La valorisation des déchets organiques à Istres et au-delà : Enjeux, méthodes et déploiement

Introduction : L'impératif de la valorisation des biodéchets face aux défis environnementaux

Schéma de l'économie circulaire des biodéchets

La problématique de la gestion des déchets est devenue un enjeu majeur à l'échelle mondiale, et la valorisation des déchets organiques, également appelés biodéchets, se positionne comme une solution essentielle pour relever les défis environnementaux actuels. Les usagers se mobilisent de façon croissante autour de la réduction des déchets et du réchauffement climatique, une prise de conscience qui s'inscrit dans un contexte où les solutions traditionnelles comme l'incinération ou l'enfouissement montrent leurs limites. Les déchets organiques, qu'il s'agisse de biodéchets, de boues ou de tontes de pelouse, sont riches en matière organique et en fertilisants, leur conférant un réel intérêt agronomique qui n'a plus sa place en incinération. Cette approche contribue à réduire notre dépendance aux engrais chimiques fossiles et issus de mines, grâce à la production de compost, un excellent fertilisant riche en azote et phosphore.

Les déchets alimentaires, constitués à 70% d'eau, illustrent parfaitement cette nécessité. Leur traitement en incinération ou en enfouissement n'est pas une solution durable, engendrant des processus très énergivores pour l'incinération et d'importantes émissions de méthane, un gaz à effet de serre quatre fois plus réchauffant que le dioxyde de carbone (CO2), lors de l'enfouissement. Le tri et la valorisation des biodéchets résonnent positivement auprès des usagers en France, qui se mobilisent de façon croissante autour de la réduction des déchets et plus globalement des problématiques environnementales.

4 raisons de faire du compost

Cette dynamique est confirmée par une enquête nationale où 63% des Français ont entendu parler de l’entrée en vigueur du tri des biodéchets pour les usagers. Cependant, la notoriété de cette mesure est très clivée selon la catégorie d’âge : seuls 46% des moins de 25 ans en ont entendu parler contre 75% des 65 ans et plus. En termes d'expérimentation, 56% des Français ont déjà expérimenté le recyclage des biodéchets (dont 37% le font systématiquement), tandis que 23% pourraient le faire au 1er janvier et 21% y sont réfractaires. C’est en région parisienne (28%), en Région Sud-PACA (28%) et chez les habitants en appartement (31%) que l’on trouve la plus forte résistance au tri des biodéchets.

Depuis le 1er janvier 2024, conformément au droit européen et à la loi anti-gaspillage de 2020, le tri des biodéchets se généralise. Cette obligation s'applique à « tous les producteurs ou détenteurs de biodéchets, y compris aux collectivités territoriales dans le cadre du service public de gestion des déchets ». En pratique, cela signifie que les collectivités territoriales sont tenues de proposer à leurs habitants une ou plusieurs solutions pour leur permettre de trier leurs biodéchets, qu'il s'agisse de collecte en porte-à-porte, de points d’apport volontaire ou de composteurs collectifs et individuels. Le Ministère de la Transition Écologique, dans un avis publié le 6 décembre 2024, précise que « Pour des motifs liés à l’accessibilité, à la qualité et à la performance du geste de tri, la collecte en porte à porte est, dans la mesure du possible, privilégiée. »

Comprendre les biodéchets : Définition, catégories et impacts

Qu'est-ce qu'un déchet organique ou biodéchet ?

Les déchets organiques, également appelés déchets fermentescibles ou biodégradables, sont des résidus d’origine végétale ou animale qui peuvent être dégradés par les micro-organismes pour lesquels ils représentent une source d'alimentation. Lorsque nous parlons de déchets organiques, il est crucial de comprendre de quoi il s'agit précisément. Dans la catégorie des biodéchets sont compris les « déchets alimentaires », aussi appelés « déchets de cuisine et de table », qui représentent l’essentiel des biodéchets produits par les usagers ou les professionnels de la restauration, des traiteurs ou des magasins de vente au détail ainsi que des établissements de production ou de transformation de denrées alimentaires. Il s’agit typiquement des déchets de cuisine tels que les restes de repas ou de préparation de repas, ou encore les produits périmés non-consommés.

Pourquoi le tri des biodéchets est-il si important ?

La valorisation des biodéchets est un enjeu crucial, notamment parce qu'un tiers de nos poubelles est constitué de déchets alimentaires. Ces déchets, s’ils ne sont pas correctement triés, finissent généralement à l’incinération ou à l’enfouissement. Ce processus est particulièrement problématique pour plusieurs raisons :

  • Impact environnemental de l'incinération : L’incinération des biodéchets est très énergivore à cause de leur forte teneur en eau. Cela signifie que beaucoup d'énergie est nécessaire pour brûler ces déchets, ce qui est inefficace et coûteux.
  • Émissions de gaz à effet de serre dues à l'enfouissement : L’enfouissement génère également d’importantes émissions de méthane, un gaz à effet de serre quatre fois plus réchauffant que le dioxyde de carbone (CO2). Le méthane est un puissant contributeur au réchauffement climatique, rendant l'enfouissement des biodéchets particulièrement néfaste pour l'environnement.

La valorisation des déchets organiques par le compostage permet de transformer ces déchets en une ressource précieuse, un amendement organique de qualité. Ce processus soutient la prévention de l’érosion des sols et la limitation du ruissellement par temps de pluie, puisque les apports de compost multiplient par quatre la capacité de rétention en eau des sols. De plus, la séquestration du carbone dans les sols, permise par l'apport de compost, est un moyen efficace de réduire les émissions de gaz à effet de serre. L’INRA participe activement à l’initiative « 4 pour 1000 », dont l'objectif est d'augmenter les stocks de matière organique des sols de 4 pour 1000 par an. Une telle augmentation permettrait de compenser l’ensemble des émissions des gaz à effet de serre de la planète.

Le processus de compostage : De la collecte à l'amendement organique

Les étapes clés du compostage industriel

Le compostage est un processus biologique complexe qui transforme les déchets organiques en un amendement riche pour les sols. Les sites de compostage que nous exploitons sont des Installations Classées soumises à une réglementation stricte, notamment pour les sous-produits animaux (SPA3). Ils sont contrôlés régulièrement par les services de l’état. La réglementation SPA (Sous-Produits Animaux) est quant à elle axée sur des notions de traçabilité, de non-recontamination et d’hygiénisation.

Le processus se déroule en plusieurs étapes rigoureuses :

  1. Acceptation des déchets : Avant d’envisager le traitement des boues ou d’un co-produit, nous demandons au producteur du déchet une analyse initiale complète selon les paramètres de l’arrêté du 08/01/1998. Si le déchet est conforme aux seuils d’acceptabilité donnés dans le modèle de FID (Fiche d'Identification des Déchets) ou DAP (Demande d'Acceptation Préalable), nous délivrons un Certificat d’Acceptation Préalable (CAP) permettant le traitement sur le site.
  2. Contrôle à la livraison et traçabilité : À la livraison, un premier contrôle visuel a lieu pour s’assurer que le chargement correspond bien au déchet analysé et déclaré. Afin d’assurer la traçabilité des intrants, les données issues de la réception et du pont bascule sont informatisées sur notre logiciel de traçabilité. Une procédure rigoureuse de gestion par lots est appliquée en vue de garantir la qualité des composts et la traçabilité des produits traités, notamment pour les aspects sanitaires (microbiologie).
  3. Préparation du mélange : Pour composter, nous avons besoin à la fois de matières organiques à dégrader (biodéchets, boues, tonte de pelouse…) et d’un support carboné pour que les micro-organismes à l’origine de cette fermentation se fixent (bois, refus…). La préparation des produits (dosage, mélange) est essentielle pour obtenir les conditions optimales au démarrage de la fermentation.
  4. Fermentation et hygiénisation : La fermentation garantit une montée en température suffisante grâce au rôle des bactéries. En se nourrissant, elles décomposent les matières organiques et provoquent de la chaleur qui détruit les micro-organismes indésirables pour hygiéniser le produit. Grâce à des capteurs, la température est contrôlée et doit monter à 55°C pendant au moins 3 jours successifs, à l’issue de quoi l’andain (tas de déchets organiques) est retourné. Cette opération renouvelée 3 fois garantit une bonne hygiénisation.
  5. Criblage : Le criblage consiste à séparer les éléments fins (le compost) des éléments grossiers pour disposer d’un produit adapté aux besoins des agriculteurs.
  6. Maturation : Au cours de cette phase, les bactéries poursuivent leur activité pour stabiliser le compost. Le compost produit a adopté son état définitif : un amendement organique de qualité.
  7. Stockage et analyses : Le stockage du compost permet d’entreposer celui-ci pendant les délais d’analyses. Un échantillon de chaque lot de compost stocké est analysé afin de s’assurer de sa conformité réglementaire et de sa qualité agronomique (nutriments nécessaires au sol).

Schéma du processus de compostage

Le compost produit est un compost dit « compost vert » (NF U 44-051) contenant des déchets verts, des déchets agricoles et des déchets alimentaires.

Bonnes pratiques pour le compostage domestique

Pour ceux qui pratiquent le compostage à domicile, certaines recommandations sont essentielles pour un processus efficace et sans nuisances :

  • À composter : Épluchures, fruits et légumes abîmés, trognons de pommes, marc à café, tontes de pelouse. Le carton d’emballage brun est un excellent substitut à la matière brune, riche en carbone, lorsque vous ne trouvez pas de matière végétale sèche. Les rouleaux d'essuie-tout et le papier hygiénique sont également compostables. Pensez aussi au fumier de cheval ou même les fientes de poules, mais avec parcimonie puisqu'elles sont très riches en azote.
  • À éviter : Il est recommandé d’éviter les produits d'origine animale comme les viandes, les poissons, les produits laitiers et les os. Ce n’est pas que ces aliments soient néfastes au bon processus de dégradation de la matière, mais ces aliments peuvent attirer des insectes et des animaux nuisibles tels que les rats et les mouettes, ce qui peut entraîner des problèmes sanitaires. Le carton blanchi ou imprimé (qui contient de l’encre) n'est pas compostable.
  • Conditions optimales : Le compost a besoin d'oxygène pour sa décomposition. Si le compost est trop sec et que l'apport de déchets humides n'est pas suffisant, les bactéries meurent et seuls les champignons continuent à travailler, ce qui peut faire apparaître des filaments blancs.

Exemple de composteur individuel

Pour récupérer le compost mature, il suffit d'ôter la façade avant du composteur, puis de retirer la couche supérieure de biodéchets encore en décomposition.

Initiatives locales et déploiement du tri des biodéchets

Le cas d'Istres et du Territoire Istres-Ouest Provence

Dans le Territoire Istres-Ouest Provence, le développement du compostage individuel est une priorité stratégique. Depuis le 11 octobre 2021, les habitants de maisons avec jardin peuvent se rendre sur le site ouestprovence.fr pour réserver leur composteur individuel. Composter est un moyen simple et efficace de réduire le volume de ses déchets et de contribuer à la préservation de l’environnement tout en obtenant un fertilisant naturel et gratuit pour son jardin. C’est aussi un moyen de réduire ses déplacements en déchetterie et de gagner en temps et en argent.

Pour la Métropole, le constat est clair : les biodéchets constituent 1/3 des ordures ménagères, et le développement du compostage individuel laisse entrevoir à terme un potentiel de réduction des déchets de l’ordre de 69 kg par participant et par an. « Le plan de prévention des déchets métropolitain a pour objectif d’équiper à l’horizon 2025 25% des foyers individuels » explique François Bernardini, président du Conseil de Territoire Istres-Ouest Provence.

Pour la phase de lancement, le territoire a acquis 2 100 composteurs qui seront distribués ces prochains mois. D’autres phases se succéderont régulièrement afin qu’à terme, tous les foyers qui en feront la demande soient équipés. « J’ai tenu à ce que, pour cette première phase, et dans un souci d’équité entre les communes, le nombre de composteurs soit alloué au prorata du nombre de maisons individuelles, et que des permanences de distribution soient réalisées sur les six communes du territoire » poursuit François Bernardini. D’ores et déjà, seize permanences ont été programmées, débutant le 13 octobre, le mercredi, de manière tournante sur les six communes, et le vendredi de manière fixe, sur la ville centre, Istres. Lors de leur réservation, les habitants ont le choix de la date et du lieu de retrait. « Réduire la quantité de nos ordures ménagères est une question qui nous concerne tous, chacun et ensemble, à la fois pour des impératifs environnementaux, mais aussi de maîtrise du coût de traitement de nos déchets. »

Comment commander un composteur à Istres ?

  • Se rendre sur le site ouestprovence.fr, rubrique Vivre et bouger/Je réserve un composteur.
  • Choisir le lieu, la date et l’heure de retrait.
  • Régler par carte bancaire la participation de 10 euros via la plateforme sécurisée Payzen. Pour information, 80% du coût du composteur est pris en charge par le territoire, avec le soutien de l’Union Européenne, de la Région et de l’Ademe, dans le cadre du projet Life IP Smart Waste Paca - Life 16 IPE fr 005.
  • Retirer son composteur sur la permanence choisie préalablement.

Deux conditions sont nécessaires pour demander un composteur individuel : habiter le Territoire Istres-Ouest Provence et avoir un jardin.

Le déploiement des solutions de tri des biodéchets en France

La généralisation du tri à la source des biodéchets, obligatoire depuis le 1er janvier 2024, est une étape cruciale pour l'ensemble du territoire français. Au 1er juillet 2024, soit 6 mois après son entrée en vigueur, un peu moins de 40 % des français disposent d’un dispositif de tri à la source des biodéchets, soit près de 26,7 millions de personnes. Cet objectif avait été fixé par le Ministère de la Transition écologique pour l’année 2024. Il est à noter qu'en juin 2015, la loi sur la transition énergétique pour la croissance verte (LTECV) annonçait déjà une obligation de généralisation du tri à la source des biodéchets pour tous ses producteurs pour fin 2023.

Exemples de déploiement dans d'autres métropoles

  • Métropole d’Aix-Marseille-Provence : Cette métropole n’a pas attendu janvier 2024 pour familiariser ses habitants à la collecte séparative des restes alimentaires. Dès 2022, l’expérimentation a débuté, chaque foyer étant doté d’un bio-seau pour trier ses déchets organiques. Charge à chacun de vider son bio-seau dans une borne d’apport volontaire. À Marseille, la Métropole Aix-Marseille-Provence est responsable de la gestion des déchets des habitants et donc de sa conformité à la loi AGEC. Depuis le 1er janvier 2024, des bornes de tri des déchets alimentaires ont également fait leur apparition dans différents quartiers marseillais. Ces points d’apports volontaires ou « abribacs » marrons peuvent accueillir tous les déchets alimentaires, sans distinction : fruits, légumes, viande, poisson, agrumes, restes de repas… directement en vrac, muni de son bio-seau, ou dans des sachets krafts ou compostables. À ce jour, la Métropole confirme que 1000 abribacs ont été déployées dans la ville, principalement dans les zones « denses », constituées d’immeubles et autres habitats collectifs. La carte des bornes présentes sur le territoire est consultable en ligne. Il reste à vérifier si l’emplacement de ces bornes respecte les recommandations du Ministère, qui indique que « les ménages ont accès à un point d’apport volontaire dans un rayon situé à une distance maximale de 150 m, avec une distance préconisée de 100 m. » La Métropole prévoit l’installation de 1600 autres bornes à l’Est et l’Ouest de la métropole dans les zones urbaines denses et noyaux villageois entre 2025 et 2026.

  • Communauté d'Agglomération des Deux Baies en Montreuillois (Pas-de-Calais) : Dès 2023, cette communauté s’est lancée dans la collecte des biodéchets des professionnels dont le tri est obligatoire depuis le 1er janvier 2024. Cette prestation a été confiée à SUEZ grâce à ses conseils, à son expertise et à la proximité de son site de compostage. Une initiative prometteuse est également à l'étude : une collecte en mélange des biodéchets et des coquilles de Saint-Jacques.

  • Paris : La capitale a également opté pour des points d’apport volontaire en 2024, mais son déploiement reste largement insuffisant, avec seulement 700 abribacs recensés en janvier. Nos collègues de Zero Waste Paris ont d’ailleurs lancé la campagne « Sortez-nous d’là » pour sensibiliser les Parisiens et les collectivités locales aux conséquences de l’enfouissement et de l’incinération des déchets organiques.

  • Métropole du Grand Lyon : Cette métropole a travaillé sur le déploiement de bornes alimentaires dès 2021 sur Lyon et les communes aux alentours, avec un peu plus de 2000 bornes déjà déployées.

  • Strasbourg : L’Eurométropole de Strasbourg a commencé son déploiement en 2022 et compte près de 1400 points d’apports volontaires.

Ces exemples montrent une diversité d'approches dans le déploiement du tri des biodéchets, avec des niveaux d'avancement variables selon les territoires.

Le compost comme ressource agricole : Un enjeu d'avenir

Les avantages agronomiques du compost

Les déchets organiques (biodéchets, boues, tontes de pelouse…), riches en matière organique et en fertilisants, ont un réel intérêt agronomique et n’ont plus leur place en incinération. Le compost, excellent fertilisant, riche en azote et phosphore, réduit notre dépendance aux engrais chimiques fossiles et issus de mines. Dans le contexte actuel d’appauvrissement des sols, il existe un réel besoin d'amendements organiques naturels que les composts de déchets organiques, dont les biodéchets, peuvent en partie combler.

Ces amendements naturels ont une forte capacité à prévenir l’érosion des sols et à limiter le ruissellement par temps de pluie. En effet, les apports de compost multiplient par quatre la capacité de rétention en eau des sols, ce qui est crucial pour la gestion de l'eau et la résilience des écosystèmes agricoles face aux épisodes climatiques extrêmes.

Accompagnement et utilisation du compost par Terrial

Terrial organise la livraison des composts et assure l’accompagnement agronomique des clients. Terrial précise à l’utilisateur du compost les caractéristiques du produit qui lui est livré et accompagne chaque livraison d’un formulaire correspondant au lot de produit et les prescriptions d’utilisation. Cette démarche garantit une utilisation optimale et sécurisée du compost par les agriculteurs, contribuant ainsi à une agriculture plus durable et respectueuse de l'environnement.

Champ fertilisé avec du compost

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