Le jardinage printanier est une période charnière où la réussite de la mise en terre dépend étroitement de la qualité des plants préparés en amont. Certains cultures nécessitent systématiquement un repiquage, c’est notamment le cas des plantes tropicales comme les tomates, aubergines… ainsi que pour certaines plantes tempérées au développement lent au début de leur cycle (choux, salades, poireaux…). Pour d’autres cette opération est facultative (courges, courgettes, épinards, haricots, betteraves…). Lors de la visite du jardin des Fraternités Ouvrière de Mouscron, il nous avait été dit qu’ils produisaient toutes les cultures en plants à part les carottes et les panais mais que même ces deux dernières cultures allaient peut-être suivre le même protocole que les autres. En plus, vu la météo de ce début de printemps où le maintien d’une humidité suffisante pour la levée des semis et leur survie post-semis est problématique, élever des plants est une solution incontournable.

Les fondamentaux du repiquage en godets classiques
Le repiquage traditionnel reste une valeur sûre pour de nombreux jardiniers. De nombreuses techniques sont envisageables pour élever des plants avant leur repiquage : caissettes, mini-mottes, godets…
Pour les tomates, une astuce visuelle permet de déterminer le moment opportun : vous observerez, tout le long de la tige de nos semis de tomate, une sorte de petit duvet composé de petits poils. Dès leur apparition, nous pouvons commencer le repiquage des tomates. Pour ma part, j'utilise personnellement ces godets plastiques 9x9 ce qui me permet de patienter un maximum de temps avant la mise en pleine terre si jamais le temps n'était pas au rendez-vous.
La procédure étape par étape
- Remplissez tous vos godets de terre au ras.
- Effectuez un trou central dans le godet.
- Insérez l'intégralité ou la majeure partie de la tige dans le trou effectué dans le godet. Cette étape est cruciale car la tomate a la faculté d'émettre des racines à partir de la tige dès lors que celle-ci se trouve plongée dans la terre.
🍅 Culture indoor de la tomate : le rempotage 🍅
L'innovation du semis en bouteille : une approche intuitive
Face aux gestes bien rodés du jardinage printanier, une question se pose : et si l’on pouvait faire pousser ses plants de tomates autrement, tout en gagnant du temps et en simplifiant leur développement ? C’est précisément ce qu’explore une méthode alternative intrigante : semer directement en bouteilles plastiques. Sans bouleverser totalement les pratiques traditionnelles, cette technique propose une approche plus intuitive, moins sujette au stress du repiquage, tout en favorisant un enracinement progressif.
Pourquoi recycler les bouteilles ?
Il est loin le temps où le plastique était fantastique. Désormais, ce produit pétrolier insidieusement polluant illustre à lui seul nos lendemains qui déchantent. Il convient donc, au jardin comme ailleurs, d'en limiter autant que possible l'utilisation. Voilà un vaste programme, étant donné la pléthore d'accessoires en plastique qui y pullulent. Alors pourquoi, dans ce contexte, faire la promotion des semis en bouteilles plastiques ? Parce qu'elles offrent des intérêts majeurs, que c'est une manière de les recycler intelligemment, et que pour le moment, la plupart des godets horticoles classiques sont encore, eux aussi, en plastique.
Méthodologie de préparation des bouteilles
La réussite des semis dépend en grande partie de la qualité du contenant. Voici comment procéder :
- Découpe du haut de la bouteille : à l’aide d’un cutter ou de ciseaux solides, coupez la bouteille horizontalement juste en dessous du col, là où commence le rétrécissement.
- Drainage : dans la partie coupée, mettez environ 1/3 de gravier, des billes d’argiles ou des petits cailloux. Faites des trous dans le fond, afin de permettre l'évacuation du surplus d'eau, puis remplissez la moitié du pot avec du terreau de semis, ou un terreau universel bien tamisé que vous compléterez d'un tiers de sable.
- Remplissage initial : ajoutez du terreau fin et bien tamisé jusqu’à la moitié ou au tiers de la hauteur.
- Arrosage par le dessous : placez les bouteilles préparées dans le bac de récupération rempli d’eau. En 15 à 20 minutes, l’humidité remontera naturellement vers le haut du substrat.

La gestion de la croissance : de la graine au plant vigoureux
Une fois les graines en terre, la phase de germination est cruciale. Que ce soit en terrine ou en bouteille, les tomates lèvent généralement entre le 6e et le 8e jour, à condition que température et humidité soient bien maîtrisées. La température idéale se situe entre 20 et 25 °C. La lumière n'est pas indispensable au départ : la levée des graines ne nécessite pas de lumière directe. Dès l’apparition des premières pousses, c’est une autre histoire : la lumière devient vitale.
L'effet de serre et la gestion de la tige
Si vous réutilisez le haut de la bouteille en guise de couvercle, goulot et bouchon compris, vous créez alors une mini-serre qui va augmenter la température et l'humidité interne. Laissez le bouchon en place jusqu'à l'apparition des trois ou quatre premières feuilles, puis retirez-le.
L'une des particularités fascinantes de la tomate, c’est sa capacité à développer des racines sur toute la longueur de sa tige lorsqu’elle est au contact de la terre. La technique des bouteilles repose donc sur un principe simple mais ingénieux : en partant d’un remplissage partiel du récipient, puis en ajoutant progressivement du substrat au fil de la croissance du plant, on simule un repiquage continu - sans choc, ni manipulation. Au fur et à mesure de la croissance des plants de tomates dans les bouteilles, je rajoute du compost. Ainsi de nouvelles radicelles vont se former sur la partie de la tige qui est enterrée, ce qui offrira à la plante un système racinaire plus développé.
Facteurs de réussite : la lumière et le substrat
Une fois la levée amorcée, les besoins de la plante changent radicalement : la lumière devient un facteur clé pour éviter l’étiolement, aussi appelé “filage”. Il est donc recommandé de placer rapidement les bouteilles ou les terrines derrière une fenêtre bien exposée, idéalement orientée plein sud.
Pour les plantes comme les courgettes qui ont de grosses graines, on va en planter deux pour qu’elles aient assez de place pour se développer. Pour les tomates, on va en mettre trois. Plus les graines sont petites, plus on peut en mettre. On garde à terme le plant le plus vigoureux.

Calendrier et stratégie de culture
Plus les semis de tomates ont lieu tôt, plus les plants que vous mettrez en terre au mois de mai seront développés et capables de produire rapidement. Vous pouvez donc effectuer les premiers semis dès le mois de février, à condition d'offrir aux semences une température qui permette leur germination (20 °C) et, aux plantules qui suivent, l'humidité et la luminosité adéquates. Pour ma part, je commence toujours par semer une variété précoce durant la seconde quinzaine du mois de février. Puis je fais le gros de mes semis entre le 1er et le 15 mars. Je termine par un dernier semis à la mi-avril.
À cette époque tardive, les plants poussent très vite et ils pourront être installés au potager un mois plus tard. Ils ne produiront des tomates que fin août, mais ils seront à ce moment-là au sommet de leur forme, alors que les autres plants commenceront à dégénérer.
Comparaison des résultats
Dans l’expérimentation menée, aucun avantage notable n’a été constaté du côté des bouteilles sur la vitesse de germination par rapport aux terrines. Les plants issus des deux méthodes ont levé dans les mêmes délais, sans retard repéré du côté des bouteilles. Cependant, l’extraction des plants depuis les bouteilles réserve une agréable surprise : aucun besoin de couper ou déchirer le contenant. Les premiers résultats montrent des plants vigoureux, compacts et bien structurés, rivalisant - voire surpassant - ceux issus de godets classiques.
Le système des bouteilles semble combiner facilité de manipulation et efficacité agronomique, tout en supprimant une phase souvent délicate : le repiquage. Pour moi, un avantage non négligeable de faire ses propres semis, c'est de choisir des variétés précoces ou anciennes que l'on ne trouve pas en pots dans les jardineries. Que vous optiez pour le godet classique 9x9 ou la bouteille recyclée, l'essentiel demeure le respect du cycle de la plante et l'apport d'un substrat nutritif de qualité.