La culture de la fraise représente l'un des plaisirs les plus gratifiants du jardinier. Quand on voit le prix d’un ravier de fraises dans le commerce, les cultiver soi-même peut s’avérer très économique. Et puis, quel bonheur de pouvoir les cueillir directement dans son jardin en ayant la certitude de les avoir bio ! Comme je le dis souvent à mon entourage : je fais les courses directement dans mon potager, et c’est franchement un sentiment d’accomplissement que de réaliser cela par soi-même. Cependant, réussir sa fraiseraie demande de comprendre les cycles naturels de cette plante fascinante.

Comprendre le cycle végétatif et le calendrier de plantation
Bien que les jardineries proposent une multitude de plants au printemps, le meilleur moment pour planter vos fraisiers est généralement à l’automne. Mettre les fraisiers en terre en septembre ou en octobre permet un enracinement durant tout l’hiver, et ainsi une bien meilleure production au printemps. Si vous plantez vos fraisiers vers le mois de mars, vous aurez quelques fraises mais la récolte sera tout de même assez maigre. De plus, vous risquez de devoir les arroser régulièrement au risque de les voir dépérir durant les fortes chaleurs de l’été.
La période de plantation idéale se situe entre la mi-août et la mi-octobre pour la majorité des variétés. Il existe toutefois une exception pour certaines variétés remontantes ou les fraisiers des "quatre saisons", qui peuvent être installés au printemps. En règle générale, les fraisiers à racines nues se plantent entre septembre et novembre, ou entre février et avril. Les plants en godets offrent plus de souplesse, de septembre jusqu'en mai, en évitant toutefois les périodes de gel intense.
Choisir ses variétés pour une récolte étalée
Pour optimiser votre production, il est essentiel de distinguer les variétés selon leur mode de fructification :
- Variétés non-remontantes : Elles produisent énormément de fruits durant une courte période de 3 à 4 semaines, généralement entre juin et juillet.
- Variétés remontantes : Elles permettent une production plus étalée grâce à plusieurs floraisons dans le même cycle végétatif, du printemps jusqu'aux gelées. Bien que les fruits soient parfois plus petits, rien de mieux pour en picorer tout l’été.
- Variétés continues : Elles offrent des fruits régulièrement sur une longue période.
Lorsque j’ai installé mon parterre, j’ai choisi 12 variétés différentes, dont 6 remontantes et 6 non-remontantes, sur une surface de 6 mètres carrés. Parmi les choix populaires, on retrouve la 'Mara des bois' (saveur sauvage), la 'Charlotte' (sucrée et rustique), la 'Gariguette' (précoce et parfumée) ou encore la 'Ciflorette' (chair tendre et juteuse).
Méthode de culture des fraisiers en permaculture
Préparation du sol et emplacement optimal
Le fraisier apprécie un sol frais, riche en humus, profond et bien drainé. Si vous habitez dans une région humide comme la Belgique, planter vos fraisiers dans un terrain légèrement en pente ou au sommet d’une petite butte est un critère pratiquement obligatoire pour éviter la stagnation de l'eau qui fait pourrir les fruits. À l'inverse, si vous résidez dans le Sud, une exposition légèrement plus ombragée sera préférable pour protéger les plants du dessèchement.
Avant de planter, incorporez du compost mûr en quantité importante (30 à 50 kg pour 10 m²). Le fraisier redoute les sols trop calcaires qui engendrent une chlorose ferrique ; il préfère les terres neutres à légèrement acides. Une fois la zone créée, répartissez vos plants à une distance de 30 à 40 cm les uns des autres. Lors de la mise en terre, veillez à ce que le collet (la base des feuilles) effleure le sol sans être enterré, car un collet trop profond pourrit, tandis qu'un collet trop haut dessèche les racines.
Techniques de paillage et associations favorables
En anglais, une fraise se dit « strawberry ». Si l’on traduit littéralement ce terme, on dirait « baie de paille ». Inutile donc de vous dire qu’il faut pailler vos fraisiers. Cela permet de conserver l’humidité dans le sol tout en évitant que les fruits ne soient directement en contact avec la terre humide.
En démarche permacole, privilégiez la matière végétale : paille, épines de sapin (qui apportent l'acidité appréciée par les fraisiers) ou même la litière de lapin. J'utilise personnellement la litière de mon lapin nain, composée de paille et de pellets de bois. Une fois décompactés, les pellets enrichissent le sol en azote et agissent comme une barrière physique contre les limaces, qui peinent à se déplacer sur ce matériau. Pour les associations, l'ail, la bourrache et la laitue sont d'excellents compagnons, l'ail aidant notamment à prévenir la pourriture grise.
Multiplication et entretien de la fraiseraie
Les fraisiers se multiplient très vite grâce aux stolons, ces tiges rampantes qui forment de nouveaux pieds. Pour multiplier votre fraiseraie gratuitement, enterrez une partie du stolon. Dès qu'il aura formé des racines, séparez-le du pied-mère et replantez-le. Si vous ne souhaitez pas multiplier vos plants, supprimez régulièrement les stolons pour éviter d'épuiser le pied-mère.
Une fraiseraie doit être renouvelée tous les 3 à 4 ans pour maintenir une production abondante. Après la récolte, coupez les parties sèches. En période de forte chaleur, maintenez un arrosage régulier, idéalement au pied, pour éviter de mouiller le feuillage et favoriser les maladies cryptogamiques comme l'oïdium ou la pourriture grise. La cueillette matinale est recommandée pour obtenir des fruits plus savoureux, à consommer rapidement ou à conserver au réfrigérateur pendant deux jours maximum.
Perspectives historiques et botaniques
Le fraisier fait partie de la famille des rosacées. La fraise des jardins actuelle (Fragaria x ananassa) est le fruit d'une hybridation réalisée au XVIIIe siècle entre le fraisier de Virginie et le fraisier du Chili. Botaniquement parlant, la fraise est un "faux fruit" : son réceptacle floral se gonfle et rougit, portant en surface les "vrais" fruits, appelés akènes. Cette plante, qui a su s'adapter à des climats très divers, reste l'un des piliers incontournables d'un jardin nourricier naturel, capable de produire entre 400 g et 700 g de fruits par mètre carré selon les variétés.
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