Gestion et compréhension des ravageurs et maladies du prunier

Le prunier attire chaque année de nombreux insectes ravageurs. Lorsque certains ravageurs s’installent, ils affaiblissent l’arbre, réduisent la récolte et ouvrent la voie aux maladies. Comme tous les arbres fruitiers, le prunier est sujet à de nombreuses maladies ou attaques de parasites divers. Champignons, bactéries et virus, pucerons et autres insectes, heureusement des solutions existent la plupart du temps. Pour soigner le prunier malade ou infesté, le bon traitement doit être appliqué et au bon moment, pour une efficacité optimum !

Schéma illustrant les principaux ravageurs du prunier sur les feuilles et les fruits

Les lépidoptères ravageurs des fruits

Le carpocapse de la prune

Le carpocapse de la prune est un petit papillon noir gris qui dépose ses œufs directement sur les fruits. Les chenilles, d’un rouge carmin caractéristique, perforent la peau et progressent vers le noyau en laissant derrière elles de fines déjections. Les fruits touchés tombent bien avant maturité. Une petite goutte de gomme peut parfois apparaître au point d’entrée, signe précoce de l’activité de la larve. Les prunes aussi peuvent être l’hôte de petites chenilles de carpocapse. Cette espèce est différente de celle présente sur pommier mais cause des dégâts comparables. La chenille entre dans le fruit et consomme l’amande du noyau. Les fruits atteints tombent précocement et pourrissent.

Les dégâts des chenilles de première génération passent souvent inaperçus, la chute des fruits étant confondue avec la chute physiologique (fruits non fécondés par exemple). Les chenilles de la seconde génération occasionnent des pertes importantes pour les variétés plus tardives : le fruit attaqué prend d’abord une coloration foncée. Il ne se développe pas complètement et quelques gouttelettes gommeuses caractéristiques coulent par l’orifice de pénétration de la chenille. Le fruit tombe alors prématurément.

Ce ravageur est spécifique du prunier. Les papillons mesurent 13 à 15 mm d’envergure. Les ailes antérieures sont triangulaires et étroites à la base, gris brun foncé s’éclaircissant vers l’apex en formant une tache gris cendré. Au centre de cette tache, on trouve 4 petits bâtonnets noirs horizontaux. Les ailes postérieures sont gris brunâtre. La face inférieure du corps et les pattes sont grisâtres. Les papillons se déplacent à la tombée du jour. La ponte débute en général à l’époque où les prunes ont un diamètre de 10 mm et s’échelonne sur un mois environ. Les femelles pondent en moyenne 45 œufs chacune. Les œufs sont aplatis et blanchâtres. Ils sont pondus isolément sur la partie inférieure des fruits. Ils éclosent après 9 à 15 jours en fonction des températures.

Les chenilles mesurent de 10 à 12 mm. Leur dos est rose vif, le ventre plus pâle. La tête est brun foncé. De fines soies sont réparties sur tout le corps. La chenille pénètre très rapidement dans la pulpe du fruit, avant de se diriger vers la base du pédoncule. Là, elle sectionne des faisceaux de vaisseaux qui alimentent normalement le fruit. Après 20 à 25 jours de développement, les larves quittent les fruits et se nymphosent dans l’écorce ou sur le sol. La chrysalide est contenue dans un petit cocon soyeux. Le papillon émerge après 10 à 15 jours. Il y a deux générations par an.

La tordeuse orientale du pêcher

La tordeuse orientale du pêcher s’attaque aussi aux pruniers. La larve de ce papillon s’introduit dans les jeunes pousses ou les fruits en formation. Elle commence blanche puis rosit en grandissant. Les jeunes pousses atteintes se flétrissent soudainement et laissent apparaître une perforation près de l’extrémité. Dans les fruits, la tordeuse creuse des galeries qui perturbent leur développement.

La petite tordeuse des fruits

La petite tordeuse des fruits a un fonctionnement similaire à celui du carpocapse. Les différences : la larve pénètre dans le fruit par une perforation en spirale (le trou est simple pour le carpocapse), elle est grise à rose clair et rejette ses excréments à l’extérieur du fruit. Les pièges à phéromones sont couramment utilisés pour lutter contre les chenilles des fruits. Ils sont spécifiques aux espèces.

Les insectes piqueurs-suceurs : pucerons et cochenilles

Diversité des pucerons du prunier

Plusieurs espèces de pucerons se relayent sur le prunier au fil de la saison. Le puceron vert du prunier (Brachycaudus helichrysi) présente un corps vert tendre, parfois jaunâtre, avec des formes ailées plus sombres et une tache pigmentée sur l’abdomen. Les jeunes feuilles se crispent nettement et s’enroulent ; les rameaux perdent de la vigueur. Le puceron brun du pêcher / du prunier (Brachycaudus prunicola) se reconnaît à sa tête noire brillante et son abdomen orangé brunâtre. Le puceron farineux du prunier (Hyalopterus pruni) a un aspect poudré grâce à une fine pruine blanche et une silhouette allongée vert pâle. Enfin, le puceron vert du pêcher (Myzus persicae) possède des formes ailées vert taché de noir, un thorax sombre et des formes aptères vert clair.

Les pucerons verts piquent les feuilles pour se nourrir, provoquant un enroulement caractéristique. Si les pucerons sont très nombreux, le métabolisme de l’arbre peut être très affecté. Les fruits vont alors se déformer et jaunir, certains tombent. Ces pucerons sont également des vecteurs de maladies virales, notamment de la sharka. Les pucerons farineux sont moins fréquents que les pucerons verts. Ils s’installent sur le revers des feuilles, généralement en importantes colonies et excrètent un miellat abondant qui va rapidement se couvrir de fumagine. L’arbre s’affaiblit, les feuilles tombent, les fruits se développent mal et pourrissent.

Protection de la Culture partie 2 - Comment et pourquoi utiliser des pièges gluants

Les cochenilles

De nombreuses cochenilles peuvent s’installer durablement sur le prunier. Elles se fixent sur l’écorce, les jeunes pousses ou le feuillage, d’où elles prélèvent la sève. La cochenille ostréiforme (Diaspidiotus ostreaeformis) possède un bouclier rigide rappelant une petite coquille, fixé sur rameaux et écorce. Ses piqûres provoquent déformations, dessèchements successifs et, dans les cas avancés, la mort de portions entières de branches. La cochenille rouge du poirier (Epidiaspis leperii) a un bouclier circulaire clair avec un centre rouge sombre, et un corps rosé dessous. Les fortes colonies créent des croûtes épaisses sur les branches, entraînant fentes, ralentissement de croissance et dessèchement de rameaux. Le lécanium du cornouiller ou de la vigne (Parthenolecanium corni) est une cochenille globuleuse brun acajou, brillante. Le lécanium du pêcher (Parthenolecanium persicae) présente une forme plus allongée, brun rouge, avec une carène médiane bien visible.

Cochenille du cornouiller, cochenille rouge du poirier, pou de San José peuvent être présents sur le prunier, parfois les 3 en même temps. Ils ont sensiblement les mêmes effets : affaiblissement de l’arbre, développement de nombreux gourmands, dépérissement de branches. Les fruits peuvent être affectés dans leur taille ou dans leur poids. De la fumagine peut apparaître. Lorsqu’elles sont protégées par leur carapace, les cochenilles sont difficiles à atteindre. Le traitement adapté est basé sur la lutte biologique, en l’occurrence l’utilisation d’auxiliaires : certaines coccinelles ou des hyménoptères sont lâchés dans l’arbre attaqué. L’utilisation d’un mélange eau + savon noir ou huile d’olive semble avoir une action asphyxiante.

Autres ravageurs : hyménoptères et acariens

L’hoplocampe du prunier

L’hoplocampe du prunier est un petit hyménoptère ravageur des pruniers. Ce sont les larves qui attaquent les jeunes fruits. La femelle pond dans le calice des fleurs ouvertes, puis la larve, blanchâtre à jaunâtre et longue d’environ 10 mm, pénètre dans le fruit, creuse jusqu’au noyau et peut détruire plusieurs prunes successivement, laissant un trou circulaire caractéristique qui vaut à ce ravageur le nom de « ver du cordonnier ». Le traitement du prunier contre le ver du cordonnier consiste à déposer des pièges englués sur le tronc du prunier, la période optimum étant la fin de la chute des pétales.

Cycle de développement de l'hoplocampe du prunier

Les acariens

Ces acariens microscopiques hivernent sous forme d’œufs sur les rameaux. Dès le printemps, leur population augmente rapidement. Ils piquent les cellules du revers des feuilles pour en aspirer le contenu. Sur prunier, ces attaques réduisent la surface photosynthétique et affaiblissent l’arbre. Cet acarien minuscule se loge dans les bourgeons et y déclenche la formation de galles rondes, lisses, parfois multiples. À l’intérieur, les tissus s’épaississent et se désorganisent. Les pousses florifères se développent mal et les fleurs avortent en partie. Sur un arbre fortement touché, la floraison paraît clairsemée et certaines branches restent maigres tout au long de la saison. Les araignées rouges piquent les feuilles, provoquant la chute prématurée de celles-ci et donc un affaiblissement de l’arbre. Avant de tomber, les feuilles peuvent prendre une coloration métallique, jaune ou encore brune, selon l’acarien présent. Les phytoptes à galles provoquent le développement de galles à la base des bourgeons, entraînant la déformation des bourgeons et donc des défauts dans le développement de nouveaux rameaux et dans la production de fruits. Les phytoptes libres causent des décolorations sur les feuilles à partir du mois de juin, puis les feuilles brunissent et l’arbre se défeuille très rapidement à partir du haut.

Stratégies de lutte contre les agresseurs

Méthodes culturales et biocontrôle

Concernant le carpocapse, il convient de supprimer les prunes véreuses tombées de l’arbre au fur et à mesure de la chute avant que les larves ne quittent le fruit. Privilégiez des variétés résistantes en vous renseignant auprès de votre fournisseur. Les oiseaux et les chauves-souris sont des prédateurs naturels du carpocapse ; installez des nichoirs afin de favoriser leur présence. Piégez les chenilles hivernantes redescendant pour passer l’hiver à l’abri de l’écorce en plaçant une bande piège en carton ondulé. Après la récolte des dernières prunes retirez les bandes et détruisez les chenilles. Veillez à la bonne adhérence entre l’écorce et la bande piège pour éviter que les chenilles passent dessous.

Utilisez un piège à phéromone spécifique du carpocapse du prunier. Le fonctionnement est le même que pour le carpocapse du pommier et poirier. Pour contribuer à une réduction significative des dégâts, il est nécessaire de placer de un à trois pièges par arbre selon le volume de celui-ci. La macération d’absinthe éloignerait le carpocapse du prunier, bien que l’efficacité de telles préparations ne soit pas démontrée scientifiquement à ce jour.

Pour lutter contre les pucerons, le savon noir, mélangé à de l’eau, se pulvérise directement sur les insectes qui se dessèchent rapidement. Le traitement est à appliquer à chaque infestation. Les décoctions d’ail, les infusions de menthe poivrée ou de lavande ont une action répulsive. Les colliers de glu, à mettre autour du tronc du prunier, empêchent les fourmis de s’occuper des pucerons, car un des rôles des fourmis est la défense des pucerons contre les agresseurs. Les méthodes de biocontrôle sont très efficaces : chrysopes et coccinelles sont des prédateurs voraces de pucerons, notamment leurs larves, et certains hyménoptères parasitoïdes pondent dans ou sur leur proie.

Le traitement contre les acariens sur le prunier consiste à libérer des phytoséiides, contre les araignées rouges et les phytoptes libres, ou des cécidomyies contre les phytoptes à galles, qui sont des prédateurs naturels des acariens. L’application de soufre est efficace contre les phytoptes à galles, au début de la migration puis 15 jours plus tard.

Maladies cryptogamiques, bactériennes et virales

Les maladies cryptogamiques

De nombreux traitements du prunier contre ses agresseurs sont préventifs. La rouille du prunier est causée par le champignon Tranzschelia, entraînant un affaiblissement de l’arbre. Les symptômes : les feuilles sont tachées de spores bruns sur leur revers et de taches jaunes sur l’endroit ; elles finissent par chuter. Il n’y a à ce jour aucun produit de biocontrôle efficace. Détruisez les feuilles tombées au sol et celles toujours sur l'arbre, qui sont des réservoirs à spores. La moniliose, causée par le champignon Monilia laxa, pénètre le plus souvent par les fleurs ou une plaie. Les fleurs se dessèchent, tout comme les rameaux. Les fruits présentent des cercles de pourriture brune entourés de coussinets de spores blancs. La lutte consiste à effectuer des applications de bouillie bordelaise : un premier traitement au printemps, juste avant le débourrement, puis avant que les fleurs ne soient ouvertes.

La cloque (Taphrina pruni) est un champignon qui s’attaque principalement aux fruits, provoquant leur déformation ; supprimez tous les fruits atteints. Le coryneum à criblure (Coryneum beijerinckii) provoque des taches rouge violacé sur les feuilles et les rameaux, laissant exsuder de la gomme. Appliquez de la bouillie bordelaise à la chute des feuilles en automne, puis juste avant le débourrement. Le cuivre est ici utilisé. Attention : la bouillie bordelaise est efficace, mais son utilisation doit être limitée au plus juste car elle est toxique pour l’environnement.

Les bactérioses et maladies virales

Les bactérioses, ou chancres bactériens, sont des maladies du dépérissement. La bactériose à Pseudomonas provoque des taches circulaires sur les feuilles qui se nécrosent, des bourgeons qui se dessèchent et des cloques sur le tronc laissant échapper de la gomme. La bactériose à Xanthomonas marque les feuilles de taches grises anguleuses, provoque des chancres sur les jeunes rameaux et des lésions gommeuses sur les fruits. Une solution cuprique doit être appliquée lors de la chute des feuilles, puis au printemps avant le débourrement.

La sharka, provoquée par le Plum Pox Virus, se manifeste par des taches aux bords flous, jaune clair, sur les feuilles. Les fruits peuvent se creuser, présenter des nécroses et être moins sucrés. Elle touche principalement les pruniers américano-japonais et se combat via le traitement contre les pucerons, vecteurs de la maladie.

Le phellin du prunier

Le phellin du prunier est un champignon lignivore, parasite en premier stade puis saprophyte. Ce polypore forme une sorte de chapeau beige brun collé à l’écorce. Lorsqu’il devient visible, il est déjà bien installé dans les tissus de l’arbre, décomposant le bois mort pour se nourrir. Il n’y a pas de traitement contre le phellin du prunier. Bien que le plus souvent des solutions existent pour soigner un prunier malade, ou du moins pour prévenir une maladie, il est dommage que l’utilisation de la bouillie bordelaise, produit dangereux pour l’environnement, reste l’unique traitement efficace.

Photo macro d'un phellin du prunier sur une écorce

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