Le Maroc : Un Géant Stratégique de la Production d'Engrais au Service de la Sécurité Alimentaire Mondiale

Carte du Maroc et de l'Afrique avec les pays partenaires

La production d’engrais joue un rôle absolument crucial dans la sécurité alimentaire mondiale, un enjeu auquel le Maroc apporte une contribution significative et stratégique, particulièrement en Afrique. La sécurité alimentaire a été une caractéristique saillante de la coopération marocaine en Afrique, comme en témoignent les accords signés par le Royaume avec plusieurs pays africains, notamment dans les domaines de l’agriculture et de la production d’engrais. Cette initiative visant à renforcer la sécurité alimentaire sur le continent a été matérialisée notamment par la société de phosphates publique marocaine (OCP), qui a conclu des accords pour construire des usines de production d’engrais à grande échelle dans deux des pays les plus peuplés d’Afrique : le Nigéria et l’Éthiopie.

Infographie sur l'évolution de la production de phosphates au Maroc

Un Trésor National : Les Réserves de Phosphates du Maroc

Le Maroc est assis sur un véritable trésor. Son sous-sol recèle près des trois quarts des réserves mondiales de phosphates, un des trois nutriments essentiels à la croissance des plantes, avec l’azote et la potasse. En 2023, selon les données de l’US Geological Survey, le Maroc détenait 67,6% des réserves mondiales de phosphates. L'exploitation de ce minerai revient à une société semi-publique encore contrôlée par l’État, l’OCP (Office chérifien des phosphates), qui est chargée de son extraction, sa transformation, sa valorisation et son exportation, renforçant ainsi son positionnement sur le marché mondial.

Entre 2014 et 2018, la production moyenne annuelle de phosphates au Maroc était de 30,14 millions de tonnes. Cette production a augmenté de 22,8% entre 2019 et 2023 pour atteindre 37 millions de tonnes. Fitch Solutions estime que cette tendance devrait se poursuivre, soutenue par des investissements massifs de l’État et de l’OCP, le géant mondial des solutions de nutrition des plantes et des engrais phosphatés.

L'Expansion Industrielle de l'OCP : Un Fer de Lance pour l'Avenir

L'OCP ne cesse d'accroître ses capacités de production. Non loin du village de Mzinda, à 240 kilomètres au sud-ouest de Casablanca, au milieu d’un désert pierreux, de grandes carcasses de béton émergent. Il s'agit de futures infrastructures de traitement chimique de roches phosphorées. Ce chantier colossal, s'étendant sur 460 hectares, est inscrit dans un corridor de production qui va jusqu'à l’océan Atlantique et au port de Safi. C'est ici que le groupe marocain OCP espère produire, d’ici à fin 2026, 4,5 millions de tonnes annuelles d’engrais phosphatés (des concentrés de phosphates dits TSP et TSP+), puis 9 millions de tonnes en 2028. Ces solutions serviront ensuite, dans d’autres sites du groupe, comme l’immense complexe industriel de Jorf Lasfar, interminable cité de hangars et de tuyaux, de « cadres » pour construire des engrais composés de pointe, que le groupe n’a lancés que plus récemment.

En savoir plus sur les engrais phosphatés!

Pendant des décennies, les engrais vendus par le Maroc ont été essentiellement des engrais phosphatés basiques, très utilisés sur les sols anciens, comme en Afrique, qui en manquent. Le pays espère transformer le modèle, le faire prospérer et devenir un des leaders mondiaux des engrais composés, comme ceux que les agriculteurs occidentaux ont à disposition depuis déjà plusieurs décennies - plus chers, mais plus efficaces.

Le Cadmium : Une Fausse Accusation Contre les Engrais Marocains

Des allégations de teneur élevée en cadmium dans les engrais phosphatés en provenance du Maroc ont été soulevées par certains médias. Un reportage diffusé par la chaîne française M6, intitulé « Pain, fruits, légumes : révélations sur un nouveau scandale », a pointé du doigt les engrais phosphatés du Maroc en leur imputant une teneur élevée en cadmium, un métal lourd réputé dangereux pour l’environnement et la santé publique.

Cependant, contrairement à ce que prétendent M6 et bien d’autres médias auparavant, la teneur en cadmium dans les engrais en provenance du Maroc n’est pas élevée. Tout au contraire, les engrais marocains présentent l’une des plus faibles teneurs en ce métal. Plus encore, depuis le 1er janvier 2025, tous les engrais phosphatés exportés par le Maroc vers le marché européen contiennent une teneur en cadmium inférieure à 20mg/kg. Il n’est pas sans rappeler que depuis plusieurs années maintenant, des lobbies ne cessent de s’acharner contre les phosphates marocains. Ceux-ci déploient une stratégie active au sein de l’UE pour freiner les exportations du Maroc, principal producteur mondial de phosphates et d’engrais phosphatés. Ce métal lourd est en effet utilisé comme prétexte pour promouvoir des restrictions qui défavorisent les exportations marocaines en phosphates. Parallèlement, ces lobbies exploitent les campagnes médiatiques et les rapports alarmistes pour ternir l’image des produits marocains et influencer l’opinion publique européenne. Ces manœuvres, affichant le slogan de la protection de la santé publique et l’environnement, visent en réalité à privilégier des acteurs concurrents sur le marché des engrais.

Un Partenariat Stratégique pour la Sécurité Alimentaire Africaine

Récemment, à Rabat, des accords supplémentaires ont été signés par le Maroc et le Nigéria lors d’une cérémonie suivie par le Roi Mohammed VI et le ministre des Affaires étrangères du Nigeria, Geoffrey Onyeama. En vertu de ces accords, le Maroc offrira du savoir-faire et de l’expertise dans le domaine de la production d’engrais, le stockage et le transport pour aider le Nigéria à atteindre ses objectifs de sécurité alimentaire. Dans le cadre de projets visant à améliorer la productivité agricole et à promouvoir la sécurité alimentaire et le développement rural, des usines de production d’engrais ont été mises en place en Éthiopie et au Nigéria.

Schéma des étapes de la production d'engrais

Le partenariat marocain vise à créer des écosystèmes où la production d’engrais est plus stable et accessible, contribuant à une meilleure prévisibilité des coûts pour les agriculteurs africains et réduisant leur dépendance vis-à-vis des marchés internationaux volatils. Fitch Solutions estime que le Groupe OCP et le gouvernement marocain renforceront leur engagement dans le secteur des engrais avec les pays africains. Dans ce sens, en mai 2024, l’Agence américaine pour le développement international (USAID) a établi un partenariat stratégique avec le groupe OCP pour améliorer l’accès aux engrais en Afrique, contribuant ainsi au développement durable de l’agriculture sur le continent.

Le Maroc est désormais le deuxième investisseur sur le continent africain, après l’Afrique du Sud, et l’agriculture sera l’un des secteurs prioritaires de cet investissement. Une illustration de cet engagement est la création en 2016 de la filiale OCP Africa, dédiée au développement durable de l’agriculture africaine, ainsi qu’aux investissements dans des usines d’engrais au Nigeria et au Ghana. Résultat, le Maroc est désormais le premier exportateur d’engrais pour le continent africain, représentant 15% des importations totales du continent en engrais en 2023, contre 8,3% en 2012 et seulement 0,1% en 2004. Le commerce des engrais avec les pays africains offre un potentiel considérable pour le Maroc, car le continent enregistre les taux d’adoption d’engrais les plus faibles au monde.

Le Maroc sur l'Échiquier Mondial des Engrais

À l’échelle globale, les engrais constituent une source importante de devises étrangères pour le Maroc, représentant 12,9% des revenus d’exportation du pays en 2023. Le rôle du pays en tant qu’exportateur mondial d’engrais s’est considérablement renforcé au cours de la dernière décennie. En 2012, le Maroc représentait 3,2% des exportations mondiales totales d’engrais, un chiffre qui a grimpé à 5,9% en 2023. De même, le Royaume occupe une position particulièrement stratégique dans le domaine des engrais à base de phosphate, avec une part de 25,9% des engrais minéraux ou chimiques phosphatés produits dans le monde. Le Brésil reste le plus grand importateur d’engrais marocains, représentant 19,9% des exportations du pays pour ce produit en 2023, contre 36% en 2013, ce qui montre une diversification croissante des partenaires commerciaux du Maroc, avec d’autres grands importateurs comme l’Inde, le Bangladesh et l’Argentine.

Fitch Solutions maintient une perspective positive pour l’industrie marocaine des engrais à moyen et long terme. Cette performance est portée par les vastes réserves de phosphates du pays, soutenue par une augmentation des investissements dans un contexte d’une demande mondiale croissante.

Les Défis du Contexte Mondial et l'Impact sur les Agriculteurs

Le contexte mondial actuel exerce une pression sans précédent sur la production d’engrais. Les tensions géopolitiques, les perturbations des chaînes d’approvisionnement et l’augmentation des coûts de l’énergie, qui est un intrant majeur dans la fabrication des engrais azotés, ont conduit à une volatilité des prix sans précédent. Les agriculteurs du monde entier sont confrontés à des défis considérables pour accéder à ces intrants essentiels, menaçant directement leur capacité à maintenir les rendements agricoles et, par conséquent, la disponibilité des denrées alimentaires. Cette situation exacerbe les risques d’insécurité alimentaire, particulièrement dans les régions les plus vulnérables du globe.

Infographie sur la volatilité des prix des engrais

Bien que les prix des engrais aient considérablement diminué par rapport à leur pic de 2022, ils restent supérieurs aux moyennes de 2015-2019. D’ailleurs, les perturbations du commerce des engrais et les restrictions d’exportation de phosphates en Chine ont conduit les gouvernements du monde entier à prioriser l’accès à ces produits pour garantir la sécurité alimentaire, notamment les pays d’Afrique subsaharienne.

L’impact de la hausse des prix des engrais sur les agriculteurs est significatif. Les agriculteurs font face à une réduction de leurs marges bénéficiaires. La dynamique entre le “coût de production” et le “prix de vente” des engrais est particulièrement critique. Le coût de production englobe une multitude de facteurs, incluant le prix des matières premières (gaz naturel, phosphate, potasse), les coûts énergétiques, les coûts de main-d’œuvre, les investissements en capital pour les usines, et les frais de recherche et développement. Le prix de vente, quant à lui, est influencé par l’offre et la demande sur le marché mondial, les politiques commerciales (droits de douane, subventions), la spéculation financière, et la perception de la valeur ajoutée pour l’agriculteur. Une hausse significative du coût de production, telle que celle observée récemment, met une pression énorme sur le prix de vente. Si les prix de vente ne suivent pas l’augmentation des coûts, les marges des producteurs se réduisent, pouvant entraîner des difficultés financières et une diminution des investissements dans de nouvelles capacités de production. Inversement, lorsque les prix de vente grimpent de manière disproportionnée par rapport aux coûts, cela devient un fardeau économique majeur pour les agriculteurs, les incitant à réduire leur consommation d’engrais, ce qui a des répercussions négatives sur les rendements et la sécurité alimentaire.

Des Solutions Innovantes pour une Agriculture Durable

Au-delà des aspects industriels et diplomatiques, la production d’engrais est intrinsèquement liée à des défis agronomiques complexes. L’amélioration de la productivité agricole ne se limite pas à la simple disponibilité des fertilisants ; elle implique également une gestion optimisée des ressources hydriques, une adaptation aux contraintes climatiques telles que le stress hydrique croissant, et une maîtrise des coûts des intrants. Ces facteurs, combinés, déterminent la rentabilité pour les agriculteurs et, in fine, la viabilité de leurs exploitations.

Face aux défis actuels, diverses stratégies sont explorées pour diversifier les sources d’approvisionnement et promouvoir une agriculture plus résiliente. Oui, il existe plusieurs alternatives à l’utilisation d’engrais chimiques, notamment l’utilisation d’engrais organiques, le compostage, la rotation des cultures, l’agroforesterie et le recours à des pratiques agricoles durables qui améliorent la fertilité naturelle des sols. L’utilisation accrue d’engrais organiques, le compostage, la rotation des cultures, et l’intégration de légumineuses pour fixer l’azote atmosphérique sont autant de pratiques qui peuvent réduire la dépendance aux engrais minéraux. L’innovation dans la science des sols, la recherche sur les biostimulants et les engrais à libération lente sont également des pistes prometteuses pour optimiser l’efficacité des nutriments et minimiser leur impact environnemental.

De plus, le développement de capacités de production locales, comme le font le Maroc au Nigéria et en Éthiopie, est une stratégie clé pour décentraliser la production et réduire les vulnérabilités liées au transport et à la disponibilité mondiale. Le Maroc, à travers sa stratégie d’exportation de savoir-faire et de partenariat industriel dans la production d’engrais, s’affirme comme un acteur clé pour relever ces défis. Cette approche collaborative renforce les économies locales, stimule l’innovation et contribue durablement à la sécurité alimentaire en Afrique. L’engagement envers le partage d’expertise technique et l’établissement d’unités de production sur le continent est une réponse concrète aux besoins croissants et aux défis complexes de l’agriculture moderne. Pour des perspectives locales et des innovations dans le secteur, des plateformes comme HortiTecNews fournissent des informations précieuses. Les politiques agricoles des nations africaines, comme celles du Ministère de l’Agriculture en Tunisie, jouent également un rôle fondamental dans la mise en œuvre de ces stratégies.

La Gestion de l'Eau : Un Enjeu Crucial

Bien que Fitch Solutions maintienne une perspective positive pour ce secteur, certains risques persistent. L’extraction et la transformation des phosphates en engrais nécessitent d’importantes quantités d’eau, ce qui constitue un problème majeur pour le Maroc. En novembre 2024, la Banque européenne pour la reconstruction et le développement (BERD) a accordé un prêt de 200 millions d’euros au Groupe OCP afin de soutenir ses nouvelles installations de dessalement à des fins industrielles pour une gestion durable des ressources. Ceci illustre la prise de conscience et les efforts entrepris pour relever ce défi environnemental.

L'Histoire d'une Industrie en Croissance

Le marché des engrais a fait son apparition au Maroc dans les années 20 suite à la découverte des phosphates marocains par la Compagnie des Super Phosphates. Cependant, la demande des engrais est restée insignifiante jusqu’au début des années 60 avec le lancement des grands programmes agricoles qui ont suivi l’indépendance. Le marché marocain des engrais a alors enregistré une période de forte croissance, marquée par une progression moyenne annuelle de 10%. Aujourd’hui, le Maroc possède une industrie des engrais de portée internationale avec une énorme capacité de production. C'est l'un des quatre premiers exportateurs d'engrais au monde après la Russie, la Chine et le Canada. Par rapport à la concurrence internationale, le Maroc dispose d’un net avantage dans la production d'engrais phosphorés, car il possède plus de 70 % des réserves mondiales de roches phosphatées, dont provient le phosphore utilisé dans les engrais.

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