Le groseillier, qu'il soit à grappes, à maquereau ou cassissier, est un arbuste apprécié pour ses fruits acidulés et sa relative facilité de culture. Cependant, il est fréquemment la cible de divers agresseurs, tant insectes que champignons, qui peuvent compromettre sa santé et sa production. Comprendre ces menaces et les stratégies pour y faire face est essentiel pour tout jardinier désireux de récolter de belles groseilles.

Clarification de la terminologie des Ribes
Avant d'explorer les défis liés à la culture des groseilliers, il est pertinent de clarifier la terminologie, parfois source de confusion. Les arbustes appartenant au genre Ribes sont nombreux, avec environ 150 espèces réparties dans l’hémisphère Nord et même dans les régions montagneuses d’Amérique du Sud. Ils sont les seuls membres de la famille des Grossulariacées.
Au Québec, les groseilliers à grappes sont souvent appelés gadelliers (ou gadeliers), et leurs fruits, des gadelles, un terme qui pourrait venir de Normandie. Ce que l'on nomme groseillier à maquereau en Europe est simplement désigné comme groseillier outre-Atlantique.
Les différents types de Ribes cultivés incluent :
- Groseilliers/groseilliers à maquereau (Ribes uva-crispa) : Leurs fruits, plus gros que ceux des autres Ribes, peuvent être de diverses couleurs (verts, blancs, rouges, pourpres, etc.) et sont portés seuls ou par deux. Leurs tiges sont généralement épineuses, bien qu'il existe des variétés cultivées presque sans épines. Certaines espèces présentent aussi des fruits épineux.
- Gadelliers/groseilliers à grappes (Ribes rubrum) : Leurs petits fruits, généralement rouges, sont portés en grappes. Il existe également des variétés à fruits blancs ou, plus rarement, roses.
- Cassissiers (Ribes nigrum) : Les fruits sont petits, noirs et portés en grappe.
- Caseilliers (Ribes × nidigrolaria) : Il s’agit d’un croisement entre un groseillier à maquereau et un cassissier, produisant des fruits gros et pourpre foncé.
- Groseilliers ornementaux : Certaines espèces, comme le groseillier à fleurs ou groseillier sanguin (R. sanguineum), le groseillier alpin (R. alpinum), le groseillier doré (R. aureum) et le groseillier odorant (R. odoratum), sont cultivées pour leur beauté.
Comment planter un groseillier à maquereau
Larry Hodgson, journaliste et blogueur horticole reconnu, soulignait que malgré leur facilité de culture en termes d'exposition et de sol - ils prospèrent en plein soleil ou à la mi-ombre et dans la plupart des sols de jardin, hormis les plus secs, tout en bénéficiant de compost et d'un bon paillis - les groseilliers et leurs cousins sont fréquemment la cible de ravageurs. Ces arbustes sont autofertiles, permettant même à un arbuste seul de produire des fruits.
Cependant, certaines espèces, notamment le cassissier (R. nigrum), peuvent être des hôtes alternatifs de la rouille vésiculeuse du pin blanc (Cronartium ribicola). Il est donc crucial de ne pas les planter à proximité de pins blancs (Pinus strobus, P. monticola, etc.), leur culture étant même interdite dans plusieurs régions d’Amérique du Nord où ces pins sont indigènes.
La tenthrède du groseillier : un ravageur défoliateur
Parmi les nombreux insectes qui s'attaquent aux groseilliers, la tenthrède du groseillier est l'une des plus dévastatrices.
Identification de l'insecte et de ses larves
La tenthrède du groseillier (Euura ribesii, anciennement Nematus ribesii) est un petit insecte hyménoptère, apparenté aux abeilles et aux guêpes. Les adultes, d'environ 7 à 8 mm, ont un corps jaune avec des taches noires et des ailes transparentes. Il existe plusieurs espèces de tenthrèdes pouvant s'attaquer aux groseilliers, dont N. leucotrochus et Pristiphora appendiculata, mais Euura ribesii est la plus commune et la plus destructrice.
La confusion est fréquente, car les larves de tenthrède ressemblent fortement à de petites chenilles. Elles sont d'ailleurs souvent appelées "fausses chenilles". Le critère décisif pour les distinguer est le nombre de pattes : les vraies chenilles ont généralement 5 paires de fausses pattes abdominales, tandis que les larves de tenthrède en ont 6 ou plus. Ces larves mesurent environ 20 mm de long à maturité. Au début, elles sont vertes avec une tête noire, puis développent des taches noires sur leur corps.

Cycle de vie et dégâts occasionnés
Le cycle de vie de la tenthrède est rapide, avec jusqu'à trois générations par saison, du printemps à la fin de l'été. Les adultes émergent au printemps, entre avril et début mai, souvent au moment où les premières feuilles se déploient. Les femelles pondent leurs œufs, allongés et verdâtres, en rangées le long des nervures, sur la face inférieure des jeunes feuilles. Le stade larvaire dure environ deux semaines.
Après l’éclosion, les larves vertes, tachetées de points noirs, se regroupent et commencent à se nourrir voracement des feuilles. Elles mangent toute la partie verte, ne laissant parfois que les nervures. Cette défoliation rapide peut affaiblir considérablement la plante, surtout si elle survient avant ou pendant la formation des fruits. Une défoliation précoce réduit directement le rendement de l'année en cours. De plus, une plante défoliée accumule moins de réserves, ce qui peut compromettre la formation des bourgeons fruitiers pour l'année suivante. Les jeunes plants, avec leurs réserves limitées et leur système racinaire peu développé, sont particulièrement vulnérables et une attaque sévère peut entraîner un retard de croissance, une mise à fruit tardive, voire leur mort.
Certaines variétés de Ribes sont plus sensibles que d'autres. Le cassissier (Ribes nigrum) semble moins attractif pour les tenthrèdes, probablement grâce à des composés de défense dans son feuillage. En revanche, les variétés à débourrement précoce, comme les caseilliers, agissent comme de véritables aimants pour les premières tenthrèdes de la saison.
Méthodes de lutte contre la tenthrède
La détection précoce est la méthode la plus efficace pour limiter les dégâts. Il est recommandé de vérifier régulièrement le dessous des feuilles, surtout entre avril et juin.
Méthodes physiques et manuelles :
- Retrait manuel : En cas de présence de larves, on peut les retirer à la main. Sur de petites surfaces, cette méthode suffit souvent à limiter les attaques.
- Coupe précoce : Si des feuilles ou rameaux portent des œufs ou de très jeunes larves encore regroupées, coupez et éliminez la partie concernée.
- Secouage sur bâche : Secouer les branches au-dessus d’un drap ou d’une bâche fait tomber la majorité des larves, qui peuvent ensuite être collectées et éliminées.
- Ratissage du sol : Étant donné que la tenthrède hiverne sous forme de pupe dans le sol à la base de la plante, un léger griffage en fin d’hiver ou après un pic d’attaque peut exposer les cocons aux prédateurs.
Lutte biologique :
- Prédateurs naturels : Certaines espèces d’oiseaux et d’insectes sont des prédateurs des larves de tenthrède. Un jardin diversifié peut favoriser la présence de ces auxiliaires et aider à limiter naturellement les populations.
- Nématodes : Des nématodes comme Steinernema feltiae peuvent être utilisés en production professionnelle.
- Bacille de Thuringe : Il est important de noter que le Bacillus thuringiensis subsp. kurstaki (Bt), efficace contre les chenilles de papillons, est inefficace contre les tenthrèdes.
Traitements :
- Certains jardiniers ont rapporté des tentatives avec des pulvérisations d'eau savonneuse, d'un mélange eau et huile d’olive, ou de purin d’ortie, avec des succès variables.
- Des traitements à base de pyrèthre ont été suggérés, mais il convient de se renseigner sur leur compatibilité avec l'agriculture biologique et leur impact sur l'environnement.
- Un mélange maison à base d'une cuillère à soupe de vinaigre, une d'huile de table et une de savon noir dans un litre d'eau a été expérimenté par un jardinier pour éloigner les chenilles sans brûler les feuilles.
Il n’existe pas, à ce jour, de variété de groseillier totalement résistante à Euura ribesii.
Autres ravageurs insectes des groseilliers
Les groseilliers sont également sujets à d'autres attaques d'insectes, chacun ayant des stratégies de lutte spécifiques.
Pucerons
Les pucerons des arbres fruitiers sont de petits insectes ailés qui se manifestent sur le groseillier par un étrange enroulement et une décoloration des feuilles, surtout les plus jeunes, qui se gaufrent. Ils peuvent affaiblir la plante et, par leur miellat, attirer un champignon noir, la fumagine.
- Lutte :
- Inspectez régulièrement les arbustes et supprimez les insectes à la main dès leur apparition.
- Supprimez les feuilles les plus abîmées.
- Attirez les ennemis naturels des pucerons : coccinelles, syrphes et chrysopes. L'introduction de chrysopes ou de coccinelles est une méthode efficace de lutte biologique.
- Si leur nombre augmente, pulvérisez de l’eau savonneuse, un mélange eau et huile d’olive, ou du purin d’ortie.
Cochenilles
Les cochenilles à bouclier se reconnaissent à leurs petits boucliers arrondis blanc sale ou beige/brunâtre fixés sur les rameaux. Elles affaiblissent la plante, entraînant une croissance ralentie et des feuilles petites et chétives.
- Lutte :
- Utilisez leur prédateur naturel : la Cryptolaemus, une coccinelle australienne noire à points blancs très vorace.
- Pulvérisez un produit acheté en jardinerie, ayant une matière active d'origine végétale, et certifié utilisable en Agriculture Biologique.
- Un produit d’hiver peut être pulvérisé pour détruire cochenilles et acariens sous leurs formes hivernantes.
Mouche du groseillier
La mouche du groseillier pond ses œufs blancs sous les feuilles de groseillier, généralement vers la base de l'arbuste. Les larves, de petits asticots blanc jaunâtre, se nourrissent à l’intérieur des baies, les évidant. Les fruits atteints portent une tache sombre, mûrissent prématurément et tombent au sol avant la récolte. L'insecte hiverne dans le sol jusqu'au printemps suivant.
- Lutte :
- Piégez les adultes avec un piège collant jaune au moment de la floraison.
- Couvrez l'arbuste avec une couverture flottante après la chute des pétales pour créer une barrière et empêcher les femelles de pondre.
- Cueillez et détruisez tous les fruits infestés.
- Après la chute des pétales, pulvérisez les baies nouvellement formées avec une fine couche d’argile calcinée (kaolinite), qui irrite la mouche et décourage la ponte.
Phytoptes (Cecidophyopsis ribis)
Les phytoptes sont des acariens minuscules, ressemblant à de petits vers blancs ou jaune pâle, qui déforment les bourgeons. Les bourgeons colonisés se dessèchent et meurent, ou éclosent avec des feuilles incomplètes ou boursouflées. Une attaque de phytoptes peut aussi se manifester par des bourgeons qui se dessèchent et ne s'ouvrent pas au départ de la végétation.
- Lutte :
- Accroissez le taux d’humidité autour de la plante.
- Pulvérisez très souvent du purin d’ortie.
- Brûlez immédiatement tout le bois de taille infesté.
Drosophile à ailes tachetées (Drosophila suzukii)
Ce moucheron asiatique est un ravageur récent mais envahissant, attaquant les groseilliers et autres petits fruits en Europe et en Amérique du Nord.
Maladies fongiques et autres problèmes des groseilliers
Outre les insectes, les groseilliers sont sensibles à diverses maladies fongiques et à certaines conditions de culture défavorables.

Anthracnose
L’anthracnose se manifeste sur les feuilles, fruits et tiges par des taches rondes ou allongées, brunes bordées de noir.
- Lutte :
- Brûlez toutes les parties atteintes.
- Pulvérisez une solution de consoude ou une infusion d’ortie à titre préventif comme curatif.
Oïdium
Il existe deux formes principales d'oïdium affectant les groseilliers :
Oïdium classique : Touche les feuilles et les rameaux, les couvrant d’un feutrage blanc. Les rameaux dépérissent, et les feuilles se dessèchent et tombent prématurément.
Oïdium gris ou brun : Particulièrement virulent sur le groseillier à maquereau, il forme une croûte épaisse blanchâtre aux contours irréguliers sur les fruits. Cette croûte s'assombrit peu à peu pour devenir brune. Les fruits atteints s’atrophient, éclatent, se dessèchent puis tombent.
Lutte :
- Brûlez toutes les parties atteintes.
- À titre préventif contre la rouille et l’oïdium, plantez de l’armoise à proximité des pieds de groseilliers.
Rouille
La rouille se caractérise par de petites taches jaune brun sur la face supérieure des feuilles, correspondant à des pustules orange sur leur face inférieure. Les feuilles meurent et tombent prématurément. Les fruits peuvent être momifiés.
- Lutte :
- Ramassez les feuilles et les fruits tombés au sol pendant l'été et l'hiver.
- Coupez et brûlez les fruits momifiés et les rameaux.
- Appliquez une solution répulsive à base de décoction de prêle, d'ail, de purin ou encore de purin d'ortie.
- À titre préventif, badigeonnez le tronc avec du lait de chaux.
Dépérissement des rameaux (Phomopsis ribis)
Ce champignon est spécifique du groseillier et provoque le dépérissement des rameaux, se propageant de l’extrémité vers la base. Il pénètre dans les tissus à la faveur d’une blessure.
- Lutte :
- Coupez tous les rameaux atteints.
- Désinfectez le sécateur lors de la taille en passant d’un sujet à un autre pour éviter la propagation.
Maladie du corail ou Nectria
Cette maladie entraîne le dessèchement de certains rameaux, même sur un pied vigoureux, ainsi que des lésions sur le bois et l'écorce qui se fend. On observe sur l'écorce de petits coussinets rouges ou oranges qui, en mûrissant, deviennent noirs et libèrent des spores.
- Lutte :
- Coupez et brûlez toutes les parties atteintes.
- Il n'existe pas de traitement écologique ou chimique.
- Pour prévenir la maladie, enlevez les branches mortes, apportez de l'engrais au printemps, surveillez l'humidité et l'excès d'eau.
- Désinfectez toujours vos outils de taille avant la coupe. Taillez de façon nette, en biais et au-dessus d'une ramification. Sur les plus grosses branches, appliquez un mastic cicatrisant.
Carence en fer
Si les jeunes feuilles du groseillier se décolorent, jaunissant tandis que les nervures restent vertes, cela indique une carence en fer, souvent liée à un excès de calcaire dans le sol.
Prévention et bonnes pratiques culturales
La prévention est la clé pour maintenir des groseilliers en bonne santé et limiter l'apparition de maladies et de parasites.
Conditions de culture optimales
Le groseillier apprécie une situation aérée et semi-ombragée, dans un sol frais et meuble, silico-argileux, fertile et bien drainé. Un sol trop calcaire peut provoquer une chlorose, caractérisée par un limbe très pâle avec des nervures vertes sur les feuilles.
Entretien régulier
- Aération : Aérez le centre de la touffe en supprimant les tiges qui se croisent pour permettre une meilleure circulation de l'air et une meilleure pénétration de la lumière. Cela limite l'apparition de parasites et de maladies.
- Surveillance : Inspectez régulièrement vos arbustes pour détecter les premiers signes d'infestation ou de maladie.
- Hygiène : Nettoyez le sol au pied des arbustes, ramassez les feuilles et fruits tombés pour éviter que les agents pathogènes ou les larves n'y hibernent.
- Taille : Taillez de manière adéquate, en veillant à désinfecter les outils entre chaque plante et à appliquer un mastic cicatrisant sur les coupes importantes.
- Vigueur de la plante : Un arbuste bien nourri, correctement implanté et cultivé dans de bonnes conditions récupère toujours mieux après une défoliation ou une attaque. Des applications régulières de compost et un bon paillis contribuent à la vigueur de la plante.
En résumé, la culture des groseilliers demande une attention régulière et des interventions ciblées pour faire face à la diversité de ses agresseurs. Une approche préventive et une connaissance approfondie des ennemis de cet arbuste sont essentielles pour assurer des récoltes fructueuses et des plantes saines.
tags: #pousse #groseillier #mange #insecte