La vannerie, loin d’être une activité figée dans les écomusées, demeure un métier vivant. Dans l’atelier de Gweltazenn Lesacher, situé à proximité du Mont-Saint-Michel, il flotte une bonne odeur de bois. La vannière est assise dans un coin de la pièce à proximité d’un bac à eau dans lequel les brins d’osier trempent pour être humidifiés. Des claquements résonnent, c’est le bruit des branches d’osier qui s’entrechoquent entre les mains expertes de Gweltazenn qui les tressent pour donner naissance à un panier. « La vannerie n’est pas une activité morte qui n’a sa place que dans les écomusées. Pratiquée par des professionnels, elle retrouvera demain sa place dans notre quotidien. La vannerie moderne doit puiser dans le passé les techniques et savoir-faire pour les appliquer aux exigences de notre époque », lance la vannière.

Les fondamentaux de la matière première : Botanique et Oseraies
L’osier est en fait des branches de saule coupées chaque année et utilisables en vannerie, c’est-à-dire tressables. Il y a environ 360 espèces du genre Salix dans le monde, réparties surtout dans les zones froides et tempérées de l’hémisphère nord. Certains saules en France, comme le Saule blanc, sont des arbres de plusieurs mètres de haut. Au contraire, le Saule herbacé ne dépasse pas 10 cm de haut. Les brins d’osier poussent chaque année de mars à octobre. Dès les premiers froids et la chute des feuilles, la plante se met au repos.
Une oseraie est une zone de culture de l’osier ; il s’agit d’un terrain préparé, bien drainé, mais suffisamment humide pour lui permettre de pousser jusqu’à la coupe. Une oseraie a une durée de vie approximative de 20 ans, après lesquelles elle n’est plus rentable. L’osier ne peut être semé, sa multiplication se fait alors par bouturage dont la plantation se fait en mars. Afin d’en obtenir la meilleure qualité d’osier, les boutures sont installées dans l’oseraie tous les 20 cm sur des rangées espacées de 80 cm. Avec ces cultures serrées, les tiges vont chercher de la lumière et vont donc faire de longues et fines tiges.
Dans de bonnes conditions, avec un traitement anti-parasites, les engrais nécessaires et un sol drainé et préparé, une bonne production se situe aux alentours de 12 tonnes d’osier vert à l’hectare, qui donneront 8 tonnes d’osier brut après séchage. Un vannier productif utilise environ 4 tonnes d’osier sec par an, soit l’équivalent d’un demi-hectare de culture d’osier.
Le cycle de récolte et la gestion saisonnière
Le travail continue pour l’osiériculteur ! La coupe de l’osier s’effectue à partir de la mi-novembre pour les variétés les plus précoces (Salix Alba, Salix Fragilis, Salix Purpuréa, Salix Viminalis) mais il faut attendre jusque fin décembre pour des variétés telles que le Salix Triandra. Autrefois, jusqu’au début du 20ème siècle, l’osiériculture se faisait en têtards (bouts étêtées) sur des arbres en hiver. Cette technique avait pour but de protéger l’osier du bétail et de créer des haies. Cette technique a quasiment disparu aujourd’hui au profit de la culture au sol qui présente l’avantage de pouvoir permettre la coupe mécanique de l’osier, au motoculteur ou au tracteur.
Après sa récolte, l’osier doit subir une opération de nettoyage. L’épluchage sert alors à le nettoyer des herbes et branches qu’il contient avant la phase de tri. Ce tri se fait par taille des brins, entre 60 cm et 2m40 et par taille de 20 cm. C’est à ce moment que l’on obtient l’osier vert, qui n’est pas utilisable en vannerie car après dessiccation (séchage), les articles en osier perdent leur solidité.

Transformation : Osier brut, blanc et buff
L’osier se présente naturellement sous différentes couleurs allant des déclinaisons de vert au noir en passant par le marron ou le rouge. Ces couleurs varient en fonction des variétés mais aussi selon la région ou la nature du sol.
L’osier brut
Il s’agit d’osier vert qui s’est déshydraté pendant 2 à 3 mois. Après la coupe et le tri, cet osier a été mis directement en séchage afin d’en conserver l’écorce. La variété la plus fréquemment utilisée est le Salix Alba, également appelé le "Jaune". L’osier brut nécessite un trempage plus important du fait de la présence de l’écorce. Il doit reposer au minimum une semaine dans de l’eau froide, mais le processus peut être réduit à 2 jours en utilisant de l’eau chaude.
L’osier blanc
L’osier blanc est un osier vert qui a été écorcé. Cette opération, appelée pelage, décorticage ou cirement, peut être réalisée manuellement ou mécaniquement. Lorsque la coupe de l’osier vert se fait en hiver, après la perte des premières feuilles, l’osier est alors entreposé par bottes de 30 cm de diamètre qui seront mises au routoir, ce bassin peu profond (15-20cm) qui évite le dessèchement de l’osier pendant les longs mois de séchage et une montée artificielle de la sève. Lorsque les cimes de l’osier vert refeuillissent et comportent des radicelles, l’écorçage peut alors être fait.
L’osier buff
L’osier buff est un osier brut sec duquel l'écorce a été retirée par une cuisson dans de l’eau bouillante (100-110 degrés) pendant 2-3 heures pour de l’osier vert, jusqu’à 5-6 heures pour de l’osier brut. Ainsi, il prend une couleur noisette plus ou moins nuancée. On obtient parfois une teinte gris cendré qui provient des tanins que contient l’écorce des saules.
Les étapes de la culture de l'osier, de la coupe à la Pèlerie
Techniques de travail et outillage professionnel
Avant d’être travaillé, l’osier doit passer un certain temps dans un bain de trempage. Le trempage est une étape essentielle dans la préparation de l’osier destiné à la vannerie. Après le trempage, l’osier ne doit pas être utilisé immédiatement. Une phase de repos, appelée ressuage, est indispensable pour obtenir une souplesse homogène. Les bottes sont sorties de l’eau, égouttées, puis conservées à l’abri de l’air dans une bâche, un sac plastique fermé ou sous un linge maintenu humide. Ce temps de repos améliore nettement la maniabilité des brins et limite les risques de casse au pliage.
L’avantage du métier de vannier est qu’une fois l’osier acheté, peu d’investissements sont nécessaires pour démarrer son activité. « Il faut une serpette, un sécateur, un poinçon, une batte et bien sûr un camion pour pouvoir faire les marchés », explique Gweltazenn Lesacher. Pour réaliser son tressage, le vannier a besoin d’une sellette et d’un plancher bas. La sellette est le support sur lequel le vannier travaille, y plante son poinçon, et fait tourner son travail en cours de réalisation.
La transmission d’un savoir-faire séculaire
Avant de s’installer comme artisan, Gweltazenn s’est formée pendant une année dans une école nationale d’osiériculture et de vannerie de Fayl Billot en Haute-Marne. « Afin de fabriquer des paniers dans la plus pure tradition française, j’utilise des techniques élaborées et transmises par les maîtres vanniers à leurs élèves depuis plus de 100 ans. »
La capitale française de la vannerie est Fayl Billot, dans le département de la Haute-Marne où était implantée la seule École Nationale d’Osiériculture et de Vannerie (ENOV) depuis 1905. Le climat de la Haute-Marne se prête bien à la production d’un osier de qualité, l’humidité environnante, la relative acidité du sol ainsi que la douceur des températures garantissant une très belle qualité d’osier. Les personnes souhaitant découvrir la vannerie et l’art du tressage de l’osier peuvent assister à un stage chez des professionnels pour apprendre le tri de l’osier, la fabrication des fonds, le montage de la clôture et la réalisation des bordures.

Propriétés médicinales et usages dérivés
L’osier, issu du saule, possède des propriétés biologiques remarquables. Il contient de l’acide salicylique, qui a un actif kératolytique et antibactérien. Cet acide salicylique sert dans le traitement contre l’acné, le psoriasis, les verrues plantaires, les cors, l’hyperkératose et les staphylocoques. Il aide aussi à l’élimination des cellules mortes. La décoction d’osier, de préférence les jeunes pousses, permet de lutter contre les maladies cryptogamiques. Elle permet de traiter le mildiou et stimule la production des défenses naturelles de la vigne.
L’osier est également une fibre dont l’usage dépasse le cadre de la vannerie utilitaire. L’osier autoclave, par exemple, peut recevoir un traitement lui permettant d’allonger sa durée de vie à près de dix ans en conditions extérieures. On l’appelle alors osier désactivé ou osier C4. Ce traitement permet au bois de rester en contact permanent avec de l’eau ou de la terre et ne nécessite aucun entretien.
La vannerie dans le patrimoine culturel
Le poids symbolique de l’osier traverse les époques. La Bible évoque l'osier : Moïse fut sauvé des eaux du Nil dans un berceau en vannerie. Dans la littérature, de Montaigne à Colette, l’osier est une métaphore de la souplesse et de la sincérité. Victor Cherbuliez écrivait : « J'aime les âmes sincères, franches comme l'osier, incapables de rien dissimuler, de rien déguiser. » Même dans l’argot, le mot « osier » a pu désigner l’argent, illustrant son omniprésence dans le quotidien des Français à travers les siècles.
Aujourd'hui, les vanniers français s'efforcent de maintenir cet héritage. Bien que le nombre de producteurs soit restreint - environ 150 vanniers/osiériculteurs dans l’Hexagone avec environ 200 hectares d'oseraies implantées sur le pays - la recherche de qualité et d'authenticité reste le moteur principal de cette profession. La vannerie moderne, en intégrant des designs contemporains et des techniques de culture respectueuses de l'environnement, continue de prouver que ce matériau naturel n'a rien perdu de sa pertinence face aux matériaux synthétiques.
