Les transformations corporelles, visibles au sein de sociétés tribales en Afrique, font partie des pratiques mystifiées dans l’imaginaire collectif. La scarification, faisant partie de ces pratiques, reste méconnue du grand public, étant souvent associée à une pratique archaïque. Cependant, elle est bien plus qu'une simple tradition ; elle est un marqueur d'identité, un témoignage historique, une expression artistique et un acte de résilience culturelle. En contemplant un portrait africain, on remarque souvent des motifs délicats gravés sur les visages : des lignes parallèles sur les joues, des croissants sur les tempes, des motifs géométriques sur le front. Ces marques ne sont pas de simples ornements ; chaque scarification possède un sens précis, transmis de génération en génération, offrant une dimension insoupçonnée de l'art africain, bien au-delà de la simple contemplation esthétique.
La scarification, selon l'anthropologue Tanai Aboubakar, est une incision cutanée pratiquée sur la peau, le plus souvent au visage, qui laisse des cicatrices destinées à symboliser l'appartenance à un groupe ou à un clan. Elle consiste à effectuer une incision superficielle de la peau, dont la guérison est volontairement retardée dans le but d’obtenir des cicatrices en relief ou en creux. Ces incisions sont faites avec un instrument tranchant comme un couteau, un morceau de verre ou une coquille de noix de coco, de manière à contrôler la forme des cicatrices sur le corps.

Les Racines Historiques et Sociologiques de la Scarification
L’existence des scarifications remonte à la préhistoire comme en témoigne leur présence dans l’art rupestre saharien. Elles étaient bien connues dans l’Antiquité, l’artisanat romain ou égyptien ayant parfois représenté des Africains portant des incisions verticales sur leurs joues ou des incisions horizontales sur le front. Certains textes de l’Antiquité gréco-romaine en font même mention. Si le tatouage ornemental a longtemps été pratiqué dans l’histoire, les Africains en ont peu fait usage, celui-ci étant peu visible sur les peaux noires. Ils lui ont préféré les scarifications.
Dans l’histoire, les scarifications ont permis dans un premier temps d’identifier les membres de son clan, notamment lors des guerres, ainsi que les morts afin qu’ils puissent recevoir les rites funéraires appropriés. De plus, il s’est répandu en Afrique l’idée que la scarification avait émergé au moment de la construction des grands royaumes. Les rois d’Afrique, menant des conquêtes territoriales importantes, ont commencé à scarifier certains membres de leurs familles sélectionnés pour régner sur certains territoires.
Au moment de la traite négrière, les scarifications avaient été réalisées par certaines tribus afin de permettre à leurs descendants « de se reconnaître entre eux et de se souvenir de leurs origines lorsqu’ils se retrouveront loin de leurs terres », comme rapporté par les auteurs nigérians Olu Daramola et Adebayo Jeje. Elles ont aussi été utilisées pour éviter la mise en esclavage à partir du XVIe siècle. Les parents marquaient donc leurs enfants pour échapper à la chasse des négriers, puisque ces derniers se détournaient des individus marqués qu'ils considéraient comme des « marchandises » non acceptables.
Parfois, la scarification a été inscrite dans le cadre de mythes cosmogoniques. Ainsi, au sein des Mossis, peuple établi au Burkina Faso, les scarifications seraient apparues au nord du Ghana actuel. L’origine des scarifications ethniques des Mossis remonte au temps de la naissance de Ouédraogo, le fondateur du royaume. Selon la tradition orale, c’est Rialé, le père de Ouédraogo, qui aurait donné à son fils des scarifications afin de le reconnaître parmi d’autres personnes.
La Scarification comme Marqueur Social et Culturel
Les descriptions les plus détaillées de la scarification datent du XIXe siècle et sont le fait de l’anthropologie raciale. Les scarifications africaines sont avant tout des marques de socialisation intervenant à un moment particulier de l’existence, soit la naissance ou le passage à l’âge adulte.
Identification Ethnique et Clanique
Les scarifications constituent avant tout un système d'identification ethnique d'une précision remarquable. Chaque groupe ethnique possède ses propres motifs, transmis selon des règles strictes. Chez les Yoruba du Nigeria, trois lignes verticales sur chaque joue signalent immédiatement l'appartenance au groupe. Cette identification visuelle dépassait largement l'aspect décoratif. Dans les sociétés traditionnelles où les déplacements étaient fréquents, ces marques permettaient de reconnaître instantanément l'origine d'une personne, son clan, parfois même sa ville natale.
Un observateur averti pouvait identifier l'ethnie, parfois même la région d'origine et le clan familial d'une personne en examinant ses scarifications. Par exemple, les trois lignes verticales sur les joues caractérisent les Yoruba, tandis que les motifs en croix sont typiques de certains groupes Peuls. Pour les Peda, une ethnie qu'on retrouve au Sud du Togo et du Bénin, les membres sont identifiables par des incisions communément appelées 2x5. Cela vient du vaudou « dan » (le python) qui porte ces cicatrices au visage, selon les recherches sur cette ethnie. Papa Tossou, doyen de la famille Tossou, porte ces incisions cutanées au front, sur les deux joues et près des deux oreilles. Ces scarifications sur le visage, appelées communément 2x5, sont identitaires aux Peda.

Les motifs variaient également selon le statut social. Certaines scarifications étaient réservées aux lignées royales, d'autres aux guerriers méritants, d'autres encore aux guérisseurs ou aux forgerons. La diversité des scarifications reflète la richesse culturelle du continent. Les Makonde de Tanzanie privilégiaient les motifs circulaires autour de la bouche. Les Tiv du Nigeria créaient des compositions complexes couvrant parfois l'ensemble du visage et du torse.
Rites de Passage et Signification Collective
Au-delà de l'identification, les scarifications marquent les étapes cruciales de l'existence. La transition de l'enfance à l'adolescence, puis à l'âge adulte, s'accompagnait souvent de cérémonies durant lesquelles les jeunes recevaient leurs premières marques. Le processus lui-même constituait une épreuve. Supporter la douleur sans broncher démontrait le courage, la maîtrise de soi, la capacité à affronter les difficultés de l'existence adulte.
Plusieurs ethnologues ont pu observer des séances de scarification pratiquées sur des jeunes garçons, marquant leur passage à l’âge adulte au prix d’une opération très douloureuse, comme dans la tribu Nuer à la frontière Soudano-éthiopienne ou encore dans la tribu Bëti, en Afrique centrale. Dans les rituels d’initiation chez les Moba et les Gourma du Nord Togo, les scarifications sont pratiquées sur des adolescents à l’issue d’une mise en scène de sa mort et résurrection.
Scarification en Afrique : Une Tradition Ancestrale aux Significations Profondes
Chez les Bambara, les scarifications sont tracées par le forgeron sur le visage du nourrisson à son huitième jour, au moment où l’aîné des anciens, après l’avoir observé, prophétise ses principaux traits de caractère et choisit son nom. Ces scarifications sont faites car l’ancêtre mythique commun à tous les Bambara nommé kuma tigi, “maître de la parole”, portait lui-même des scarifications.
Les scarifications réalisées lors de rituels initiatiques sont pour la plupart réalisées selon la théorie de l’endurcissement. C’est la croyance que tout stress physique et émotionnel exercé sur les jeunes enfants leur permettra de résister à toute tension, tant physique que mentale, dans leur vie ultérieure. Les scarifications réalisées lors de rituels initiatiques inscrivent l’individu au sein de la tribu. Elles peuvent attribuer à un individu une place particulière au sein de la communauté. Elles véhiculent dès lors des messages concernant son identité. Ces marques s’effectuent dans le cadre d’une communauté et n’ont de sens que par rapport et grâce à elle. La douleur et la marque laissée par les scarifications possèdent une signification collective, partagée par l’ensemble de la communauté.
Les incisions corporelles impriment parfois des mythes cosmogoniques compréhensibles par les membres de la communauté. De ce fait, elles s’inscrivent dans un travail de transmission d’une mémoire collective et de construction d’un lien intergénérationnel puisque « ce sont souvent les anciens qui inscrivent le symbole sur les corps et en dévoilent le sens à leurs cadets » selon Yannick Jaffré, anthropologue spécialisé sur la région d’Afrique de l’Ouest. Le corps devient un support de mémoire, rappelant à l’individu les nouveaux droits qu’il possède en tant que membre de la communauté et les règles qu’il doit suivre. Ainsi, les significations données à ces scarifications et les marques distinctives qu’elles génèrent permettent d’intégrer et d’attribuer une place à un individu au sein de sa communauté.
Esthétique et Attractivité
Les scarifications ont aussi une fonction esthétique en ce qu’elles peuvent symboliser ou renforcer la beauté d’un individu, et cela notamment chez les jeunes femmes. L’épreuve de la douleur fait des jeunes femmes des personnes d’exception suscitant l’admiration collective. En effet, les Bwaba du Burkina Faso s’accordent sur la beauté du corps des femmes aux torses gravés. Ce consensus autour de la beauté est une manière d’honorer le courage des femmes qui ont su supporter ces scarifications. Chez les Tiv au Nigeria, les scarifications contribuent à rendre les corps plus attirants. La beauté corporelle chez les Tiv répond à la conception selon laquelle « chaque personne doit se rendre séduisante et agréable à l’œil afin d’être regardée » selon Michèle Coquet dans son article « À main levée. La scarification comme œuvre ».
Pour les jeunes filles, certaines scarifications annonçaient la maturité et la fertilité. Chez plusieurs ethnies, des motifs spécifiques sur le ventre ou les hanches signalaient qu'une femme était en âge de se marier et de porter des enfants. Cette conception de la beauté différait radicalement des standards occidentaux, mais elle n'en était pas moins sophistiquée. Les scarifications constituaient une forme d'art corporel maîtrisée, transmise avec autant de soin que la sculpture ou la poterie.
La présente contribution s’intéresse aux déterminants de l’esthétique corporelle féminine chez les Guiziga, un groupe ethnique résidant dans la région de l’Extrême-Nord Cameroun. Il ressort des analyses que les parures et scarifications à motifs variés assurent des fonctions latentes et manifestes qui augmentent la féminité et valorisent le corps féminin dans la culture locale. Chaque peuple dispose de canons d’évaluation de la beauté qui lui sont propres et dont l’appréciation, fortement subjective, diffère parfois d’une culture à une autre. La relativité dans la détermination du beau est ce qui fonde l’identité esthétique de chaque peuple.

En pays guiziga, les scarifications, formes d’entailles visibles, sont réalisées sur des parties spécifiques du corps. Elles sont aussi bien considérées comme une marque esthétique que comme un signe distinctif, un symbole de bravoure de l’individu qui les porte. Cette fonction de la scarification dans les mœurs guiziga n’est pas un fait isolé. Il n’y a pas de société possible sans les marques de distinction qui servent à indiquer l’appartenance d’un individu à un groupe, lui offrant la possibilité d’une différenciation d’avec le groupe voisin. Les inscriptions sur le corps permettent de situer la position sociale de l’individu et d’indiquer la place du sujet dans la hiérarchie, de même qu’elles sont une trace de son courage et des stades de sa vie.
La Scarification comme Pratique Artistique et Thérapeutique
La pratique des incisions peut être considérée comme une pratique artistique en elle-même tant cela requiert une maîtrise, une technique et une précision particulière. La régularité des incisions, leur parallélisme et l’équilibrage de leurs divisions, témoignent de la maîtrise du scarificateur. Les artistes contemporains africains ont su réinterpréter cet héritage. Dans leurs portraits, les scarifications deviennent un élément graphique puissant, un pont entre tradition et modernité.
Dimension Thérapeutique
La scarification peut également être pratiquée pour trouver un soulagement à des conditions médicales distinctes et pour améliorer la fonctionnalité physiologique. Elle peut être utilisée pour nettoyer et désinfecter des lésions infectées ou pour détourner l’attention d’une source de douleur intense, comme les maux de dents, les maux de tête et autres neuropathies. Chez les Nouba soudanais, des coupures temporales profondes sont appliquées pour traiter les maux de tête, tandis que les cicatrices supra-orbitales sont administrées pour améliorer la vision. Les scarifications curatives peuvent être utilisées pour traiter des bronchites récurrentes comme au Congo ou le paludisme infantile comme au Nigeria. Enfin, elles peuvent aussi être pratiquées pour appliquer des remèdes traditionnels.
En Côte-d’Ivoire, certaines scarifications thérapeutiques paraissent fonctionner comme un vaccin, puisque la plaie est mise en contact avec une petite dose de poison local ; d’autres sont faites au coin de la bouche et frottées de remèdes. Il convient de mentionner qu’il n’existe aucune preuve avérée de relation de cause à effet entre la scarification et le succès thérapeutique d’une maladie quelconque.
Selon l'Anthropologue Dr Barthélémy Babalao, certaines ethnies, pour éliminer une certaine maladie du milieu de leur communauté, font des incisions sur le corps de leurs membres et y mettent des produits naturels comme des herbes ou plantes pour la guérison ou la prévention à cette maladie. « Ces produits sont utilisés en guise de vaccin naturel pour renforcer le système immunitaire de l'individu ou la personne membre de la famille ou du groupe ethnique. La scarification devient donc une sorte de thérapie pour ces différentes communautés », dit-il.
Dimension Spirituelle
Dans de nombreuses traditions, la scarification s'accompagnait de rituels spirituels. Les incisions étaient pratiquées par des anciens détenteurs du savoir, dans des lieux sacrés, selon un calendrier précis. Cela se fait voir dans certaines communautés religieuses dans la société traditionnelle africaine. Les adeptes portent des cicatrices qui les identifient au culte auquel ils appartiennent. « Ça permet d'identifier un groupe religieux donné aux fidèles d'autres groupes religieux. On peut le placer dans le sens d'identification, mais ici c'est plus spirituel », révèle Dr Babalao.
Par exemple, chez les Peda, un signe particulier qui identifie leur communauté est en train de disparaître « parce que non seulement mes enfants ne le portent pas, mais leurs enfants non plus. Donc on perd les traces de cette marque de génération en génération ». Pour cette ethnie, selon M. Tossou, il faut que chaque enfant appartenant au clan porte ces marques sur son visage pour être protégé par le vaudou « dan » qui est généralement appelé python. Et cela doit se faire dès la venue au monde de l'enfant.
Le Déclin et la Résilience de la Pratique
Avec l’arrivée des religions abrahamiques, qu’il s’agisse de l’islam ou du christianisme, et de la colonisation, la pratique de la scarification est en voie de disparition. Les missionnaires chrétiens notamment, ont radicalement interdit cette pratique, en préconisant le respect de la « création » et donc l’intégrité du corps humain. Similairement dans l’islam, certains hadiths tendent à interdire la pratique des entailles rituelles. L’administration coloniale elle-même les interdit dans un souci de préservation de l’intégrité corporelle des mineurs.
De plus, les opposants à cette pratique invoquent les risques sanitaires de la scarification. L’évolution des sociétés a largement marginalisé cette pratique, notamment face aux défis de modernisation. Les risques sanitaires ont également joué un rôle dans ce déclin. Pratiquées parfois avec des instruments non stérilisés, les scarifications pouvaient transmettre des infections. L'urbanisation a également joué un rôle majeur : les jeunes quittant les villages pour les villes ont progressivement abandonné ces traditions pour s'intégrer dans un environnement moderne. La mondialisation et l'influence des standards esthétiques occidentaux ont modifié les perceptions de la beauté. Les nouvelles générations préfèrent d'autres marqueurs identitaires comme les vêtements, l'éducation ou les objets.
Les Défis Contemporains
Le déclin de la scarification est marqué depuis le milieu du XXe siècle. Les opposants à cette pratique jugent qu’elle défigure à vie et expose au risque de contamination par le VIH. Lorsque Naziru Abdulwahab, 6 ans, a été enlevé dans le nord du Nigeria, son ravisseur l’a emmené à l’autre bout du pays pour le vendre. Mais l’acheteur s’est finalement rétracté. Ce qui a sauvé le petit garçon des réseaux de trafics d’enfants, selon la police, ce sont les scarifications rituelles qu’il porte sur les joues depuis la naissance : le client a craint qu’elles ne permettent de l’identifier.
« Notre goût pour ce qui vient de l’étranger nous a détournés de nos coutumes », affirme Mashopa Adekunle, un Oloola (tradipraticien) de la ville d’Ibadan (sud-ouest du Nigeria) : « Plus personne ne veut que son enfant porte des marques tribales. Les gens voient cette pratique comme archaïque, fétichiste et peu hygiénique. » Les Oloola pratiquaient alors environ dix scarifications par mois, contre à peine une seule aujourd’hui, selon l’association des descendants Oloola à Ibadan. Mashopa Adekunle reconnaît que les guérisseurs, s’ils veulent perdurer, doivent prendre en compte les aspirations de la jeunesse nigériane, qui se tourne de plus en plus vers les tatouages à l’occidentale. « Les Oloola doivent faire davantage pour convaincre que leurs outils de scarification peuvent être utilisés sans danger », dit-il.
Un débat se mène autour de cette pratique dans les sociétés africaines. La jeune génération, encline à la modernité et se réclamant d'une certaine nouvelle civilisation, refuse de se faire scarifier. En face, des conservateurs de cette tradition optent pour le maintien de la pratique pour une affirmation de l'identité africaine. Deux générations qui s'affrontent donc autour de la scarification.
La stigmatisation dont sont victimes certaines personnes scarifiées amène surtout les parents à refuser la pratique. « À l'école ou dans certains rassemblements, les enfants qui ont ces cicatrices au visage subissent des moqueries de leurs camarades ou amis. Certains même sont agressés parce qu'ils font partie de telle ou telle ethnie que d'autres n'aiment pas voir », déclare Dr Barthélémy Babalao.
La Persistance de la Mémoire et de l'Identité
Néanmoins, certaines communautés souhaitent tout de même préserver cette tradition. Ainsi au Bénin, dans la ville de Ouidah, la scarification est encore largement pratiquée par le peuple Ouidah en l’honneur de leur ancêtre, le roi Kpasse. Certaines populations font de même dans la commune de Moaga au Burkina Faso. Les scarifications sont un patrimoine essentiel de certaines tribus africaines, tant elles portent des significations culturelles et sociales en elles.
Pourtant, la mémoire de ces traditions persiste. Dans les villages reculés, quelques anciens portent encore fièrement leurs marques. Les musées conservent des masques et des statues reproduisant fidèlement les motifs de scarification. Dauda Lawal, un commerçant de 60 ans, arbore fièrement ses scarifications au visage et affirme être heureux de pouvoir les transmettre à ses enfants : « J’étais l’aîné des fils et mes parents m’ont donné des marques tribales. Même si la pratique est en train de s’éteindre, je me suis quand même assuré que mon premier fils en porte, pour préserver l’identité de la famille. Et je serais heureux qu’il fasse la même chose pour son propre fils, parce que cela fait partie de notre culture et qu’il ne faut pas la laisser mourir. »
Les représentations modernes posent des questions essentielles sur l'identité, la transmission, la relation au corps. Pour les collectionneurs et amateurs d'art africain, comprendre la symbolique des scarifications enrichit considérablement l'expérience esthétique. Les œuvres représentant des personnages scarifiés nous invitent à dépasser notre premier regard, souvent formaté par nos propres codes esthétiques. Chaque fois que le regard se pose sur un portrait aux scarifications délicates, on ne voit plus seulement une œuvre d'art, on contemple des siècles de tradition, des rituels de passage, des codes de beauté ancestraux. C'est accueillir un fragment de mémoire vivante, un témoignage de la diversité humaine, un rappel que l'art africain ne se contente jamais d'être décoratif : il est toujours porteur de sens, ancré dans des réalités sociales et spirituelles profondes.

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