Le Physalis : Un Trésor du Jardin aux Multiples Facettes

Le physalis, également connu sous des noms poétiques comme « Amour en cage », « Lanterne chinoise » ou « Coqueret du Pérou », est une plante fascinante qui offre à la fois un intérêt ornemental et gustatif. Appartenant à la grande famille botanique des Solanacées, comme la tomate et la pomme de terre, cette plante est prisée pour ses baies enfermées dans un calice papyracé, ressemblant à de jolies lanternes.

Illustration de Physalis alkekengi avec ses lanternes rouges

Botanique et Variétés Principales de Physalis

Le genre botanique Physalis regroupe une centaine d’espèces, bien que la distinction entre elles puisse parfois être difficile, ce qui explique la variation du nombre d’espèces citées, de 75 à 120 selon les auteurs. Principalement réparties dans les Amériques tempérées et tropicales, il existe toutefois une espèce endémique d’Europe : l’alkékenge, Physalis alkekengi.

Les physalis sont des plantes herbacées vivaces dans leur région d’origine, mais souvent cultivées comme annuelles sous les climats tempérés. Elles peuvent atteindre de 30 à 200 cm de hauteur, en fonction des espèces, et leur port est plus ou moins buissonnant. Elles offrent à l’aisselle de leurs feuilles des fleurs solitaires, typiques des Solanacées, blanches à jaunes, qui apparaissent en tout début d’été. À la fin de la floraison, le calice se referme en ovale sur l’ovaire, qui deviendra le fruit.

Parmi les espèces les plus répandues et cultivées, on trouve :

  • Physalis alkekengi (L'Alkékenge, Amour en cage, Lanterne japonaise, Cerise d'hiver): Originaire de Chine et de Corée, cette espèce forme une souche vivace et traçante, à contenir en arrachant les rejets surnuméraires. Il révèle sa splendeur à l'arrivée de l'automne, lorsque ses lanternes tournent au rouge, jusqu'en novembre. Ses fruits, à priori comestibles, contiennent des alcaloïdes et sont bien moins goûteux que ceux du Physalis peruviana. L’alkékenge est la plus répandue dans nos contrées, vivace dans les régions à hiver doux.

  • Physalis peruviana (Le Coqueret du Pérou, Groseille du Cap, Prune des Incas): Originaire du Pérou et du Chili, cette plante est cultivée depuis l’époque des Incas. Ses fleurs sont jaunes à cœur sombre et ses calices sont verts, devenant bruns lorsque les fruits sont mûrs. Sa baie est jaune à orange, très sucrée et juteuse, évoquant l'ananas avec une petite pointe acidulée qui rappelle la groseille. Ce fruit comestible de la même famille que la tomate, le poivron, l'aubergine ou la pomme de terre, produit de petites baies orangées, enveloppées dans un calice en forme de lanterne chinoise. C’est un frileux qui doit idéalement bénéficier d’une température supérieure à 10°C.

  • Physalis ixocarpa ou Physalis philadelphica (Le Tomatillo, Physalis mexicain): Ce physalis montre aussi une enveloppe verte, mais celle-ci devient violette puis brune lorsque le fruit mûrit et la remplit avant de l’ouvrir. Le fruit est généralement violet, dégage une forte odeur de fromage et il est visqueux à maturité. Il est davantage utilisé comme légume au Mexique, principalement cuit dans des sauces ou coulis, comme la salsa verde, ou en ratatouille.

  • Physalis pruinosa (La Cerise de terre, Groseille du Cap à goût de prune): Cette espèce pousse notamment au Canada. La plante est buissonnante et a tendance à beaucoup s’étaler. Les fruits sont acides et sucrés, ressemblant à ceux du Coqueret du Pérou mais plus petits. La plante ne dépasse pas 30 cm de haut et s’étale sur 1 mètre de circonférence.

Culture du Physalis au Jardin

Le physalis est une plante relativement facile à cultiver, capable de s’adapter à divers environnements. Il est à la fois une plante du potager, donnant des baies comestibles et goûteuses, et une plante très décorative, trouvant sa place au jardin d’ornement, près d’une allée ou d’une terrasse pour profiter de ses lanternes originales. Il peut se révéler envahissant, surtout l'espèce Physalis alkekengi avec ses racines traçantes.

Semis et Plantation

La culture du physalis commence dès le début du printemps, entre mars et avril, selon les régions et le climat du jardin. Pour déterminer la meilleure date de semis, on peut raisonner à l’envers à partir de la date de plantation, en comptant 6 à 8 semaines depuis le semis jusqu’à la mise en terre.

Les semis s’effectuent sous abri chauffé, en plaque alvéolée ou en godets remplis de terreau spécial semis, préalablement humidifié. Les graines doivent être enfoncées de 3 mm à 1 cm de profondeur. Une température idéale de 18°C à 25°C est nécessaire pour une bonne germination, qui se fait entre 5 et 15 jours plus tard. Il convient d’espacer les graines de 4 cm en tous sens puis d’arroser le support de culture en pluie fine.

Quand les plantules comptent 3 ou 4 feuilles, on passe à l’éclaircissage afin de ne conserver que les plants les plus gros. Les jeunes plants, hauts de 10 cm, sont replantés à partir de mi-mai, une fois les gelées passées et tout risque écarté. Il est recommandé de respecter une distance de 30-40 cm, voire 40-50 cm, entre chaque plant pour assurer une bonne végétation. Pour le Physalis peruviana, il est même conseillé de garder 1,50 m entre chaque plant et d’installer un tuteur.

Schéma des étapes de semis du physalis en godets

Conditions de Croissance Idéales

Le physalis se plaît dans un sol frais, bien drainé, et apprécie particulièrement les terres sableuses assez pauvres. C’est dans ce type de support de culture qu’il produit le plus de baies. Un sol très riche en matière organique favorise le développement du feuillage au détriment des fruits. Il est fondamental de l’installer au soleil, dans un endroit chaud du jardin mais pas brûlant, et à l'abri des vents froids.

Entretien du Physalis

Une fois bien en place, le physalis est peu sensible et ne nécessite aucun entretien particulier.

  • Arrosage: Maintenez les semis humides, mais non détrempés, en arrosant à l’aide d’un vaporisateur jusqu’à ce qu’ils germent. Le coqueret du Pérou apprécie un sol frais mais pas détrempé, des apports d’eau réguliers sont nécessaires. Paillez le sol afin qu’il garde sa fraîcheur.

  • Fertilisation: Il est inutile de fertiliser les physalis. Un sol très riche en matière organique favorise le développement du feuillage au détriment des fruits.

  • Tuteurage: Le coqueret n'a pas besoin de tuteur car il pousse en buisson. Cependant, pour le Physalis peruviana, il est conseillé d’installer des tuteurs et d’accrocher doucement les pousses petit à petit, à l’aide de liens en raphia, car il peut atteindre 170 cm de hauteur et 100 cm d’envergure.

  • Taille: Si le coqueret du Pérou a une croissance vigoureuse, il convient de retirer les gourmands (petites tiges qui poussent à l’aisselle de chaque tige secondaire). Lorsque l’automne touche à sa fin, on pense à tailler la plante si elle est devenue envahissante, voire à la rabattre assez bas. Certains jardiniers choisissent de cultiver le Coqueret du Pérou comme plante annuelle et n’effectuent aucune taille en automne.

  • Protection hivernale: Très rustiques, les physalis peuvent tolérer de légères gelées et sont relativement résistants à la sécheresse. Cependant, sous nos climats tempérés, ils peuvent mourir en hiver sous l'effet du froid. Dans les régions les plus clémentes, les pieds de physalis peuvent survivre d'une année sur l'autre. Le Coqueret du Pérou, étant frileux, doit idéalement bénéficier d’une température supérieure à 10°C. Hormis dans le sud de la France où une culture en pleine terre reste possible, il est souvent planté en pot partout ailleurs. Il est nécessaire de protéger les sujets cultivés en pleine terre, même si rien ne garantit qu’ils puissent survivre à l’hiver, sauf sous un climat très clément où il ne gèle pas.

Comment réussir la culture du PHYSALIS (ou amour en cage)『TUTO』

Ravageurs et Maladies

Le physalis est très résistant aux maladies. En revanche, les aleurodes (mouches blanches) et les pucerons sont les ravageurs à craindre, car une infestation sévère peut être critique. Dès la première apparition, il est nécessaire de déloger ces insectes suceurs de sève en effectuant des pulvérisations d’eau additionnée de savon noir.

Récolte des Fruits du Physalis

Le bon moment de récolte du physalis dépend de plusieurs facteurs, notamment la maturation des fruits et leur état. Les fruits du physalis sont généralement prêts à être récoltés entre juillet et octobre, voire jusqu’aux premières gelées, selon les conditions climatiques et l’emplacement de la culture. La récolte des groseilles du Cap commence fin juillet ou début août et se poursuit jusqu’à fin septembre. La récolte a lieu environ 6 mois après le semis.

Contrairement à d'autres fruits qui se récoltent directement de la plante, le physalis se récolte lorsque les fruits tombent naturellement au sol, dès que des fruits commencent à tomber d’eux-mêmes, pas avant. Il est important de ne pas attendre trop longtemps avant de récolter, car le physalis peut commencer à se dégrader s’il reste trop longtemps sur le sol.

Un physalis mûr aura une peau translucide qui enveloppe son fruit comme une lanterne, et son calice deviendra sec et sa couleur orangée sera bien prononcée. Les fruits mûrissent lorsqu'ils deviennent complètement jaunes ou orange et que leur enveloppe papyracée se colore également. Les fruits peuvent tomber de la plante avant d'atteindre leur pleine maturité, mais ils continuent de mûrir une fois tombés au sol. Cependant, il est préférable de récolter les fruits dès qu’ils tombent pour garantir leur qualité et éviter tout risque de moisissure ou de dégradation prématurée.

Attention: Il est vital de toujours attendre que les physalis soient bien mûrs pour les récolter et les consommer, car les baies vertes sont toxiques.

Conservation des Fruits du Physalis

La baie du physalis se conserve plusieurs mois si elle est stockée dans un local aéré, séparée des autres baies pour laisser passer l'air. Les physalis se conservent très bien dans un endroit frais et aéré, dans leur calice, à l’abri de l’humidité. Les fruits du Physalis peruviana ne se conservent que quelques jours après la récolte, mais leur durée de conservation est d'environ 4 semaines. Les physalis continuent de mûrir après leur récolte.

Utilisation des Physalis

Les physalis offrent une multitude d'utilisations, que ce soit en cuisine, en médecine traditionnelle ou même en art floral.

Utilisation Alimentaire

Les fruits ont une chair juteuse et acidulée, dont le goût rappelle un peu la tomate. La saveur des baies de physalis varie selon l’espèce. Les groseilles du Cap, produites par le Coqueret du Pérou, de couleur rouge-orangé, sont au contraire très sucrées et leur saveur évoque l’ananas avec une petite pointe acidulée qui rappelle la groseille.

Très riches en vitamines A, B et C (notamment vitamine C et vitamine A), en bêta-carotène, calcium, potassium, fer et magnésium, les baies du physalis se croquent facilement en dessert ou en en-cas. Elles sont aussi bien appréciées crues que cuites. Elles peuvent être préparées en confitures et gelées, utilisées dans des tartes ou clafoutis, des salades de fruits, des plats exotiques, des chutneys, des desserts, des coulis, ou même poêlées. On les déguste telles quelles, mais elles sont également utilisées pour décorer les pâtisseries ou se dégustent enrobées de chocolat pour un apéritif original. Les fruits mûrs à point de Physalis peruviana et Physalis pubescens s'utilisent principalement dans les desserts, les pâtisseries, les conserves, les crèmes glacées ou encore les confitures. Tous les physalis peuvent se conserver sous forme de chutney, de sauce ou de confitures, en bocal stérilisé.

Assortiment de desserts et confitures à base de physalis

Usage Médicinal

Consommée depuis au moins le Néolithique, cette baie était réputée pour ses vertus médicinales. On disait d’une cure de 30 à 40 baies chaque matin qu’elle remplaçait un mois à Vittel ! Le physalis soignait les maladies des reins, du foie et du métabolisme. Diurétique, il est encore utilisé pour le traitement de la goutte et des œdèmes, mais il a aussi des effets laxatifs et expectorants. Ces baies sont réputées pour être des antioxydants exceptionnels, grâce à leur richesse en phosphore, vitamines B, C, E, ainsi qu’en provitamine A. Il possède des propriétés antioxydantes, diurétiques et détoxifiantes, utiles pour les reins, le foie et les infections urinaires. Des études plus récentes ont démontré qu’ils renfermaient divers constituants à l’origine de leurs propriétés extrêmement médicinales. Les physalis s’emploient depuis des millénaires, dans de nombreuses médecines traditionnelles, pour soigner une multitude de pathologies.

Dans la Maison et en Art Floral

Le physalis, de par la forme originale de ses lanternes et leur couleur rouge ou verte, peut être utilisé pour les bouquets de fleurs séchées. Les baies de couleur rouge, jaune ou orange sont très décoratives, prisées dans le domaine de l’art floral.

Récolte et Conservation des Graines de Physalis

Récolter les graines de physalis est un jeu d’enfants et permet d’adapter et d’améliorer ses propres variétés à ses conditions de cultures et à son terroir, par exemple en sélectionnant les plantes qui offrent des fruits savoureux, ou des plants qui sont plus précoces, plus vigoureux. Cela permet également de stocker les graines et de les ressemer les années suivantes, ou de les échanger avec d’autres jardiniers passionnés.

Quand Récolter les Graines

Il faut attendre que les calices aient un aspect marron avant d’être ramassés, généralement en septembre et octobre. Ils peuvent mûrir aussi en novembre. Les fruits oubliés au sol permettent au physalis d'être très doué en semis spontanés, et on retrouve des jeunes plants au printemps suivant.

Comment Extraire les Graines

La technique de séparation dans de l’eau est la plus appropriée, la plus rapide et efficace pour extraire les graines de physalis.

  1. Après leur récolte, sortez les baies de leur calice et placez-les dans un robot mixeur.
  2. Ajoutez suffisamment d’eau pour les recouvrir avant de démarrer le mixeur à faible vitesse. Les lames d’acier ne lèsent aucunement les petites semences de physalis, dures et glissantes.
  3. Lorsque tous les fruits sont mixés, versez ce mélange dans un grand contenant et ajoutez beaucoup d’eau.
  4. Mélangez énergiquement et attendez que les semences se séparent : les graines vides ou immatures ainsi que les débris restent en surface, tandis que les semences matures, plus lourdes, coulent au fond.
  5. Videz ensuite délicatement le surnageant et répétez cette étape une ou deux fois avant de récupérer les graines matures à l’aide d’une passoire.

Il est également possible d’extraire les semences des fruits en les écrasant vigoureusement sur un grillage ou un tamis, au-dessus d’un seau. Pour recueillir les graines, il suffit de ramasser un fruit mûr, de le couper en deux et de racler l’intérieur. Laissez-les tremper dans de l’eau, afin que la pulpe s’en détache. Ensuite, essuyez-les et laissez-les sécher sur un papier essuie-tout pendant 3 semaines, dans une pièce sèche et aérée, à l’abri du soleil.

Conservation des Graines

Une fois sèches, glissez vos graines dans un sachet que vous n’oublierez pas d’étiqueter. Comme pour toutes les graines, conservez vos sachets de semences de physalis dans une pièce fraîche mais non humide. Les semences de Physalis ont une durée germinative de deux ans. Pour germer, la graine a besoin d’une température comprise entre 22 et 28°C.

Prévention de l'Hybridation

Lors de la production de semences, il est essentiel d’éviter tout risque d’hybridation naturelle entre différentes variétés de physalis. Étant donné l’incertitude au niveau de la classification et de la nomenclature des physalis, il est préférable de considérer que même les espèces distinctes peuvent se croiser entre elles.

  • Plantes autogames: Le Coqueret du Pérou et la groseille du Cap sont des plantes autogames, ce qui signifie que le pollen de la fleur féconde son propre pistil. Il y a ainsi très peu de risques de croisements, et les graines récoltées donneront des plants aux mêmes caractéristiques que la plante mère. Pour ces espèces, vous pouvez récolter des graines en espaçant chaque variété différente d’au moins 10 mètres.

  • Plantes allogames: Le tomatillo produit des fleurs auto-stériles et est ainsi une plante allogame. Le pollen de la fleur doit polliniser le pistil d’une autre fleur ou la fleur d’une autre plante. Dans ce cas, il est important de cultiver plusieurs plants de la même variété pour produire davantage de fruits. Si vous avez pour objectif de récolter des semences de tomatillos, il est préférable d’éviter de cultiver les deux autres espèces, ou une autre variété de tomatillo dans le même jardin.

Pour éviter ces croisements, il est nécessaire d’éloigner les différentes variétés d’au moins 100 m. Ayez aussi à l’esprit que les insectes pollinisateurs n’ont cure des frontières de nos jardins, a fortiori dans les jardins familiaux, collés les uns aux autres. Il est toutefois possible de cultiver les différentes espèces ou variétés sous des filets. Retirez tous les plants malades ou peu vigoureux avant leur floraison, ainsi que ceux non conformes dès que possible. Choisissez ensuite de préférence les plantes les plus saines et les plus conformes à la description de la variété. Les critères de sélection peuvent également porter sur le rendement, la précocité, etc. Signalisez les plants sélectionnés par un ruban, une étiquette, ou tout autre moyen permettant de les reconnaître au moment de la récolte.

Le physalis est un fruitier original, à la fois ornemental et gustatif, parfait pour enrichir un jardin aromatique ou un potager exotique. Il séduit les jardiniers amateurs et expérimentés par sa facilité de culture, ses nombreux bienfaits et ses usages multiples en cuisine.

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