Le Pourpier Potager : De l'indésirable à l'allié santé

Le pourpier (Portulaca oleracea) est une plante que beaucoup de jardiniers connaissent comme mauvaise herbe. En réalité, c’est un bonus du jardin : une salade gratuite livrée en cadeau et sans efforts ! Originaire d’Inde, le pourpier s’est installé en Europe depuis fort longtemps. Son habitat naturel sont les sables et limons des bords de rivière. Ces milieux sont brassés par les montées des eaux. Les sables et limons sont constamment remués et tassés par les inondations. C’est le cas aussi du sol dans nos potagers : il est constamment remué et les arrosages et piétinements répétés tassent le sol.

Plan de jardin potager avec pourpier

Identification et caractéristiques botaniques

Le pourpier est une plante annuelle couchée au sol qui ressemble à une plante grasse. Ses tiges rougeâtres s’étalent en étoile. Elles sont rondes et charnues et portent des feuilles vert foncé et luisantes en forme de spatule. Les feuilles sont sessiles, ce qui signifie qu’elles n’ont pas de pétiole mais qu’elles sont assises directement sur la tige. Les petites fleurs jaune vif sont elles aussi « sessiles ». Avec leurs 5 pétales elles sont « assises » à l’aisselle des feuilles et à l’extrémité des rameaux. La racine du pourpier est petite ce qui fait qu’au potager ce n’est pas la mauvaise herbe la plus crainte car elle s’arrache facilement.

Il arrive que le jardinier curieux et à l'affût de nouvelles plantes à cultiver ait semé une variété horticole de ce pourpier dans son potager. Il existe en effet diverses espèces de pourpiers, du genre botanique Portulaca, plus d'une centaine, présentes dans les zones chaudes sur tous les continents. Le Portulaca sativa, pourpier doré à grandes feuilles ou pourpier potager ou maraîcher, est une sous-espèce du précédent. Il a un port dressé et des feuilles beaucoup plus grandes. C'est celui qui est privilégié pour une culture au potager, justement du fait de ses grandes feuilles et de ses tiges dressées qui rendent la récolte plus facile.

Une plante aux multiples facettes culinaires

Mais à partir de maintenant ça sera pour la manger ! Vous pouvez même laisser le pourpier en place, couper régulièrement ses jeunes pousses et le considérer comme un légume à part entière. Car le pourpier est une excellente plante sauvage comestible. On peut manger ses feuilles et ses tiges tant qu’elles sont souples. Le mieux c’est de pincer entre son pousse et l’index les extrémités des rameaux tendres qui peuvent être ajoutés telles quelles à la salade. Elles sont juteuses, au goût neutre mais légèrement acidulé.

Le pourpier se marie avec… Cru. Avec d’autres salades vertes comme la mâche, la roquette, la laitue auxquelles il donne du croquant; avec les poivrons, le citron, le parmesan et l’huile d’olive pour des belles associations de saveurs et de vitamines. Vous pouvez l’ajouter en fin de cuisson dans une soupe, une omelette, sur des pommes de terre, comme des herbes. Les toutes petites graines sont également comestibles. Elles ont été utilisées pour allonger la farine mais leur récolte est fastidieuse. Si je voulais m’y mettre, je choisirais de plonger les plantes dans l’eau pour faire tomber les graines et de les récupérer par le passage dans un tamis.

Recette de salade de pourpier

Bienfaits nutritionnels et santé

Peut-être avez-vous entendu parler du pourpier en lien avec le régime crétois ? C’est ce « régime » alimentaire pratiqué en Grèce qui engendre de nombreux centenaires. Ce qui est rarement dit quand on décrit ce régime c’est que traditionnellement il contient la consommation régulière de plantes sauvages. Quand on croque une feuille, on sent la richesse en mucilages. C’est ce côté gélatineux qui fait qu’ajoutées à une soupe les feuilles apportent un effet légèrement épaississant. Leur action sur le corps est adoucissante et anti-inflammatoire des muqueuses.

Mais on sent également cette petite acidité qui provient de l’acide oxalique contenu dans la plante. Et puis, quand on mange des feuilles de pourpier, on sent aussi leur petit côté gras. D’ailleurs, le nom latin « oleracea » indique la présence d’huiles. Ce n’est pas tout : le pourpier est également très riche en protéines : 44 g pour 100 g de matière sèche, ce qui est beaucoup ! Sa teneur en acide gras polyinsaturés oméga-3 place le pourpier au rang des aliments fortement recommandables, notamment pour la santé cardio-vasculaire. Il contient aussi du fer, est source de potassium, de vitamine C et de magnésium.

Culture et gestion au potager

Si le pourpier se plaît dans votre potager et s'est déjà installé, ne le supprimez que là où il peut empêcher les semis de lever, il n'empêche pas les autres plantes de se développer près de lui. Il se plaît au soleil et au chaud, dans des sols plutôt légers, voire sablonneux, même s'il n'est pas trop difficile. Le pourpier se sème à la volée en place, du mois de mai au mois d'août ou bien au chaud entre janvier et mars. En échelonnant les semis, vous êtes sûr de pouvoir récolter de quoi faire de belles salades jusqu'aux premières gelées.

Il faut impérativement récolter avant les premières gelées qui rendent le feuillage immangeable. Il convient de manger le pourpier dans la journée ou le lendemain, les feuilles ne se gardent pas très longtemps. Doté de propriétés antioxydantes, le pourpier contribue à la prévention des maladies cardiovasculaires. Il est également diurétique, et donc très intéressant lorsqu’on veut nettoyer un peu son organisme des excès que l’on a pu faire. C’est un excellent aliment pour détoxifier l’organisme.

Semer du pourpier doré

Le pourpier d'hiver : une alternative intéressante

Connaissez-vous le pourpier d’hiver ? C’est une plante délicieuse et simple à cultiver, qui s’épanouira sur votre balcon ou dans votre jardin en pleine terre ! Le pourpier d’hiver, aussi appelé claytone de Cuba, est une plante provenant d’Amérique centrale. On remarque rapidement que la plante s’acclimate bien au climat froid, et on l’utilise alors comme légume d’hiver. C’est une plante très simple à faire pousser. Elle est idéale à faire pousser en automne et en hiver. Le pourpier d’hiver apprécie une exposition mi-ombre. Il se sème d’août à novembre et peut se récolter deux à trois mois après le semis.

Privilégiez une terre légère et humifère. Nettoyez bien le sol à l’endroit souhaité et ameublissez la terre un maximum, puis tracez des lignes espacées de 25 cm. Ensuite, disposez vos graines et veillez à garder un espacement de 5 cm entre chacune d’elles. Pour finir, recouvrez votre sillon d’une fine couche de terre. Contrôlez régulièrement sa croissance et n’hésitez pas à l’éclaircir dès que le besoin se fait sentir. Il n’est pas nécessaire de lui apporter d’engrais, car c’est une plante peu gourmande en nutriments. Veillez à utiliser une eau d’arrosage sans calcaire, peu apprécié par le pourpier. Dégustez les feuilles du pourpier d’hiver crues ou cuites !

Maîtrise et lutte contre l'envahissement

Le pourpier commun se ressème très facilement. Ses petites fleurs jaunes qui se pollinisent le plus souvent toutes seules donnent un grand nombre de graines très fines, et elles fleurissent progressivement, d'abord le centre de la rosette, puis les grosses tiges, puis les tiges secondaires, produisant ainsi des graines tout au long de l'été. Et comme le pourpier n'est pas très exigeant pour le sol, il peut en effet devenir envahissant. D'autant plus dans un potager où le sol est régulièrement travaillé et souvent laissé nu entre les rangs de cultures.

De plus ses graines peuvent vivre jusqu'à 40 ans dans le sol et supportent des températures extrêmes. Ses tiges peuvent également se marcotter, c'est-à-dire s'enraciner là où elles sont en contact avec la terre. Et c'est lorsque ces tiges sont cassées ou écrasées qu'elles produisent leurs racines, ce qui est souvent le cas lorsque l'on essaie de s'en débarrasser, produisant l'inverse de ce que l'on recherche ! Vous pouvez tout simplement l'arracher à la main, quand le sol est humide pour que ce soit plus aisé. La pose d'une bâche plastique ou d'un paillage épais pour couper la lumière est efficace pour tuer toute adventice.

Techniques de paillage au potager

Le sarclage est une autre bonne méthode, surtout si vous le pratiquez au tout début de sa croissance, en fin de printemps. Si besoin réalisez plusieurs passages pour vous débarrasser du pourpier là où il vous gêne. Soyez rapide car la plante fleurit très vite, 4 à 6 semaines après sa levée, et les graines commencent à tomber 2 semaines plus tard. Et surtout veillez à ne pas laisser de morceaux au sol. À savoir : ce qui ne marche pas, c'est de simplement déraciner le pied et de le laisser sécher au sol. Ses feuilles pleines d'eau sont capables de permettre à la plante de survivre un certain temps et de produire des graines.

Pour autant, le pourpier forme un couvert végétal comestible. Ses tiges tapissantes protègent le sol du soleil et donc limitent la hausse des températures et l'évaporation, elles adoucissent les averses de pluie ce qui évite que ne se forme une croûte dure et imperméable très défavorable à la vie du sol. Cette plante est en plus très productive alors pourquoi ne pas faire la culture du pourpier au potager, plutôt que chercher à l'éliminer ? Peut-être est-il plus facile de le maîtriser en en mangeant régulièrement non ?

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