La Révolution de la Semence Sexée en Élevage Caprin : Enjeux, Techniques et Perspectives

L’amélioration génétique est au cœur de la pérennité des élevages laitiers. Dans ce contexte, l’Organisme et entreprise de sélection (OES) Capgènes, instance professionnelle de définition des objectifs de sélection, de conduite des schémas génétiques et de représentation nationale, joue un rôle moteur. Récemment, Capgènes a travaillé sur la construction d’un index fertilité et d’un nouvel Index combiné caprin, présentés lors de la journée technique caprine du 8 novembre à Sainte-Foy-Saint-Sulpice. Ces avancées s'inscrivent dans une dynamique plus large d'innovation technologique visant à optimiser la reproduction, notamment par l'introduction de la semence sexée.

Schéma illustrant le processus de tri des spermatozoïdes en laboratoire par cytométrie de flux

Comprendre la technologie du sexage de la semence

La semence sexée est le fruit d’une technologie avancée et très récente. Elle repose sur un principe de sélection biologique : le tri des gamètes. En effet, la différence entre un spermatozoïde mâle et femelle réside dans le chromosome X ou Y distribué aléatoirement après la méiose. Le gamète femelle, portant le chromosome X, est plus lourd d’environ 4 % comparé au gamète mâle. Cette différence de masse permet une séparation précise en laboratoire.

Le tri se fait par cytométrie de flux, une méthode inventée dans les années 1980, brevetée et mise en place par la firme américaine Sexing Technology en 2003. Concrètement, les spermatozoïdes sont triés, grâce à leur différence de poids, un par un et chargés électriquement selon le résultat. Cette technologie maximise le pouvoir fécondant en ne retenant que les spermatozoïdes conformes, vivants et mobiles. La précision du tri est d’environ 90 %, permettant d’atteindre une stabilité de 90 % de femelles à la naissance. Il faut environ 4 heures pour trier un éjaculat.

Les défis de la fertilité en semence sexée

Si la technologie offre des perspectives uniques, elle impose des contraintes physiologiques. La manipulation entraîne une certaine fragilisation des spermatozoïdes. De plus, la concentration d'une paillette sexée est nettement moindre qu'une paillette conventionnelle. Pour des doses conventionnelles à 80-100 millions de spermatozoïdes, une dose sexée n’en contient « que » huit millions. Cette différence de fertilité entre une dose conventionnelle et une dose sexée est liée à la plus faible concentration de la semence dans une dose, 10 à 20 fois inférieure.

Sur la race caprine, la baisse de fertilité est d’environ 10 à 15 % par rapport à une semence traditionnelle, pour un taux de réussite entre 40 et 50 %. Afin de mettre toutes les chances de son côté, il est primordial d’optimiser l’utilisation de ces doses fragiles et précieuses économiquement. Il est donc important de prévoir des apports énergétiques, d’antioxydants et un milieu favorable à leur évolution pour contribuer à prolonger leur vie.

L'accompagnement technique et la gestion des troupeaux

Capgènes a initié les premiers essais de semence sexée fin 2017 au travers de campagnes d’expérimentation sur 500 inséminations. Comme pour les bovins, cette technologie nécessite une attention particulière lors de la mise en place. Il faut que les chèvres aient un bon taux de fertilité et veiller à ce qu’elles soient bien en chaleur.

Antoine Gourdon, technicien à Capgènes, expliquait que, depuis janvier 2023, un index fertilité est publié pour les chèvres avec au moins une insémination animale validée et les boucs d’IA. L’index est basé sur le taux de réussite à l’IA : la performance propre pour les femelles et la performance des filles pour les mâles. « Il traduit la capacité des mâles à produire des femelles aptes à l’IA. » Il est exprimé en base 100.

L’éleveur doit bien définir ses objectifs et choisir les chèvres sur lesquelles utiliser de la semence sexée, en lien avec son entreprise de mise en place. Capgènes recommande également de redoubler de vigilance dans la mise en place : température de décongélation, bon état des chèvres, et vérification stricte de la venue en chaleur.

LA TECHNIQUE D'INSEMINATION ARTIFICIELLE CAPRINE APPLIQUEE AU MALI.

Stratégies de reproduction et optimisation de l'IA

En France, l’insémination artificielle (IA) des chèvres joue un rôle important pour le contrôle de la reproduction et la conduite du schéma de sélection. La plupart des chèvres sont inséminées en dehors de la saison sexuelle avec des semences cryo-conservées, après induction hormonale de l’ovulation seule ou en combinaison avec des traitements photopériodiques. Les taux de fertilité sont en moyenne de 65 %.

Pour réduire la perte de fertilité inhérente à la semence sexée, il faut favoriser l’utilisation sur les jeunes femelles, qui présentent souvent un meilleur taux de fertilité. Par ailleurs, des outils comme XtremiA permettent d’amener au bout de la corne le faible nombre de spermatozoïdes, évitant ainsi la perte de charge le long de la remontée de l’utérus.

Le planning d’accouplement est aussi un bon outil à coupler avec la semence sexée pour optimiser et bien cibler les femelles choisies. Les éleveurs peuvent ainsi raisonner différemment l’accouplement des femelles laitières et les stratégies de renouvellement du troupeau. Une alimentation équilibrée est la pierre angulaire de la croissance animale ; tout écart alimentaire peut avoir un effet important et diminuer le taux de réussite à l’IA.

L'avancée technologique pour la filière caprine française

Une première en caprins : les doses sexées femelle arrivent en France en 2022, a annoncé CapGènes. « Aujourd’hui, nous sommes en mesure de proposer des doses de semence sexée femelle aux éleveurs caprins français, une offre unique dans le monde. C’est une belle avancée technologique qui répond à une demande de nos adhérents », souligne Olivier Ponthoreau, directeur de production CapGènes.

Cette offre s'appuie sur une sélection rigoureuse. La liste des boucs doit répondre à une contrainte majeure : ces derniers doivent produire une semence « sexable ». La technologie du sexage demande une quantité importante de semence ainsi qu’une très bonne qualité, car les spermatozoïdes doivent avoir le moins de défauts possibles. Pour la première campagne, huit boucs (quatre Saanens et quatre Alpins) issus du haut de tableau génétique ont été sélectionnés.

La valorisation des produits est un moteur essentiel de cette adoption. Que ce soit pour l’éleveur qui cherche à performer en génétique, celui qui souhaite avoir un bon renouvellement ou encore pour valoriser mieux les produits pour la vente, la semence sexée est un levier majeur. Si la semence sexée reste des doses bien plus chères que la semence classique, elle permet, pour la semence femelle, de vendre des femelles pleines mieux valorisées, et pour le mâle, d'obtenir des produits mieux valorisés à la vente dans certaines filières.

Graphique montrant l'évolution des taux de réussite à l'insémination artificielle en fonction de la qualité nutritionnelle

Facteurs influençant la réussite de l'insémination artificielle

La réussite de l’IA ne dépend pas uniquement de la dose, mais d’un écosystème global. La vache ou la chèvre doit être prête à reproduire. Son cycle doit être régulier, son involution utérine doit être normale, et la venue en chaleur doit être naturelle. Il est recommandé, par exemple, d’inséminer les vaches en production avec des semences sexées 90 jours après le vêlage.

La qualité du logement est également déterminante. Bien choisir son local d’insémination et garder le logement quotidien sain est primordial pour la bonne réussite de l’IA. Il faut également être attentif aux transitions saisonnières : les risques sont accrus lors de la rentrée en bâtiment, de la mise à l’herbe, ou du changement de régime alimentaire. L’excès de concentrés énergétiques à dégradation rapide, comme le blé ou certaines céréales, représente un risque fréquent de baisse de fertilité.

En somme, l’utilisation des semences sexées permet d’être sûr d’avoir une descendance femelle pour garder la génétique d’une femelle que l’on souhaite conserver et améliorer. En mettant un bon bouc sexé avec une bonne femelle, la descendance femelle sera toujours présente au sein du troupeau. Ce travail, mené conjointement par Capgènes et les entreprises de mise en place, illustre la capacité de la filière à intégrer des technologies de pointe pour répondre aux défis économiques et génétiques de demain.

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