
Le terme « mauvaises herbes » soulève souvent un débat. Beaucoup arguent qu'il n'existe pas de mauvaises herbes dans la nature, où elles ont toutes leur place, pas forcément là où on le voudrait, mais il faut faire avec. Certes, mais rien n'empêche d'avoir envie de désherber si cela plaît au jardinier. La gestion de ces plantes spontanées, ou adventices, est devenue un enjeu majeur en agriculture et en jardinage, non seulement pour préserver les rendements des cultures, mais aussi pour s'adapter aux évolutions réglementaires et environnementales. Au-delà de l'arrachage, des solutions innovantes et durables existent pour valoriser et contrôler ces hôtes indésirables, transformant un problème perçu en opportunité.
Le Cadre Réglementaire : Fin du Brûlage et Obligation de Tri des Biodéchets
Depuis le 1er janvier 2024, le tri des biodéchets à la maison est obligatoire. Cette mesure vise à valoriser les biodéchets afin de réduire la quantité de déchets à traiter, qui ne cesse d'augmenter. Parallèlement, les mauvaises herbes n'ont plus le droit d'être mises à sécher pour être brûlées au fond du jardin, un jour de grand beau temps. La loi interdit de brûler ses déchets verts et ses biodéchets. Pour les contrevenants, une contravention de 3ème classe (450 € maximum) est prévue pour infraction pénale, pouvant être dressée par la police municipale. Vous voilà prévenus.
La seule solution consiste donc bien à recycler ses mauvaises herbes et déchets verts, lorsque vous en avez, et vous avez le choix. Cette évolution réglementaire pousse à repenser les pratiques de gestion des adventices, privilégiant des méthodes plus respectueuses de l'environnement et de la législation.
Stratégies de Valorisation des Mauvaises Herbes
Face à l'interdiction de brûlage et l'obligation de tri, plusieurs options s'offrent aux jardiniers et agriculteurs pour valoriser leurs adventices. Ces méthodes contribuent non seulement à la réduction des déchets, mais aussi à l'enrichissement du sol et à la protection de la biodiversité.
Le Compostage : Transformer les Adventices en Engrais
Le compostage est une solution de base si vous avez l'habitude de faire votre compost. Cette solution s'impose en priorité : vos adventices se mêleront à vos biodéchets de cuisine, sans aucun souci, surtout si elles ne sont pas montées en graines.
Certains refusent d'ajouter leurs adventices dans le compost de peur qu'elles trouvent justement un terrain particulièrement favorable pour se reproduire via des semis spontanés. Mais les adeptes du compostage écartent cette idée et prêchent en faveur d'une incorporation de tous les déchets verts dans le bac à compost, y compris les mauvaises herbes. Leur argument repose sur le compostage à chaud qui implique une montée en température au-dessus de 40°C et si possible jusqu'à atteindre 60°C pour que cela provoque la destruction des graines provenant des mauvaises herbes, des herbes indésirables de la pelouse, ou des légumes par exemple. Cette destruction des graines va réussir pour ce qui concerne le cœur du composteur ou du tas, mais pas pour la périphérie, c'est pourquoi il faudra retourner le compost pour que l'ensemble puisse être suffisamment chauffé. L'utilisation d'un compost exempt de mauvaises herbes est une autre règle fondamentale pour réduire la pression des mauvaises herbes sur vos cultures, il faut éliminer toute source de semences pouvant provenir de la ferme.

Le Mulching : Un Paillis Naturel pour la Pelouse
Si vous n'êtes pas équipé d'un composteur et que vous n'avez pas envie d'avoir à gérer les tontes de votre pelouse, vous pouvez pratiquer le mulching. Il existe même aujourd'hui des tondeuses mulcheuses dont le profil de la lame et la forme particulière du carter entraîne une dépression d'air qui redirige l'herbe coupée plusieurs fois sur la lame dans le but de faire des brins d'herbes de plus en plus petits ; de cette façon, ils parviennent à se déposer sur la pelouse de façon pratiquement invisible. Cette technique permet de nourrir le sol de manière naturelle et de limiter les déchets verts.
Le Paillage : Protection et Fertilisation du Sol
Avant de pailler, il faut justement enlever les mauvaises herbes car ces dernières sont souvent très résistantes, et même si vous les recouvrez avec un paillage épais, elles arriveront à le traverser pour repousser de plus belle une fois arrivée à l'air et au soleil. Utilisez également les adventices arrachées ou coupées par ailleurs, dans votre jardin, et mêlez-les, si vous en avez l'opportunité, aux tontes de pelouse, ainsi vous obtiendrez un paillis organique libérant de l'azote en plus de protéger le sol de l'érosion et de le garder frais limitant ainsi les arrosages. Les mauvaises herbes seront disposées avec une bonne épaisseur d'au moins 5cm et auront une durée de vie de 2 mois environ avant de se décomposer.
La Déchèterie : La Solution Ultime en Cas d'Impossibilité
Lorsqu'on se retrouve avec un tas de "mauvaises herbes" dont on ne sait pas quoi faire, le premier réflexe à avoir, si aucune des solutions proposées plus haut ne peut convenir, consiste à les emmener en déchèterie où des bennes sont spécialement dédiées au dépôt des déchets verts. C'est une solution simple et accessible pour se débarrasser des adventices en respectant la réglementation.
Comestibilité et Vertus des "Mauvaises Herbes"
Dès que l'on parle de mauvaises herbes, beaucoup de personnes viennent arguer qu'il n'existe pas de mauvaises herbes dans la nature où elles ont toutes leur place. Depuis très longtemps, certaines mauvaises herbes sont couramment cuisinées pour être servies sur nos tables puisqu'elles sont comestibles. Des pissenlits et du pourpier poussent au milieu du potager, un tapis de pâquerettes se mêle à la pelouse, des orties et des ronces colonisent le pied du mur… La tentation est grande de les arracher ! Pourtant, ces plantes spontanées qui s’invitent au jardin ont de multiples bienfaits. Elles témoignent de l’état du sol (tassé, riche, hydromorphe…), font remonter des minéraux depuis leurs racines, nourrissent les insectes et les oiseaux, abritent les papillons, et en plus elles peuvent même nous nourrir et/ou nous soigner. Il existe des guides qui recensent plus de 30 plantes aux multiples vertus et les conseils pour bien les utiliser sans se laisser envahir.
La Lutte Contre les Mauvaises Herbes : Connaître pour Mieux Agir
Les mauvaises herbes sont un des principaux problèmes biologiques qui touchent l’agriculture tropicale, c’est pourtant celui qui est le plus sous-estimé. Au niveau mondial, la production alimentaire est directement affectée par ce problème. Les pertes de production dues aux mauvaises herbes affectent la production alimentaire mondiale, mais plus particulièrement celle des pays en voie de développement. C'est en effet en zone tropicale que l'estimation des pertes est la plus élevée : 25% des productions, contre 5% dans les pays développés.
Pour lutter durablement contre la flore adventice, il est primordial de les identifier afin d'adapter les moyens de lutte. "Mauvaises herbes" ou "adventices" en français, "weeds" en anglais, sont les termes incontournables de la malherbologie. Comprendre les raisons de la présence d’adventices implique une connaissance approfondie des enherbements (composition floristique, écologie et biologie des espèces…) et des facteurs écologiques et agronomiques qui influencent leur développement. Ces connaissances permettent de cibler et d’intervenir sur les facteurs de manière à maintenir l'enherbement d'une parcelle en dessous d'un seuil de nuisibilité globale. Toute plante n'est pas mauvaise herbe. La capacité d'une espèce à devenir envahissante dépend d'un certain nombre de caractères.
Identifier les Adventices : Une Étape Cruciale
L'identification des mauvaises herbes par les agronomes n'est pas tâche aisée car la plupart des outils classiques ne sont pas adaptés à ce type de plante. La mise au point récente d'Advenrun, logiciel de description et d'aide à l'identification des mauvaises herbes de la Réunion, permet de pallier la plupart des contraintes des flores classiques tout en étant adapté à la majorité des utilisateurs.
Connaître la Biologie des Graminées pour Adapter les Moyens de Lutte dans Vos Cultures
Pour lutter durablement contre la flore adventice, il est primordial de les identifier afin d'adapter les moyens de lutte.
- L’agrostis : un impact conséquent sur le rendement du blé. L’agrostis jouet du vent est une graminée annuelle avec une germination hivernale. Elle lève préférentiellement durant les hivers doux (entre 2 et 13°C).
- Le brome stérile : des levées abondantes à l’automne. Le brome stérile possède la capacité de germer toute l’année. Plusieurs moyens de lutte préventifs existent pour apprendre la gestion de cette plante adventice.
- Le pâturin annuel possède un cycle rapide. Le pâturin annuel fait partie du fond de salissement. Il germe dès que les conditions climatiques sont clémentes et boucle en général son cycle en moins de 3 mois.
- Le ray-grass peut germer toute l’année. Le taux annuel de décroissance élevé et la faible dormance de cette adventice facilitent la mise en place d’une stratégie de désherbage efficace à court terme.
- Le vulpin, un mode de levée groupé. Le vulpin est une graminée annuelle avec deux périodes de levée préférentielle (l’une à l’automne et l’autre au printemps).
- Le jonc-des-crapauds, à ne pas confondre avec le pâturin annuel. Le jonc-des-crapauds est une monocotylédone ne faisant pas partie de la famille des graminées. Cette plante est pionnière du type de sol humide, battant et légèrement tassé, mais elle est devenue commune également dans de nombreux types de sols et de rotations.
Connaître et Contrôler les Dicotylédones Annuelles et Vivaces
Les annuelles et bisannuelles ont un mode de reproduction principalement sexué.
- Le datura, une plante concurrentielle mais surtout toxique. Le datura est présent sur tout le territoire dans les cultures d’été mais aussi en zones non agricoles. De par sa toxicité, cette adventice peut être problématique sur les différents débouchés du maïs.
- La fumeterre, une expansion à maîtriser. Caractérisée par des feuilles divisées en trois segments, la fumeterre lève principalement à l’automne, mais peut également être observée dans des cultures de printemps.
- Sanves et ravenelles, des adventices à croissance rapide. Ces adventices annuelles sont des hôtes de nombreux insectes, de nématodes et de maladies. Leur nuisibilité indirecte oblige à une vigilance accrue pour une bonne maîtrise dans la rotation.
- Séneçon : attention aux résistances. Le séneçon possède un cycle très court et lève toute l’année dans tous les types de sol et indépendamment des conditions climatiques. Il peut ainsi réaliser 3 ou 4 cycles par an.
- Le sicyos présente une forte nuisibilité dans le maïs. À l’âge adulte, le sicyos a l’aspect d’une liane qui peut atteindre plusieurs mètres. Cette liane, résistante et difficile à combattre, peut rendre impossible la récolte du maïs.
- Les véroniques, particulièrement présentes dans les rotations de l’Ouest. Il existe trois principales espèces de véroniques qui cohabitent notamment dans les céréales : la véronique à feuilles de lierre, la véronique des champs et la véronique de Perse. Cette dernière est capable de lever en toute saison.
Les vivaces ont un mode de reproduction basé sur la multiplication végétative.
- Le chardon des champs, une vivace redoutée. Le chardon des champs possède une capacité de dissémination importante et exerce une forte concurrence sur les cultures. La gestion et la maîtrise de cette adventice passe avant tout par la prévention.
- Le liseron des haies, une plante problématique lors des récoltes. Le liseron des haies est une vivace à multiplication végétative. Certaines techniques comme le travail du sol sont donc à éviter en présence de cette adventice.
- Le rumex, une capacité de grenaison importante. La prolifération des rumex est assurée par voie végétative et leur fort pouvoir de grenaison, ce qui complexifie la lutte. Facile à détruire sitôt la levée, la lutte contre les souches nécessite au contraire de la persévérance.
Prévention et Contrôle des Mauvaises Herbes dans les Cultures
Dès que vous commencez à planter vos semences et vos transplants, vous devez être prêt à affronter un ennemi majeur : les mauvaises herbes. Les mauvaises herbes, qui ne sont pas maîtrisées adéquatement, font compétition à vos cultures pour les éléments nutritifs, l’espace et l’eau. Vous risquez de perdre gros. La clé de la gestion des mauvaises herbes est de connaître leurs cycles de croissance et de planifier en conséquence les outils, le temps et les stratégies.
L'Occultation avec Bâches d'Ensilage
Quiconque suit le travail de Jean-Martin Fortier connaît l’importance qu’il accorde à l’utilisation des bâches d’ensilage pour contrôler les mauvaises herbes. Cette méthode, aussi appelée « occultation », consiste à recouvrir les planches récoltées d’une bâche noire opaque. Par la suite, il faut attendre un minimum de trois semaines (deux semaines peuvent suffire en période de grande chaleur) avant de transplanter la prochaine culture.
Les Cultures de Couverture (Engrais Vert)
Si la planche est inutilisée pendant plusieurs semaines, l’implantation d’une culture de couverture, aussi appelée engrais vert, est aussi une bonne pratique pour faire une bonne gestion des mauvaises herbes. Elles aident à étouffer les adventices et à améliorer la qualité du sol.
La Plantation Dense
Si vous cultivez une petite superficie, votre stratégie de plantation est d’autant plus importante. L’utilisation de chaque mètre carré de vos champs est cruciale, puisqu’elle influence les cultures choisies et les quantités produites (et par conséquent, les profits générés!). Une approche consiste à planter densément afin que nos cultures forment une canopée capable d’étouffer les mauvaises herbes. Planter densément permet aux cultures de former une canopée.
La Préparation du Sol et la Perturbation Minimale
Pour la préparation des planches, Jean-Martin préconise une perturbation minimale du sol. Après un apport initial en amendements de qualité pour restaurer la santé du sol, il n’est plus nécessaire de le travailler. En retournant le sol avec un outil ou un rotoculteur, vous risquez non seulement d’en affecter la structure, mais également de remonter des semences de mauvaises herbes à la surface. Souvenez-vous : votre objectif est d’éliminer les mauvaises herbes dans les cinq premiers centimètres du sol.
Le Désherbage Précoce et Régulier
Un autre conseil précieux pour garder une longueur d’avance sur les mauvaises herbes? Plus elles grandissent, plus elles deviennent problématiques. Au stade cotylédon, les mauvaises herbes sont caractérisées par une pousse blanche unique qui annonce « Nous sommes en route! ». Leur système racinaire est mieux établi lorsque plus de deux feuilles se développent. Il sera donc beaucoup plus difficile de les supprimer rapidement et facilement avec des outils. Il faut éviter autant que possible le désherbage manuel, trop inefficace pour un fermier occupé! Plus les mauillaises herbes sont grosses, plus elles font compétition à vos cultures pour les ressources comme l’eau, les éléments nutritifs et le soleil. Pour être certain d’intervenir au bon moment, bloquer du temps de désherbage dans chacune de vos tâches hebdomadaires. La gestion des mauvaises herbes doit être une priorité !
La façon la plus efficace de tenir les mauvaises herbes à distance est de prévoir une séance régulière de binage. Utilisez des outils spécialisés conçus pour le désherbage. Selon l’expérience de Jean-Martin, l’utilisation d’une variété de binettes ou de sarcloirs à long manche, conçue pour un sarclage léger, vous permettra de désherber différents types de plantes. Par exemple, nous favorisons l’utilisation d’une herse étrille pour sarcler les cultures comme les radis, les rabioles et les verdurettes. Celles-ci doivent être exemptes de mauvaises herbes et sont faciles à désherber avec cet outil. Si vous le pouvez, confiez la responsabilité du désherbage à un des membres de votre équipe.
L'Importance de Ne Pas Laisser les Mauvaises Herbes Monter en Graine
Au final, parmi tous les trucs disponibles, le plus important est probablement le suivant : ne laissez jamais vos mauvaises herbes monter en graine. Toutes les stratégies présentées visent la gestion et la prévention. Si votre objectif est de réduire la banque de mauvaises herbes présente dans vos champs, il est essentiel d’en faire une gestion serrée. Si elles montent en graine, vous aurez BEAUCOUP plus de travail et votre capacité de production en sera affectée.
