Le prunier, arbre fruitier apprécié pour ses récoltes généreuses, est malheureusement sujet à de nombreux défis, allant des attaques de ravageurs et de maladies à la production de rejets envahissants. Comprendre ces phénomènes et savoir comment y réagir est crucial pour assurer la vitalité de l'arbre et la pérennité de sa production.
Les rejets et drageons : une manifestation de la vie de l'arbre (ou d'un stress)
Pour la plupart des gens, un arbre a un tronc unique qui pousse droit sur une certaine hauteur avant de se ramifier. Cependant, il est fréquent d'observer des pousses apparaître à partir de la base de l'arbre ou de ses racines. Ces pousses, appelées rejets ou drageons par les horticulteurs, sont une partie intégrante du cycle de vie de certains arbres. On les nomme rejets de souche s'ils partent du pied de l'arbre, et rejets de racines s'ils prennent naissance à partir d'une racine. Initialement dépourvus de racines, ces rejets peuvent en développer et, à terme, se libérer de l'arbre mère pour devenir des arbres individuels, voire former une forêt entière dans le cas de certaines espèces comme les trembles.

Les rejets et drageons ne sont pas directement nuisibles, ou du moins très peu, car ils utilisent bien un peu de sève et de minéraux de l'arbre pour leur croissance, mais si peu. Néanmoins, ils peuvent rendre l'accès à l'arbre difficile pour le jardinier et sont rarement considérés comme particulièrement attrayants. Ceux portés sur de longues racines peuvent aussi se montrer envahissants.
Rejets et drageons : un signe de bonne santé ou de détresse ?
Certains arbres ont naturellement tendance à drageonner. Souvent, dans la nature, ces espèces forment non un arbre classique à tronc unique, mais une fourée, ou sont essentiellement de grands arbustes multitiges. Les pépinières les transforment en « arbres » avant de les vendre en supprimant tous les troncs sauf un. Cependant, d'autres arbres drageonnent peu ou pas, comme la plupart des conifères. Dans le cas de ces derniers, l'apparition de rejets est presque toujours une indication que l'arbre vit un état de stress.
De quels stress peut-il s'agir ? Une sécheresse prolongée ou répétée, un sol trop salin, des dommages aux branches supérieures ou un dépérissement majeur : toutes ces situations ont tendance à stimuler un nombre accru de drageons. Il en sera de même à la suite d'une taille trop lourde de l'arbre mère.
Un exemple frappant de ce phénomène est le frêne infesté d'agrile du frêne produisant un gourmand. Le drageonnage est également l'un des principaux symptômes associés à l'agrile du frêne, cet insecte perceur d'origine asiatique qui est en train d'anéantir les frênes (Fraxinus spp.) dans l'est du Canada et avance rapidement vers l'Union européenne en Eurasie. Lorsque l'insecte envahisseur perce ses tunnels dévastateurs dans les branches supérieures d'un frêne, l'arbre produit souvent des rejets de souche ou des rejets sur son tronc dans un effort pour compenser. Les rejets qui apparaissent à partir du tronc, sans contact avec le sol, et donc sans pouvoir produire des racines, s’appellent gourmands dans le jargon horticole.

Soyez particulièrement inquiet lorsqu’un arbre qui n’a jamais drageonné dans le passé commence à en produire. Il pourrait bien avoir un problème insoupçonné.
La gestion des rejets du prunier
La plupart des jardiniers préfèrent supprimer les rejets. La meilleure façon d’enlever les rejets consiste simplement à les couper à la base avec un sécateur. Vous pouvez le faire à n’importe quelle saison, de préférence quand ils sont encore jeunes. Quant à ceux qui surgissent dans la pelouse qui entoure l’arbre, vous pouvez souvent simplement les faucher avec la tondeuse à gazon. Il est souvent nécessaire de couper les rejets à répétition, car la triste réalité des rejets est qu’ils repoussent presque toujours ! N’essayez pas de pulvériser des rejets avec un herbicide dans le but de les tuer, cependant.
Il n'est pas obligatoire de supprimer les rejets. Si cela ne vous dérange pas que votre arbre change de forme, c’est très bien. Cependant, les drageons de racine qui apparaissent ici et là à partir du vaste système racinaire de l’arbre pourraient éventuellement conduire au développement d’une forêt entière, modifiant ainsi de façon permanente l’utilisation de ce secteur. Cela peut être vu comme bon ou mauvais, selon vos préférences. Un vinaigrier à feuilles laciniées (Rhus typhina ‘Laciniata’), par exemple, est une espèce connue pour drageonner et dont les rejets sont souvent fauchés et supprimés scrupuleusement.
Si un arbre ancien se meurt et que vous espérez que la repousse le remplacera, sachez que le système racinaire dont hérite le jeune arbre est peut-être très affaibli et qu’il pourrait donc ne pas survivre longtemps. Ou encore, qu’il s’accrochera à la vie pendant des années, mais ne croîtra jamais plus que faiblement. De plus, de nombreuses décennies s’écouleront probablement avant qu’il n’atteigne la taille impressionnante de l’arbre mère. Ici, si l’arbre d’origine n’a pas survécu à l’hiver, mais que des rejets sortent de sa base, vous pouvez en choisir un et supprimer les autres pour permettre à l’arbre de développer un nouveau tronc.
Comment retirer les rejets ou drageons des fruitiers
Si le rejet provient d’un arbre greffé (ce qui est le cas de la plupart des arbres fruitiers et des arbres à feuillage panaché ou coloré, les arbres pleureurs, ainsi que de nombreux arbres à fleurs), sachez que le rejet provient probablement du porte-greffe, et ne sera donc pas identique à la partie supérieure.
Il est donc important d'étudier les habitudes de vos arbres et de prendre note s’ils se mettent à drageonner. S’ils appartiennent à une espèce connue pour cela, comme le robinier faux-acacia (Robinia pseudacacia), le tilleul à petites feuilles (Tilia cordata) ou le sumac vinaigrier (Rhus typhina), vous êtes probablement déjà habitué à ce qu’il le fasse. Mais si cette habitude est quelque chose de nouveau, il est fort probable que quelque chose ne va pas.
Les ravageurs du prunier : une menace constante
Le prunier attire chaque année de nombreux insectes ravageurs. Lorsque certains ravageurs s’installent, ils affaiblissent l’arbre, réduisent la récolte et ouvrent la voie aux maladies.
Les lépidoptères ravageurs des fruits et des pousses
Le carpocapse de la prune est un petit papillon noir gris qui dépose ses œufs directement sur les fruits. Les chenilles, d’un rouge carmin caractéristique, perforent la peau et progressent vers le noyau en laissant derrière elles de fines déjections. Les fruits touchés tombent bien avant maturité. Une petite goutte de gomme peut parfois apparaître au point d’entrée, signe précoce de l’activité de la larve.
La tordeuse orientale du pêcher s’attaque aussi aux pruniers. La larve de ce papillon s’introduit dans les jeunes pousses ou les fruits en formation. Elle commence blanche puis rosit en grandissant. Les jeunes pousses atteintes se flétrissent soudainement et laissent apparaître une perforation près de l’extrémité. Dans les fruits, la tordeuse creuse des galeries qui perturbent leur développement.
Les pucerons : une diversité d'espèces aux impacts variés
Plusieurs espèces de pucerons se relayent sur le prunier au fil de la saison, chacun ayant des caractéristiques distinctes et des impacts spécifiques sur l'arbre.
- Puceron vert du prunier (Brachycaudus helichrysi) : Ce puceron a un corps vert tendre, parfois jaunâtre, avec des formes ailées plus sombres présentant une tache pigmentée sur l’abdomen. Leur présence entraîne un crispement et un enroulement marqués des jeunes feuilles, ainsi qu'une perte de vigueur des rameaux.
- Puceron brun du pêcher / du prunier (Brachycaudus prunicola) : Caractérisé par une tête noire brillante et un abdomen orangé brunâtre.
- Puceron farineux du prunier (Hyalopterus pruni) : Il présente un aspect poudré grâce à une fine pruine blanche et une silhouette allongée vert pâle.
- Puceron vert du pêcher (Myzus persicae) : Ses formes ailées sont vert taché de noir avec un thorax sombre, tandis que ses formes aptères sont vert clair.

Les cochenilles : des parasites tenaces
De nombreuses cochenilles peuvent s’installer durablement sur le prunier. Elles se fixent sur l’écorce, les jeunes pousses ou le feuillage, d’où elles prélèvent la sève, affaiblissant l'arbre.
- Cochenille ostréiforme (Diaspidiotus ostreaeformis) : Cette cochenille possède un bouclier rigide rappelant une petite coquille, fixé sur les rameaux et l'écorce. Ses piqûres provoquent déformations, dessèchements successifs et, dans les cas avancés, la mort de portions entières de branches.
- Cochenille rouge du poirier (Epidiaspis leperii) : Son bouclier est circulaire et clair avec un centre rouge sombre, le corps rosé étant situé dessous. Les fortes colonies créent des croûtes épaisses sur les branches, entraînant fentes, ralentissement de croissance et dessèchement de rameaux.
- Lécanium du cornouiller / de la vigne (Parthenolecanium corni) : Une cochenille globuleuse de couleur brun acajou et brillante.
- Lécanium du pêcher (Parthenolecanium persicae) : Sa forme est plus allongée, brun rouge, avec une carène médiane bien visible.
L'hoplocampe du prunier : le "ver du cordonnier"
L’hoplocampe du prunier est un petit hyménoptère ravageur des pruniers. Ce sont les larves qui attaquent les jeunes fruits. La femelle pond dans le calice des fleurs ouvertes, puis la larve, blanchâtre à jaunâtre et longue d’environ 10 mm, pénètre dans le fruit, creuse jusqu’au noyau et peut détruire plusieurs prunes successivement, laissant un trou circulaire caractéristique qui vaut à ce ravageur le nom de « ver du cordonnier ».
Les acariens : des menaces microscopiques
Des acariens microscopiques hivernent sous forme d’œufs sur les rameaux. Dès le printemps, leur population augmente rapidement. Ils piquent les cellules du revers des feuilles pour en aspirer le contenu. Sur prunier, ces attaques réduisent la surface photosynthétique et affaiblissent l’arbre.
Un autre acarien minuscule se loge dans les bourgeons et y déclenche la formation de galles rondes, lisses, parfois multiples. À l’intérieur, les tissus s’épaississent et se désorganisent. Les pousses florifères se développent mal et les fleurs avortent en partie. Sur un arbre fortement touché, la floraison paraît clairsemée et certaines branches restent maigres tout au long de la saison.
La gestion du prunier : taille, tuteurage et cycles de production
Un prunier peut être taillé pour qu'il ne monte pas trop haut, mais pas sévèrement. Une taille trop lourde de l'arbre mère peut en effet stimuler un nombre accru de drageons. Un jardinier a décrit avoir coupé des branches de son prunier qui empiétaient sur son potager et cicatrisé les coupes avec un produit spécifique.
Tuteurage et soutien des branches
Il n'existe malheureusement pas d'EPO fruitier qui permette aux branches de grossir. Il est courant que les pruniers aient des branches trop fines pour supporter le poids d'une multitude de fruits. Dans ces années productives, il est souvent nécessaire de tuteurer les branches fragiles ou de les relier à d'autres plus solides pour éviter la casse et la perte de récolte.
Le cycle de production du prunier
La croyance populaire dit qu'un prunier ne produit qu'une année sur deux. Sans être aussi catégorique, il est vrai que certaines années, il suffit d'un temps pluvieux au mauvais moment qui fait "couler" les fleurs ou d'une gelée tardive et il n'y aura pas grand-chose. Il est donc sage de se réjouir lors des années productives et de prendre les mesures nécessaires, comme le tuteurage, pour en maximiser le rendement. En Bourgogne, par exemple, des récoltes abondantes de fruitiers ont été observées, faisant du bien après des années précédentes moins fructueuses.

tags: #rejets #pruniers #envahissants