Le Rendement du Fumier et du Compost au Mètre Carré : Un Guide Complet pour un Sol Vivant

Le fumier et le compost, bien que peu poétiques dans leur nature, sont des alliés indispensables pour tout jardinier souhaitant cultiver un potager florissant. Loin d'être de simples déchets, ils représentent une véritable mine de nutriments et un berceau de richesse pour la terre, garantissant à terme le développement optimal de nos cultures. Leur utilisation judicieuse, qu'ils soient frais ou compostés, est au cœur des pratiques agricoles et horticoles depuis des millénaires, et leur rôle dans une agriculture durable est indéniable.

Illustration d'un sol enrichi par le fumier et le compost, avec des légumes luxuriants.

Le Compost : L'Or Noir du Potager

Le compost est un amendement organique qui transforme les déchets en une ressource précieuse pour le sol. Sa composition et ses effets sur la terre sont multiples.

Composition et Richesse du Compost

Le compost est riche en carbone et apporte l'énergie nécessaire aux êtres vivants du sol. Mais il contient également des éléments minéraux qui seront utilisés par les cultures, comme l'azote, le phosphore et le potassium. Ces éléments sont présents en proportions variables selon l'origine des matières organiques. La densité moyenne d'un compost est de l'ordre de 0,5, c'est-à-dire qu'1 m³ de compost pèse environ 500 kg.

La concentration en minéraux essentiels dans le compost est relativement faible, souvent autour de 0,5 % pour l'azote, le phosphore et le potassium. C'est pourquoi on parle d'apports à diffusion très lente dans le sol. Par exemple, seulement 10 à 20 % de l'azote du compost sera disponible les deux premiers mois, le reste se libérant petit à petit au fil des mois, voire des années. Un risque d'excès est quasi impossible, sauf à apporter constamment des doses folles.

Les Bienfaits du Compost pour le Sol

Apporter du compost est un geste en faveur de votre sol et de son activité biologique. Le carbone contenu dans le compost est un véritable "or" pour le sol. Cette matière organique va jouer sur une meilleure structure du sol : les sols légers seront alourdis, les sols lourds seront allégés. Le sol gagnera en oxygénation et en porosité. Cette couleur sombre du compost permettra un meilleur réchauffement au printemps, favorisant ainsi la croissance des cultures. Le compost stimule également la macroporosité, œuvre des vers de terre et autres animaux du sol, et la microporosité, celle des bactéries et des champignons, augmentant efficacement l'aération du sol.

Quand et Comment Apporter le Compost ?

Pour savoir combien apporter de compost, il faut connaître sa concentration en minéraux, qui est très faible. Le travail de l'activité biologique est essentiel pour que le compost soit minéralisé et accessible aux racines des plants de légumes, et ce travail peut parfois être long. Si l'on apporte du compost juste à la plantation, il risque de manquer des minéraux disponibles, car l'activité biologique du sol n'aura pas eu le temps de faire son travail. C'est pourquoi on conseille d'amener son compost quelques mois en amont des cultures, l'automne étant la saison phare.

Dans un potager, on peut se poser la question de la quantité à utiliser au mètre carré. Pour un apport moyen de 5 kg de compost par mètre carré, soit 10 litres de compost en volume, il faut 2 000 litres de compost pour 200 m², soit 2 m³. Cette dose recommandée de 4 kg par mètre carré correspond à une épaisseur d'à peine 1 cm. Cependant, une couche de 5 à 10 cm de compost est souvent nécessaire dans les techniques d'occultation, de lasagnes ou de buttes, soit jusqu'à 50 kg de compost par mètre carré. Un apport de 3 kilos de compost au m² est déjà un apport largement suffisant.

Quant à l'enfouissement du compost, la réponse est à nuancer selon votre sol. Avec une activité biologique foisonnante, vous pourrez le laisser en surface et les micro-organismes feront le travail. Sur un sol récalcitrant, tassé, compacté, sec, il est conseillé d'intégrer le compost mécaniquement pour mieux l'optimiser. On pense aux sols lourds, argileux où parfois l'incorporation ne se fera pas d'elle-même, et le compost risque de se volatiliser dans la nature avec le vent et les pluies.

Compost ► On reprend les bases pour avoir le plus beau compost

Les Différents Types de Compost et Leurs Spécificités

Le compostage des déchets organiques issus de la maison est en vogue. Depuis le 1er janvier 2024, les collectivités territoriales sont dans l'obligation de fournir des solutions de recyclage des déchets organiques, soit par des collectes sélectives, soit par des solutions de compostage collectif, soit en équipant les foyers de composteurs individuels. Dans un potager, on composte sans doute les résidus de culture des légumes, les produits de taille, de tontes, etc.

  • Composts de déchets verts : Fabriqués à partir des résidus d'élagage, de tailles de haies, de tontes de gazon, sur de grosses plateformes de compostage, ils sont avant tout destinés à nourrir le sol, et non directement les plantes. Ils sont moins riches en éléments fertilisants, notamment en azote, que les composts de fumiers. En revanche, étant fabriqués surtout à partir de déchets ligneux, riches en lignine, ils sont riches en substances humiques. Ils permettent donc de remonter efficacement le taux d'humus du sol et peuvent être apportés à tout moment, légèrement enfouis, ou simplement déposés en surface, mais de préférence recouverts d'un paillis pour éviter leur dessèchement. La dose d'apport peut être très importante pour un sol sableux ou remanié, de l'ordre de 20 kg par mètre carré.

  • Composts de biodéchets : Mélangés avec des déchets verts, ce produit est obtenu à partir du contenu des poubelles domestiques triées à la source, qui contiennent uniquement des épluchures ou restes de repas. Sous certaines conditions, c'est un compost qui peut, comme celui de déchets verts, être utilisé par les agriculteurs biologiques.

  • Composts de fumiers : Bien que les fumiers soient une ressource locale, il est préférable de les composter. Le compost de fumier de volaille est bien plus riche que tous les autres composts et contient des concentrations en minéraux essentiels presque triples. Il est donc recommandé de ne pas dépasser 1 kg d'apport au m². Pour les autres composts de fumier (vache, cheval, chèvre, mouton, porc), les quantités à ne pas dépasser oscillent entre 1 et 5 kg de produit brut par mètre carré et par an : 1 kg pour le compost de fumier de volaille, 5 kg pour le compost de fumier de vache, et 4 kg pour les autres composts de fumier.

Infographie comparant les différents types de compost et leurs utilisations.

Le Fumier : Un Amendement Millénaire

Le fumier est un allié indispensable pour tout jardinier. Sa composition complexe et ses différentes formes d'utilisation en font un élément clé de la fertilité du sol.

Composition et Nature du Fumier

Le fumier est un mélange complexe de matières organiques issues de l'élevage. Il se compose principalement des déjections animales (crottins, bouses, fientes ou autres excréments) et de la litière qui absorbe les urines (foin, paille, broyat de bois ou encore sciure). Il est donc un assemblage hétérogène de matières très sèches et ligneuses, riches en carbone, et de matières très humides, riches en azote et autres nutriments rapidement disponibles. Cette dualité confère au fumier ses propriétés uniques en tant qu'amendement pour le sol.

Le fumier est souvent considéré comme un amendement plutôt qu'un engrais, car sa concentration en éléments nutritifs majeurs comme l'azote, le phosphore et le potassium est généralement inférieure à 3%. Cette faible concentration, couplée à une richesse en carbone, implique que le fumier agit sur le long terme. La vie du sol, composée de vers de terre, de bactéries et de champignons, doit d'abord décomposer les molécules complexes pour rendre les nutriments assimilables par les plantes. Ce processus de minéralisation, particulièrement lent pour l'azote organique, peut prendre plusieurs semaines, mois, voire années pour se compléter.

Fumier Frais ou Composté : Le Choix Crucial

La question de savoir si le fumier doit être utilisé frais ou composté est centrale dans son application au potager. Si l'utilisation du fumier frais est envisageable, la pratique la plus répandue et souvent obligatoire en maraîchage professionnel est celle du compostage.

  • Fumier frais : Il contient une bonne partie d'azote très vite disponible via les urines fraîches et les déjections fraîches. De nombreuses études montrent une déperdition d'azote jusqu'à 50% par volatilisation. Pour optimiser sa décomposition tout en limitant cette perte, il est conseillé de l'enfouir légèrement (sur les 10 premiers centimètres du sol) dans un milieu aérobie. L'épandage automnal est idéal, permettant au sol chaud et actif de l'intégrer durant l'hiver. L'objectif est de laisser les macro-organismes du sol travailler la matière. Cependant, le fumier frais ne doit pas être épandu directement sur les plantes, car l'ammoniac peut provoquer des brûlures.

  • Fumier composté : Le compostage présente plusieurs avantages significatifs. Premièrement, il permet d'assainir le fumier, réduisant ainsi les risques sanitaires potentiels, notamment si les animaux ont été traités avec des médicaments. Deuxièmement, le processus de compostage permet une valorisation optimale des matières, créant un équilibre d'humidité et d'oxygénation. Le résultat est un compost homogène et stable. De plus, le compostage permet au fumier de chauffer, une étape essentielle pour une décomposition efficace, et réduit considérablement la présence de graines d'adventices. Le fumier composté est plus stable, l'azote y est lié au carbone dans des molécules complexes. Il peut être laissé en surface sur un sol riche en vie biologique, qui se chargera de l'incorporer. Sur un sol manquant de vie, d'aération ou d'humidité, une légère incorporation mécanique sur les premiers centimètres est recommandée. Le compostage permet une libération lente et progressive des minéraux, le rendant utilisable tout au long de l'année.

Diagramme illustrant les avantages du fumier composté par rapport au fumier frais.

Les Différents Types de Fumiers et Leurs Spécificités

Chaque type de fumier possède des caractéristiques qui le rendent plus adapté à certaines situations et cultures. Plus l'animal est petit, plus son fumier est généralement concentré en minéraux.

  • Fumier de Volaille (Poules, Dindes) : Très chaud et particulièrement riche en azote et en potasse. Il est fortement conseillé de l'utiliser composté pour éviter tout risque de brûlure des cultures. Idéal pour les cultures gourmandes en nutriments. Son compostage nécessite environ 90 jours. Une dose de 1 kg par mètre carré est déjà significative.

  • Fumier de Lapin : Également très riche en minéraux, notamment en potasse, ce qui en fait un excellent choix pour les cultures exigeantes comme les tomates, les pommes de terre ou les betteraves. Il est plus efficace et plus sûr s'il est composté. Le compostage demande environ 90 jours. Une dose de 1 kg par mètre carré est déjà une belle dose.

  • Fumier de Cheval : C'est l'un des fumiers les plus répandus et utilisés. Il est considéré comme un fumier "chaud" et léger, idéal pour les sols lourds et argileux qu'il aide à alléger et à réchauffer. Il monte vite en température et est parfois utilisé pour la confection de "couches chaudes" pour les semis. Il est bien adapté aux sols légers en raison de sa richesse en fibre. La quantité à ne pas dépasser est de 4 kg par mètre carré et par an.

  • Fumier de Vache / Bovin : Ce fumier est généralement plus "froid" et plus lourd, adapté aux sols légers, siliceux et calcaires. Une fois composté, il peut être utilisé sur tous types de sols. Sa richesse nutritive est comparable à celle du fumier de cheval, avec une légère prédominance en potassium. Il est efficace pour améliorer la structure des sols sableux. La quantité à ne pas dépasser est de 5 kg par mètre carré et par an.

  • Fumier de Mouton / Chèvre : Ces fumiers sont secs et chauds, particulièrement riches en potasse, ce qui les rend excellents pour les plants de fruits et légumes. Ils doivent impérativement être compostés avant utilisation au printemps, car leur caractère "chaud" peut brûler les racines. La quantité à ne pas dépasser est de 4 kg par mètre carré et par an.

Quantités à Apporter

Les doses varient considérablement. Pour du fumier desséché acheté en jardinerie, on recommande généralement 500 grammes par mètre carré. Pour du fumier frais ou peu décomposé, les quantités peuvent varier de 0,5 à 3 kg/m² selon le type de fumier, avec des doses plus faibles pour les fumiers concentrés comme ceux de volaille (150-200 g/m² maximum). Pour du fumier composté mûr, les doses peuvent être plus importantes, allant jusqu'à 2-3 kg/m² ou une couche de 2-5 cm. Il est essentiel d'adapter ces quantités à la nature du sol, aux cultures et au degré de compostage du fumier.

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Les Apports Organiques et la Dynamique du Sol

L'efficacité des apports organiques, qu'il s'agisse de fumier ou de compost, est intrinsèquement liée à la santé et à l'activité biologique du sol. Comprendre ces interactions est essentiel pour optimiser le rendement au mètre carré.

Le Rôle Crucial de l'Activité Biologique

Nourrir les êtres vivants du sol par des apports de matières organiques variées (paillis, engrais verts, composts) permet d'augmenter efficacement l'aération du sol. La macroporosité est l'œuvre des vers de terre et autres animaux du sol, tandis que la microporosité est celle des bactéries et des champignons. La capacité des racines à absorber les éléments nutritifs est fortement dépendante de l'état du sol. Dans un sol en bon état et bien structuré, les racines peuvent explorer un grand volume de sol, alors que dans un sol compact, ce volume est beaucoup plus faible.

Pour que l'azote organique devienne disponible aux plantes, il faut que le sol ait une bonne activité biologique afin de favoriser la minéralisation de l'azote. Le sol doit donc être bien aéré, ce qui implique une bonne structure et un bon drainage. Les sols mal drainés sont souvent compacts, car les passages de machineries et les travaux de préparation se font souvent en conditions humides. Même avec des tracteurs légers et un sol sableux, un problème important de compaction est possible, car les sables se compactent très facilement. Si le sol est très compact à plus de 20 cm, la situation doit être évaluée pour y trouver une solution.

Illustration de la faune du sol (vers de terre, insectes, micro-organismes) travaillant la matière organique.

Le Rapport Carbone/Azote (C/N) : Un Indicateur Clé

Le rapport C/N est un indicateur qui caractérise une matière organique. Il représente le ratio entre la quantité de carbone et la quantité d'azote contenues dans la matière organique étudiée. Ce sont les deux éléments clés dans la dynamique des matières organiques. Plus le C/N est élevé, plus la biodégradation de la matière organique est lente. Le C/N nous informe sur la vitesse de minéralisation d'une matière organique, mais ne nous apprend pas tout sur sa dégradation ; d'autres indicateurs (qualité chimique ou indice de stabilité) jouent également un rôle.

Le C/N d'un sol et de la biologie des sols avoisine 10. Tout le travail de la dégradation des matières organiques sera donc de digérer ces matières, détruire les liaisons chimiques qui organisent les atomes d'azote et de carbone, pour descendre le C/N des matières organiques à 10 : on obtient alors de l'humus et des minéraux disponibles pour les plantes.

  • C/N < 25 : La dégradation de la matière organique est rapide.
  • C/N > 25 : La matière organique nécessite beaucoup d'énergie de la faune du sol pour être dégradée. L'énergie de cette faune, c'est l'azote.

Bien que la vie du sol soit favorisée par l'apport de matière organique, les bactéries et champignons responsables de sa décomposition s'accaparent, dans un premier temps, l'azote présent dans le sol (élément nutritif nécessaire à leur fonctionnement et développement). Ils mobilisent donc le stock d'azote disponible, aux dépens des plantes en place qui n'en bénéficient plus : les cultures subissent alors une carence provisoire. La carence se manifeste par un arrêt de la croissance des plantes accompagné parfois d'un jaunissement du feuillage.

Graphique montrant la relation entre le rapport C/N et la vitesse de décomposition de la matière organique.

L'Importance du Taux de Matière Organique (MO)

En Maraîchage sur Sol Vivant (MSV), la gestion de la fertilité se traduit principalement par la gestion du taux de Matière Organique (MO) du sol ainsi que par la stimulation de l'activité biologique des sols. L'objectif est de maintenir ou augmenter le taux de matière organique (MO), en réintroduisant du carbone dans les sols pour viser le taux de MO d'une prairie naturelle bien pâturée : 4 et 5 %.

Un sol travaillé implique un faible taux de MO, souvent inférieur à 2 %. Le principe de l'intrant massif est d'incorporer au sol une grosse quantité de MO carbonée afin de remonter son taux de MO et d'éviter la compaction liée à une perte de porosité mécanique lors de la transition au non-travail du sol. L'objectif est d'apporter en une fois le carbone qui manque pour passer à un taux de MO de 5 %. Cette intervention génère immanquablement une faim d'azote. Dans le cas où vous avez du temps, vous pouvez laisser passer cette faim d'azote sans rien faire : les micro-organismes, en manque d'azote, le fixeront dans l'atmosphère et vous gagnerez une grande quantité de cet engrais, gratuitement ! Un couvert végétal peut permettre de stabiliser votre apport en attendant le passage de la faim d'azote.

Gérer la Faim d'Azote

La durée de la faim d'azote est très variable car elle dépend de nombreux facteurs : nature de l'apport, type de sol, intensité de la vie biologique du sol, conditions météorologiques. Dans le cas où vous souhaitez démarrer directement après l'intrant massif, vous pouvez pallier la faim d'azote en mélangeant votre apport carboné à de la matière azotée : gazon/fumiers/lisiers/compost. Plus votre matière organique carbonée aura un C/N élevé, plus il faudra la compenser avec une matière organique azotée pour démarrer rapidement.

Il faut environ 5 cm de BRF pour gagner 1 % de MO, et 30 cm de paille pour le même résultat. Sur les sols fragiles, il faut être vigilant face à l'engorgement en eau des matières organiques dans le sol. Cet engorgement peut créer des asphyxies, hydromorphie, compaction, fossilisation.

Alternatives et Compléments au Fumier et au Compost

Si l'accès au fumier ou au compost est limité ou si l'on souhaite diversifier ses sources d'amendement, d'autres options existent. Le compost ménager, le compost végétal, les paillages variés (broyat, foin, paille, tontes de gazon, feuilles mortes) et les engrais verts sont d'excellents moyens d'enrichir le sol et de nourrir les cultures. Ces alternatives, en plus d'apporter de la matière organique, nourrissent la vie du sol, qui à son tour rend les nutriments disponibles pour les plantes.

Tableau comparatif des apports en matière organique et leurs effets sur le sol.

Stratégies de Fertilisation Organique et Gestion du Sol Vivant

Pour optimiser le rendement au mètre carré, il est crucial d'adopter des stratégies de fertilisation organique intelligentes et de comprendre les principes de la gestion du sol vivant.

La Planification de la Fertilisation Organique

Pour établir un plan de fumure organique intégrant l'épandage des produits organiques (PRO), il est indispensable de connaître leurs valeurs fertilisantes. Des valeurs moyennes de composition des principaux types de PRO ont été mises à jour en 2019. Pour chaque élément fertilisant, le Keq exprime l'efficacité de l'engrais organique par rapport à un engrais minéral de référence. Il est d'autant plus élevé que le PRO contient de l'azote minéral et de l'azote organique rapidement minéralisable.

La mise à disposition de l'azote des PRO est très variable selon la part d'azote minéral et les formes d'azote organique qu'ils contiennent. La part d'azote minéral se présente essentiellement sous forme ammoniacale, elle est immédiatement disponible pour les plantes, alors que l'azote organique doit être au préalable minéralisé. Pour tous les PRO, on distingue une phase de minéralisation plus rapide de l'azote organique au cours des 12 mois suivant l'apport, en lien avec une fraction organique plus facilement dégradable par l'activité biologique du sol, et une phase de minéralisation plus lente.

Pour les PRO type fientes ou fumiers de volailles ou vinasses, l'azote organique se minéralise rapidement : 30 à 80 % de l'azote organique apporté est minéralisé au cours des premiers mois voire des premières semaines. Les PRO type composts de déchets verts ou de fumiers de bovins qui ont subi une phase de maturation longue (> 12 mois) se minéralisent très lentement : seul 5 à 10 % de leur azote organique est libéré au cours de la première année.

Le Travail du Sol et la Minéralisation

Le travail de sol moyennement profond (15-20 cm) est important à la fois pour ameublir le sol et pour répartir les amendements dans une couche de sol d'une épaisseur suffisante et favoriser leur minéralisation. Le travail du sol doit aussi permettre de répartir les amendements dans toute la couche travaillée et pas seulement à sa base (problème potentiel avec un labour à plat). Un passage superficiel seulement (herse à disques ou vibroculteur) ne permet pas de décompacter le sol à une profondeur suffisante. Les espèces maraîchères poussent très mal si la couche ameublie n'a que 10 cm d'épaisseur. Les amendements organiques doivent être dans un milieu aérobique pour se minéraliser et nourrir les plantes.

L'Impact des Conditions Climatiques

L'activité biologique est aussi très dépendante de la chaleur et de l'humidité. La minéralisation de l'azote est plus lente en conditions froides, d'où l'intérêt de fournir aux plantes une source d'azote facilement disponible tôt au printemps. D'autre part, si le sol est trop sec, la minéralisation est fortement ralentie. L'irrigation joue un rôle important pour pallier ce problème. Néanmoins, cette dernière doit être raisonnée.

Couverts Végétaux et Engrais Verts

La couverture du sol est un élément clé en maraîchage sol vivant. Il est pertinent d'utiliser des couverts végétaux notamment entre les cultures. L'objectif principal de ces couverts est de créer de la biomasse, notamment racinaire, pour apporter de la matière organique au sol. Un couvert végétal bien mené augmente les taux de matières organiques et de carbone dans le sol, mobilise et limite le lessivage des éléments minéraux, limite l'érosion des sols, concurrence le développement des adventices et enfin, offre une bonne structuration du sol.

Pour implanter un couvert, il faut garantir un bon contact sol/graine. Semées à la volée, les graines doivent être recouvertes, par exemple de compost, de broyat de verdure, de déchets de culture ou encore de paille. Un passage de rouleau lisse après semis du couvert permet de réappuyer les graines au sol et de favoriser la germination de celles-ci.

Pour la destruction des couverts, on peut utiliser un rouleau Faca, qui a l'avantage d'assurer l'absence de repousses, ou un rouleau Cambridge. Il est également possible d'utiliser un Roll'n'Sem. On peut aussi coucher le couvert à la main. Pour réussir une destruction uniquement par couchage sans risque de repousse, il faudra choisir une ou deux espèces maximum qui atteignent ensemble le stade de floraison. En règle générale, il est préférable de sécuriser le roulage du couvert par un bâchage de quelques semaines, afin d'éviter les repousses.

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Rotation des Cultures et Gestion des Adventices

En agriculture conventionnelle, la rotation des cultures est nécessaire pour garantir le peu de fertilité du sol, minimiser les risques d'infection des plantes sur un système déjà déséquilibré, minimiser les risques d'enherbement des cultures, etc. En sol vivant, équilibré et en bonne santé, les rotations ne sont pas toujours nécessaires, voire judicieuses. La rotation sur prairie en MSV est envisagée dans une stratégie globale pour répondre aux principaux défis rencontrés : la présence des ravageurs et de l'enherbement ainsi que la bonne répartition des apports carbonés.

L'enherbement spontané peut être un allié s'il est bien géré. Il faut veiller à ce qu'il n'apparaisse que lorsque la culture est bien implantée afin de ne pas lui faire trop de concurrence. Certains légumes ont une tolérance moindre à l'enherbement, à l'image du poireau ou du céleri, tandis que d'autres s'y plaisent totalement, comme le chou. Une stratégie consiste à intervenir avec précision et au bon moment sur la flore spontanée, afin de gérer la concurrence qu'elle crée aux légumes cultivés.

L'idée d'enterrer des planches de bois le long des cultures peut éviter l'invasion des vivaces (type chiendent, liseron ou ortie) et une concurrence trop forte entre passe-pied et culture. Sans l'usage de ces barrières physiques, il suffit d'arroser et fertiliser davantage en azote, surtout au lancement du système. L'entretien d'un passe-pied enherbé peut se faire à la tondeuse ou à la débroussailleuse.

Le Fumier dans une Perspective Durable et Écologique

L'utilisation du fumier s'inscrit pleinement dans une démarche d'agriculture durable et respectueuse de l'environnement, offrant des bénéfices au-delà de la simple fertilisation.

Contribution à l'Agriculture Biologique et Circulaire

Le fumier est un pilier de l'agriculture durable et biologique. Il participe à la création d'un système circulaire où les déchets animaux retournent au sol pour nourrir les cultures, réduisant ainsi la dépendance aux engrais chimiques. La richesse en matière organique du fumier améliore durablement la structure du sol, sa porosité, sa capacité de rétention en eau et stimule la vie microbienne essentielle à la fertilité naturelle. Le fait que le compost soit annoncé comme utilisable en agriculture biologique est pour le jardinier un gage de qualité intéressant.

Il est toutefois crucial de considérer la provenance du fumier. Le recours à des animaux élevés dans des conditions non biologiques peut introduire des contaminants (pesticides, antibiotiques, OGM) dans le sol. Privilégier des élevages biologiques et extensifs est donc recommandé.

Schéma d'un système agricole circulaire avec intégration du fumier et du compost.

Fumier et Séquestration du Carbone

L'apport de fumier peut contribuer à la séquestration du carbone dans les sols, un aspect important dans la lutte contre le changement climatique. Cependant, il est essentiel de comprendre que cette séquestration, si elle bénéficie à une parcelle, peut se faire au détriment d'autres qui ne reçoivent pas ces apports. La durabilité réelle réside dans la gestion globale des flux de matière organique au sein d'un système agricole, en favorisant la production de biomasse végétale et son retour au sol.

Aspects Pratiques et Sécurité

Il est important de manipuler le fumier avec précaution. Le fumier frais peut contenir des agents pathogènes et des graines d'adventices. Le compostage permet de réduire ces risques. De plus, la décomposition du fumier génère de la chaleur et peut, dans des tas massifs, s'embraser spontanément. Une gestion adéquate des tas de fumier, notamment en limitant leur taille, est donc nécessaire pour prévenir ces incidents.

Les composts de déchets verts, ou composts verts, sont fabriqués sur de grosses plateformes de compostage. C'est le premier gisement de composts produits en France, disponible sur tout le territoire et de bonne qualité, autorisé en agriculture biologique. Cependant, toutes les plateformes de compostage ne traitent pas uniquement des déchets verts. Certaines y mélangent des boues issues des stations d'épuration des eaux ou des ordures ménagères non triées à la source. Les composts produits ainsi ne sont pas autorisés en agriculture biologique.

L'Autonomie en Matière Organique

L'option agroforesterie peut sembler pertinente pour répondre à l'objectif d'autonomie en matière organique. En taillant les haies, on pourrait apporter une partie de la matière organique nécessaire aux légumes. La rotation sur prairie est une alternance de 2 ans de prairie, suivie d'un an de culture sur bâche et d'un an de culture sous paille ou semis direct, permettant de s'approcher de l'autonomie en apport de matière organique.

Une prairie ayant une bonne pousse spontanée possède un sol bien vivant avec un taux de matière organique compris entre 4 et 6 %. Dans ce cas, pas besoin d'apporter de matières organiques au sol, qui en est déjà bien pourvu. De plus, la prairie, au moment de sa destruction, relargue encore de la matière organique par la décomposition du système racinaire et aérien de ses plantes. Dans cette situation, on peut alors commencer directement à cultiver certains légumes. Pour cela, il est d'abord nécessaire de détruire l'enherbement en place par occultation.

Carte des gisements de composts de déchets verts en France.

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