L'art et la science du mélange de semences pour couverts végétaux : maximiser les bénéfices et optimiser les pratiques

Les couverts végétaux représentent une composante essentielle des systèmes agricoles modernes, offrant une multitude de bénéfices agronomiques et environnementaux. L'optimisation de ces bénéfices passe souvent par la création de mélanges de semences adaptés, une pratique qui, bien que courante, requiert une compréhension approfondie des espèces et de leurs interactions. Cet article explore les principes fondamentaux, les avantages et les considérations pratiques liés au matériel de mélange de semences pour couverts végétaux, en s'appuyant sur les connaissances existantes et les expériences de terrain.

Les familles de couverts végétaux : diversité et spécificités

Les couverts végétaux peuvent être regroupés en plusieurs grandes familles, chacune apportant des caractéristiques distinctes et des bénéfices spécifiques au sol et aux cultures. Comprendre ces spécificités est la première étape vers la création de mélanges efficaces.

Les trois principales familles de couverts végétaux : graminées, crucifères et légumineuses

Les Graminées

Les graminées sont une famille de plantes herbacées souvent utilisées comme couverts végétaux en raison de leur système racinaire fibreux qui améliore la structure du sol et limite l'érosion. Elles sont également efficaces pour piéger les nitrates résiduels, réduisant ainsi les pertes par lixiviation. Cependant, il est important de noter, par exemple, qu'on n'utilisera pas de graminées avant un maïs afin d’éviter des problèmes de désherbage ou d’insectes.

Les Crucifères

Les crucifères, ou Brassicacées, sont des dicotylédones à fleurs caractérisées par une croissance rapide et une racine pivotante puissante. Cette architecture racinaire permet de structurer le sol en profondeur, favorisant une meilleure infiltration de l'eau et une aération accrue. Des exemples courants incluent la moutarde, le radis fourrager et le colza. Il est essentiel de faire attention aux couverts trop étouffants, en particulier la moutarde qui par sa vigueur à l’implantation et sa hauteur laisse peu de chance aux autres espèces. La densité de la moutarde doit être très faible, par exemple 1 kg/ha pour la moutarde blanche ou 0,5 kg/ha pour la moutarde brune, pour permettre aux autres espèces de se développer.

Les Légumineuses

Les légumineuses, également des dicotylédones mais caractérisées par des gousses, ont la capacité unique de capter l'azote atmosphérique grâce à une symbiose avec des bactéries présentes dans leurs nodosités racinaires. Cet azote est ensuite restitué à la culture suivante, réduisant ainsi le besoin d'engrais azotés de synthèse. Par exemple, on n'utilisera pas de légumineuses avant un pois afin d’éviter des problèmes de désherbage ou d’insectes. Les légumineuses sont de précieux alliés pour enrichir la fertilité des sols.

Tout sur les couverts végétaux ! Pourquoi les utiliser ? Lesquels utiliser et quand les semer ?

Les objectifs du mélange de couverts végétaux : une stratégie multifacette

Le mélange de plusieurs espèces de couverts est une pratique courante dont l'objectif principal est de diversifier les atouts et les contraintes liés à chaque espèce. Cette stratégie vise à diminuer globalement les risques d’échec dus à divers facteurs tels que l’implantation, les conditions pédoclimatiques ou les ravageurs. En d'autres termes, il s'agit de ne pas mettre « tous ses œufs dans le même panier ».

Diversification des bénéfices agronomiques

Le plus grand intérêt réside sans doute dans la possibilité d’associer des familles d’espèces ayant un fonctionnement différent vis-à-vis de l’azote. Des non-légumineuses (crucifères, graminées…) peuvent être associées à des légumineuses qui peuvent aussi absorber l’azote minéral du sol mais surtout assimiler de l’azote de l’air par fixation symbiotique. Lorsque les fournitures d’azote par le sol sont limitées (faibles reliquat et minéralisation post-récolte), les couverts de non-légumineuses produisent des biomasses faibles avec les inconvénients qui y sont liés : impact réduit sur la structure du sol ou les adventices, quantité d’azote limitée à fournir à la culture suivante… L’ajout d’une légumineuse n’empêche pas la non-légumineuse de jouer son rôle de piège à nitrates et permet de fixer en complément de l’azote atmosphérique.

Complémentarité des systèmes racinaires et aériens

L’association d’espèces aux systèmes racinaires complémentaires permet une meilleure exploration du sol et une valorisation optimale des ressources (eau, éléments minéraux). De la même manière, la diversité des architectures de végétation, avec des plantes de plusieurs hauteurs (hautes, moyennes et basses), peut créer un couvert relativement clair et favorable à la petite faune de plaine.

Schéma illustrant la complémentarité des systèmes racinaires dans un mélange de couverts

Gestion des risques et résilience

Les mélanges contribuent à une meilleure résilience des systèmes agricoles face aux aléas climatiques et sanitaires. En combinant des espèces avec des tolérances différentes, le couvert est moins susceptible d'échouer complètement en cas de conditions défavorables.

Le choix des espèces : un processus décisionnel complexe

Le choix d’un couvert végétal adapté est déterminant pour maximiser les bénéfices tout en limitant les risques. Il doit être fondé sur des objectifs prioritaires clairement définis et prendre en compte un ensemble de contraintes.

Objectifs visés et bénéfices spécifiques

Les couverts d’interculture offrent une large gamme de bénéfices, tant agronomiques qu’environnementaux. Pour en maximiser les effets, le choix des espèces doit être fondé sur des objectifs prioritaires clairement définis. Ces objectifs peuvent inclure l'amélioration de la structure du sol, la fixation d'azote, la limitation des pertes en nutriments, la valorisation des apports de matière organique, la suppression des adventices, ou encore le soutien à la biodiversité.

Contraintes liées à la rotation culturale

Le choix des espèces composant un couvert végétal doit également s’inscrire dans une réflexion à l’échelle de la rotation culturale, et en particulier en lien avec la culture suivante. En effet, si le couvert peut exercer des effets bénéfiques (amélioration de la structure du sol, restitution d’azote, etc.), il peut aussi présenter des risques, notamment sur le plan sanitaire. L’enjeu principal est d’éviter les espèces susceptibles d’héberger ou de favoriser les mêmes bioagresseurs (maladies, ravageurs, nématodes…) que ceux pouvant impacter la culture qui suivra. Une mauvaise compatibilité peut compromettre le rendement ou la santé de la culture principale. Par exemple, en cas de pois dans la rotation et de souhait d'éviter par précaution tout couvert susceptible de multiplier l’Aphanomyces, l’ensemble des espèces choisies doit répondre à ce critère. Cela signifie par exemple éviter les couverts de pois fourrager, gesse et lentille, qu’ils soient seuls ou associés. De manière générale, chaque espèce du mélange doit répondre aux contraintes agronomiques de la parcelle ou à son itinéraire technique.

Adaptation aux conditions pédoclimatiques et au matériel disponible

Le choix des espèces du couvert dépend également de la conduite culturale que l’on souhaite adopter et du matériel disponible sur l’exploitation : les espèces doivent être adaptées à la période de semis (et à la durée de l’interculture), au mode de semis et au mode de destruction du couvert. La température influera la levée et le développement de la biomasse, ce qui peut s’avérer compliqué dans certaines régions notamment pour des semis réalisés en fin d’été. Le sorgho, le moha, le nyger et le mélilot auront besoin de chaleur pour lever. La variété impactera la floraison et la production de biomasse. Pour une vesce commune, la production de biomasse peut être doublée suivant la variété : 0,5T MS avec la variété Argon et 1,1T MS avec la variété Melissa, sur une même parcelle et à la même date.

Stratégies de mélange et densités de semis

Les mélanges les plus courants sont souvent binaires, associant une légumineuse à une graminée ou à une crucifère. Mais il existe des mélanges plus complexes de 3, 4, 5 espèces voire plus. En fonction du mélange choisi, il est impératif d'adapter la densité de semis.

Raisonner les densités en pourcentages

Il est recommandé de raisonner les densités en vous fondant sur des pourcentages des doses en pur. Cela permet de garder une base correcte à la levée pour avoir un couvert ni trop dru, ni trop clair. Deux espèces peuvent se semer chacune à demi-dose. Par exemple, 4,5 + 90 kg/ha pour une association radis + féverole, leurs doses en pur étant respectivement de 9 et 180 kg/ha. Le choix des densités de semis dépend également des objectifs visés.

Taille des semences et équipement de semis

À moins de semer en deux fois ou de disposer d’un dispositif de double distribution sur le semoir, il est conseillé de choisir des espèces avec des semences de taille sensiblement identique, de manière à limiter le phénomène de sédimentation dans le semoir et, surtout, à placer chaque type de semence à une profondeur adaptée. Aux dires d’agriculteurs pratiquant des associations incluant de nombreuses espèces (5 à 10), la présence de semences très différentes « stabilise » le mélange malgré des semences de taille parfois très différentes.

Illustration des différentes tailles de semences de couverts végétaux

Bénéfices complémentaires des couverts végétaux

Au-delà des bénéfices agronomiques directs pour les cultures, les couverts végétaux jouent un rôle crucial dans l'enrichissement de la biodiversité et le soutien à des systèmes de production agricole spécifiques.

Apiculture et écosystèmes mellifères

Les couverts végétaux sont également bénéfiques, voire indispensables, dans des systèmes de production agricole spécifiques tels que l’apiculture. L’utilisation de couverts végétaux autour des ruches fournit du fourrage supplémentaire, des sources additionnelles de nectar et de pollen pour les abeilles, prolongeant ainsi leur saison de butinage. Cela est particulièrement important lorsque les plantes à fleurs sauvages se font rares. Elles fournissent également des ressources florales diversifiées, un habitat et un abri, ce qui permet aux colonies d’abeilles d’être en meilleure santé. Dans la même optique, des couverts fleurissant en fin d’été ou début d'automne nourriront les insectes pollinisateurs en fin de saison (phacélie, sarrasin…).

Viticulture et gestion des vignobles

L’utilisation de couverts végétaux dans les vignobles permet de prévenir l’érosion du sol, en particulier sur les terrains en pente, de supprimer les adventices, ce qui réduit la nécessité d’utiliser des herbicides et des méthodes manuelles de désherbage, d’améliorer la santé et la fertilité du sol en fixant l’azote, qui peut être utilisé par les vignes, et de soutenir la lutte contre les parasites.

Tout sur les couverts végétaux ! Pourquoi les utiliser ? Lesquels utiliser et quand les semer ?

Recherche et développement : vers des solutions innovantes

La recherche continue d'explorer les synergies entre espèces et de développer de nouveaux mélanges adaptés aux besoins d'une agriculture en transition.

Synthèse des résultats d'essais

Des essais menés à Boigneville (91) de 2004 à 2010 ont comparé des mélanges de non-légumineuses avec les espèces les composant, seules. Les espèces seules ont produit en moyenne 1,5 t/ha de matière sèche et ont absorbé 28 unités d’azote, contre 1,3 t/ha et 25 unités pour les associations. Si mélanger différents couverts permet de ne pas mettre « tous les œufs dans le même panier », les synergies entre espèces n'ont, en revanche, pas pu être vérifiées malgré des architectures de végétation différentes ou des systèmes racinaires différents.

Cependant, des effets de synergie ont été notés entre les légumineuses et non-légumineuses dans d'autres essais. 21 associations incluant des légumineuses et des non-légumineuses ont été comparées aux espèces du mélange seules. Les non-légumineuses seules ont produit en moyenne 1,8 t/ha de matière sèche et absorbé 29 unités d’azote contre 1,5 t/ha et 60 unités pour les légumineuses et 2,1 t/ha et 47 unités pour les associations. Ces résultats soulignent l'intérêt des mélanges combinant légumineuses et non-légumineuses pour une meilleure valorisation de l'azote.

Innovation et offre commerciale

Des gammes de solutions, telles que MAS4 EXPERT et les mélanges de semences sous la marque MAS4, sont développées pour répondre aux besoins spécifiques des agriculteurs. Ces produits sont le fruit d'un excellent suivi et d'une proximité avec le terrain, facilitant les aspects logistiques et humains du quotidien moderne. Des entreprises comme Germineo se sont adaptées pour trouver des solutions même en cas de problème de réapprovisionnement, garantissant ainsi la qualité et la livraison.

Un cadre pour la petite faune de plaine

En complément d'une approche purement agronomique, le réseau Agrifaune a identifié le type de couvert pouvant être favorable à la petite faune de plaine : il doit être relativement clair, avec des plantes de plusieurs hauteurs (hautes, moyennes et basses) et la présence d’espèces de couverts appétentes pour le gibier (légumineuses, graminées, caméline, radis, moutarde, tournesol, sarrasin). Cette approche intègre les bénéfices environnementaux dans le choix et la conception des mélanges de couverts.

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