
Paul Figuier s'est imposé au fil des saisons comme une figure montante et incontournable dans le paysage de la musique classique, particulièrement dans le répertoire baroque. Ce contre-ténor français, doté d'un timbre d'une richesse remarquable, dense et aux couleurs profondes, a su bâtir une carrière impressionnante grâce à une formation solide, des rencontres déterminantes et une curiosité artistique insatiable. Son parcours, jalonné de collaborations avec des chefs d'orchestre et des ensembles de renommée internationale, témoigne d'une progression constante et d'une polyvalence qui lui permettent d'exceller tant sur la scène lyrique que dans le cadre de concerts.
Les Fondations d'une Carrière : Formation et Premières Expériences
Le parcours de Paul Figuier débute de manière quelque peu fortuite, mais rapidement structurée par une passion précoce pour le chant. Ses parents ayant déménagé dans le Sud, c'est au sein de la chorale de son collège, dirigée par Vincent Recolin, alors contre-ténor lui-même, que Paul, alors soprano, découvre les joies du chant. L'apprentissage à l'oreille, empreint d'enthousiasme, pose les premières pierres de son développement vocal. Sa mue rapide voit son falsetto s'installer durablement dans le registre alto, une tessiture qui deviendra sa signature.
Après l'obtention de son baccalauréat, Paul Figuier intègre le prestigieux Centre de Musique Baroque de Versailles (CMBV), sous la direction d'Olivier Schneebeli. Cette immersion dans le chant baroque marque un tournant décisif. Ce qui était auparavant une activité extrascolaire se transforme en un engagement professionnel exigeant, nécessitant une progression rapide en solfège, mais offrant une formation vocale d'une qualité exceptionnelle. C'est au CMBV qu'il découvre et approfondit le répertoire de ses futures passions.
Fort de cette base solide, il intègre ensuite la classe d'Isabelle Poulenard au Conservatoire à Rayonnement Régional (CRR) de Paris. Durant cette période, il bénéficie de l'enseignement de professeurs reconnus tels que Stéphane Fuget et Jean Tubéry. Ces années d'études sont particulièrement fructueuses en termes d'expériences scéniques. Il participe activement à de nombreuses productions, se glissant notamment dans la peau de Bertarido dans "Rodelinda" de Haendel en 2014, puis incarnant Pisandro dans "Il ritorno d’Ulisse" de Monteverdi en 2015. Ces rôles lui permettent de confronter son apprentissage théorique à la pratique théâtrale et vocale sur scène.

L'Accélérateur de Carrière : Le CNSM de Paris et les Rencontres Clés
L'année 2016 marque une étape supplémentaire dans l'ascension de Paul Figuier : son admission au Conservatoire National Supérieur de Musique et de Danse (CNSMD) de Paris. Il y poursuit sa formation dans les classes d'Alain Buet, puis d'Yves Sotin. Cette période est caractérisée par une série de collaborations avec des chefs d'orchestre de premier plan, qui jouent un rôle crucial dans son exploration du répertoire baroque. Il a ainsi la chance de se produire sous la direction de Masaaki Suzuki, Laurence Equilbey, Paul Agnew, Alain Altinoglu et, une nouvelle fois, Christophe Rousset.
Au CNSMD, ses talents sont mis à l'épreuve dans des rôles significatifs. En 2018, il interprète Tolomeo dans "Giulio Cesare" de Haendel, sous la direction de Philip Von Steinaecker, et Arete dans "Giove in Argo" d'Antonio Lotti, dirigé par Leonardo García Alarcón. Ces expériences renforcent sa confiance et sa maîtrise des exigences du chant lyrique baroque.
Parallèlement à ses études, Paul Figuier continue d'enrichir son parcours par des masterclasses. Il reçoit les conseils avisés de personnalités marquantes du monde lyrique et vocal, telles que Karine Deshayes, Barbara Hannigan ou Margreet Honig. Ces échanges privilégiés lui offrent des perspectives nouvelles et des outils supplémentaires pour affiner sa technique et son interprétation.
En 2019, un jalon important est franchi avec l'enregistrement des soli d'alto du "Cantique des trois enfants dans la fournaise" de Philippe Hersant. Cet enregistrement, réalisé avec le Centre de Musique Baroque de Versailles et la Maîtrise de Radio France, témoigne de sa reconnaissance précoce et de sa capacité à aborder des œuvres contemporaines avec la même aisance que le répertoire historique.
Masterclass de Barbara Hannigan
Un Artiste Connecté aux Ensembles et aux Scènes d'Exception
La carrière de Paul Figuier se déploie rapidement grâce à ses collaborations avec des ensembles vocaux et instrumentaux parmi les plus réputés. Il se produit régulièrement avec des formations telles que Correspondances, le Caravansérail, Amarillys, La Capella Mediterranea, ou encore l'Atelier Lyrique de Tourcoing. Ces collaborations lui permettent de se familiariser avec une grande diversité de styles et de répertoires, tout en bénéficiant de l'expertise de chefs et de musiciens passionnés.
Soucieux de vivre des expériences scéniques variées, Paul Figuier élargit son horizon artistique en participant à des projets transversaux. Il assume ainsi les parties chantées de "La Nuit des Rois" de Shakespeare, une mise en scène audacieuse de Thomas Ostermeier à la Comédie Française. Cette incursion dans le théâtre parlé, tout en intégrant la dimension vocale, démontre sa volonté d'explorer les frontières de son art.
Ses débuts sur la scène lyrique se font en avril 2019 avec "Erismena" de Cavalli, une production de la Capella Mediterranea dirigée par Leonardo García Alarcón, sous la mise en scène de Jean Bellorini. Ce rôle marque son entrée officielle dans le monde de l'opéra. Peu de temps après, il est invité à l'Opéra de Lausanne pour incarner Oreste dans "La Belle Hélène" d'Offenbach, une production dirigée par Pierre Dumoussaud et mise en scène par Michel Fau. Ces rôles, bien que dans des répertoires différents, témoignent de sa capacité d'adaptation et de sa présence scénique.
Le printemps 2021 le voit retourner à l'Opéra de Lausanne pour interpréter le rôle du Mago Cristiano dans "Rinaldo" de Haendel, sous la direction d'Andrea Marcon et dans une mise en scène de Robert Carsen. Cet engagement dans un opéra majeur du répertoire haendélien confirme sa place dans le paysage lyrique. Durant l'été 2021, il relève un nouveau défi en chantant le rôle-titre de "San Giovanni Battista" de Stradella avec l'ensemble Le Banquet Céleste, dirigé par Damien Guillon.

Un Parcours Riche et Diversifié : Des Rôles Marquants aux Enregistrements
Les saisons récentes de Paul Figuier sont particulièrement denses et témoignent d'une carrière en pleine expansion. Il a récemment interprété Nireno dans "Giulio Cesare" de Haendel à l'Opéra de Montpellier, sous la direction de Philippe Jaroussky, dans une mise en scène de Damiano Michieletto. Cette collaboration avec le célèbre contre-ténor devenu chef d'orchestre est une reconnaissance de son talent. Il a également chanté dans "La Passion selon Saint Jean" de Bach avec l'ensemble Les Surprises, et dans "Orfeo" de Monteverdi au Festival de Beaune.
Son interprétation du rôle-titre de "Rinaldo" à l'Opéra d'Avignon, avec l'ensemble Le Caravansérail dirigé par Bertrand Cuiller, a été particulièrement saluée. Plus récemment encore, il a rencontré un grand succès dans le rôle d'Achille dans "Orfeo" de Sartorio à l'Opéra de Montpellier, sous la direction de Philippe Jaroussky et dans une mise en scène de Benjamin Lazar.
Les enregistrements constituent également une part importante de sa discographie. En 2019, il enregistre les soli d'alto du "Cantique des trois enfants dans la fournaise" de Philippe Hersant. On le retrouve également dans un "Stabat Mater" de Scarlatti/Pergolèse avec l'Atelier Lyrique de Tourcoing, capté au Théâtre des Champs-Élysées. Sa polyvalence est soulignée par son interprétation de musique contemporaine aux côtés du répertoire baroque.
En novembre 2024, Paul Figuier a créé à la Salle Gaveau des œuvres écrites spécifiquement pour lui par les compositeurs Bruno Coulais et Jean-Philippe Goude, un projet qui a donné lieu à l'enregistrement d'un disque intitulé "La Música". Il a également chanté la "Passion selon Saint Jean" avec le hr-Sinfonieorchester Frankfurt et Alain Altinoglu, le "Nisi Dominus" de Vivaldi avec l'Insula Orchestra et Laurence Equilbey, et des cantates de Bach avec Les Talens Lyriques et Christophe Rousset. Sa participation au rôle de Disinganno dans "Il Trionfo del Tempo" de Haendel avec B'Rock et René Jacobs, incluant une tournée en Asie, témoigne de la portée internationale de sa carrière.

Une Voix et une Musicalité au Service de Divers Répertoires
Ce qui distingue Paul Figuier, c'est la qualité intrinsèque de sa voix : un somptueux timbre d'alto, dense et aux couleurs profondes, allié à une ligne de chant d'un raffinement indiscutable et à une agilité éminemment virtuose. Sa musicalité s'épanouit avec un égal bonheur dans les œuvres de Purcell, Bach, Stradella, Scarlatti, mais aussi dans la musique contemporaine. Cette capacité à naviguer entre les époques et les styles, tout en conservant une identité vocale forte, fait de lui un artiste particulièrement recherché.
Son interprétation de rôles d'opéra, qu'il s'agisse de personnages emblématiques du répertoire baroque ou de créations contemporaines, est marquée par un engagement profond et une volonté d'incarner pleinement ses personnages. La rencontre avec le travail de metteurs en scène renommés est pour lui une source de défis stimulants et de remises en question artistiques. Il exprime un intérêt marqué pour l'opéra contemporain, un domaine qu'il affectionne particulièrement et dans lequel il aspire à explorer de nouvelles avenues.
Parmi les expériences marquantes de sa carrière, il cite souvent le rôle de Ptolémée dans "Jules César" de Haendel au CNSMD, un moment charnière où il a pu mesurer l'ampleur de son potentiel. La reprise de "Rinaldo" à l'Opéra d'Avignon, mise en scène par Claire Dancoisne, est également une expérience qu'il a particulièrement appréciée pour sa dimension théâtrale et musicale.
Les projets à venir de Paul Figuier sont à la hauteur de son ambition. La reprise de "L'Orfeo" de Landi avec Les Épopées de Stéphane Fuget, sa participation à "La Calisto" au Théâtre des Champs-Élysées, et son interprétation du rôle de Narciso dans "Agrippina" dans une mise en scène de Robert Carsen, démontrent la continuité de son engagement dans le répertoire lyrique. Ses rêves artistiques sont clairs : continuer à exercer ce métier passionnant, à incarner des personnages, à rencontrer de grands metteurs en scène et chefs d'orchestre, et à explorer les possibilités infinies de l'opéra contemporain.

Influence et Perspectives d'un Artiste en Pleine Éclosion
Paul Figuier s'inscrit dans une lignée de contre-ténors français qui ont marqué et continuent de marquer la scène musicale. Son approche, qui allie une technique vocale solide, une intelligence musicale fine et une présence scénique indéniable, lui ouvre les portes des plus grandes institutions musicales. Sa capacité à aborder avec aisance des répertoires aussi variés que ceux de Haendel, Monteverdi, Stradella, Bach, mais aussi Philippe Hersant, Bruno Coulais ou Jean-Philippe Goude, en fait un artiste unique et précieux pour le monde de la musique.
La richesse de son parcours, depuis les chorales d'enfance jusqu'aux plus grandes scènes d'opéra et de concert, est le fruit d'un travail acharné, d'une passion sincère et d'une volonté constante de se perfectionner. Les rencontres avec des chefs d'orchestre tels que Christophe Rousset, Hervé Niquet, Jérémie Rhorer, Masaaki Suzuki, Laurence Equilbey, Paul Agnew, Alain Altinoglu, Philip Von Steinaecker, Leonardo García Alarcón, Philippe Jaroussky, Andrea Marcon, Damien Guillon, Bertrand Cuiller, René Jacobs, Alain Altinoglu, et Stéphane Fuget, ainsi qu'avec des metteurs en scène comme Thomas Ostermeier, Michel Fau, Robert Carsen, Jean Bellorini, Damiano Michieletto et Benjamin Lazar, ont incontestablement façonné son identité artistique et enrichi son interprétation.
Son parcours au sein du Centre de Musique Baroque de Versailles, du CRR de Paris et du CNSM de Paris, ainsi que ses échanges lors de masterclasses avec Karine Deshayes, Barbara Hannigan et Margreet Honig, ont constitué les piliers de sa formation. Ces expériences, couplées à ses performances avec des ensembles de renom tels que Correspondances, Le Caravansérail, Amarillys, La Capella Mediterranea, L’Atelier Lyrique de Tourcoing, Pygmalion, Les Surprises, Le Banquet Céleste, Les Épopées, Les Accents, Les Musiciens de Saint-Julien, Le Stagioni, Les Talens Lyriques, et B’Rock, témoignent de son intégration réussie dans le tissu musical contemporain.
La diversité de ses rôles, de Bertarido dans "Rodelinda" à Pisandro dans "Il ritorno d’Ulisse", de Tolomeo dans "Giulio Cesare" à Oreste dans "La Belle Hélène", du Mago Cristiano dans "Rinaldo" au rôle-titre de "San Giovanni Battista", en passant par Nireno dans "Giulio Cesare" et Achille dans "Orfeo" de Sartorio, ainsi que ses interprétations dans des œuvres comme le "Stabat Mater" de Scarlatti/Pergolèse, la "Passion selon Saint Jean" de Bach, "L'incoronazione di Poppea" de Monteverdi dans les rôles d'Arnalta, Nutrice et Ottone, et "Il Trionfo del Tempo" de Haendel, démontrent une capacité d'adaptation et une profondeur d'interprétation remarquables.
Paul Figuier incarne ainsi l'avenir du contre-ténor, un artiste complet qui, tout en honorant la tradition de la musique baroque, n'hésite pas à explorer de nouveaux horizons, que ce soit dans le répertoire contemporain ou dans des collaborations artistiques audacieuses. Sa trajectoire ascendante laisse présager de nombreuses autres contributions significatives au monde de la musique classique.