Un prunier qui pousse très bien, mais qui ne donne jamais de fruits, ou seulement de très rares fleurs, est une source de frustration pour de nombreux jardiniers. Ce phénomène, souvent désigné par l'expression "faire du bois", indique que l'arbre consacre son énergie à la croissance végétative plutôt qu'à la production fruitière. Plusieurs facteurs peuvent être à l'origine de ce déséquilibre, allant des conditions environnementales aux pratiques culturales, en passant par les spécificités variétales. Comprendre ces causes est la première étape pour mettre en œuvre les solutions adaptées et encourager votre prunier à enfin donner une récolte généreuse.
Le Cycle de Vie du Prunier et la Fructification
Avant d'explorer les raisons spécifiques d'une non-fructification, il est important de comprendre le cycle naturel d'un prunier. Un jeune prunier met généralement quelques années avant de produire ses premiers fruits, souvent entre 4 et 7 ans après la plantation. Ce temps de maturation est essentiel pour que l'arbre développe un système racinaire robuste et une structure suffisante pour supporter une future production.
La floraison est une étape cruciale, car sans fleurs, il n'y a pas de fruits. Ensuite, la pollinisation doit avoir lieu pour que les fruits se développent. Ce processus, souvent délicat, dépend de nombreux facteurs externes.

Causes Communes de la Non-Fructification
Plusieurs éléments peuvent expliquer pourquoi un prunier "fait du bois" sans produire de fruits. Une analyse attentive de l'environnement de l'arbre et des pratiques culturales permettra d'identifier la ou les causes principales.
Facteurs Liés à la Variété et à la Pollinisation
Certaines variétés de pruniers sont autofertiles, ce qui signifie qu'elles peuvent se polliniser elles-mêmes et n'ont pas besoin d'un autre arbre pour fructifier. Cependant, d'autres variétés, y compris certaines Reines-Claudes, sont auto-stériles. Leurs fleurs ne peuvent être fécondées si d'autres variétés pollinisatrices n'existent pas dans le proche voisinage. L'absence de cet arbre pollinisateur peut être la cause du problème.
Par exemple, le prunier Reine-Claude dorée est auto-stérile et doit être pollinisé par des variétés comme le Reine-Claude d'Oullins. De même, le Reine-Claude d'Althan est pollinisé par Reine-Claude d'Oullins et Mirabelle de Nancy. Il est donc fondamental de s'assurer de la présence d'un pollinisateur compatible à proximité si la variété plantée l'exige. Un pied tous les 6 pieds de comices était par exemple la stratégie employée pour les poiriers Doyenne du Comice nécessitant des pollinisateurs comme les Conférence et Williams.
Conditions Climatiques Défavorables
La floraison très hâtive du prunier le rend exposé aux gelées blanches printanières, qui peuvent anéantir la floraison. Un gel tardif peut détruire les fleurs et empêcher la fructification. Même si la floraison est souvent abondante, une gelée au mauvais moment, généralement en mars-avril, peut compromettre une grande partie, voire la totalité, de la récolte. En Normandie, par exemple, même si le climat n'est pas réputé rude, un coup de gel ou de froid au printemps peut être fatal, surtout pour des floraisons précoces. Les arbres de mon voisin (mêmes variétés) situés à environ 30 m et exposés pareil peuvent être pleins de fruits, ce qui souligne la sensibilité locale à ces phénomènes.

Problèmes de Sol et de Fertilisation
Le sol joue un rôle crucial dans le développement du prunier. Bien que cette espèce accepte pratiquement tous les sols, même peu profonds et à tendance humide, c’est dans les terrains silico-calcaires qu’elle donne les meilleurs résultats. Le prunier ne redoute vraiment que les terres arides où son système radiculaire très superficiel est exposé à la sécheresse. Pour la même raison, lorsqu’il est planté sur prairie, il est conseillé de tenir le sol nu autour du pied sur au moins 2m de diamètre, afin d’éviter la concurrence de l’herbe vis-à-vis de l’eau.
Un sol trop riche en azote est une cause fréquente du phénomène "faire du bois". L'excès d'azote incite l’arbre à pousser “à bois” en favorisant la croissance végétative et du feuillage au détriment de la fructification. Le remède consiste alors à apporter une fumure riche en acide phosphorique et potasse, pour établir un équilibre plus favorable (type engrais arbres). Il est également recommandé d'éviter les fertilisants riches en azote qui boostent la formation du feuillage.
Erreurs de Taille
Une taille trop sévère ou mal réalisée peut stimuler la croissance végétative au détriment de la production de fruits. En effet, la taille a pour but d'équilibrer l'arbre entre la croissance végétative et la fructification. Couper de très grandes branches verticales, comme des pousses de 2 mètres, sans technique appropriée peut entraîner une repousse encore plus vigoureuse de ces branches, exacerbant le problème de "faire du bois".
Comme la majorité des espèces à noyaux, le prunier craint les tailles importantes qui sont génératrices de gomme. Le prunier se cultive uniquement en formes libres, sur haute, demi ou basse tige pourvue d’un tronc de 50 à 60 cm. Après un début de formation en gobelet, il est conseillé de laisser la ramure se développer à sa guise, en élaguant seulement son centre pour l’aérer.
157# La taille en vert des arbres à noyaux : l'exemple du prunier !
Âge de l'Arbre
Comme mentionné précédemment, la patience est de mise. Les arbres se mettent naturellement à fruit à l’âge de 6 à 7 ans. Si le prunier a été planté il y a 6 ans et n'a pas encore produit, il pourrait simplement être à la limite de son âge de mise à fruit. Cependant, si après cette période l'absence de fruits persiste, il est nécessaire d'envisager d'autres causes.
Stress et Maladies
Le prunier, bien que facile à cultiver et peu exigeant, peut être atteint par diverses pathologies, plus ou moins graves, qui peuvent affaiblir l'arbre et réduire sa capacité à fructifier. Les maladies cryptogamiques, les attaques d'insectes ravageurs ou un stress agressif peuvent se manifester par de la gommose, un exsudat de gomme, c'est-à-dire une boule de sève agglutinée, qui n'est pas une maladie en soi mais seulement le symptôme d’une maladie ou d’un stress.
Solutions et Stratégies pour Favoriser la Fructification
Face à un prunier qui ne fait que du bois, plusieurs approches peuvent être adoptées, allant des techniques culturales douces aux interventions plus radicales.
L'Arcure : Une Méthode Efficace
L'arcure est une technique très efficace pour favoriser la mise à fruit des arbres récalcitrants. Il s'agit de plier une branche de l'année avec une ficelle ou un rafia, et de la mettre à l'horizontale pour qu'elle se mette à fruit l'année suivante. En effet, les branches les plus vigoureuses ont tendance à pousser verticalement, concentrant la sève vers l'extrémité et favorisant la croissance végétative. En les pliant à l'horizontale, on ralentit la circulation de la sève, ce qui incite l'arbre à former des bourgeons à fleurs plutôt que des bourgeons à bois.
Cette méthode a prouvé son efficacité sur des pommiers et peut être appliquée aux pruniers. Parmi les techniques utilisées, l'essalage est une forme plus radicale de l'arcure, souvent employée en Vendée, qui consiste à "casser la branche à sa base" tout en gardant assez pour ne pas qu'elle périsse. La branche est laissée pendre, recevant juste assez de sève pour survivre mais pas assez pour se développer vigoureusement, ce qui encourage la formation de ramilles courtes se transformant en productions fruitières. Les grosses cicatrices sont ensuite colmatées avec un mastic.

Amélioration des Conditions de Sol
Si le sol est trop riche en azote, il est impératif de rééquilibrer la fertilisation. L'apport d'un engrais riche en acide phosphorique et potasse est recommandé. Ces éléments favorisent le développement des fleurs et des fruits. Il est également important de maintenir le sol nu autour du pied du prunier, sur au moins 2 mètres de diamètre, pour éviter la concurrence de l'herbe pour l'eau et les nutriments.
Gestion de la Pollinisation
Si la variété de prunier est auto-stérile, la solution la plus directe est de planter un pollinisateur compatible à proximité. Il est important de choisir une variété qui fleurit à la même période pour assurer une pollinisation croisée efficace. Si l'espace manque, il est possible de greffer une branche d'une variété pollinisatrice sur le prunier existant.
Taille Adaptée
La taille du prunier doit être effectuée avec parcimonie et de manière réfléchie. Évitez les tailles sévères qui stimulent la pousse du bois. Une taille de formation en gobelet est recommandée dans les premières années. Ensuite, l'élagage doit se limiter à l'aération du centre de l'arbre et à la suppression des branches mortes ou malades. Pour les branches verticales très vigoureuses, l'arcure est une meilleure solution que la coupe radicale.
Certains professionnels proposent de faire des tailles début décembre pour une meilleure fructification l'année suivante. Il est possible de combiner une taille de formation (pour éclaircir l'arbre, couper les grosses branches autour du tronc et laisser les 3 grosses principales, et couper les branches qui remontent droites) avec l'application de mastic sur les grosses coupes, toujours hors période de pluie et de gel.
Autres Techniques pour Stimuler la Fructification
Au-delà de l'arcure, d'autres techniques sont parfois utilisées pour inciter un prunier à fructifier :
- Le cernage : Il consiste à couper une partie des racines pour freiner la vigueur de l'arbre.
- L'incision annulaire : Une incision circulaire est réalisée sur le tronc ou une branche pour perturber la circulation de la sève.
- Le martelage, la torsion, le ligaturage, le cassage : Ces techniques, souvent plus agressives, visent à provoquer un stress contrôlé pour détourner l'énergie de l'arbre vers la fructification. Le cassage, par exemple, consiste à rompre incomplètement une branche pour la laisser pendre, réduisant l'apport en sève et favorisant la formation de bourgeons fruitiers.
- Le pinçage et l'éborgnage : Techniques visant à supprimer sélectivement les bourgeons ou jeunes pousses pour orienter la croissance.
- L'effeuillage et le gaulage : Moins courantes et potentiellement stressantes pour l'arbre.
Il est important de noter que ces méthodes doivent être utilisées avec précaution et une bonne connaissance de l'arboriculture, car une mauvaise exécution pourrait affaiblir ou endommager l'arbre.
Gestion des Problèmes Spécifiques au Prunier
Au-delà des causes générales de non-fructification, le prunier est sujet à diverses maladies et ravageurs qui peuvent impacter sa vitalité et sa production fruitière.
Maladies Cryptogamiques (Champignons)
- La rouille du prunier : Due aux champignons Tranzschelia pruni-spinosae et Tranzschelia discolor, elle se manifeste par des taches jaune orangé sur le dessus des feuilles et des amas de spores brun violacé sur l'envers. Elle entraîne un arrêt de la production de lignine et la chute des fruits et des feuilles. Le purin de prêle est couramment utilisé pour ses propriétés antifongiques, et l'élimination des feuilles tombées est essentielle.
- La moniliose : Causée par Monilia fructigena (fruits) et Monilia laxa (fleurs), elle provoque une pourriture mauve devenant brune et molle sur les fleurs et les fruits, qui se momifient. Une aération régulière de la ramure, le choix de variétés résistantes, l'évitement des fertilisants riches en azote et des pulvérisations de cuivre ou d'argile complétées avec du soufre sont des mesures préventives. Les parties atteintes doivent être supprimées et détruites.
- La cloque du prunier (maladie des pochettes) : Provoquée par Taphrina pruni, les prunes prennent une teinte blanche et se déforment, restant plates et sans noyaux. Elle est favorisée par un printemps froid et humide. Il faut ramasser et détruire tous les fruits atteints, et appliquer de la bouillie bordelaise au débourrement, puis une décoction de prêle après la chute des pétales.
- Le coryneum (maladie criblée) : Ce champignon (Coryneum beijerinckii) se signale par des taches rondes, rouge violacé, sur les feuilles et les branches. L'élimination des feuilles tombées, l'apport d'eau en période de maturation et l'application de cuivre à faible dose sont des mesures de lutte.
- La tavelure : Cladosporium carpophilum atteint principalement les fruits mais aussi les rameaux et les feuilles, avec des petites taches circulaires qui se craquèlent. Des conditions humides et fraîches favorisent ce champignon. Les mêmes mesures que pour la cloque sont applicables.
- La maladie du plomb : Chondrostereum purpureum est très dangereux et peut détruire les pruniers. Il pénètre via les plaies de taille, entraînant une teinte gris vert métallique des feuilles et un dépérissement progressif. La protection des plaies de taille est cruciale, et malheureusement, il n'y a pas de traitement une fois l'arbre atteint.
Maladies Bactériennes et Virales
- La gommose : Un exsudat de gomme sur le tronc et les branches, souvent symptôme d'une maladie bactérienne ou d'un stress agressif. Le choix de variétés adaptées au sol et au climat, la taille en vert après la récolte et la désinfection des plaies de taille sont importants.
- La sharka : Cette maladie virale, transmise par les pucerons, rend les fruits impropres à la consommation (déformations, taches, goût acide). Il n'y a pas de traitement, la prévention se concentre sur la lutte contre les pucerons (bandes de glu, coccinelles, hôtels à insectes) et la destruction des arbres atteints.
Ravageurs
De nombreux insectes peuvent affaiblir le prunier et réduire la récolte.
- Le carpocapse de la prune : Petit papillon gris noir qui pond sur les fruits, les chenilles (rouge carmin) perforent la peau et creusent vers le noyau, provoquant la chute prématurée des fruits.
- La tordeuse orientale du pêcher : Ses larves s'introduisent dans les jeunes pousses (qui se flétrissent) ou les fruits en formation (galeries).
- Les pucerons : Plusieurs espèces (vert du prunier, brun du pêcher/prunier, farineux du prunier, vert du pêcher) peuvent causer le recroquevillement des feuilles, la perte de vigueur des rameaux et transmettre des maladies virales comme la Sharka.
- Les cochenilles : Fixées sur l'écorce, jeunes pousses ou feuillage, elles prélèvent la sève, provoquant déformations, dessèchements et affaiblissement de l'arbre.
- L'hoplocampe du prunier : Ses larves (blanchâtres à jaunâtres) attaquent les jeunes fruits, creusant jusqu'au noyau et détruisant plusieurs prunes, laissant un trou circulaire caractéristique.
- Les araignées rouges : Acariens microscopiques qui piquent les cellules du revers des feuilles, réduisant la surface photosynthétique et affaiblissant l'arbre.
- Les phytoptes : Acariens qui se logent dans les bourgeons et déclenchent la formation de galles rondes, affectant le développement des pousses florifères.

La prévention est toujours la meilleure solution, pour respecter la Nature et la biodiversité. Cela inclut le contrôle régulier de l'arbre, l'entretien du sol, une taille appropriée et, si nécessaire, l'utilisation de traitements biologiques ou ciblés.