Les Produits Phytosanitaires et la Lutte Contre le Mildiou : Vers des Stratégies Intégrées et Durables

L’agriculture française a initié depuis quelques années une démarche de réduction de l’utilisation d’intrants phytosanitaires conventionnels. Cette orientation est particulièrement pertinente dans le cas de cultures comme la pomme de terre et la vigne, où le mildiou représente une menace majeure et entraîne un Indice de Fréquence de Traitements (IFT) élevé. La mise en place de solutions alternatives pour lutter contre cette maladie est donc primordiale pour la pérennité de ces filières agricoles.

Le Mildiou : Un Bio-agresseur Omniprésent et Dévastateur

Le mildiou est une maladie fongique (ou cryptogamique) causée par des micro-organismes tels que Phytophthora infestans pour la pomme de terre et Plasmopara viticola pour la vigne. Ces champignons microscopiques sont tapis dans le sol en hiver, attendant leur heure. Avec le retour des températures douces et une pluviométrie parfois bien marquée au printemps et au début de l’automne, ils deviennent le cauchemar des vignerons, maraîchers et jardiniers amateurs.

Cycle de vie du mildiou

Le mildiou de la pomme de terre, causé par Phytophthora infestans, est le principal bio-agresseur de cette culture dans le monde. Cette maladie fortement épidémique s’attaque à tous les organes (feuilles, tiges et tubercules) de la plante à tous les stades de développement de la culture, dès lors que les conditions climatiques sont propices. En France, le climat rencontré lors de la culture de la pomme de terre est régulièrement favorable, à très favorable, aux attaques de mildiou (températures douces et humidité). Il peut provoquer des pertes de rendements très importantes, de 50% voire 100% dans les cas d’attaques précoces et violentes (cas de l’année 2007 par exemple) ou en conditions de production en agriculture biologique.

Sur la vigne, le mildiou affecte principalement les organes herbacés, entraînant une perte significative de rendement et une dégradation de la qualité des vins. Ces champignons manifestent leur présence par l’apparition de tâches - translucides, jaunes ou brunes selon le champignon et la plante touchée - en face extérieure et d’un duvet blanc en face intérieure des feuilles de la plante contaminée. Les inflorescences se dessèchent et les fruits se parent d’un feutrage blanc ou brunissent et deviennent impropres à la consommation.

Les Stratégies Traditionnelles de Lutte et Leurs Limites

La principale méthode de lutte contre cette maladie est l’application préventive de fongicides de synthèse. Ces traitements concernent presque exclusivement la lutte contre le mildiou. Cependant, l’agriculture française est entrée depuis quelques années dans une démarche de réduction de l’utilisation d’intrants phytosanitaires conventionnels. L’IFT fongicides moyen en 2014 était de 14,5, source Agreste août 2016, ce qui souligne l’importance de ces traitements.

Pour lutter contre ces parasites, les agriculteurs et agricultrices utilisent des produits phytosanitaires, dont ceux, largement éprouvés, composés de cuivre. Le cuivre vient perturber les activités respiratoires, enzymatiques et membranaires du champignon, qui en meurt. Toutefois, l’emploi du cuivre fait de plus en plus l’objet de débats. Au-delà d’une certaine dose, il serait toxique pour les plantes, la faune aquatique, les mammifères, la vie des sols et les utilisateurs et utilisatrices eux-mêmes et elles-mêmes en cas d’exposition chronique.

En 2015, la Commission européenne a inscrit le cuivre sur la liste des substances actives candidates à la substitution et la dose maximale autorisée a progressivement été réduite. Depuis novembre 2018, elle est de quatre kilogrammes par hectare et par an. Dès lors, développer des solutions alternatives efficaces et plus respectueuses de l’environnement est plus que jamais nécessaire.

L'Émergence du Biocontrôle comme Alternative Durable

Une des pistes envisagées repose sur le biocontrôle, c’est-à-dire le recours à des substances ou agents capables de lutter contre les pathogènes par l’utilisation de mécanismes naturels. C’est dans ce contexte que des projets de recherche et développement se sont multipliés.

Le Projet MilPomBio : Innovations pour la Pomme de Terre

Le projet MilPomBio (2015-2018), coordonné par Vegenov et impliquant l’UMR IGEPP INRA, Arvalis Institut du Végétal et Bretagne Plants Innovation, a eu pour objectif d’identifier des produits de biocontrôle efficaces contre le mildiou de la pomme de terre, pour les proposer aux producteurs. Au démarrage du projet, aucune solution de biocontrôle n’était disponible pour cette culture.

La première phase du projet a consisté à évaluer l’efficacité de protection d’une quarantaine de produits de biocontrôle (extraits d’algues, extraits de plantes, micro-organismes, éléments minéraux et composés organiques) vis-à-vis du mildiou de la pomme de terre en conditions contrôlées. Un premier criblage en plein champ a été réalisé avec des produits à base d’extrait d’algues, de micro-organismes, de plantes seules ou avec du cuivre. Seul le produit contenant du cuivre a permis d’induire une efficacité de protection significative dans cette phase. Une architecture plus aérée défavorise la maladie, ce qui suggère l'importance des pratiques culturales. Sur les quatre génotypes étudiés, le même produit à base de phosphite induisait les meilleurs résultats.

Comparaison de l'efficacité de produits de biocontrôle sur le mildiou de la pomme de terre

La dernière étape du projet a consisté à évaluer, en conditions de production, plusieurs stratégies de protection intégrée, associant variétés présentant des niveaux de résistance variables, OAD Miléos, produit de biocontrôle et fongicides susceptibles d’apporter un niveau de maladie acceptable. Ce travail a été réalisé sur deux sites différents en termes de conditions pédoclimatiques. En conclusion de ce projet, l’utilisation de l’ensemble des leviers a permis une diminution de l’utilisation de produits phytosanitaires conventionnels pour lutter contre le mildiou de la pomme de terre. En particulier, les résultats obtenus avec des produits de biocontrôle à base de phosphites sont encourageants et ont permis une diminution de l’utilisation de produits phytosanitaires conventionnels, de 40 à 80% selon les variétés.

Le Projet DIONYSOS : Une Approche Novatrice pour la Vigne

Le projet DIONYSOS, démarré en 2021 et porté par Pierre Picot, du Laboratoire interdisciplinaire sur l'organisation nanométrique et supramoléculaire (LIONS) du NIMBE, vise à mettre au point une solution de biocontrôle pour lutter de façon préventive contre le mildiou de la vigne et qui soit également utilisable en agriculture biologique. L’idée initiale reposait sur l’utilisation d’eau oxygénée ou peroxyde d’hydrogène (H2O2) stabilisée. Durant la phase de test, l’équipe a découvert que l’eau oxygénée n’était pas indispensable et que la substance utilisée pour la stabiliser possédait des qualités fongicides intrinsèques. Le projet DIONYSOS s’engage alors dans le développement de cette substance naturellement présente dans l’environnement. Le spectre d’action potentiel étant large, l’application à d’autres cultures et types de champignons est également envisagée.

C’est par un concours de circonstances que Pierre Picot, spécialiste des nanotubes et de leur réactivité, est venu à s’intéresser aux maladies cryptogamiques. Une coopérative de vignerons bordelaise a contacté, en 2018, plusieurs start-up et organismes de recherche, à la recherche de solutions alternatives à l’emploi du cuivre contre le mildiou de la vigne, et a contacté le CEA. « On était très loin d’imaginer que notre technologie pouvait avoir une application dans le phytosanitaire », se souvient Pierre Picot, qui garde le silence sur les détails de cette technologie.

Rapidement, Pierre Picot a collaboré avec des équipes de recherche et de développement pour la réalisation d’essais d’efficacité de la substance face au mildiou de la vigne en laboratoire et en conditions contrôlées. Les premiers essais aux champs réalisés avec des acteurs de terrain scientifiques et techniques n’ont pas permis de reproduire ces résultats initiaux. Dès lors, il s’agit de valider les hypothèses sur les modes d’actions et d’identifier les conditions d’utilisation de la substance. « On a décidé de revenir un peu en amont, de comprendre comment fonctionne la substance active et d’où vient son efficacité », signale Pierre Picot. C’est pourquoi, fin 2022, des échanges ont démarré avec une équipe scientifique, dans le but de construire un partenariat qui consolide l’expertise du projet.

Pierre Picot compte s’appuyer sur ces nouvelles connaissances pour déterminer quels types de cultures ou de maladies sont les plus intéressantes et quels couples culture/maladie seront à tester. « Le mildiou de la vigne n’est peut-être pas la maladie la plus simple à tester, car elle parasite les feuilles. D’autres maladies cryptogamiques le sont davantage, comme le botrytis ou pourriture grise, causée par le champignon Botrytis cinerea. » Par ailleurs, la vigne est une culture pérenne : les pieds, une fois plantés, se maintiennent plusieurs dizaines d’années.

Pour cette année, l’équipe prévoit de consolider le fonctionnement de sa substance active. Les efforts porteront sur la formulation du produit, « c’est-à-dire l’identification et l’ajout de composants complémentaires maintenant le plein potentiel du produit lors de son utilisation en plein champ », explicite Pierre Picot. Pour l’y aider, il prévoit de nouer des partenariats avec des entreprises spécialisées dans le domaine. Il privilégiera les essais en serre pour tester les différentes options, car réalisables toute l’année, avant de revenir au champ d’ici 2024. « Un autre avantage est qu’il est possible d’y tester des conditions extrêmes, dont on sait qu’elles sont susceptibles de faire émerger des maladies à fortes pressions, pour voir si elles mettent en défaut ou non le produit. »

Une fois la bonne formulation trouvée, il faudra s’intéresser à la partie réglementaire. « Cela implique de suivre un chemin réglementaire et de réaliser un certain nombre de tests, dont l’évaluation de la toxicité et de l’écotoxicité. Pour réussir cette étape, nous nous appuyons sur l’expertise d’un cabinet de conseil en affaires réglementaires phytosanitaires. » Viendra enfin le moment de penser à la forme que prendra la suite du projet. « Si l’on choisit de se diriger vers la création d’une start-up, cela nécessitera de financer les phases suivantes, dont la production en volume de la substance. Une autre possibilité sera d’envisager un transfert technologique à un industriel déjà établi, capable de produire la substance active », avance Pierre Picot.

LA recette miracle contre le mildiou

Les Solutions de Biocontrôle Actuellement sur le Marché

Plusieurs produits de biocontrôle sont désormais disponibles ou en développement, offrant des approches variées pour la lutte contre le mildiou et d’autres maladies cryptogamiques.

Belvine : La Stimulation des Défenses Naturelles de la Vigne

Belvine est un produit qui utilise le principe actif ABE-IT 56, un complexe de plusieurs molécules d’intérêt, issu d’un procédé unique et innovant. Il est composé entre autres d’acides aminés, de glycérol, glucan, mannan, et il permet une stimulation de plusieurs voies de défense naturelle de la vigne. Son mode d’action est préventif : après la première application de Belvine, le système de défense naturelle de la vigne est prêt pour limiter le développement de la maladie (mildiou). On observe une systémie, c’est-à-dire une circulation dans la plante, et une persistance du signal. La formulation liquide de Belvine permet une bonne émulsion et stabilité dans la cuve du pulvérisateur. Elle permet aussi une bonne couverture sur le feuillage et les grappes lors de la pulvérisation et optimise ainsi la bonne perception du signal par la plante. Belvine participe à baisser l’indicateur de fréquence de traitements phytosanitaires (IFT). Il permet une réduction de la quantité de fongicides conventionnels dans les programmes de protection de la vigne (association avec une dose réduite ou substitution totale sur une partie du programme).

Limocide / Essen’ciel : Une Triple Action Basée sur l’Huile Essentielle d’Orange Douce

Limocide / Essen’ciel, biocontrôle à base d’huile essentielle d’orange douce, est une solution triple action indispensable pour les programmes de protection. Il permet d’améliorer considérablement l’efficacité du programme fongicide. Il est curatif et éradiquant. Pour lutter contre l’oïdium, il est recommandé de ne pas attendre que les tâches deviennent visibles. Limocide / Essen’ciel est également homologué pour lutter contre les cicadelles, notamment Empoasca vitis, Metcalfa pruinosa, Scaphoideus titanus et Stictocephala bisonia.

Futura® : Action Complète Contre le Mildiou et le Black-Rot

Futura® propose une action complète et combinée contre le mildiou et le black-rot. Il est essentiel d'intervenir avant que la maladie ne s'installe pour éviter toute propagation du champignon. L’anticipation et l’intervention dès les premiers stades en adoptant une stratégie préventive permettent de limiter la propagation du champignon dans les parcelles. Il est crucial de choisir des solutions robustes et sûres en optant pour l’utilisation du bon produit au bon moment.

Les Engrais Foliaires comme Soutien aux Défenses des Plantes

En complément des produits de biocontrôle spécifiques, certains engrais foliaires peuvent jouer un rôle dans le renforcement des défenses des plantes. Notre engrais foliaire Arvor, est composé d’oligo-éléments et d’Ascophyllum nodosum. Notre solution Vitelice P / Silzan / Alezan est un engrais foliaire complet (P, K), renforcé en Magnésium, Zinc et Silice bio-assimilable. Il améliore l’assimilation et la translocation des nutriments.

La Protection Intégrée : Une Approche Holistique

La protection intégrée est une stratégie qui vise à utiliser tous les leviers disponibles pour gérer les maladies, en privilégiant les méthodes les moins impactantes pour l'environnement et la santé. Pour la lutte contre le mildiou, cela implique une combinaison de plusieurs éléments :

  • Choix de Variétés Résistantes : L'utilisation de variétés présentant des niveaux de résistance variables au mildiou est un levier fondamental. La génétique végétale offre des opportunités significatives pour réduire la dépendance aux traitements chimiques.
  • Outils d’Aide à la Décision (OAD) : Des outils comme Miléos pour la pomme de terre, ou xarvio® field manager vigne de BASF Digital Farming pour la vigne, sont des services de pilotage 360 mis à la disposition des viticulteurs. En s'appuyant sur des modèles mécanistes, xarvio® field manager vigne est capable de prédire le risque réel pour les quatre maladies principales de la vigne : le mildiou, l’oïdium, le black-rot et le botrytis. Ces OAD permettent d'anticiper et d'intervenir au bon moment, optimisant ainsi l'efficacité des traitements et réduisant leur fréquence.
  • Produits de Biocontrôle : Comme détaillé précédemment, les produits de biocontrôle offrent une alternative prometteuse aux fongicides conventionnels, en stimulant les défenses naturelles des plantes ou en agissant directement sur le pathogène.
  • Fongicides Conventionnels à Dose Réduite : Dans certaines stratégies de protection intégrée, les fongicides conventionnels peuvent être utilisés, mais à des doses réduites et en complément d'autres méthodes, afin de maintenir un niveau de maladie acceptable.
  • Mesures Prophylactiques : Il est crucial de mettre en place des mesures prophylactiques, c'est-à-dire des actions visant à prévenir l'apparition ou la propagation de la maladie. Une architecture plus aérée de la plante, par exemple, défavorise le développement du mildiou.

Schéma de stratégie de protection intégrée contre le mildiou

En renforçant la lutte fongicide contre le mildiou dans les vignes, l'objectif est de continuer à produire un raisin suffisant malgré une pression maladie en forte croissance. L’élaboration d’itinéraires de protection adaptés et pertinents préservera les récoltes, garantissant ainsi une belle vendange abondante et de qualité et un revenu préservé.

Précautions d'Usage des Produits Phytosanitaires

Il est primordial d’utiliser les produits phytosanitaires avec précaution. Avant toute utilisation, il faut s’assurer que celle-ci est indispensable. Il est conseillé de privilégier, chaque fois que possible, les méthodes alternatives et les produits présentant le risque le plus faible pour la santé humaine, animale et pour l’environnement, conformément aux principes de la protection intégrée. Pour les usages autorisés, doses, restrictions d’emploi et contre-indications, il est impératif de se référer à l’étiquette du produit ou de consulter des plateformes comme www.phytodata. Ces produits sont à usage exclusif des professionnels.

Mentions légales : Document non contractuel. Les informations contenues dans ce document ne sont données qu'à titre indicatif et peuvent varier en fonction des conditions pédoclimatiques et culturales.

Attention :H317 : Peut provoquer une allergie cutanéeH319 : Provoque une sévère irritation des yeuxBelvine : 325,6 g/L d'ABE-IT 56. Propriété Cérience - Distribué par Cérience, route de la Ménitré 49250 Beaufort en Vallée France.

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