
Les thuyas, souvent surnommés arbres de vie, ont longtemps été un choix populaire pour la création de haies dans nos jardins, offrant une intimité verdoyante tout au long de l'année. Cependant, ces conifères, à la base relativement fragiles, rencontrent de plus en plus de problèmes, et leur cohabitation avec d'autres plantes, y compris les arbres fruitiers, peut s'avérer complexe. Une haie de thuyas en déclin peut affecter l'esthétique du jardin et, potentiellement, l'équilibre de l'écosystème local. Comprendre les causes de ces problèmes est essentiel pour adopter les solutions appropriées, qu'il s'agisse de soins spécifiques ou de l'exploration d'alternatives plus durables.
Les signes et les causes profondes du dépérissement des thuyas
Le brunissement et le dessèchement des thuyas sont des signaux d'alarme qui peuvent indiquer diverses affections, dont la gravité varie. Un conifère isolé ou plusieurs sujets dans une haie peuvent jaunir et se dessécher pour plusieurs raisons, souvent interconnectées.
Problèmes liés aux conditions du sol et à l'hydratation
Le sol est un facteur déterminant pour la santé des thuyas. Un sol trop compact, trop humide ou trop argileux en hiver, et paradoxalement trop sec en été, peut provoquer l'étouffement des racines. Dans ces conditions, les conifères réagissent en prenant une teinte rousse et en perdant leurs aiguilles, se trouvant alors en état de moindre résistance vis-à-vis de leurs ennemis. Une solution serait de surélever la plantation pour améliorer le drainage. Si le problème est déjà présent, il est possible de déplanter l'arbre, de drainer et d'alléger le terrain en creusant une tranchée et en y incorporant du sable et des graviers, avant de replanter.
À l'inverse, en terre légère et pauvre, le manque d'eau et de nourriture est souvent la cause. Des apports d'eau s'imposent alors, car la sécheresse, plusieurs années de suite, peut être préjudiciable aux conifères qui se trouvent affaiblis et deviennent plus vulnérables aux maladies. Le thuya préfère les sols pas trop secs, mais ne supporte pas non plus l'eau stagnante. Il est conseillé d'ameublir les sols très argileux avec un peu de sable. Si le sol est au contraire trop sableux, on peut améliorer sa capacité à stocker l'eau avec un peu de compost ou de terre végétale. Il est aussi important que le pH du sol ne soit pas trop faible.
Le thuya est plutôt exigeant en matière d'arrosage et tolère mal l'eau du robinet calcaire. L'utilisation d'eau de pluie est préférable. Fraîchement implanté, le thuya est sensible au vent, mais devient plus robuste avec le temps. Il ne supporte pas du tout de recevoir le sel répandu sur les chemins en hiver.
Les attaques fongiques : le fléau du Phytophthora et autres champignons
Si le roussissement se généralise rapidement à la plante entière, il est plutôt lié à la présence de champignons. Le brunissement très brutal d'un thuya isolé ou dans une haie, parfois sans que ses voisins semblent affectés, est la conséquence vraisemblable de la maladie du dépérissement, causée par un terrible champignon, le Phytophthora cinnamomi. Ce champignon attaque aussi les rhododendrons, bruyères, gaultherias, etc. Il attaque et détruit les racines, causant un dépérissement progressif de la plante.

Mickaël Fanzutti, pépiniériste chez Gamm vert, observe que les étés chauds et secs et les hivers doux et humides de ces dernières années sont des conditions idéales pour la prolifération de ce redoutable exterminateur. Pour le thuya, cela commence par une branche qui brunit, puis deux, et enfin l'arbre entier qui dépérit puis meurt. Pour limiter la progression, il est conseillé de couper la branche brune à ras du tronc. Un produit curatif à base de magnésium était disponible jusqu'au 1er janvier 2019, mais a depuis été retiré de la vente.
On observe fréquemment à l’automne des dépérissements de rameaux et altérations du feuillage des haies de thuyas. Une majorité de causes sont liées à de mauvaises conditions agronomiques et culturales profitables à d’autres champignons, notamment Pestalotiopsis funerera, Phomopsis juniperovora, et Kabatina thujae, qui sont fréquemment présents en même temps sur une même plante.
Les ravageurs : araignées rouges et buprestes
En dehors des champignons, les thuyas sont également la cible de divers parasites. Les araignées rouges, par exemple, peuvent engendrer des dégâts considérables sur un thuya en bonne santé. Les symptômes sont un jaunissement ou une décoloration avec un aspect fatigué en période chaude (été). Elles s'attaquent aux thuyas qui sont près d'un mur, plantés en surplomb, ou qui ne reçoivent pas de pluie. Leur prolifération est due à l'état d'affaiblissement des thuyas suite à un stress hydrique important. Contre les araignées rouges, il suffit d’arroser régulièrement le feuillage au jet d’eau deux à trois fois par semaine.
Un autre prédateur est le bupreste du thuya, un insecte coléoptère de 7 à 10 mm de long, vert avec des tâches bleu foncé et aux beaux reflets métalliques. Il pond ses œufs sur le thuya. Les larves pénètrent dans les branches, rongent le bois et sortent par le tronc. Le symptôme le plus visible est le brunissement et le dépérissement du feuillage situé au-dessus des galeries. La décoloration rousse des rameaux entraîne leur mort. Les dégâts sont d’abord localisés, puis le brunissement se généralise jusqu’à détruire la plante tout entière. Comme les larves sont sous l'écorce, elles sont peu sensibles aux traitements chimiques. Il faudrait intervenir sur les adultes au moment de la ponte pour réduire les infestations.
Facteurs liés à la monoculture et à l'entretien
Les haies de thuyas se sont multipliées dans les années 1980 et 1990 en raison de leur capacité à rester vertes toute l'année, offrant intimité et protection des regards. Cependant, cette monoculture a eu un revers. Les thuyas ont été produits et reproduits à grande échelle, ce qui a réduit la diversité génétique. Or, la nature a besoin de diversité pour créer l'équilibre qui limite la prolifération des maladies. Plantés en trop grande quantité, les thuyas sont naturellement devenus fragiles face à l'excès de sécheresse ou d'humidité.
D'autre part, le fait de devoir les tailler régulièrement crée de véritables portes d'entrée pour les maladies. À l'état naturel, les thuyas sont des plantes très volumineuses, des arbres de 20 mètres de haut. Une taille trop sévère, surtout dans le vieux bois, est une erreur fatale car le thuya ne pourra plus repousser à cet endroit. Il faut toujours laisser au moins une branche verte.
Les thuyas demandent peu d’entretien, mais pardonnent difficilement les grosses erreurs. Les thuyas sont très sensibles aux fertilisations excessives : leurs aiguilles deviennent alors jaunes et tombent. Si cela arrive, il faut essayer de réduire la concentration de nutriments dans le sol en arrosant copieusement. La meilleure période pour fertiliser est le printemps, avec des engrais organiques comme le compost ou la corne broyée, ou des engrais pour conifères en respectant scrupuleusement les dosages.
Maladie des THUYAS : peut-on les faire REVERDIR ?
Solutions et alternatives pour des haies saines
Face aux problèmes croissants des thuyas, plusieurs stratégies peuvent être envisagées, allant de soins préventifs à des remplacements complets.
Interventions curatives et préventives
En dehors des conditions optimales de culture qui représentent la meilleure parade aux attaques des parasites, il est parfois utile de traiter lorsque le mal est important. Cependant, il est difficile de déterminer avec certitude la maladie qui attaque les végétaux pour choisir le bon produit. De plus, il y a peu de produits phytosanitaires accessibles aux particuliers, car ils sont néfastes pour la biodiversité. Il est donc déconseillé de s'acharner à vouloir maintenir en vie une haie de thuyas avec de multiples traitements chimiques, ni d'abuser des engrais.
Pour les champignons comme le Phytophthora, les traitements chimiques sont souvent préventifs et non curatifs. Un arbre atteint doit être arraché et éliminé, et il faut traiter les arbres voisins pour éviter une éventuelle dissémination. Si le brunissement devient trop important, il faut arracher les thuyas les plus atteints, éventuellement par blocs, enlever les souches et apporter de la terre pour de nouvelles plantations.
Remplacement des thuyas malades et diversification des haies
Si un thuya manque dans une haie, il faut bien sûr le remplacer. Le cyprès de Leyland, à croissance plus rapide et ressemblant beaucoup au thuya, peut être une option. Cependant, beaucoup d'experts préconisent des haies vives et constituées de diverses essences. Les ventes de thuyas ont chuté de manière significative, et de nombreuses alternatives sont disponibles. Les arbustes à fleurs sont très jolis et peuvent offrir un attrait esthétique différent.
Planter une haie variée est la solution la plus jolie, la plus naturelle et la moins chère. Cela demande beaucoup moins d'entretien qu'une haie de thuyas. Une haie diversifiée sera également plus robuste face aux maladies et aux ravageurs, car elle ne présentera pas la même vulnérabilité qu'une monoculture. Il est possible d'insérer des plantes grimpantes avec des panneaux treillis dans la clôture pour créer un effet de haie variée et dense.
Lorsque les premières branches brunes apparaissent sur une haie de thuyas encore en bonne santé, il est conseillé de mettre en place un plan d'action incluant la coupe des branches atteintes et l'observation attentive. Cependant, si le problème persiste et que le dépérissement est trop avancé, il faut se résoudre à arracher les arbres malades.
Conseils de plantation et d'entretien pour la pérennité des thuyas restants
Idéalement, plantez les haies de thuyas au printemps ou en début d’automne. Dans tous les cas, arrosez généreusement les plants dans un premier temps. Le réseau racinaire est affaibli par la replantation et n’est pas encore bien implanté, c’est pourquoi il ne peut pas encore aller chercher l’eau en profondeur. Le thuya préfère les emplacements ensoleillés à semi-ombragés. À l’ombre, ce conifère pousse difficilement, voire pas du tout.
En principe, vous pouvez tailler vos haies de thuyas à n’importe quel moment de l’année tant que les températures sont positives. Le meilleur moment pour rabattre une haie est juste avant le printemps, mi ou fin février. Assurez-vous de ne jamais tailler un thuya jusqu’au vieux bois. Vous devez laisser au moins une branche verte, car sinon, le thuya ne pourra plus repousser à cet endroit. La deuxième coupe a généralement lieu fin juin, mais doit être plus superficielle.
La plupart des variétés de thuyas sont faciles d’entretien et très robustes contre les nuisibles et les champignons, à condition de leur offrir les conditions de culture optimales et une attention particulière aux premiers signes de détresse.
Coexistence avec les arbres fruitiers : Éviter les concurrences et les transmissions
Lorsque les thuyas sont plantés à proximité d'arbres fruitiers, des problèmes de concurrence pour les ressources et de transmission de maladies peuvent survenir.
Concurrence pour l'eau et les nutriments
Les thuyas, en tant que conifères à croissance rapide, peuvent avoir un système racinaire étendu et gourmand. S'ils sont plantés trop près d'arbres fruitiers, ils peuvent entrer en concurrence directe pour l'eau et les nutriments présents dans le sol. Cette compétition peut affaiblir les arbres fruitiers, réduisant leur production et les rendant plus sensibles aux maladies et aux ravageurs. Il est essentiel de respecter des distances de plantation suffisantes pour permettre à chaque plante de se développer sans entrave.
Un sol appauvri peut être la conséquence de cette concurrence, où les thuyas absorbent une grande partie des éléments nutritifs, laissant peu pour les arbres fruitiers. Des apports réguliers de compost ou d'engrais spécifiques aux besoins des arbres fruitiers peuvent aider à pallier ce problème, mais la meilleure solution reste une planification spatiale adéquate.
Transmission des maladies et ravageurs
Certains champignons, comme le Phytophthora cinnamomi, ont un large spectre d'hôtes. Bien qu'il soit principalement mentionné pour les rhododendrons et bruyères, il est crucial de considérer la possibilité qu'il puisse affecter d'autres plantes sensibles à proximité, y compris potentiellement certains arbres fruitiers si les conditions sont favorables. Le partage de l'eau d'irrigation, en particulier dans des sols mal drainés, peut faciliter la propagation des spores de champignons d'une plante à l'autre.
De même, les araignées rouges ou d'autres ravageurs peuvent se déplacer des thuyas affaiblis vers les arbres fruitiers, surtout en période de stress hydrique. La diversification des espèces dans la haie et le jardin peut aider à créer un équilibre écologique qui limite la prolifération de ces nuisibles en favorisant leurs prédateurs naturels.
Planification et aménagement du jardin
Une approche réfléchie de l'aménagement du jardin est primordiale pour éviter ces problèmes de coexistence. Il est recommandé de séparer les haies de thuyas des zones de culture d'arbres fruitiers par une distance adéquate. Si la présence de thuyas est souhaitée, opter pour des variétés moins vigoureuses ou des tailles régulières mais non drastiques peut limiter leur impact.
L'analyse du sol est une étape cruciale avant toute plantation. Connaître le pH, la texture et la capacité de drainage du sol permet de choisir les plantes les plus adaptées et d'apporter les amendements nécessaires. Des barrières physiques, comme des toiles racinaires, peuvent être envisagées pour limiter la propagation des racines des thuyas vers les arbres fruitiers, bien que cela puisse être complexe à mettre en œuvre efficacement.
En fin de compte, la tendance est à l'abandon des haies de thuyas au profit de haies vives et diversifiées, non seulement pour leur résistance accrue aux maladies, mais aussi pour leur contribution à la biodiversité du jardin. Cela permet de créer un environnement plus sain pour toutes les plantes, y compris les arbres fruitiers, et de réduire les besoins en traitements chimiques.
