L'abricotier est un arbre fruitier apprécié pour sa floraison précoce et ses fruits sucrés. Pourtant, cette précocité le rend vulnérable aux gelées tardives qui peuvent compromettre la récolte. Chaque année, les producteurs font face à des épisodes climatiques imprévisibles qui menacent la formation des fruits. Cette problématique s’accentue avec le réchauffement climatique, qui provoque des hivers plus doux et une reprise végétative anticipée, augmentant ainsi les risques d’exposition au froid printanier.

Les mécanismes du gel et la vulnérabilité de l'abricotier
MétéoSuisse définit une situation de gel quand la température à proximité du sol (mesurée à 5 cm au-dessus) baisse jusqu’au point de congélation, voire plus bas. Il existe deux types de gel : le gel advectif, causé par le passage d’un front froid («air froid», «polaire» ou «arctique»), et le gel radiatif, causé par l’accumulation d’air froid au sol, plus fréquent au printemps. Pour la petite histoire, au coucher du soleil, le sol perd la chaleur accumulée durant la journée, l’air chaud monte dans le ciel pendant que l’air froid s’accumule au sol.
L'abricotier, originaire d’Asie, est un arbre habitué aux climats chauds et secs. À l’âge adulte, il supporte des températures pouvant descendre jusqu’à -20°C, voire -25°C. Son véritable point faible réside dans sa floraison précoce, qui intervient généralement entre février et mars, période où les gelées nocturnes sont encore fréquentes. Le danger du gel est la transformation en glace du liquide dans les tissus vivants d’une plante. Ce sont la sève, les feuilles et les fleurs qui sont particulièrement menacées.
L’impact du gel varie en fonction du stade de développement des fleurs et des jeunes fruits. Plus la floraison est avancée, plus le risque de dommages est important. Dès que les bourgeons commencent à gonfler, une température de -4°C suffit à les détruire. Lorsque les étamines deviennent visibles, une exposition sous -3°C provoque de sérieux dégâts. Les jeunes fruits sont encore plus vulnérables. En dessous de -0,5°C, ils subissent des altérations internes qui ne se manifestent pas immédiatement. Des points noirs apparaissent progressivement à l’intérieur, tandis qu’un anneau de gel peut se former sur leur peau.
Une saison sous tension en Valais
Avec le retour du froid et la menace du gel, la nuit de vendredi à samedi a été particulièrement surveillée par les arboriculteurs valaisans. Arbre fruitier le plus vulnérable, l'abricotier suscite actuellement le plus d'inquiétudes. Les thermomètres afficheront des températures en dessous de zéro, au niveau du sol, atteignant -5 °C à plusieurs endroits de Suisse romande, à partir de mardi, et ce, jusqu’à samedi, annonce MétéoSuisse. Genève affichait déjà -4,3 °C, à 5 cm au-dessus du sol, lundi matin.
«Les premières bougies ont été allumées vers 23h00», raconte Jean-Noël Devènes, arboriculteur à Baar sur la commune de Nendaz. Il décrit un froid «mauvais et piquant» qui, descendu des vallées, s'est avéré «complexe» à gérer avec «des courants qui écrasaient la chaleur.» Entre 400 et 450 bougies à l'hectare ont été allumées. «Nous nous sommes concentrés sur les zones les plus critiques, là où la fleur a déjà passé et le fruit est plus sensible au froid.» Dans ces zones, la température a pu être limitée entre 0 et 1 degré, contre - 4 où aucune bougie n'a été allumée.
Selon Olivier Borgeat, secrétaire général de l’Interprofession des fruits et légumes du Valais (IFELV), «la situation est délicate pour l’abricotier car la floraison est en avance d’une douzaine de jours par rapport à la moyenne des dix dernières années.» Il ajoute que «la situation n'est pas anormale, mais la saison démarre toujours plus tôt avec des arbres en fleurs plus précoces.»
Le danger du gel dans les vignes et vergers
Stratégies de lutte : bougies et aspersion
Pour éviter les dégâts du gel, il y a trois axes principaux : la protection par couche isolante, le chauffage direct et le brassage de l’air. Le moyen de lutte principal est l’aspersion des arbres avec de l’eau tirée de la nappe phréatique. Il s’agit de former une coque de glace autour des bourgeons pour les protéger des températures trop négatives, sur le principe de l’igloo. La glace est un bon isolant. Elle va protéger le fruit, respectivement la fleur, par cette enveloppe.
Sur les coteaux, les arboriculteurs privilégient des bougies qu'ils placent sous les arbres, l'irrigation par aspersion risquant notamment de provoquer des ravinements. Ces chauffages sont efficaces mais ont pour principaux inconvénients qu’ils sont coûteux, qu’ils émettent du CO2 et que leur maintenance et gestion est compliquée. Il arrive aussi qu’en cas de pression de gel sur de grandes régions, ces bougies et dispositifs de chauffage deviennent introuvables. Enfin, les ventilateurs permettent de brasser l’air. L’air froid, en effet, reste près du sol car il est plus lourd. Les ventilateurs brassent l’air en permettant à l’air plus chaud de réchauffer les couches plus froides au sol.
L'arboriculteur souligne que de tels dispositifs contre le gel interviennent, en général, plutôt vers la mi-avril. «Or cette année, la floraison a été très précoce sur certaines parcelles. Nous devons tenir encore tout avril et mai», explique-t-il. Rien que pour le matériel, une telle nuit de lutte coûte environ 6000 francs à l'hectare, «ce qui est énorme».
Choix de plantation et résilience variétale
Le choix du lieu de plantation influence directement la résistance de l’abricotier face aux gelées tardives. Les zones basses, notamment les fonds de vallée ou les parties les plus creuses d’un jardin, sont à éviter. L’air froid, plus lourd que l’air chaud, a tendance à s’y accumuler, ce qui augmente les risques de gel. Si vous êtes situés dans un creux, installez une haie de persistants en haut de votre terrain, et évitez d’en placer une en bas : vous stopperez l’air froid descendant du relief et vous laisserez s’échapper celui qui s’est formé sur place.
Pour les jardiniers souhaitant planter un abricotier, la question de la viabilité est centrale. Le plus rustique au froid pourrait être le Bergeron, se cultivant dans les régions un peu froides, bien adapté à la vallée du Rhône. L’abricotier ‘Bergeron’ est réputé pour être très adapté aux régions plus froides car il se montre assez résistant face au gel. L’abricotier ‘Luizet’ est idéal pour les régions à climat continental. La variété ‘Hargrand’ est un hybride originaire du Canada, adapté aux climats septentrionaux. Le ‘Précoce de Saumur’ présente une bonne résistance face aux gelées printanières, il pourra être cultivé dans les régions situées au-dessus de la Loire sans problème.

Il faudra lui offrir un endroit ensoleillé et abrité. L’installation de bougies chauffantes entre les arbres permet d’élever la température ambiante et de protéger les bourgeons du gel. Cette technique est efficace, mais elle demande une logistique importante et représente un coût élevé en main-d’œuvre et en matériel. Le réchauffement climatique - dont on pourrait penser qu’il diminue le risque de gel - peut en fait l’augmenter puisqu’il conduit les plantes à se réveiller plus tôt et à être donc plus vulnérables. La conjonction de ces facteurs fait qu’on augmente le risque au fur et à mesure, en lien avec le dérèglement climatique qu’on vit actuellement.