Pruniers en Sologne : Une immersion historique au cœur du Val de Loire

L’histoire de Pruniers en Sologne, commune inscrite dans le paysage verdoyant et mystérieux du Loir-et-Cher, est un récit qui s’étend des origines gallo-romaines aux transformations sociales et architecturales du XXe siècle. Ce territoire, marqué par les usages féodaux, les guerres de religion et la vie quotidienne solognote, dévoile un patrimoine riche, souvent méconnu, où chaque pierre semble porter le poids des siècles.

Paysage de Sologne avec ses forêts et ses étangs caractéristiques

Les racines du nom et l’empreinte féodale

Le nom de Mur, souvent associé à l’histoire locale, viendrait du latin murus, indiquant la présence d’un mur, d’une enceinte, ou d’une fortification, dans le sens d’enceintes entourées de fossés et de remblais. Nous trouverons par la suite Meur, notamment dans une correspondance de Catherine de Médicis accompagnant son fils le roi Charles IX, séjournant le temps d’un dîner dans notre village, le 15 décembre 1565. Quant au nom de Pruniers, il pourrait évoquer l’épine noire (prunelliers) qui y abondait à cette époque, tandis qu’un gué a sûrement favorisé l’implantation d’une colonie à cet endroit.

Dès le XIIIème siècle jusqu’à la fin du XVème siècle, les LE BUGLE, sires de Bastarde sur la paroisse de Pruniers, étaient des vassaux importants de la châtellenie de Romorantin. Ils possédaient dans notre paroisse de nombreux domaines dont les lieux seigneuriaux : de Salboeuf, la Court et de privilèges : la grosse et petite dîmes. Une charte de Louis Ier, comte de Blois, datée de Millançay en 1198, énonce que Bastarde relevait déjà de la seigneurie de Romorantin, membre du comté. Plus tard, les DES ROCHES, seigneurs de la Morinière, marquèrent l’histoire locale suite au mariage en 1424 de Gauvain Des Roches avec Perrette Lemoine, fille de Louis, lui-même seigneur de la Morinière. Après les DES ROCHES-HERPIN, se succédèrent la famille BENOÎT jusqu’en 1811, puis la famille MARTINET et ses descendants jusqu’en 2016.

L’église Saint-Pierre : un monument à travers les âges

L’église saint Pierre comprend une nef romane construite vers la fin du XIème siècle, une tour de défense au XIIIème siècle, surmontée par la suite d’un clocher, d’un chœur renaissance terminé par une abside à 3 pans, et deux chapelles latérales, le tout datant du XVIème siècle. L’église fut donnée à l’abbaye de Pontlevoy par l’évêque d’Orléans Jean II le 24 février 1121. De style gothique angevin, c’est au XVème siècle que fut construit l’arc-boutant qui en consolide encore le chevet.

Architecture de l'église Saint-Pierre de Pruniers

Monument inscrit à l’inventaire supplémentaire des monuments historiques le 6 janvier 1926, l’édifice a subi les outrages du temps et des éléments. La flèche du clocher, détruite par un incendie provoqué par la foudre le 27 avril 1915, ne fut pas reconstruite. Ce clocher possédait 4 cloches jusqu’au 10 décembre 1793. La plus grosse, pesant environ 1600 livres, restera en place, tandis que les 3 autres, pesant environ 1500, 900 et 160 livres, furent réquisitionnées pour faire des canons. Au milieu du XIXème siècle, pour une cause indéfinie, le chevet de l’église s’effondra et fut reconstruit en briques et en plâtre. La chaire a été décorée d’un panneau sculpté de l’époque de Louis XIV représentant le Christ en croix avec la Vierge, la Madeleine et Saint-Jean.

De la Révolution aux transformations administratives

Lorsque la première République fut proclamée en septembre 1792, la municipalité n’ayant pas de local pour se réunir, se réserva une pièce dite « chambre commune » dans le presbytère. Entre 1789 et 1792, les réunions des autorités se rassemblaient en l’étude du notaire Maître Pierre Thomas GAIGNAISON, notaire royal. Puis « la maison commune » fut installée dans le presbytère jusqu’au Concordat de 1804. L’emprise foncière du presbytère était importante, mais il fut démoli en 1854. La reconstruction d’un nouveau presbytère, terminé en 1856, fut réaménagé en école enfantine en 1913, puis en cabinet médical vers 1985.

L’histoire politique locale fut parfois tourmentée. Intriguant pendant la Révolution, Jean-Baptiste Bergerat fut emprisonné un an à Romorantin à compter du 18 octobre 1793. En 1804, suite au Concordat, il fut nommé desservant de Vimory (45) où il décéda en 1820. Le cimetière autour de l’église fut remplacé par le cimetière actuel en 1858. Très peu étendu, il fut réduit à une portion congrue entre le chemin de Chémery et l’église, constitué de maisons basses à pans de bois, torchis et couverture en tuile du pays.

L’évolution de l’instruction publique

En juin 1838, les prémices d’une école communale s’établirent. Titulaire d’un certificat de capacité et disposant d’une pièce libre dans le presbytère, le desservant Pierre DESMONTS fut autorisé par l’inspecteur d’académie à enseigner, rémunéré par la commune et l’Etat soit 270 francs annuels. En 1844, l’école continua et évolua sans discontinuer. La municipalité loua un local et engagea François ROGER, âgé de 25 ans, originaire de Fortan, rémunéré 300 francs annuels.

En 1868, la rentrée scolaire s’effectua dans des locaux neufs de la nouvelle mairie-école. Une concurrence apparut en 1869 avec la construction d’une école privée religieuse pour petites filles, financée par les notables des châteaux de Fondjouan et de la Cailleterie, tenue par 2 religieuses venues de Saint Claude (Jura). En 1894, l’aménagement d’une deuxième classe pour les garçons et la nomination d’un instituteur-adjoint furent nécessaires, car 74 garçons fréquentaient l’école en 1890. En 1906, suite aux lois interdisant les écoles congréganistes, l’école privée ferma. En 1908, le dimanche 27 septembre, eut lieu l’inauguration de la nouvelle école de filles, marquée par une grande manifestation de liesse. Enfin, en 1957, le lundi 17 février, M. MERY, sous-préfet, posa la première pierre de la nouvelle classe enfantine.

L'Histoire de l'Ecole en France [Le Concentré #8]

Figures marquantes et mémoires locales

La terre de Pruniers a vu naître et vivre des hommes aux destins singuliers. Fernand de RODAYS (1845-1912), né au château de Fondjouan, fut journaliste, écrivain et administrateur du journal Le Figaro en 1879. Emile FEUGERES DES FORTS (1825-1889), sculpteur-statuaire, fut plusieurs fois médaillé au Salon entre 1864 et 1867. Paul BESNARD (1849-1929), propriétaire du château de la Morinière, magistrat, écrivain et peintre, fut maire de Mur et président de la Société Nautique du Loiret. Jean Gaudefroy-Demombynes (1898-1984), né au château de la Noue, fut un universitaire qui traduisit en français Mein Kampf en 1934.

Une mention particulière doit être faite à la famille Hugo et à la Miltière. Cette propriété, située entre Romorantin et Gy en Sologne, fut acquise en 1823 par le général Hugo. Victor Hugo y fit quelques séjours. Son père a laissé environ 8000 francs de dettes, et la correspondance de l’époque révèle les difficultés financières liées à cette « propriété maigre, dégradée, décriée dans le pays, invendable ». Le général Hugo y reçut même le Prince de Talleyrand vers 1826.

Trésors archéologiques et terre de châteaux

Le sol de Pruniers et de ses environs recèle des témoins du passé. En 1886, M. Vallois signalait la découverte d’un important trésor de pièces d’or de Jean-le-Bon et Charles VI dans le fief de Champleroy. Plus récemment, M. Delaune, associé correspondant, a décrit la découverte d’un pot en terre rouge contenant huit pièces, enfoui à la fin du XVe siècle. Cette terre de Champleroy, ayant appartenu à la famille de Barbançon, fut un lieu convoité. François 1er pensa même y construire un château, mais ce fut finalement Chambord qui fut choisi.

Carte historique de la Sologne et ses châteaux

Le contexte régional est dominé par les grands châteaux de la Loire, qui influencent par leur architecture et leur histoire le paysage solognot. De Blois, transformé par Louis XII et François 1er, à Chambord, chef-d’œuvre couvrant près de 2 hectares, en passant par le château de Chenonceau, « Château des Dames », chaque édifice raconte une époque. Le domaine de Cheverny, appartenant aux Hurault depuis plus de six siècles, et le château de Troussay, le plus petit des châteaux de la Loire, témoignent de la permanence des lignées dans la région.

Le site antique de Thésée-Pouillé, ensemble de bâtiments gallo-romains, souligne l’importance de la vallée du Cher dans les échanges anciens. Quant au château de Fougères-sur-Bièvre, avec son architecture sobre et puissante, il illustre parfaitement l’art de bâtir du terroir. Ces éléments, combinés aux vestiges du château des Montils ou au Gué-Péan, forment un maillage historique où la féodalité, la Renaissance et l’époque moderne se rencontrent, faisant de Pruniers en Sologne un point d’entrée privilégié pour comprendre l’âme profonde de cette région.

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