Planter un arbre fruitier près de thuyas : Défis, Solutions et Alternatives Gourmandes

Les thuyas, conifères au feuillage dense et à la croissance rapide, sont des arbustes de haie très répandus. Cependant, ils sont également réputés pour être difficiles à associer à d'autres plantations, qui peinent souvent à s'épanouir à leurs pieds. Comprendre les contraintes imposées par les thuyas est essentiel avant d'envisager de planter quoi que ce soit à leur proximité, et encore plus des arbres fruitiers qui ont des besoins spécifiques pour fructifier.

Pourquoi est-il difficile de faire pousser des végétaux au pied des thuyas ?

Une haie de thuyas combine les inconvénients habituels d'une haie avec les particularités de ce conifère. Plusieurs facteurs rendent la culture d'autres plantes, y compris des arbres fruitiers, complexe à cet endroit.

Le manque de lumière et d'eau

La densité du feuillage des thuyas crée un écran végétal qui réduit considérablement la quantité de lumière atteignant le sol à leur base. Ce manque de luminosité est préjudiciable à la photosynthèse de nombreuses plantes, notamment les arbres fruitiers qui ont généralement besoin d'un ensoleillement abondant pour produire.

Haie de thuyas dense créant une ombre

De plus, la haie elle-même agit comme un brise-vent et intercepte une partie des précipitations, entraînant un manque d'eau au pied. Les thuyas possèdent de nombreuses racines superficielles qui entrent en concurrence directe avec les nouvelles plantations pour l'absorption de l'eau. La haie, déjà bien implantée, boit l'eau disponible dans le sol, ne laissant pas beaucoup d'humidité aux autres plantes. Il est donc indispensable de sélectionner des végétaux résistants à la sécheresse.

L'acidité du sol et l'épuisement des nutriments

Les thuyas prospèrent dans un sol acide et ont même tendance à renforcer cette acidité en perdant leurs aiguilles. Cette condition est un obstacle pour de nombreux arbres fruitiers qui préfèrent généralement des sols neutres ou légèrement acides. L'acidité du sol peut limiter l'assimilation de certains nutriments essentiels par d'autres espèces.

En outre, les thuyas consomment une grande quantité de nutriments présents dans le sol. La haie en place "mange" la majorité des éléments nutritifs, entraînant un appauvrissement du sol à son pied. Pour réussir ses plantations, il faut donc comprendre ces contraintes et choisir des plantes qui non seulement aiment l'acidité, mais aussi résistent à la sécheresse et à une terre pauvre et pleine de racines. Il est souvent difficile de creuser au pied de la haie en raison de cet "amas de racines".

La concurrence racinaire

Les racines des thuyas sont nombreuses et superficielles. Elles créent une forte concurrence pour l'espace et l'absorption de l'eau et des nutriments. Toute nouvelle plante devra lutter pour s'établir et se développer dans ce milieu déjà occupé et exploité.

Schéma des racines superficielles des thuyas

Alternatives aux thuyas et solutions pour leurs pieds

Face à ces défis, plusieurs approches peuvent être envisagées, allant de l'aménagement du pied de haie existante à son remplacement progressif ou total par des haies plus diversifiées et productives.

Aménager le pied d'une haie de thuyas existante

La bande de terre nue située aux pieds des thuyas, où la pelouse a du mal à pousser, devient de plus en plus visible et laisse la place aux mauvaises herbes. Installer des plantes au pied d'une haie de thuyas présente différents avantages, notamment esthétiques. Avec le temps, les conifères tels que les thuyas ont tendance à se dégarnir au niveau du tronc, créant un écran de verdure moins dense et moins vert. Créer une bordure végétale au pied des thuyas permet de créer une jolie transition entre la pelouse et la haie.

Au-delà de l'aspect esthétique, cet "ourlet végétal" représente un véritable atout pour la biodiversité du jardin. Il permet de maintenir le sol vivant et aéré, limite l'érosion, apporte de l'humus, et sert de refuge à de nombreux insectes auxiliaires du jardin.

Pour les zones ombragées au pied des thuyas, voici une sélection de plantes idéales :

  • La pervenche (Vinca major ou minor) : Cette petite fleur rustique au feuillage persistant crée un joli tapis de verdure. Elle se plaît aussi bien à l'ombre qu'au soleil et s'accommode de tous les types de sol. Elle est cependant réputée pour être un peu invasive. Il existe des pervenches à fleurs mauves ou blanches, et à feuillage vert ou panaché de jaune.
  • Le lierre : Avec une croissance rapide et une belle tolérance à l'ombre, le lierre aide à créer rapidement un bel écran de verdure au pied des thuyas.
  • L'épimède (fleur des elfes) : Tolérante à l'ombre et à la sécheresse, elle peut s'épanouir même dans les conditions difficiles créées par une haie de thuya.
  • La bruyère d'hiver : Elle a les mêmes préférences que les thuyas en matière de sol et d'exposition, et déploie une multitude de fleurs colorées au cœur de l'hiver.
  • Les cyclamens : Appréciant la protection offerte par une haie de thuyas, les cyclamens apportent une touche de couleur à la bordure pendant l'hiver, en créant un joli tapis de fleurs dressées.
  • L'azalée du Japon : Cet arbuste de terre de bruyère offre une profusion de fleurs et est idéal au pied de la haie.
  • Les rhododendrons : Faciles à cultiver, avec un feuillage plus ou moins dense et de nombreuses couleurs, les rhododendrons sont des plantes de terre de bruyère parfaites pour habiller les pieds de thuya.
  • L'andromède du Japon : Habitué des sols acides, ce bel arbuste persistant offre une jolie floraison printanière et un feuillage qui change de couleur au fil des saisons.
  • L'Aegopodium au feuillage panaché : C'est un très beau couvre-sol parfait pour faire un tapis lumineux et cacher la base de la haie. C'est une plante caduque à développement rapide, atteignant 1 m de large et 60 cm de haut. Elle convient à tout type de sol à l'ombre, même calcaire et plein de racines.
  • Les heuchères : Elles apprécient les sols neutres à acides et sont parfaites pour l'« ombre sèche ». Il existe des heuchères avec des feuillages de couleur variée et une floraison blanche, rose ou rouge en été. Elles forment une touffe de 40 cm de large en moyenne et atteignent souvent 80 cm de haut en fleurs.

Pour les zones ensoleillées, voici des options :

  • Le pérovskia : Cette plante se contente de peu. Une terre pauvre et sèche sont parfaites pour elle, et c'est même dans ces conditions difficiles qu'elle fleurira le plus. Elle mesure environ 1,20 m de haut et 80 cm de large, est caduque et résiste au gel jusqu'à -18°C. Ses nombreuses petites fleurs contrasteront avec une haie persistante.
  • Les potentilles arbustives : Elles se recouvrent de petites fleurs roses, orange ou jaune selon la variété. C'est une plante robuste pour sol neutre à calcaire, très légèrement acide.

Conseils de plantation au pied des thuyas

Pour toute plantation à proximité de thuyas, il est important de prendre quelques précautions :

  • Distance de plantation : Ne plantez pas trop près des troncs de la haie. Si vous plantez de petits arbustes, installez-les à 1 m de distance minimum.
  • Préparation du sol : Faites de belles fosses de plantation et n'hésitez pas à enlever les racines de la haie là où vous allez planter. Il faudra surtout enrichir le sol, car les anciens Thuyas ont certainement bien pompé les éléments.
  • Arrosage : C'est l'information la plus importante à retenir. La plantation proche d'une haie est délicate. Les arbustes de votre haie sont sans pitié pour vos jeunes plantations, ils boivent très rapidement toute l'eau ! Alors, tant que vos petites plantes ne sont pas bien enracinées, il faudra arroser très régulièrement en été, un soir sur deux, voire tous les soirs pendant les deux premiers étés.

Haie champêtre : plantation des arbres et arbustes (3/3) - Truffaut

L'alternative des haies gourmandes et diversifiées

Plutôt que de s'obstiner à planter et entretenir des haies de thuyas qui nécessitent de l'arrosage et des tailles fréquentes, et dont le produit de la taille n'est pas toujours intéressant pour le compost, il est de plus en plus préconisé de se tourner vers des haies comestibles ou diversifiées. Ces "bétons verts" (troènes, thuyas, cyprès de Leyland) sont critiqués pour leur monotonie, leur incapacité à fleurir et leur densité excessive qui empêche la faune locale de s'y abriter. De nombreux écologistes, botanistes et jardiniers tentent d'inverser la tendance en proposant des haies plus intéressantes pour l'homme, les animaux et les plantes.

Débarrassez-vous des thuyas existants

La première étape, si le jardin est déjà doté d'une haie de thuyas, est probablement de s'en débarrasser petit à petit, tronçon par tronçon. Pour ce faire, il faut couper les arbres et les branches, puis laisser les souches en place (en y injectant éventuellement du lait ou du vinaigre pour s'assurer qu'elles ne repartent pas). On pourra ensuite planter de nouveaux arbres entre les souches. Le fait d'enlever une haie de thuyas donne de la lumière et crée de l'air, ce qui peut bénéficier au jardin et même aux voisins.

Planter des arbres fruitiers en haie

Les arbres fruitiers peuvent être gérés comme une haie. On peut les tailler au taille-haie, comme pour un troène. Cela fonctionne très bien et les arbres sont très productifs. On peut le faire avec des noisetiers, des cognassiers, des poiriers, des pommiers. Il faut éviter avec les fruits à noyaux en revanche. Les arbres mettront trois à quatre ans à devenir productifs, mais on peut planter alternativement des fraises, framboises, et du cassis pour récolter dès la première année. On peut ajouter des plantes comme la consoude naine pour ne pas avoir à entretenir le sol et éviter l'apparition de ronces ou liserons. Constituer une haie dense n'empêche en rien d'y introduire un pommier ou un cerisier haute-tige par exemple, comme cela se pratiquait encore fréquemment jusqu'à la fin du XIXe siècle.

Haie d'arbres fruitiers taillés

La haie fruitée basse

En plantant bien serrés et en quinconce de nombreux arbustes fruitiers, on peut obtenir une jolie haie basse comestible. Pensez aux framboisiers, groseilliers, cassissiers, mûriers voire aux vignes ou aux plus petits myrtilliers et airelles, en sélectionnant selon les besoins des variétés grimpantes, hautes, remontantes… ou non. Ces haies n'atteindront jamais la hauteur et la densité d'une haie de thuyas, mais elles produiront de bien meilleures confitures.

Voici une sélection d'arbustes fruitiers et de plantes comestibles adaptés aux haies diversifiées et gourmandes :

  • Amélanchier : Arbrisseau très rustique, certaines variétés (comme A. alnifolia 'Honeywood', 'Smoky' ou 'Martin') sont très productives. Les fruits sont sucrés et agréablement parfumés, très riches en vitamine C, consommés frais, en gelées, en confiture, en tarte et en conserve. L'amélanchier du Canada peut atteindre 10 m de haut et 3 m de large.
  • Arbousier ("arbre-aux-fraises") : Croissance lente, 3 à 5 m de hauteur, feuilles persistantes. Les fruits ressemblent aux litchis, avec une chair molle et farineuse, sucrée et acidulée. La floraison rose est aussi une option, avec des fruits rouges. Il apprécie un sol filtrant et le plein soleil.
  • Aronie (Aronia melanocarpa) : Arbuste de 1,50 à 2 m de hauteur au port arrondi. Ses fruits noir brillant sont astringents mais excellents transformés en jus, un puissant antioxydant. La variété de Mitchourine offre de très gros fruits sphériques violet-noir et de saveur douce.
  • Caragagnier (Arbre à pois) : Intéressant en permaculture, il améliore la structure du sol, limite l'érosion, fixe l'azote et attire les abeilles et les oiseaux. Ses fleurs jaune pâle sont magnifiques en mai-juin.
  • Chalef d'automne (Eleagnus umbellata) : Floraison crème odorante en mai, suivie de petites baies rondes, rouges et argentées, comestibles, savoureuses et d'une grande valeur nutritive.
  • Chèvrefeuille comestible (Lonicera caerulea) : Aussi appelé camerisier, il produit des baies ressemblant à des myrtilles, riches en antioxydants.
  • Cognassier : Petit arbre fruitier de 6m de haut, au port tortueux et buissonnant. Variétés comme 'Aramtnaya' ou 'Géant de Vranja' sont appréciées.
  • Cornouiller mâle (Cornus mas) : Arbuste de 2 à 4 m, ses petits fruits oblongs (cornouilles) sont charnus, rouge vif, acidulés, sucrés et aromatiques. Floraison jaune précoce en février/mars, très mellifère.
  • Cornus Kousa (Cornouiller du Japon) : Arbuste de 2 à 4 m avec des branches étagées horizontalement. Très belle floraison blanche à la fin du printemps et gros fruits comestibles fin août.
  • Cormier ou Sorbier domestique : Arbre élégant de 15 à 20 m de haut. Les cormes (fruits) ressemblent à de petites poires sauvages, à consommer blets.
  • Figuier : Se plaît dans un sol calcaire et bien drainé au cœur d'une haie comestible.
  • Framboisier, groseillier, cassissier, mûrier : Idéaux pour les haies basses et productives.
  • Gattilier : Fleurit en début d'été jusqu'à l'automne, bleu lavande. Il dégage un léger parfum de poivre.
  • Goumi du Japon : Arbuste à floraison blanche odorante en avril et fruits rouges, ovales, à maturité précoce en juin, saveur un peu astringente et acide.
  • Goyavier du Brésil (Acca sellowiana) : Arbuste au feuillage persistant, fleurs exotiques et fruits comestibles de 4 à 6 cm au goût d'ananas et de fraise des bois.
  • Grenadier : Bel arbuste fruitier de 2 à 6 m. Sa floraison s'étend de mai à août, et ses fruits sphériques peuvent atteindre environ 10 cm de diamètre.
  • Kaki (Plaqueminier du Japon) : Intéressant pour embellir l'espace extérieur, doit être installé en plein soleil. N'apprécie guère les sols calcaires ni argileux.
  • Lavande ('Edelweiss', 'Rosea', 'Hidcote') : Petits arbustes à la floraison estivale, mellifères, au feuillage persistant, idéaux pour des haies basses.
  • Mahonia à feuilles de Houx : Petit arbuste de 1m de hauteur et de largeur, au feuillage persistant devenant pourpre en hiver.
  • Néflier commun : Petit arbre rustique aux fruits (nèfles) savoureux et sucrés, à consommer blets en novembre/décembre.
  • Noisetier : Arbuste fruitier très polyvalent pour les haies. Variétés comme 'Merveille de Bollwiller', 'Fertile de Coutard', 'Maxima Purpurea', 'Longue d'Espagne', 'Segorbe', 'Pawetet', 'Coxford' offrent une grande diversité.
  • Olivier de Bohème : Rameaux épineux, croissance rapide, feuillage ressemblant à l'olivier méditerranéen. Floraison discrète mais abondante et parfumée.
  • Pêcher à feuilles pourpres : Jolie floraison rose en avril, puis en juillet des pêches rouge très foncé à pourpre à la chair sanguine, juteuses et sucrées.
  • Poivrier de Sichuan : Arbuste caduc de 4 à 5 m, feuillage odorant en automne, jaune et pourpre.
  • Ragouminier : Idéal pour les petits jardins, produit rapidement de grandes quantités de cerises très goûteuses, sans queues. Il a aussi un atout ornemental avec sa floraison blanc crème parfumée.
  • Romarin officinal : Arbrisseau de 1 à 1m20, feuillage persistant, fleurs bleu pâle très parfumées et mellifères. Préfère les sols secs à légèrement humides.
  • Rosier rigoureux ou rosier du Japon (Rosa rugosa) : Arbuste vigoureux et épineux. Fleurit de juin à octobre, fleurs simples et parfumées, fruits gros, rouges et charnus, très riches en vitamine C.
  • Sorbier des oiseaux (Sorbus aucuparia) : Arbre de 8m de haut, 4m de large. Petites fleurs blanches en mai-juin, puis petits fruits rouge vif qui font la joie des oiseaux.
  • Sorbier noir (Aronia melanocarpa) : Floraison en ombelles blanc/rosé en mai, fruits noirs luisants appréciés par les oiseaux et parfaits pour les confitures.
  • Sureau à fruits noirs (Sambucus nigra) : Arbuste très rustique, ses fleurs blanches et jaunâtres sont très parfumées et se transforment en petites baies noires comestibles.
  • Sureau des montagnes ou sureau rouge (Sambucus racemosa) : Arbuste rustique, jolies fleurs blanc crème suivies de baies rouge brillant.

La haie sauvage inspirée des bocages

Les haies bocagères de nos campagnes ou les buissons sauvages sont une source d'inspiration. Au-delà des variétés sélectionnées pour leurs gros fruits doux, il existe des fruits sauvages, faciles à tailler et à cultiver, qui supportent bien le froid, l'excès ou le manque de soleil et d'eau, et les différents types de sol.

Parmi eux :

  • L'amélanche : Dont le fruit est "à tomber par terre".
  • Le chalef (Eleagnus umbellata) : Dont les fruits se consomment en décembre.
  • L'arbre aux faisans (Leycesteria formosa) : Qui se plaît très bien en pot et donne de super résultats gourmands, insolites et esthétiques.
  • L'argousier : Nécessite plusieurs pieds mâles/femelles en plein soleil pour être productif. C'est une extraordinaire source de bienfaits, tolère le froid comme la sécheresse.
  • L'Aulne glutineux : Excelle dans les sols détrempés et pauvres, où il est parfois le seul à pouvoir pousser.

Haie bocagère diversifiée

Conséquences et considérations pour une haie de fruits

La plantation d'une haie fruitière comestible n'est pas une opération difficile, mais elle nécessite quelques réflexions :

  • Hauteur et étages de végétation : Tous les arbustes fruitiers n'atteignent pas la même hauteur. Il faudra prévoir de les planter en fonction de leur taille à l'âge adulte, en prévoyant éventuellement des étages de végétation.
  • Adaptation régionale : Selon la région dans laquelle vous vivez, privilégiez des espèces qui se plairont dans votre jardin. Assurez-vous que leurs besoins correspondent au climat de votre région.
  • Pollinisation : Si les plantes doivent être pollinisées pour produire des fruits, assurez-vous de mettre en œuvre les moyens nécessaires (planter des variétés complémentaires, attirer les pollinisateurs).
  • Période de plantation : Vérifiez la période de plantation, tous les arbustes fruitiers n'ayant pas les

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