La Ravenelle et les Brassicacées : Une Double Nature entre Adventices et Engrais Verts

La famille des Brassicacées, autrefois connue sous le nom de Crucifères en raison de la disposition caractéristique de leurs quatre pétales en croix, englobe une diversité de plantes qui jouent un rôle crucial et parfois ambivalent dans les systèmes agricoles. Parmi elles, certaines sont perçues comme des adventices tenaces, à l'instar des sanves, des moutardiers et des ravenelles, tandis que d'autres membres de cette même famille sont sciemment employés comme des engrais verts bénéfiques, contribuant à la santé et à la fertilité des sols. Comprendre la biologie et les spécificités de ces plantes est fondamental pour optimiser les pratiques agricoles, qu'il s'agisse de gérer leur proliféra# Stratégies de gestion des Brassicacées : Ravenelles, moutardes et engrais verts

La gestion des adventices au sein d'une exploitation agricole nécessite une compréhension approfondie de leur biologie et de leur écologie. Parmi les groupes les plus dynamiques et complexes figure la famille des Brassicacées, autrefois nommées Crucifères, en raison de leurs quatre pétales disposés en croix. Les sanves, les moutardiers et les ravenelles sont des adventices de la famille des Brassicacées qu’on retrouve parfois nombreuses dans les cultures. Pour bien lutter contre les adventices, on dit souvent qu’il faut commencer à connaître leur biologie.

Schéma illustrant la structure florale en croix des Brassicacées

Biologie et cycle de vie : le défi de la persistance

Le Sanve, synonyme de moutardier ou moutarde des champs (Sinapis arvensis), est une plante annuelle présente dans tous les types de sols. Elle lève tout au long de l’année avec une préférence marquée pour le printemps. En Mayenne, elle gêne pourtant davantage dans les cultures de blé d’hiver que dans les maïs. Ce phénomène s'explique par une donnée physiologique clé : le « zéro de végétation » des Brassicacées serait inférieur à celui du blé. En conséquence, ces adventices prennent le dessus sur la culture pendant l’hiver systématiquement.

Une autre information importante est le TAD : Taux Annuel de Dégénérescence. Il s’agit du pourcentage de semences de mauvaises herbes qui meurt ou est mangé chaque année. Dans le cas de la moutarde des champs, il est estimé à 40%, ce qui signifie que le stock de semences d’une année ne sera détruit qu'à 95% au bout de 6 ans, avec 5% restant viable. On dit qu’il s’agit d’un TAD moyennement persistant.

La moutarde des champs n’aime pas le gel et peut disparaître dans les cultures d’hiver suite à des épisodes de froid intense. À l'inverse, la Ravenelle (Raphanus raphanistrum) serait plus résistante au froid. Il faut noter que la différence des pétales peut être parfois trompeuse chez certaines ravenelles assez colorées.

Interactions avec le sol et le phosphore

Pour ce qui est du type de sol de prédilection, on retrouve des informations contradictoires. La Ravenelle est tantôt une indicatrice des terrains acides, tantôt d’un chaulage excessif. Un autre point de biologie de cette famille d’adventices est le rapport au phosphore. Leurs propriétés acidifiantes pourraient leur permettre de mieux assimiler le phosphore du sol. Ces Brassicacées seraient favorisées dans des sols où cet élément est peu présent ou absent.

La plupart des plantes terrestres captent le phosphore par l’intermédiaire d’association avec les champignons : les mycorhizes. La famille des Brassicacées en est dépourvue, mais semble avoir trouvé moyen de faire autrement. Ce seraient les glucosinolates, les molécules soufrées qui piquent le nez dans la moutarde, qui inhiberaient la germination de spores fongiques.

Infographie montrant le cycle des glucosinolates et l'inhibition des champignons

Prévenir l'envahissement : gestion culturale

La viabilité des graines de la famille des brassicacées dans le sol est assez longue. Aussi, tout comme pour l’immense majorité des adventices, l’important est d’abord d’éviter de se faire envahir. Les graines, proches du colza, préfèrent la terre fine et ne germent pas en profondeur. Pour des céréales d’hiver, il faudrait s’orienter vers des préparations grossières, assez motteuses, et éviter les passages trop nombreux ou une herse rotative trop rapide.

Si ces plantes sont favorisées par un faible taux de phosphore disponible, bien gérer cet élément dans son système est important. Dans une ferme associée à de l’élevage dont on restitue les effluents, il n’y a pas de carences la plupart du temps, à condition que l’effluent soit bien géré et qu’on évite les pertes. Pour rappel, Yves Hérody a mesuré qu’une pluie sur un tas de fumier lessive environ 10% du phosphore et qu'une saison de 1250 mm en lessive 30%. Il résume alors : « l’objectif de toute bonne gestion des matières organiques fermières est d’abord et avant tout : ne rien perdre ».

Valorisation des Brassicacées en engrais verts

Une autre manière de voir ce rapport des crucifères au phosphore est de jouer là-dessus en implantant des engrais verts composés de moutardes, radis et autres. Une fois broyés, ceux-ci restituent le phosphore et pourraient lever ou atténuer la carence induite. Ceci va aussi dans le sens de l’idée répandue que si une adventice est présente en quantité spontanément, on peut y remédier en implantant une culture ou un engrais vert de la même famille.

Les engrais verts, utilisés pour préparer les sols avant leurs mises en culture ou entre deux cultures, remplacent les plantes vivaces ou annuelles que la nature ferait pousser autrement afin de couvrir le sol. Ils aèrent le sol grâce à leur système racinaire et puisent en profondeur des éléments minéraux qu’ils libèrent en se décomposant. Ils limitent également, grâce à leur effet couvrant, l’érosion et le lessivage des sols. Une fois fauchés, ils forment un excellent paillage et apportent de la matière organique directement dans le sol.

Pratiques Responsables : implantation des couverts végétaux en vignes

Le radis fourrager pousse rapidement, supprimant les mauvaises herbes. Cette culture d’engrais vert à enracinement profond apporte de la matière organique. Tels sont les principaux avantages de l'engrais vert radis fourrager. Il crée ainsi un sol aéré et bien drainé. Il s'agit d'un véritable amendement du sol. Le radis à feuilles peut être semé du printemps à la fin de l’été. Conseil : lorsque la plante est aux trois quarts fleurie, il faut la couper à une hauteur de 25-30 cm.

Outils de lutte mécanique

La rotation sera un levier pour articuler le labour, qui atténue tout de même ces adventices, avec le positionnement des cultures difficilement envahies. On rappelle que la durée de vie des semences fait qu’une seule culture concurrentielle ne suffira pas. En interculture, les graines germant en surface sont sensibles aux faux semis. Attention, pour rappel, il est important pour cette technique d’être très superficiel (type herse étrille aveugle plutôt que vibro à 8-10 cm) et de plus en plus superficiel, sinon on remonte les graines.

Pour ce qui est des outils de désherbage mécanique, la herse étrille n’est efficace qu’à un stade très jeune de l’adventice : filament blanc dans le sol, tout juste germé, cotylédons et vraiment début 2 feuilles. Pour les cultures d’hiver, passer au stade en pré-levée ou plus tard, mais avant l’hiver. À la sortie d’hiver, la plante est trop développée, et comme indiqué au début, son zéro de végétation étant plus bas, elle aura tendance à s’être davantage développée que la culture. La herse étrille, dont le fonctionnement repose sur un différentiel d’enracinement entre la culture et l’adventice, sera inefficace en désherbage. Il reste donc la bineuse qui arrachera la plante, mais seulement sur l’inter-rang. Pour finir, un outil comme l’écimeuse peut s’avérer utile. Attention, au stade où on la passe, la concurrence est déjà faite entre les cultures ; on écime d’ailleurs car le moutardier domine le blé par exemple.

Caractéristiques botaniques des espèces alliées

Le colza, par exemple, dont le mot vient du néerlandais "koolzaad" qui signifie "graine de chou", est connu depuis plus de 1500 ans avant JC. Il serait un croisement spontané entre un chou et un navet sauvage dans des conditions non élucidées. Depuis, l'hybride a été longtemps travaillé par l'homme pour obtenir des espèces capables de produire de l'huile, de l'alimentation pour bétail, des biocarburants ainsi que des engrais verts qui contribuent à limiter le lessivage de l'azote.

Parmi les formes cultivées ou apparentées, on trouve le radis. La Ravenelle, ancêtre du radis, présente des fleurs pouvant atteindre 3 cm, jaune pâle ou blanches, avec 4 pétales marqués de nervures violettes plus ou moins visibles. Les feuilles inférieures sont grandes, irrégulièrement dentées et lobées. Cette plante contient des substances laxatives. Une forme blanche est parfois cultivée. C’est une grande plante annuelle ou bisannuelle qui dépasse souvent 60 cm.

Schéma comparatif entre Ravenelle, Moutarde et Colza

Une autre plante de la famille, la giroflée (Cheiranthus cheri), est une plante vivace d'une courte durée de vie (3-4 ans). C’est pour cette raison qu’elle est souvent cultivée comme une bisannuelle. Du haut de ses 40 cm, elles sont magnifiques en bordures, parterre et même en pot. C’est une plante que l’on retrouvait autrefois dans les jardins de nos grands-mères et les jardins de curés. C’est dire comme elle n’est pas compliquée à maintenir au jardin.

Pour la culture de ces espèces ornementales ou de couverture, le semis peut s'effectuer de mars à avril à chaud (18°C) en mini-serre, en caissette ou en pot dans un terreau de semis de qualité. Couvrez la caissette ou le pot afin de garder un taux d’hygrométrie important pour activer la germination. Gardez humide jusqu’à la levée, ensuite surveillez afin d’éviter la pourriture (fonte des semis). D’avril à juillet, en fonction du climat et de la région, le semis peut se faire en pleine terre dans un sol bien préparé. Emiettez la terre et si nécessaire, mélangez-y du terreau, un compost bien décomposé ou tout autre amendement. Pour les semis à l’intérieur, repiquez dans des petits pots (idéalement 9 cm de diamètre) dans du terreau universel. Laissez démarrer les plantules en arrosant modérément mais sans excès. C’est une plante robuste et très rustique, elle n’a pas besoin d’engrais. Coupez les fleurs fanées afin de prolonger son abondante floraison.

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