Le figuier commun (Ficus carica), ou figuier à fruit comestible, utilise une méthode de pollinisation originale, souvent présente dans le genre Ficus, et représente un cas fascinant dans le monde des plantes. D’un point de vue botanique, la figue n’est pas un fruit mais d’abord une inflorescence, appelée sycone. Le figuier a une structure florale fermée, ce qui signifie que les fleurs ne sont pas exposées à l'extérieur, une caractéristique exceptionnelle parmi les plantes à fleurs.

La complexité de l'inflorescence
Pour rappel, les fleurs des figuiers sont minuscules et sont cachées à l'intérieur des jeunes figues. Les figues ne sont pas à proprement parler les fruits du figuier, mais des réceptacles floraux. Les figuiers possèdent deux types de fleurs : les fleurs femelles à long style et les fleurs mâles à court style.
Dans le sud, autour de la Méditerranée, chaque pied de figuier produit, à trois moments de l’année, des bourgeons floraux qui peuvent se développer en figue. Les uns, appelés « caprifiguiers » ou figuiers sauvages, portent des inflorescences ayant des fleurs unisexuées des deux sexes. Les fleurs mâles sont réparties autour de l'ostiole, tandis que les fleurs femelles arrivent à maturité avant les fleurs mâles.
Le rôle crucial du blastophage
Le blastophage (Blastophaga psenes), connu sous le nom de la guêpe du figuier, est un tout petit hyménoptère noir de 1 à 2 mm de long, appartenant à la famille des Agaonidés. Parent des guêpes et des abeilles, le blastophage est indispensable à la pollinisation du figuier méditerranéen. Ce mutualisme démarre, très schématiquement, dans les fruits du figuier sauvage.

En hiver, cette espèce présente à l’extrémité de ses rameaux de nombreuses figues vertes, non comestibles, spongieuses et sèches à l’intérieur qui jouent le rôle de pouponnière. Elles sont parasitées par la femelle blastophage, dotée d’ailes, qui pénètre à l’intérieur pour y déposer ses œufs. Ceux-ci donneront naissance, dans un premier temps, à des mâles aptères qui n’auront de cesse de rechercher les femelles non écloses pour les féconder et ensuite les libérer.
À la sortie du caprifiguier, la femelle blastophage va s’envoler pour parasiter d’autres caprifiguiers, ainsi que des figuiers domestiques, dont les figues ne présentent que des fleurs femelles. La fécondation et par suite le développement des figues dépend de cette petite guêpe qui seule peut apporter le pollen dans la figue.
Le processus de caprification
La pollinisation des figuiers est connue sous le nom de caprification. Lorsque la guêpe femelle quitte un fruit « Profichi » d’un caprifiguier, elle transporte avec elle du pollen mâle. Elle cherche alors des fleurs femelles pour y pondre ses œufs. Une fois trouvée, le blastophage entre dans la figue par l'ostiole pour y pondre ses œufs. Ce faisant, elle pollinise également la figue en transférant le pollen mâle des figues « Profichi » aux figues femelles.
FIGUIER : L’EXTRAORDINAIRE HISTOIRE DE LA COÉVOLUTION D’UNE GUÊPE MINUSCULE ET DE LA FIGUE
Mais les inflorescences, qui tapissent les entrailles du sycone, possèdent un style trop long, qui empêche la femelle d’accéder à l’ovaire pour y pondre. Sa tentative sera donc vouée à l’échec, mais elle assurera au passage la fécondation en déposant sur les stigmates le pollen dont elle est couverte. Le blastophage femelle prisonnier va mourir, mais il aura, au préalable, fécondé les fleurs femelles grâce au pollen qu'il portait sur lui.
Typologie des figuiers et besoins en pollinisation
Les variétés de figuiers se distinguent par leur besoin ou non de pollinisation :
- Figuiers communs : Ces figuiers produisent des figues parthénocarpiques, c’est-à-dire qu’ils n’ont pas besoin de pollinisation pour fructifier. Les variétés communes sont les plus courantes en culture domestique en dehors des régions chaudes. Ces variétés peuvent produire jusqu’à trois récoltes différentes. Nous parlons ici de figuier unifère (une seule récolte), bifère (deux récoltes) ou trifère (trois récoltes).
- Figuiers de type Smyrna : Ces figuiers nécessitent une pollinisation pour produire des fruits. Ils ne sont pas parthénocarpiques et produisent uniquement des fleurs femelles parfaites.
- Figuiers de type San Pedro : Ces figuiers produisent plusieurs récoltes de fruits pouvant être physiquement et gustativement différents. La première récolte produit des figues fleurs et ne nécessite pas de pollinisation, tandis que la récolte principale, produisant des figues d’automne, doit être pollinisée.
Impact de la pollinisation sur la qualité des fruits
La caprification a un impact significatif sur la qualité des figues. Les figues pollinisées ont un niveau de saveur supérieur, ce qui a été souligné par des cultivateurs expérimentés dans différents pays ou régions où le blastophage ne peut pas survivre. La différence de qualité des figues pollinisées et non pollinisées est souvent très importante et remarquable.

La pollinisation des figues peut également entraîner une augmentation de la taille du fruit, ce qui peut être bénéfique pour la commercialisation et la consommation domestique. Toutefois, avec l'augmentation de la taille des figues due à la pollinisation, il y a un risque accru de fissuration de l’épiderme, particulièrement dans les régions humides. Cela peut affecter la qualité et la durabilité des fruits.
Limites géographiques et alternatives
La pollinisation du figuier ne concerne pas encore le climat tempéré, comme le climat belge à hiver rigoureux, car le blastophage ne survit pas à des températures basses. Le blastophage ne vit que dans la moitié sud de la France. Dans la moitié nord, il convient de cultiver des variétés de figuiers autofertiles.
Dans les régions où la guêpe des figues n'est pas présente naturellement, la pollinisation manuelle peut être employée. La caprification manuelle permet de polliniser les figues sans dépendre de la guêpe des figues, particulièrement dans les régions où cette guêpe n'est pas présente naturellement. Néanmoins, la caprification manuelle nécessite une certaine expertise et des techniques spécifiques pour être efficace, et toutes les variétés de figues ne bénéficient pas de manière égale de la pollinisation en termes de saveur.
Histoire et symbolique du figuier
Le nom scientifique du figuier est Ficus carica. L’histoire du figuier présente beaucoup d’analogies avec celle de l’olivier, autre arbre mythique, en ce qui concerne ses origines et ses limites géographiques. Son habitat préhistorique s’étend sur les régions moyennes et méridionales de la mer Méditerranée, depuis la Syrie jusqu’aux îles Canaries.
Dans les pays du pourtour de la Méditerranée, le figuier est sans cesse occupé à produire des figues. Il était donc tout naturel qu’il soit devenu un symbole de fertilité. Dans la mythologie grecque, le figuier était l’arbre de Dionysos et de Priape, dieu de la fécondité. Les qualités gustatives et nutritionnelles de la figue en font un fruit d’exception. Elle est riche en calcium, potasse, phosphore et fer.
Il y a plus de 4500 ans, le gavage avec des figues était déjà pratiqué en Égypte. À la fin du XVe siècle, naquit l’expression « mi-figue - mi-raisin » pour signifier qu’une personne avait à la fois du bon et du mauvais. Le rapprochement de ces deux fruits n’est pas anodin : on dit que les marchands de Corinthe qui transportaient les raisins secs y ajoutaient des figues.

Aujourd'hui, si la production de figues d'automne en culture moderne est difficile à envisager en France en raison des contraintes biologiques liées au blastophage, la production de figues fleurs pourrait jouer un rôle dans les petites exploitations à main-d'œuvre familiale du Midi Méditerranéen français. La symbiose entre le figuier et le blastophage reste l'une des relations les plus étroites et les plus complexes du règne végétal, illustrant parfaitement l'interdépendance nécessaire à la survie de ces deux espèces.
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