La culture du riz au Vietnam est bien plus qu'une simple activité agricole ; c'est un art ancestral, transmis de génération en génération, qui façonne les paysages et rythme la vie des communautés rurales. Le Vietnam, surnommé le "pays du riz", est imprégné d'une culture rizicole riche et diversifiée. À travers ses différentes régions, le rythme du riz varie, façonnant ainsi des paysages uniques, des traditions distinctes et des modes de vie singuliers. Le riz occupe une place centrale dans la culture et l'économie du Vietnam. C'est l'élément de base de l'alimentation vietnamienne et un symbole culturel fort, présent dans presque tous les repas sous diverses formes : riz nature, nouilles, galettes, ou vin de riz. Le pays abrite l'une des agricultures rizicoles les plus anciennes et les plus riches du monde.

1. La Diversité des Variétés de Riz Vietnamien
Le Vietnam cultive plus de 300 variétés de riz, principalement divisées en deux catégories. Le riz ordinaire, consommé quotidiennement, constitue la majeure partie de la production et de la consommation. Le riz gluant, plus rond, plus dodu et plus dense, est quant à lui réservé aux occasions spéciales et cérémonies. Une fois cuit, il est plus visqueux que le riz ordinaire. Cette diversité témoigne de la richesse de la culture rizicole vietnamienne.
2. Les Étapes Meticuleuses de la Culture du Riz au Vietnam
La culture du riz au Vietnam est un processus méticuleux, allant de la préparation des champs à la récolte finale.
2.1 La Préparation des Champs : Les "Ruộng Lúa"
La première des étapes de la culture du riz au Vietnam commence par la préparation des champs, généralement quelques semaines avant la période de semis. Les rizières, appelées "ruộng lúa" en vietnamien, doivent être bien nivelées et humidifiées. Les agriculteurs utilisent encore des techniques traditionnelles dans certaines régions : la charrue tirée par un buffle ou une vache, ou bien un taureau, reste courante dans le Nord et les hauts plateaux, tirant la charrue pour labourer. Ailleurs, des motoculteurs modernes facilitent ce travail ardu.

Le labourage est une étape cruciale où les champs sont inondés pour faciliter ce travail. Après le labourage, l'agriculteur épand du fumier sur ses terres. Une attention particulière est portée à l'irrigation, l'eau étant indispensable à chaque phase du cycle. Elle provient de canaux, de rivières ou de la pluie. Des systèmes d'irrigation ou des canaux sont creusés pour conduire l'eau dans la rizière. L'hersage, après le labourage et lorsque l'eau est présente dans la rizière, se fait souvent avec un buffle tirant une herse. Après cela, la terre, devenue une boue détrempée, est prête à la culture du riz.
2.2 La Sélection et la Germination des Grains
Le processus débute par le choix minutieux des meilleurs grains de paddy. Les agriculteurs sélectionnent soigneusement les grains et les font germer dans de l'eau tiède pendant plusieurs jours. Les semences doivent être soigneusement sélectionnées. Les grains de riz sont d'abord trempés dans l'eau pendant 24 à 48 heures, puis mis à germer sur une bâche ou dans un sol humide. Cette pré-germination garantit une croissance homogène et robuste.
2.3 La Préparation des Semis
Une fois germés, les grains sont semés dans un terrain fertile. Les pousses sont cultivées pendant environ 2 semaines. Les agriculteurs ajoutent régulièrement des cendres pour maintenir l'humidité. Les semis sont semés très serrés sur la boue détrempée pour avoir des plants.
2.4 Le Repiquage : Une Expérience Immersive
Le repiquage, ou transplantation des jeunes plants, est sans doute l'une des plus emblématiques étapes de la culture du riz au Vietnam. C'est l'étape du repiquage lorsque les pousses atteignent 15-20 cm. Les plants sont arrachés délicatement des parcelles où ils étaient semés serrés. Ils sont ensuite replantés à la main dans les rizières, généralement en lignes, où l'on a bien hersé. Quand on repique le riz, on prend environ 3 plants, avec un intervalle d'environ 25 centimètres. Cette étape cruciale est un travail minutieux, souvent réalisé en position penchée sous le soleil, qui demande patience et grande précision.
Comment on repique du riz avec une machine agricole
Le moment idéal pour repiquer est choisi avec soin, en fonction de la météo, de la lune et des croyances locales. C'est une expérience immersive inoubliable pour quiconque souhaite découvrir la vie rurale vietnamienne.
2.5 L'Entretien des Rizières : Une Attention Constante
Une fois repiquées, les jeunes pousses entament leur croissance, mais leur développement nécessite de nombreuses attentions. L'entretien représente une des plus longues étapes de la culture du riz au Vietnam. Il s'étend sur deux à trois mois, pendant lesquels les agriculteurs restent attentifs aux besoins des plants.
- Gestion de l'eau : Il s'agit de maintenir en permanence un niveau d'eau adapté dans les rizières, généralement entre 5 et 10 cm, pour favoriser le développement des plants de riz. Cette inondation constante permet de limiter les mauvaises herbes, de stabiliser la température du sol et de créer un environnement propice à la croissance. Les agriculteurs doivent surveiller quotidiennement le niveau d'eau, en ouvrant ou fermant les canaux d'irrigation et les digues selon les besoins. Dans le nord du Vietnam, on doit utiliser l'écope à 4 cordes - un panier en bambou tressé - où deux personnes tiennent et tirent les cordes pour faire venir l'eau dans la rizière. Après le repiquage, il faut toujours regarder le niveau de l'eau dans la rizière, car sans eau, le riz ne pousse pas.
- Désherbage : Cette étape cruciale consiste à éliminer les mauvaises herbes qui concurrencent les jeunes plants de riz pour l'eau, la lumière et les nutriments. Au Vietnam, elle se fait principalement à la main ou à l'aide d'outils simples comme la houe ou un grattoir en bois. Les paysans interviennent à intervalles réguliers, en suivant les lignes de plantation pour préserver les racines. Il faut désherber souvent aussi, enlever des mauvaises herbes dans la rizière.
- Protection contre les parasites : Les rizières vietnamiennes sont fréquemment exposées à des menaces comme les pucerons, les chenilles défoliatrices ou les maladies fongiques (pyriculariose, pourriture du collet…). Pour préserver les récoltes, de nombreux paysans privilégient des méthodes respectueuses de l'environnement : décoctions à base d'ail, de gingembre ou de neem, introduction de poissons ou de canards pour limiter les insectes, et recours à des engrais organiques renforçant la résistance naturelle des plants.
- Fertilisation : Pour nourrir les plants de riz, les paysans appliquent du compost organique issu de déchets végétaux ou de la paille de riz, du fumier animal collecté localement, ou, selon les zones, des engrais chimiques en complément. Cette fertilisation vise à enrichir le sol, stimuler la croissance des jeunes pousses et garantir un bon rendement.
Durant cette période, le paysage change peu à peu : les rizières prennent une teinte vert tendre, puis s’épaississent en une mer de verdure.
2.6 La Maturation et la Récolte : L'Aboutissement d'un Travail
Vers la fin du cycle de culture, les plants de riz commencent à fleurir. De petites inflorescences apparaissent, puis les grains commencent à se former à l’intérieur des épillets. Le riz passe du vert vif au jaune doré, signe de maturité. Après 3 à 4 mois de croissance, l'irrigation est arrêtée pour assécher les rizières. Le riz, atteignant 1 à 1,5 mètre de hauteur, est récolté. La récolte se fait traditionnellement à la faucille.

La récolte, ou moisson, est la dernière des grandes étapes de la culture du riz au Vietnam. Elle marque l’aboutissement de plusieurs mois de travail. Après la récolte, on va transporter le riz à la maison.
2.7 Le Battage et le Séchage
Après la récolte, le riz est battu pour séparer les grains des tiges. Le battage est exécuté en frappant sur une pierre plate ou un billot de bois. Aujourd'hui, on utilise des machines à pédale pour faire sortir le riz de la paille. Les grains sont ensuite séchés au soleil pendant 2 à 3 jours.
2.8 Le Décorticage et le Blanchissage
La dernière étape consiste à retirer l'écorce des grains. Traditionnellement, cela se faisait à la main avec un mortier, mais aujourd'hui, c'est souvent réalisé à l'aide de machines. Le moulin à décortiquer se compose d'une meule mobile actionnée sur une meule dormante, avec un trou au milieu. À chaque tour, le riz tombe et est cassé, l'écorce étant ainsi enlevée.
Après le décorticage, on doit vanner pour enlever l'écorce. Quand on vanne, l'écorce est soufflée et le riz plus lourd tombe. On ramasse le riz. Le riz décortiqué est ensuite traité dans un mortier en bois ou en pierre. On doit piler pour enlever le son. Ensuite, on continue à vanner pour ramasser le son et le riz blanc. Le polissage transforme le riz brut en riz blanc, prêt à la cuisson. Dans les campagnes, de nombreuses familles continuent à consommer leur propre riz, en gardant une partie des récoltes.
3. La Culture du Riz au Vietnam : Une Diversité Régionale et des Enjeux Stratégiques
Le Vietnam offre une grande diversité de paysages rizicoles, chaque région ayant ses particularités, et la culture du riz y est soumise à des incertitudes fortes qui auront un impact sur les approvisionnements du pays et ceux des marchés internationaux.

3.1 Les Terrasses de Rizières des Montagnes du Nord (Tây Bac)
Dans les régions montagneuses du Nord, comme Sapa ou Mu Cang Chai, vous découvrirez des rizières en terrasses spectaculaires, créant des panoramas qui attirent les visiteurs. Le Tây Bac, également connu sous le nom de Hauts Plateaux du Nord-Ouest, est une région montagneuse pittoresque du Vietnam où le rythme du riz bat au rythme de la topographie accidentée et du climat montagneux. En raison de l'altitude plus élevée et du climat montagneux, une seule récolte par an est possible. Les techniques agricoles sont adaptées au relief escarpé, et les agriculteurs locaux ont développé des techniques de culture adaptées à la topographie accidentée, tirant parti des pentes et de la fertilité du sol pour produire un riz de haute qualité. Le rythme du riz y est souvent plus lent et méthodique que dans les plaines deltaïques. Des randonnées à travers les rizières en terrasses offrent aux voyageurs une opportunité unique d'explorer ces paysages spectaculaires et de rencontrer les communautés agricoles locales.
3.2 Les Deltas Fertiles : Le Delta du Fleuve Rouge et le Delta du Mékong
3.2.1 Le Delta du Fleuve Rouge : Un Bastion Agricole
Le delta du Fleuve Rouge, niché dans le nord du Vietnam, représente un véritable bastion de l'agriculture rizicole du pays. Ce paysage fertile, façonné par les eaux du Fleuve Rouge et les pluies saisonnières, offre un spectacle époustouflant de vastes étendues de rizières qui s'étendent à perte de vue. Les techniques d'irrigation sophistiquées ont permis le développement d'une agriculture intensive, marquant ainsi le rythme du riz dans cette région. Au cœur du delta du Fleuve Rouge, le cycle du riz est orchestré avec précision pour répondre aux exigences des saisons. Souvent, deux récoltes par an sont réalisées, alignées sur les périodes de plantation. Les agriculteurs suivent un calendrier rigoureux, préparant les champs, transplantant les jeunes plants avec dextérité, puis récoltant les épis mûrs avec une efficacité remarquable.
3.2.2 Le Delta du Mékong : Un Ballet Aquatique
Dans le delta du Fleuve Rouge au Nord et le delta du Mékong au Sud, deux à trois récoltes par an sont possibles. Les techniques y sont plus mécanisées et la production est plus intensive. Le principal bassin de production est situé dans le delta du Mékong, une zone de 40 000 km2 qui concentre 54 % de la production de paddy en 2021, soit 24 millions de tonnes, dont 90 % environ sont destinés à l'exportation. Ce dynamisme rizicole a permis au Vietnam de devenir autosuffisant et aussi exportateur net.
Le Delta du Mékong vit au rythme des saisons, et la culture du riz ne fait pas exception. La région connaît deux principales saisons de culture : la saison des pluies, qui s'étend de mai à novembre, et la saison sèche, de décembre à avril. Pendant la saison des pluies, les rizières sont inondées naturellement par les crues du fleuve Mékong, tandis que pendant la saison sèche, les agriculteurs dépendent davantage de l'irrigation pour maintenir les champs humides. Les agriculteurs du Delta du Mékong ont développé des techniques agricoles ingénieuses pour tirer parti de l'environnement aquatique de la région. L'une de ces méthodes est la culture du riz inondé, où les champs sont délibérément inondés pour permettre la croissance du riz. Les agriculteurs du Delta du Mékong sont véritablement les artisans de ce ballet aquatique. Tout au long de l'année, ils s'emploient à planter, à entretenir et à récolter le riz selon un calendrier précis dicté par les saisons et les cycles de l'eau. Lorsque la saison des pluies arrive, les rizières se transforment en un véritable labyrinthe aquatique où les agriculteurs naviguent avec habileté, plantant de jeunes plants de riz dans les eaux peu profondes. La récolte du riz est un moment crucial dans le Delta du Mékong, marquant la fin d'un cycle et le début d'un nouveau. Au moment opportun, les agriculteurs récoltent les épis de riz mûrs avec soin, utilisant des techniques traditionnelles transmises de génération en génération. Au-delà de son aspect agricole, le riz revêt une grande importance culturelle dans le Delta du Mékong. Il est souvent associé à des rituels et des traditions anciennes, et sa récolte est l'occasion de célébrations joyeuses dans les communautés locales.
3.3 Les Hauts Plateaux du Centre : Une Danse au Rythme de l'Altitude
Dans les Hauts plateaux du Centre, le rythme du riz est une danse au rythme de l'altitude, où chaque geste des agriculteurs est influencé par la topographie unique de la région. À Dalat et dans ses environs, les rizières en terrasses s'étendent sur les flancs des montagnes, créant un paysage en escalier d'une beauté à couper le souffle. Ces terrasses, aménagées avec ingéniosité par les agriculteurs locaux, témoignent d'une relation intime entre l'homme et son environnement montagneux. Contrairement aux vastes plaines du Delta du Mékong, le rythme du riz dans les hauts plateaux est plus lent et méthodique. Les agriculteurs adaptent leurs techniques de culture pour tirer parti des pentes et de la fertilité du sol, travaillant en harmonie avec la topographie accidentée. Chaque étape du processus agricole est minutieusement planifiée, depuis la préparation des terrasses jusqu'à la plantation et à la récolte du riz.
3.4 Les Régions Littorales : Une Ode à l'Océan
Dans les régions littorales du Vietnam, le rythme du riz est une véritable ode à l'océan, offrant aux touristes une expérience à la fois captivante et exotique. Sur la côte centrale et méridionale, où les paysages marins spectaculaires rencontrent les rizières verdoyantes, le cycle du riz est influencé par la proximité de l'océan et les conditions climatiques changeantes. Les rizières salées prospèrent le long des côtes, où les agriculteurs maîtrisent l'art délicat de la culture du riz en mariant subtilement l'eau douce et l'eau salée. Cette combinaison unique crée un environnement idéal pour la croissance du riz, lui conférant des qualités distinctes et des saveurs uniques, imprégnées des nuances salines de l'océan. Le rythme du riz dans ces régions côtières est également influencé par les marées et les tempêtes. Les communautés côtières travaillent en étroite collaboration pour protéger leurs récoltes des caprices de l'océan, construisant des systèmes d'irrigation sophistiqués et des digues pour réguler le flux d'eau dans les rizières. Cette danse entre terre et mer crée un lien étroit entre les agriculteurs et leur environnement, où chaque récolte dépend des marées et des cycles naturels de l'océan.
4. Le Riz au Vietnam : Une Priorité Politique et des Enjeux Mondiaux
La riziculture couvre 34 % des terres arables au Vietnam et occupe une place particulière. À l'instar des autres pays asiatiques, elle s'inscrit dans un objectif d'autosuffisance et est une priorité politique forte. Jusqu'au milieu des années 1980, elle ne permettait pas de répondre aux besoins d'une population croissante et avait même connu un recul en 1987-1988, occasionnant des famines. Après cette date et dans un contexte de libéralisation du marché, les récoltes de riz ont connu une hausse spectaculaire, résultant d'une extension des surfaces cultivées et d'une augmentation des rendements permise par l'utilisation massive d'intrants et de variétés à haut potentiel. Le riz est cultivé dans l'ensemble des provinces vietnamiennes, selon différents modes de production : riziculture irriguée dans les espaces deltaïques, riz pluvial dans les montagnes du Nord Vietnam, etc. Le Vietnam produit environ 43-45 millions de tonnes de riz par an, ce qui en fait le cinquième plus grand producteur mondial. Le Vietnam est le troisième exportateur mondial de riz, après l'Inde et la Thaïlande.

Le delta du Mékong est au carrefour d'enjeux stratégiques. La densité de population y est forte (20 millions d'habitants, soit 20 % de la population), couplée à une intense concurrence entre zones urbaines et industrielles pour l'usage des terres et l'exploitation des eaux souterraines. Il importe aussi d'y maintenir un haut niveau de production, pour répondre aux exigences de sécurité alimentaire et aux ambitions exportatrices du pays, qui segmente de plus en plus son offre et vise des marchés plus rémunérateurs, comme l'Union européenne. L'accord de libre-échange entre l'Union européenne et le Vietnam, entré en vigueur en 2020, prévoit ainsi l'importation, en franchise de droits, de 30 000 tonnes de neuf variétés de riz parfumé. En 2021, un peu plus de 60 000 tonnes de riz vietnamien ont été importées sur le territoire européen, notamment par la France (27 % des volumes).
5. Défis Climatiques et Durabilité de la Riziculture Vietnamienne
Face au changement climatique, la fragilité du Vietnam est élevée. Il était situé au 13e rang (sur 180) des pays les plus vulnérables, selon l'indice mondial de risque climatique de Germanwatch pour 2000-2019. Selon le GIEC, 50 des 99 millions de Vietnamiens seraient exposés à l'élévation du niveau marin ainsi qu'à des tempêtes plus puissantes, surtout à partir de 2040. Dans le scénario médian prévu à l'horizon 2100, avec une hausse de 1 mètre du niveau de la mer, une grande partie du territoire serait inondée.
En outre, le delta subit actuellement un phénomène de subsidence atteignant jusqu'à 5 cm par an en certains endroits. Les eaux souterraines sont en effet surexploitées pour répondre à une demande croissante d'irrigation, notamment du riz. Le modèle rizicole au sud du Vietnam comprend trois récoltes annuelles, particulièrement exigeantes en eau. Cette exploitation importante des ressources en eau s'accentue en raison d'une sécheresse structurelle, depuis 2015, à laquelle contribuent des facteurs comme El Niño.
Enfin, la production agricole du delta est menacée par la salinisation des sols, consécutive à l'intrusion d'eau de mer. Ce phénomène, habituellement observable durant un mois pendant la saison sèche, intervient désormais plus tôt dans l'année et dure plus longtemps, avec des taux de salinisation pouvant dans certains cas détruire les récoltes (sécheresse de 2016). Outre le changement climatique, les activités humaines jouent un rôle dans ce processus, à l'instar de celles conduisant au recul des mangroves. Leur superficie aurait été réduite de moitié entre 1980 et 2007, notamment à cause du développement de l'élevage de crevettes.
La salinisation et l'occupation permanente d'une partie du delta par la mer pourraient se traduire, dans les prochaines années, par un recul de la production de riz, fragilisant la sécurité alimentaire de la population et les exportations du pays. Selon l'Institut international de recherche sur les politiques alimentaires, le Vietnam pourrait voir sa production agricole diminuer de 5,6 % à 6,2 % d'ici 2030, par rapport à 2022, selon les évolutions des émissions mondiales de CO2. Ces estimations sont à comparer à un scénario sans changement climatique, dans lequel la production agricole augmenterait de 25 % entre 2010 et 2030.

Les politiques des autorités vietnamiennes prennent en compte le changement climatique. Divers plans et dispositifs ont été adoptés ou sont en cours d'élaboration, à l'image du Vietnam’s National Adaptation Plan 2021-2030 Vision 2050. Au-delà du volontarisme politique, qui témoigne de la prise de conscience de la complexité de la situation, les bailleurs de fonds internationaux se mobilisent pour soutenir le Vietnam dans la recherche de solutions. Si les initiatives nationales et bilatérales se multiplient, l'échelle la plus pertinente pour limiter l'affaissement et la salinisation du delta serait régionale, selon certains acteurs. La Banque mondiale recommande ainsi de renforcer le rôle du Conseil de coordination régionale, dont les interventions ne pourront être pleinement efficaces qu'en se coordonnant avec les pays riverains du bassin du Mékong. Ce renforcement est considéré comme la première des priorités à mettre en œuvre par le gouvernement vietnamien. Certes, il existe déjà depuis 1995 un organe de coopération intergouvernementale, la Mekong River Commission, qui regroupe la majorité des pays traversés par ce fleuve, à l'exception notable de la Chine. Mais cette instance ne dispose d'aucun pouvoir contraignant. Ces relations institutionnelles témoignent de l'importance prise par le changement climatique dans la zone. Par exemple, la sécheresse de 2015-2016 s'est traduite par la perte de 160 000 hectares de cultures, dont plusieurs dizaines de milliers d'hectares de riz. Le Vietnam avait alors sollicité la Chine pour qu'elle ouvre ses barrages, à un moment où les deux pays connaissaient un regain de tension, en raison d'une crise militaire en mer de Chine.
Dans une étude prospective consacrée aux défis climatiques rencontrés par les pays d'Asie du Sud-Est, il est indiqué que la disparition partielle du delta du Mékong, sous les eaux, provoquerait un désastre. Cela se traduirait vers 2050 par une baisse de 30 % de la production de riz, une augmentation des cours de cette céréale ainsi qu'une famine dans tout le Sud-Est asiatique, nécessitant l'intervention des grandes puissances pour fournir de l'aide alimentaire.
Comment on repique du riz avec une machine agricole
6. Le Riz Vietnamien sur les Marchés Internationaux et la Sécurité Alimentaire
Certes, les volumes échangés sur les marchés internationaux sont faibles (7 % de la production mondiale en 2010, 9 % en 2020), comparativement à d'autres cultures comme le blé (25 % échangés internationalement). Ces échanges commerciaux de riz ne cessent d'augmenter, principalement tirés par les pays d'Afrique subsaharienne. Leur forte demande s'explique par une production insuffisante et un niveau élevé de consommation, bien supérieur à la consommation française estimée à moins de 5 kg/an/ménage. Ainsi le Sénégal, qui importe 80 % de ses besoins en 2022, affiche une consommation moyenne de 91 kg/hab/an, soit un niveau comparable aux pays asiatiques. 91,2 kg de riz sont ainsi consommés par an et par habitant au Vietnam en 2020, alors même que la diversification alimentaire se traduit de plus en plus par une baisse, en particulier pour les ménages aisés. Les enquêtes de consommation menées dans les pays ouest-africains révèlent la même diversification, mais les importations sont toujours très importantes pour satisfaire les besoins des populations, en particulier urbaines. Le taux de dépendance aux importations est de plus de 50 % en 2020 pour la Côte d'Ivoire, le Ghana, le Togo, le Bénin et le Niger par exemple. Le niveau des importations en provenance d'Asie du Sud-Est représente 32 % des importations de l'aire régionale ouest-africaine, le riz vietnamien représentant 50 % des volumes, avec des variations régionales : en Côte d'Ivoire, 83 % des importations de riz du sud-est asiatique proviennent du Vietnam, et 90 % au Ghana.
Le recul de la production rizicole vietnamienne pourrait entraîner une recomposition des flux commerciaux et une baisse de la sécurité alimentaire en Afrique subsaharienne. Cette situation remettrait la question des disponibilités alimentaires au centre des politiques publiques. La crise des prix de 2008, qui ne fut d'ailleurs pas une crise de production, avait réactivé la volonté d'atteindre l'autosuffisance en riz, d'ici 2050, pour de nombreux pays d'Afrique de l'Ouest. C'est dans ce contexte que s'est constituée, la même année, la Coalition pour le développement de la riziculture en Afrique (CARD). Il s'agit d'un groupe consultatif de donateurs bilatéraux et d'organisations régionales et internationales, travaillant en collaboration avec les pays africains producteurs de riz en Afrique subsaharienne, afin de soutenir leurs efforts en matière de production rizicole. L'objectif d'autosuffisance paraît actuellement difficile à atteindre, pour deux raisons principales. La première est liée à l'évolution démographique, avec une augmentation moyenne de la population de 85 % prévue à horizon 2050 par rapport à 2021, selon l'ONU, dans son scénario moyen. La production agricole progresse certes plus rapidement que la croissance démographique, mais la sécurité alimentaire est multifactorielle et d'autres variables, comme les infrastructures et l'accessibilité, doivent être prises en compte. La seconde raison tient à la fragilité de l'aire régionale ouest-africaine, face au changement climatique, puisque la moitié des dix pays les plus vulnérables y sont localisés. À horizon 2065, la conjugaison d'une augmentation de la température de 2,5 °C en zone sahélienne et d'une hausse des précipitations, devrait se traduire par un accroissement de la fréquence et de l'intensité des événements météorologiques extrêmes selon la Communauté économique des États de l'Afrique de l'Ouest. Ces événements sont déjà à l'œuvre et selon une étude de la World Weather Attribution, les gaz à effet de serre ont multiplié la probabilité de pluies intenses et d'inondations en Afrique de l'Ouest, comme en témoignent celles survenues au Nigeria entre mai et octobre 2022.

7. L'Expérience de la Culture du Riz : Tourisme Responsable et Immersion Culturelle
La culture du riz est un sujet préféré par les touristes quand ils visitent le Vietnam. De nos jours, le Vietnam est devenu le deuxième exportateur de riz du monde. Dans ce pays, du Delta du Mékong au delta du Fleuve Rouge, de la montagne à la plaine, on voit partout les rizières.
Chez Typic Travel, nous croyons en un tourisme authentique et responsable. Nos circuits permettent de participer aux travaux agricoles : essayez-vous au repiquage ou à la récolte du riz aux côtés des agriculteurs locaux. Vous pouvez vivre chez l'habitant : les "homestays" vous immergent dans la vie quotidienne des communautés rizicoles. Vous avez également la possibilité de découvrir la cuisine locale : apprenez à cuisiner des plats traditionnels à base de riz avec les familles qui vous accueillent. Cette approche du tourisme responsable garantit que votre visite bénéficie directement aux communautés locales et contribue à préserver l'environnement, car les circuits sont conçus pour minimiser l'impact sur les écosystèmes fragiles des rizières.