Le pelage de votre chien est bien plus qu'une simple parure esthétique ; c'est un organe complexe, le plus important du corps de l'animal, agissant comme un miroir de sa santé globale. Vous adorez votre beau toutou poilu, mais la perte de tout ce poil vous incommode et vous ne savez plus comment régler le problème ? La gestion du pelage, particulièrement chez les races à double poil, est un sujet délicat où les idées reçues mènent parfois à des décisions regrettables, comme la tonte, qui peut entraîner des conséquences durables sur la repousse.
La structure physiologique du pelage canin
Pour saisir pourquoi certains chiens souffrent d'une repousse défaillante après une tonte, il faut d'abord comprendre la nature de leur fourrure. Les races à double poil sont munies d’un pelage constitué de poils primaires et de poils secondaires, aussi connus sous le nom de sous-poil. Le poil primaire est celui qui recouvre le sous-poil. Il est coloré, lustré, son diamètre est plus large que le sous-poil et il est imperméable. Il protège le chien du soleil, des coups de chaleur, des intempéries et des insectes. Quant au sous-poil, il est pâle, fin, laineux et poreux.
Chez le chien, les follicules sont groupés par trois : un follicule central à l’origine du poil primaire ou poil de jarre, responsable de la couleur, et deux follicules latéraux à l’origine de 5 à 25 poils constituant le duvet ou sous-poil. Cette organisation est le fondement de l'isolation thermique de l'animal.

Le cycle de mue et l'entretien naturel
La mue est un phénomène cyclique basé sur la lumière naturelle. Lorsque les journées commencent à raccourcir, le pelage du chien mue pour un pelage plus long et plus dense afin de le protéger durant les mois froids. Il y a deux périodes de mue annuelle. Il existe plusieurs types de pelage chez le chien, et ils ne muent pas tous de façon similaire. En général, les animaux au sous-poil abondant et épais auront une mue imposante. C’est le cas des chiens de type nordique, tel le husky sibérien ou le bouvier bernois. Certaines races, au contraire, telles le bichon, le caniche, le Yorkshire-terrier ou le shih tzu, n’ayant presque pas de sous-poil, muent à peine.
Pour limiter la prolifération du sous-poil dans les recoins de la maison, l’entretien recommandé est le cardage ou plus communément appelé, la réduction de la mue. Le cardage est le retrait du sous-poil à l’aide d’une brosse, d’un peigne et/ou d’un râteau à carder. En cardant l’animal, on libère les follicules de l’excès de sous-poil et stimule ainsi la repousse de poils primaires sains, lustrés et vibrants de couleur. En plus d’éliminer une partie des poils morts, cette procédure favorisera la circulation sanguine de l’animal et une meilleure aération de l’ensemble du pelage, maximisant ainsi son facteur isolant, aussi bien contre le froid que la chaleur.
Les dangers de la tonte chez les races à double poil
Les gens vivant avec des chiens à double poil réalisent vite que leur mue peut devenir un problème à la maison si elle n’est pas contrôlée. La tonte devient parfois leur premier réflexe. De plus, durant les chauds mois d’été, ils penseront bien faire en optant pour une tonte en croyant soulager l’animal de la chaleur. Ce sera pour certains chiens une excellente décision, mais elle aura l’effet inverse pour d’autres.
Les chiens nordiques ne peuvent en aucun cas être tondus. Ils sont munis d’un pelage épais et dense et le poil de leur tête est court. Il faut tout d’abord savoir que la chute naturelle d’un sous-poil ne se produit que lorsqu’il atteint son cycle de vie complet. Lors de la tonte, le sous-poil qui se trouvait dans le follicule y restera logé et pourra même parfois le bloquer. Le chien pourrait alors se lécher, et une irritation ou des points chauds (hot spots) pourraient survenir.
Lors de la tonte des chiens à double poil de cette catégorie, le poil primaire sera également endommagé et remplacé en partie par du sous-poil. Il se produira dès lors une surmultiplication de sous-poils. Le résultat des tontes sera donc un pelage composé de sous-poils de plus en plus épais, mats et aux couleurs pâlies. De plus, comme le poil primaire pousse plus lentement, une repousse inégale allant jusqu’à l’alopécie post-tonte pourra se produire.
Quelle est la différence entre un poil et un cheveu?
L'alopécie : diagnostic et causes multifactorielles
L’alopécie est une atteinte du poil assez courante chez le chien. Il y a aussi des alopécies dites « normales » physiologiquement, pour lesquelles on ne parlera pas vraiment d’alopécie mais plutôt de mue. En effet, lorsque le poil atteint une certaine longueur génétiquement programmée, la pousse s’arrête, le poil tombe et un nouveau poil repousse. Cependant, de nombreuses maladies peuvent être à l’origine de dépilation plus ou moins importante.
Parasites et infections cutanées
La dermatite par allergie aux piqûres de puces (DAPP) est très fréquente. Une seule puce peut déclencher ce phénomène allergique responsable d’un grattage important et d’une chute de poils conséquente. Les lésions sont essentiellement localisées sur la zone dorso-lombaire (croupe), la queue et le périnée. La gale, qu'elle soit otacariose ou sarcoptique, provoque également des démangeaisons violentes et des plages dépilées. La démodécie, due à un acarien vivant à l’intérieur du follicule pileux, est directement responsable de la dépilation : le poil saute en entier du follicule. Enfin, les dermatophytoses ou teigne sont des infections par des champignons provoquant des lésions rondes de poils cassés.

Troubles endocriniens et carences
Les maladies endocriniennes sont des maladies générales liées à un dysfonctionnement dans la fabrication de certaines hormones. Les plus fréquentes sont l’hypercorticisme (syndrome de Cushing) et l’hypothyroïdie. Dans ce cas, les zones sans poils sont souvent bilatérales, symétriques et de grandes tailles. Des chutes inhabituelles peuvent être la conséquence d’une mauvaise alimentation. Des carences nutritionnelles en minéraux, vitamines, oligo-éléments, acides gras essentiels peuvent provoquer des problèmes au niveau du système pileux. Si la fourrure est terne et tombe de manière excessive, votre animal a peut-être des carences en kératine et en biotine.
Stratégies de soins et prévention
La qualité de l’alimentation chez le chien influence également la bonne santé du pelage et permet souvent de prévenir certaines alopécies. Les chiens nourris avec une alimentation naturelle (viande crue et supplémentation naturelle), ou une alimentation sèche de qualité, possèdent une couche de sous-poils mieux équilibrée dans sa composition.
Pour limiter des mues trop importantes, des compléments alimentaires peuvent être proposés à votre animal de compagnie. Ces algues marines sont de très bonnes sources de protéines végétales, d’acides aminés, de vitamines, et de minéraux. Si vous observez un changement de peau chez votre compagnon avec une chute excessive de poils, n’attendez pas pour consulter un vétérinaire. Le diagnostic passe par une inspection rigoureuse : quand la cause est une allergie, le vétérinaire peut prescrire des médicaments (antiprurigineux, antihistaminiques) en fonction des particularités de l’alopécie.
Il est nécessaire de rappeler que la prévention passe par le contrôle des puces sur votre chien ou votre chat tout au long de l'année. Les pipettes, colliers, comprimés ou sprays doivent être choisis avec l'aide d'un professionnel de santé. Enfin, plus tôt un individu est habitué à être manipulé et notamment brossé et/ou peigné, plus facile sera la tâche pour le maître par la suite, garantissant ainsi une meilleure surveillance de l'état de la peau et du poil au quotidien.