivre à des conditions environnementales défavorables et de germer au moment le plus propice. Au cours de la maturation, la graine accumule des réserves nutritives, principalement sous forme d’amidon, de protéines et de lipides, qui serviront à alimenter l’embryon lors de la germination.

Le choix des variétés : Un levier agronomique majeur

Pour Emmanuel Bonnin, du Service Agronomie Conseil et Innovations chez Soufflet Agriculture, l’étape la plus importante de la production du blé est le choix de la variété. Des caractéristiques des variétés dépendront, en grande partie, la construction de l'itinéraire technique et les décisions à prendre dans le cadre des interventions à réaliser à chaque stade de la culture : le choix des herbicides pour préserver la plante de la concurrence des mauvaises herbes, l’application d’un régulateur, les apports d’engrais, ou encore, la protection fongicide.

Il existe une grande diversité de variétés de blé, mais on distingue principalement deux types : le blé tendre (Triticum aestivum) et le blé dur (Triticum durum). Le blé tendre est principalement utilisé pour la fabrication de farine destinée à la panification et à la pâtisserie. Le blé dur, caractérisé par des grains plus durs et vitreux, est privilégié pour la production de semoules et de pâtes alimentaires. Choisir une variété adaptée à un microclimat local peut augmenter le rendement blé de 10 à 15 %.

Comprendre l'adaptation au changement climatique

Semences certifiées vs semences de ferme : L'arbitrage économique et technique

La question taraude bon nombre d’agriculteurs lors des semis du blé tendre. « La première raison pour laquelle les agriculteurs choisissent les semences de ferme, est économique », annonce Sylvain Ducroquet, président du syndicat des trieurs à façon français (Staff). Avec des semences fermières, l’agriculteur peut espérer économiser jusqu’à 30 % par rapport aux prix des semences certifiées.

Cependant, le système de certification des semences est un processus rigoureux mis en place pour garantir la qualité des graines de blé mises sur le marché. Des organismes de certification, comme SEMAE en France, contrôlent la pureté variétale, la germination blé, la qualité sanitaire et la conformité aux normes établies. L’utilisation de semences certifiées garantit une germination blé minimale de 85 % et une pureté variétale de 99 %.

Le financement de la recherche

Si l’écart de prix est important, « c’est parce que la recherche variétale n’est pas financée de la même manière dans les deux systèmes », estime Thierry Momont, président de la section céréales du Gnis. Le surcoût lié aux semences certifiées comprend aussi le fait qu’elles sont livrées clé en main. « Le temps que l’agriculteur ne consacre pas aux semences de ferme peut alors servir à une autre tâche », remarque une conseillère de la chambre d’agriculture de Moselle.

Traitements de semences sur mesure

Sur le plan technique, les semences fermières sont triées et traitées à la demande de l’agriculteur, ce qui peut réduire le coût du traitement. Le président du Staff l’illustre : « Nous ajoutons au fongicide de base un insecticide contre la mouche grise uniquement si le besoin s’en fait sentir. » A contrario, les semenciers gèrent un risque collectif. « Nos garanties doivent être valables quelles que soient les pressions maladies ou ravageurs », explique Thierry Momont.

En 2024, le Syndicat Layon Aubance Louets, avec la Chambre d’Agriculture, a conduit un essai comparatif semences traitées vs non traitées sur blé. Résultat : il n’y a aucune différence entre la partie semences traitées et semences non traitées, que ce soit sur la levée ou sur l’état sanitaire en végétation. Le traitement systématique n’est pas justifié.

Maîtriser l'implantation : Dates, densités et profondeur

En agriculture biologique, plusieurs précautions sont à prendre concernant le semis. En premier lieu, la date de semis doit être raisonnablement retardée. La bonne fourchette de dates de semis s’étale du 15 octobre au 15 novembre en situation de plaine, et de fin septembre à fin octobre en situations d’altitude. Au moins trois bonnes raisons justifient les semis tardifs : avoir le temps de réaliser le ou les faux-semis, limiter le temps d’exposition de la jeune culture à des infestations de ravageurs et limiter la pression de graminées à l’automne.

Il est préconisé de semer, à date normale et en toutes situations, entre 250 à 350 grains par mètre carré. Cela équivaut à un poids de semences par hectare compris entre 120 ou 160 kg pour un PMG moyen. Attention, la densité doit être plus forte de 10 % lorsque les conditions de semis sont très humides. Un semis de blé doit se faire entre 2 cm et 4 cm de profondeur. En cas d’utilisation d’une herse étrille ou d’une houe rotative, il ne faudra pas aller en-dessous de 3 cm de profondeur, pour éviter d’arracher des plantes en désherbant.

Infographie montrant la profondeur optimale de semis et l'impact sur la levée

De la levée à la récolte : Le cycle du blé

La température minimale de germination des graines est de 3° C. Les premières pousses sont visibles après dix jours à peine, c’est la levée. Le rythme d’émission des feuilles est réglé par des facteurs externes comme la durée du jour et le rayonnement au moment de la levée. Des bourgeons se forment à l’aisselle des feuilles et donnent des pousses, des tiges latérales creuses appelées talles. Chaque talle primaire donne des talles secondaires.

La tige s’allonge de façon télescopique : un nœud marque chaque étape de sa croissance. À 2 ou 3 centimètres du sol, le premier nœud est repérable au toucher sur le maître-brin, où s’ébauche déjà l’épi. Les grains se développent en plusieurs stades : le stade laiteux, le stade pâteux, puis la maturité complète. À sur-maturité, le grain est mat et tombe tout seul de l’épi ; chaque épi porte de 45 à 60 grains : leur nombre dépend de la variété et des conditions de croissance rencontrées.

Gestion de la qualité et conservation

Garantir une qualité peut s’avérer difficile lorsque les grains sont maigres. Il est donc important d’effectuer un test de germination, qui indique le pourcentage de germination des grains. Il peut être fait chez soi. « Il suffit de lever la dormance en passant les graines au réfrigérateur et d’en semer une centaine dans une jardinière, explique Vincent Moulin, conseiller à la FDgeda du cher. » Pour s’assurer d’un bon taux de germination, il faut que 80 % des grains aient germés.

Les conditions de stockage optimales pour les graines de blé incluent une température et une humidité contrôlées. Une température basse (inférieure à 15°C) et une humidité relative faible (inférieure à 60%) sont idéales pour préserver la viabilité des graines. Une bonne ventilation permet d’éviter la condensation et le développement de moisissures, qui peuvent altérer la qualité des graines et réduire leur capacité de germination.

Enjeux globaux et avenir de la production

Le blé, source d’alimentation de base pour plus de 35% de la population mondiale, joue un rôle crucial dans la sécurité alimentaire globale. La surface cultivée en blé en France est d’environ 5 millions d’hectares. La production de blé est menacée par le changement climatique, les maladies et les ravageurs. Le développement de nouvelles variétés de blé plus résistantes et plus productives est essentiel pour garantir la sécurité alimentaire dans le futur. L’innovation dans la sélection et la production de semences, ainsi que l’adoption de techniques de production plus durables comme l’agriculture de conservation, sont les axes majeurs pour relever les défis de demain.

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