Optimisation des rendements : L’agroforesterie au service du maraîchage biologique

L’agriculture contemporaine se trouve à un carrefour décisif. D’un côté, les pratiques conventionnelles cherchent à maximiser le rendement d’une seule culture par le biais de la monoculture. Bien que cette approche puisse offrir une productivité à court terme, elle nécessite des intrants importants tels que la préparation intensive des terres, les engrais synthétiques, les herbicides et les pesticides. De l’autre côté, l’agroforesterie dynamique émerge comme une approche puissante de l’agriculture durable, offrant résilience, productivité et avantages écologiques. L’agroforesterie est un mode d’exploitation agricole associant arbres et cultures annuelles ou élevage sur une même parcelle, visant à combiner performances économiques, agronomiques et environnementales.

Schéma illustrant le système agroforestier multi-étagé avec cultures intercalaires et arbres fruitiers

La dynamique des rendements en système mixte

Le rendement total d’un système de culture mixte surpasse systématiquement la monoculture. Le REB (Rendement Equivalent en Biomasse ou productivité totale) compare la productivité totale d’un système de culture mixte aux rendements d’une monoculture. Il est crucial de noter que les systèmes agroforestiers de cacao ont un rendement du travail plus élevé que les monocultures en plein soleil. Les parcelles agroforestières tirent parti de la complémentarité entre les arbres et les cultures pour mieux valoriser les ressources du milieu.

Dans l’ancienne polyculture des « Trois Sœurs » (Maïs/Haricot/Courge), la recherche de racines suscite un avantage de rendement dépendant de la complémentarité des niches. En milieu agroforestier, la productivité des arbres peut être jusqu’à 2 à 3 fois supérieure à celle en ambiance forestière et est source d’une diversification économique non négligeable pour l’agriculteur. L’intégration d’arbres dans les systèmes agricoles est une solution afin d’optimiser l’utilisation de l’espace disponible et de maximiser la productivité de la terre.

Services écosystémiques et résilience agronomique

L’arbre et la haie ne sont pas entretenus à de seules fins esthétiques ; ils sont utilisés comme de véritables outils productifs. Au cœur du système de production, ils rendent directement et indirectement des services à l’agriculture. Les haies ralentissent le vent de 20 à 50 % sur une distance de 10 à 15 fois leur hauteur, limitant ainsi le risque de verse. L’amplitude des températures est diminuée et l’évapotranspiration est réduite, ce qui économise des ressources en eau et rend certaines cultures moins sensibles à la sécheresse.

Les haies ralentissent les ruissellements et limitent l'érosion des sols. Une perte de 5 cm de terres de surface entraîne une baisse de rendement de 15 % sur certaines cultures. Par ailleurs, les racines des arbres forment en dessous de la zone des racines des grandes cultures une sorte de « réseau de captage des ressources ». Les réserves d’eau et d’éléments nutritifs présentes dans la couche arable du sol sont utilisées par les cultures avant l’éclosion des feuilles des arbres, ce qui force ces derniers à pousser leurs racines en profondeur.

CONCEVOIR UN SYSTÈME AGROFORESTIER

Maraîchage sur sol vivant (MSV) et rentabilité

Alors que nos sols sont historiquement très pauvres, lourds et froids, ce sont nos pratiques MSV qui nous ont permis d'obtenir aujourd'hui cette fertilité. Pour le maraîcher, la rentabilité se calcule à la planche. Par exemple, cultiver des tomates cocktail permet de récolter jusqu’à 7,3 kg par plant sur la saison, soit 730 kg par planche. Vendues à 7€/kg, cela représente plus de 2500€ par planche.

Cependant, le temps de désherbage reste une variable aléatoire en fonction de la propreté initiale de la planche ou de la présence d’adventices coriaces. Dans ce contexte, l’agroforesterie intraparcellaire peut aider à structurer le sol. L’arbre apporte structuration et matières organiques, améliorant la vie du sol, notamment microbienne, ainsi que la nutrition des plantes, qui acquièrent donc vigueur et résilience phytosanitaire.

Conception et gestion des systèmes agroforestiers

Le passage à l’agroforesterie dynamique nécessite des connaissances spécialisées en matière d’interactions écologiques, de sélection des espèces et de techniques de gestion efficaces. Il est nécessaire de penser à l’écartement inter-rang et sur le rang, en fonction du type d’arbres et de son futur gabarit. Pour des arbres fruitiers de 3 m de hauteur, privilégiez des espaces de 11 m de largeur minimum pour vos planches maraîchères et de 16 m pour des arbres de 6 m.

Le choix du porte-greffe est déterminant pour la pérennité du verger maraîcher. Privilégiez les porte-greffes moyennement vigoureux qui ont l’avantage de prendre moins de place et de permettre une production plus précoce. Une fois l’arbre planté, il faut encadrer la pousse par une taille de formation : le principal travail est d’accompagner l’arbre dans la formation de sa structure et de l’adapter à ce qu’on attend de lui.

Valorisation économique et politiques publiques

L’agroforesterie ne vise pas seulement à se constituer un capital. Il s’agit d’améliorer le fonctionnement de l’exploitation grâce aux arbres. Si la production de bois d’œuvre exige plus de travail qu’en forêt, la valorisation économique peut passer par une diversification : des plantes aromatiques ou petits fruits peuvent être intercalés entre les arbres pour offrir un produit supplémentaire.

Le Concours Général Agricole des Pratiques Agro-écologiques Agroforesterie participe à la reconnaissance et à la prise en compte par les politiques publiques de ces pratiques. Le recours à cette pratique est soutenu par un plan de développement initié en 2015 par le ministère de l’agriculture, visant à améliorer le cadre réglementaire, renforcer les appuis financiers et développer le conseil et la formation. À l’échelle européenne, les parcelles agroforestières sont désormais éligibles aux aides de la Politique agricole commune, reconnaissant ainsi leur rôle crucial dans la transition vers une agriculture durable.

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