Le mildiou de la vigne, causé par l'oomycète Plasmopara viticola, est une maladie redoutable qui représente une menace majeure pour les régions viticoles humides et tempérées. Le dérèglement climatique intensifie le mildiou dans ces régions, nécessitant une compréhension approfondie de son cycle biologique et des stratégies de lutte efficaces. Contrairement à une idée répandue, le mildiou n'est pas un champignon, mais il partage des similitudes dans son cycle biologique, notamment l'absorbotrophie et la formation d'hyphes. La maladie contamine la vigne dès l’éclosion des bourgeons et cible les organes en croissance, avec des conséquences dévastatrices, particulièrement entre la floraison et la fermeture des grappes.

1. Origine et Nature de Plasmopara viticola
Plasmopara viticola est originaire d’Amérique du Nord, d’où il a été introduit en Europe au milieu du XIXe siècle, causant des ravages dans les vignobles européens. Cet organisme pathogène est classé parmi les Oomycètes, appartenant au règne des Chromistes, et est plus proche des algues brunes que des champignons véritables. Cette distinction est cruciale pour comprendre son mode de vie et ses vulnérabilités. Le mildiou prospère dans des conditions de haute humidité et de températures modérées à chaudes. Les périodes prolongées de pluie ou de rosée favorisent l’apparition de cette maladie, car elles créent un microclimat humide propice à la germination des spores et à l’infection des plantes.
2. Symptômes Caractéristiques du Mildiou de la Vigne
L'identification rapide des symptômes est essentielle pour une intervention efficace. Le mildiou de la vigne se manifeste par une série de signes distincts sur les différentes parties de la plante.
2.1. Sur les Feuilles
Les jeunes feuilles présentent sur la face supérieure des décolorations d’aspect huileux, souvent appelées « taches d'huile ». Ces plages décolorées, jaunes et d'aspect huileux, ont des contours estompés et sont translucides. À mesure que la maladie progresse, le tissu végétatif brunit. Sur les feuilles âgées, les taches peuvent être plus foncées, formant ce que l'on nomme le mildiou « mosaïque ». Puis, un duvet blanc, composé de sporanges, se développe sous la face inférieure des feuilles, particulièrement en conditions humides. Le mildiou dessèche les feuilles, réduisant la photosynthèse et affaiblissant la plante.

2.2. Sur les Inflorescences et Grappes
À la floraison, la rafle contaminée ressemble à une crosse, un symptôme caractéristique. Après la floraison, un feutrage blanchâtre recouvre les jeunes baies. Ensuite, les grains prennent une teinte brun-rouge à violette. C’est entre la floraison et la fermeture des grappes que l’impact du mildiou est le plus dévastateur. Ce parasite se manifeste sous deux formes sur les grappes :
- Le « rot gris » : lors d’attaques précoces sur les inflorescences, il cause des pertes de rendement importantes. Il se caractérise par des fructifications blanches à aspect grisâtre recouvrant les corolles des fleurs si l'inflorescence est atteinte partiellement.
- Le « rot brun » : lorsqu’il contamine les baies formées, il entraîne une dépréciation « faciès coup de pouce » et un dessèchement pendant la phase de maturation.
3. Le Cycle Biologique de Plasmopara viticola
Le cycle de reproduction de Plasmopara viticola est complexe et comprend des phases de conservation hivernale, d'infections primaires et de contaminations secondaires.
C'est quoi le Mildiou de la vigne
3.1. Conservation Hivernale et Germination des Oospores
Plasmopara viticola se conserve l’hiver sous forme d’œufs, appelés oospores, principalement sur les feuilles de vignes présentant le symptôme de mosaïque. Les résidus végétaux au sol constituent la principale source d’inoculum. Les œufs d’hiver restent actifs dans les sols viticoles pendant au moins cinq ans, bien que leur pouvoir infectieux diminue avec le temps. De fait, des contaminations primaires peuvent survenir tout au long de la période végétative de la vigne.
Au printemps, la présence d’eau au sol et des températures dépassant 11°C déclenchent la germination des œufs de mildiou. Plus les températures grimpent, plus la germination s’accélère, pouvant se faire en seulement deux jours. À ce stade, les œufs libèrent des oospores. Les pluies, en soulevant des éclaboussures de sol, transportent alors ces oospores vers les organes humides de la vigne, amorçant la contamination. Une température minimale de 10°C ainsi qu'une pluie de 10 mm sont nécessaires à la réussite de l'infection primaire. Cette période de contaminations primaires correspond au débourrement de la vigne.
3.2. Infections Primaires
D’abord, la contamination s’effectue en foyers. Le pathogène pénètre par les organes riches en eau et en sucre comme les jeunes feuilles et les inflorescences. Les zoospores nouvellement libérées sont la cause de plusieurs cycles de contaminations secondaires jusqu'à l'automne.
3.3. Cycles de Reproduction Asexuée (Infections Secondaires)
Ensuite, le mildiou de la vigne enchaîne très vite plusieurs cycles de reproduction asexuée jusqu’à la véraison. Il touche entièrement la parcelle. Les fructifications que l’on nomme sporangiophores forment le duvet blanc visible sous les feuilles. Des ramifications portent les sporanges. En présence d’eau, ces sacs gonflent et libèrent les spores matures. Puis, ces spores se propagent avec le vent et les pluies. Les infections secondaires se produisent quand l'organe reste mouillé quelques heures.
Le délai d'apparition des symptômes dépend de la température :
- Avec une température de 12 °C, les symptômes seront visibles au bout de 14 jours.
- À une température de 16 °C, le délai se raccourcit à 8 jours.
3.4. Reproduction Sexuée en Fin de Saison
En fin de saison, la phase de reproduction sexuée conduit au développement des œufs dans les tissus des feuilles malades, assurant ainsi la survie de l'oomycète pendant l'hiver et la pérennité du cycle. Le mildiou dessèche les feuilles, réduisant la photosynthèse et affaiblissant la plante.
4. Facteurs Favorables au Développement du Mildiou
Plusieurs facteurs environnementaux et agronomiques favorisent le développement et la propagation du mildiou de la vigne.
4.1. Conditions Climatiques
Le développement du mildiou de la vigne est favorisé par des conditions climatiques spécifiques : une température entre 18 et 24°C, une humidité relative élevée (supérieure à 85 %), et des précipitations régulières ou une forte rosée. Ces conditions créent un environnement propice à la germination des oospores et à la dissémination des zoospores. La présence de zones humides et de cours d’eau accentue le risque de mildiou, car le pathogène a besoin d’humidité pour se développer. Une végétation dense aggrave la situation : elle favorise la rétention d’humidité et ralentit le séchage du feuillage.
4.2. Conditions du Sol
Plus le sol draine lentement l’eau, plus la parcelle devient vulnérable. Les résidus végétaux au sol constituent la principale source d’inoculum, car les œufs d’hiver peuvent y rester actifs pendant au moins cinq ans.
4.3. Cépages et État Végétatif
Les cépages sont plus ou moins sensibles au mildiou. Les jeunes feuilles et les inflorescences sont particulièrement réceptives car riches en eau et en sucre, facilitant la pénétration du pathogène.
5. Lutte Intégrée Contre le Mildiou de la Vigne
Face au mildiou de la vigne, l’enjeu principal est de gérer la résistance des souches de Plasmopara viticola aux fongicides unisites. Une démarche de lutte raisonnée se caractérise par des interventions décidées après estimation des risques réels à l’échelle de la parcelle. Elle intègre des seuils de tolérance ou d’intervention et la mise en œuvre de méthodes de surveillance.
5.1. Mesures Prophylactiques et Pratiques Culturales
La prévention est la meilleure façon de lutter contre le mildiou. Plusieurs mesures peuvent être mises en œuvre :
- Élimination des excès d’eau et prévention des zones humides : Pour réduire la pression de la maladie, il est essentiel d’éliminer les excès d’eau et de prévenir la formation de zones humides.
- Suppression des rejets de vigne : La suppression de tous les rejets de vigne, favorables aux foyers primaires de mildiou, réduit l’inoculum.
- Rognages et travaux en vert : Des rognages et autres travaux en vert éliminent les jeunes feuilles très sensibles et favorisent une bonne aération au sein de la haie foliaire. L'effeuillage, qui consiste à retirer les feuilles autour des grappes pour améliorer la circulation de l’air, peut réduire l’humidité autour des baies et limiter les conditions favorables au mildiou.
- Hygiène du vignoble : Il est recommandé d’éliminer les débris de plantes et de pratiquer une rotation des cultures pour réduire la présence d’oospores dans le sol.
- Ramassage et élimination des feuilles contaminées : Des équipements sont à l’étude pour ramasser et éliminer les feuilles contaminées après la vendange.
- Travail du sol : Certaines pratiques de travail du sol pourraient nuire à la conservation du mildiou ; des travaux visent donc à les identifier et à les mettre en œuvre.
5.2. Lutte Chimique et Biocontrôle
La protection phytosanitaire reste le pilier de la lutte. La première étape consiste à bloquer le foyer primaire dès l’éclosion des œufs, puis à freiner la propagation du pathogène en intervenant au début du printemps et pendant la croissance. L’objectif est de protéger la fleur et la grappe jusqu’à la véraison.
- Gestion des résistances : Un défi majeur complique cette stratégie : la forte plasticité des souches de mildiou, qui contournent vite les modes d’action chimiques en cas d’utilisation répétée. Dans l’élaboration des programmes fongicides, un paramètre clé entre en jeu : la plasticité des souches de mildiou. Chaque début d’année, l’Institut Technique de la Vigne et du Vin (IFV), l’Inrae, l’Anses, les Chambres d’agriculture, le Comité Interprofessionnel du Vin de Champagne (CIVC) et la DGAl partagent leurs analyses sur l’évolution des résistances aux familles chimiques et leurs recommandations d’emploi. Ainsi, selon ce document, tous les modes d’action chimiques, sauf les substances multisites (folpel, cuivre, dithianon) et le fosétyl aluminium, sont concernés par la résistance du mildiou. Généralement, l’alternance des modes d’action des fongicides limite le développement de résistances de la part des bioagresseurs. Cependant, dans de nombreuses situations dégradées, il devient essentiel d’associer des fongicides unisites avec des substances multisites.
- Cuivre : L’application du cuivre s’effectue préventivement, avant les pluies qui vont générer des contaminations. En effet, le cuivre n’agit pas de façon curative sur le mildiou car le pathogène présent à l’intérieur des tissus végétaux est inaccessible pour un produit de contact. Des formulations fongicides associent de plus en plus du cuivre aux autres substances actives pour préserver l’efficacité de ces dernières. En viticulture bio, si la pression mildiou est forte, la stratégie de protection fongicide s’appuie principalement sur le cuivre.
- Produits de biocontrôle : Des solutions naturelles inhibent le développement du mycélium de mildiou ou activent les défenses de la vigne. Les produits de biocontrôle intègrent également les programmes lorsque le risque de mildiou est faible à modéré. Associés à des doses réduites de fongicides chimiques, ils contribuent simultanément à la gestion des résistances et à la réduction de l’Indicateur de fréquence de traitement (IFT).
- Qualité de la pulvérisation : Une pulvérisation de qualité contribue à l’efficacité du traitement et à la limitation de la dérive. La qualité de la pulvérisation s’améliore avec le déploiement sur le terrain de matériels performants possédant la mention Performance Pulvé.
5.3. Utilisation de Variétés Résistantes
La sélection variétale est une stratégie prometteuse. Depuis 2018, quatre variétés de vigne possédant une résistance polygénique au mildiou et à l’oïdium figurent au catalogue officiel. Il s’agit d’Artaban, Floréal, Vidoc et Voltis. Les variétés résistantes au mildiou, à l’oïdium et au botrytis doivent avoir les qualités gustatives correspondant à la typicité de chaque AOC. Le levier variétal est sans aucun doute le pilier majeur dans la stratégie de lutte contre le mildiou.
5.4. Outils d'Aide à la Décision (OAD)
Face à ces contraintes, les outils d’aide à la décision sont essentiels pour un positionnement optimal des fongicides. Le suivi de la pression mildiou s’effectue avec des outils d’aide à la décision de plus en plus précis.
- DeciTrait (IFV) : L’Outil d’aide à la décision (OAD) DeciTrait de l’Institut de la vigne et du vin (IFV) suit l’évolution, à la parcelle, des principales maladies.
- Movida GrapeVision : Movida GrapeVision modélise également le risque de développement des maladies selon les données agronomiques et météo à la parcelle.
- Agrigenius : Quant au service numérique Agrigenius, il s’appuie sur des données mécanistiques, transposables dans toutes les situations.
- Modèles « Potentiels Systèmes » : Les modèles utilisés à l’IFV dans le cadre de la lutte contre le mildiou, l’oïdium et le black rot, font partie des modèles « Potentiels Systèmes ». Ces modèles sont dits climatiques car ils sont basés sur un référentiel météorologique possédant au moins 30 années de données. Ce référentiel est différent pour chaque vignoble, il est testé et approuvé. À partir de ce référentiel, les modèles « Potentiels Systèmes » calculent une « norme météo » et les différentes variables des modèles sont calculées grâce à l’écart entre cette norme et les conditions réelles. Ainsi, 10 mm de pluie en Champagne n’ont pas le même effet sur le mildiou que 10 mm à Gaillac. Ces modèles calculent, en fonction des données météorologiques recueillies sur différents secteurs d’un vignoble, des variables représentant principalement la maturité des œufs d’hiver (en début de campagne), la pression exercée par les différentes maladies, les dates de contaminations, ainsi que leur fréquence et leur intensité. Les modèles « Potentiels Systèmes » permettent une prévision du risque encouru par le viticulteur, en fonction des prévisions météorologiques. Afin de simplifier la lecture des différentes variables des modèles « Potentiels Systèmes », et la rendre accessible aux techniciens et aux viticulteurs, une représentation cartographique des données des modèles a été réalisée.
6. Incidence du Mildiou sur la Qualité des Vins
Les attaques de mildiou ne se limitent pas à des pertes de rendement, mais altèrent également la qualité organoleptique des vins.
6.1. Incidence sur le Vin Rouge
Le mildiou de la vigne présente deux faciès sur grappes : un faciès dit « rot gris » lors d’attaques précoces sur les inflorescences se traduisant par des pertes quantitatives de vendange et un faciès dit « rot brun » lors d’attaques sur baies formées. Des travaux ont montré que la présence de rot brun à la vendange, liée aux attaques tardives de mildiou, joue de façon très nette sur le goût des vins. Les attaques tardives de mildiou altèrent la qualité et le goût du vin, entraînant des pertes aromatiques, une impression de dureté des tanins et de perte de gras en bouche, ainsi qu'une augmentation de l’acidité.
Un début d’altération du vin est présent dès 2 % de rot brun, mais peu perceptible par des dégustateurs isolés. À partir de 5 % d’intensité d'attaque, la qualité du vin se dégrade nettement et amène un début de rejet chez les dégustateurs les plus sensibles. Il est donc recommandé de ne pas dépasser ce seuil. En effet, la présence de rot brun joue sur les caractères aromatiques du vin, en renforçant les notes végétales, de feuille de lierre froissée notamment. En bouche, ils donnent une impression de perte de fruit, de perte de gras et d’augmentation de la dureté des tanins. Les analyses montrent également une augmentation de l’acidité du vin.

7. Perspectives de Recherche et de Développement
La recherche continue d'explorer de nouvelles voies pour lutter contre le mildiou. Des travaux sur les extraits de sarment ont mis en évidence un intérêt de ces substances. Toutefois, la capacité de développement « industriel » de ces extraits reste à évaluer.
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