Tout savoir sur la semence paysanne : le socle de la souveraineté alimentaire et de la biodiversité

La vérité que porte en son sein l’agroécologie, consubstantiellement ancrée dans les bases agronomiques de l’agriculture biologique, réside dans la démonstration que tout participe du Tout et que tout est une partie du Tout. Le sol fait la plante, tout comme la plante fait le sol. Plante et sol co-évoluent : l’un se nourrit de l’autre, l’un participe de l’autre. Il en est de même pour la graine qui semée dans son environnement, sauvegardée puis cultivée dans les traditions et le savoir-faire paysan, élevée et sélectionnée devient dès lors une semence paysanne. Une semence paysanne co-évolue.

Schéma illustrant le cycle de co-évolution entre le sol, la plante et la graine dans une ferme agroécologique

La nature profonde des semences paysannes

Les semences paysannes sont des semences reproductibles libres de droit, à fécondation libre (aussi appelées variétés population), pouvant être récoltées et semées années après années pour être reproduites, transmises ou échangées. Elles sont le gage d’autonomie et de souveraineté alimentaire. Les semences paysannes sont des graines renouvelées par multiplication successive en pollinisation libre ou en sélection massale. Cette opération se déroule sans aucune auto-fécondation forcée sur de multiples générations. Les semences paysannes sont des variétés anciennes bio.

"Les semences paysannes sont reproductibles et donc reproduites dans leur environnement de production avec des méthodes naturelles, résume Véronique Chable, chercheuse agronome spécialisée en agriculture biologique et semences paysannes à l'Inrae (Institut national de recherche pour l'agriculture, l'alimentation et l'environnement). Les graines sont semées, sélectionnées et reproduites par les agriculteurs."

Genèse et enjeux de la standardisation agricole

Pour répondre aux demandes de l'industrie agroalimentaire, les semenciers ont créé des variétés stables et homogènes, les hybrides F1, en réalisant des croisements forcés entre variétés. Elles ne sont pas reproductibles et les agriculteurs doivent les racheter chaque année. Notons qu'un croisement n'est pas photographique en soi, les jardiniers amateurs en réalisent pour tenter de créer de nouvelles variétés (en alliant une tomate précoce avec une tomate goûteuse, par exemple).

"Les F1 ont été croisées pour répondre aux critères de la grande distribution : cultiver des légumes plus productifs et calibrés, qui se conservent bien, supportent les chocs, et sont adaptés aux engrais et produits phytosanitaires en général, détaille Ananda Guillet, président de Kokopelli, association qui distribue des variétés libres et reproductibles. Ce virage pris par l'agro-industrie dans les années 1940 a séparé la production de la reproduction et a changé les pratiques paysannes. Avant cela, les agriculteurs réalisaient leurs propres semences pour les échanger et les replanter. Producteur de semences n'était pas un métier. Les paysans gardaient la meilleure partie de leur récolte pour en conserver les semences."

D’après la FAO (Organisation des Nations unies pour l’alimentation et l’agriculture), entre 1900 et 2000, 75 % de la biodiversité cultivée a été perdue et l’alimentation repose sur 150 espèces contre 10 000 auparavant. La standardisation des variétés et des races pour répondre aux besoins de l’agro-industrie réduit également la diversité génétique des variétés cultivées.

Infographie comparant la diversité des variétés cultivées en 1900 par rapport à l'an 2000

L'art du semis : techniques et bonnes pratiques

Le fait de semer des graines dans son jardin ou dans son potager ne peut être improvisé. Le taux de germination des graines paysannes et la croissance des plantes dépendent essentiellement de la qualité du semis. D’où l’intérêt d’assurer cette phase de la plantation de fruits, fleurs et légumes. Afin de ne pas commettre d’erreurs lors de vos cultures, prenez en considération les démarches détaillées dans l’article suivant.

Faire un semis avec des semences paysannes requiert l’adoption d’une technique appropriée. Tous les jardiniers passionnés doivent respecter une étape exacte pour arriver à élever des plants de qualité. Avant toute chose, il s’avère fondamental d’avoir un environnement idéal pour semer ses graines paysannes. En d’autres termes, assurer un milieu favorable pour la germination et la croissance des graines. Certes, le semis est faisable directement sur votre terre de culture ou de jardin. Pourtant, pour garantir la qualité des semences, il vaut mieux semer en intérieur d’abord. Une fois que vous avez un environnement approprié bien prêt, passez au choix du substrat. Dans ce cas, utilisez de la terre ou du terreau. Ce dernier doit être bien riche en nutriment, mais pas trop non plus. S’il vient de la terre directe, assurez-vous qu’il ne contient aucune substance chimique. Le substrat tient un rôle important dans la faculté germinative des graines.

D’abord, il faut acheter les semences paysannes chez des sites de vente de semences spécialisés comme La Ferme de Sainte Marthe. Décortiquez son catalogue officiel en ligne pour dénicher des semences certifiées. Faire un petit trou à l’aide d’un bâtonnet ou d’un crayon. Ajouter une à trois graines dans le trou préalablement effectué pour garantir une germination. Vu qu’il s’agit d’une semence biologique, il n’est pas nécessaire d’enrober les graines par des fongicides. Il est inutile de les traiter par des produits chimiques. Une fois le semis achevé, surveillez vos graines de près. En effet, la fin du semis est synonyme de début de l’aventure. C’est le moment où tout commence. Dans ce cas, il s’avère crucial de réaliser un arrosage régulier sans noyer les graines. Si des plantules se démarquent des autres, il faut faire un éclaircissage. L’idée étant d’enlever les plants moins robustes et de laisser les plus performants pousser. Comme ça, vous bénéficiez d’un semis plus favorable. Après l’éclaircissage, poursuivez l’arrosage. Il faut également s’assurer que toutes les conditions nécessaires à la croissance sont toutes réunies. Faire son propre semis avec des semences biologiques demande un substrat totalement naturel.

Calendrier et saisonnalité au potager

Semer des semences n’est pas du tout difficile. En général, chaque jardinier peut faire son semis en n’importe quelle période de l’année. En effet, pour avoir un beau jardin bio, vous pouvez choisir entre l’été, l’automne, le printemps et l’hiver. D’ailleurs, à chaque saison, vous avez le droit de faire quelque chose dans votre verger. Dans ce cas, un jardinier passionné se doit d’adopter un calendrier pour son propre potager. En adoptant un bon calendrier potager, vous arriverez à bénéficier de belles récoltes. Pour les différentes tâches comme le désherbage, il est interdit d’employer des produits phytosanitaires.

Même si le semis avec des semences bio est faisable en toute saison, il existe quand même deux principales périodes à favoriser. De nombreux jardiniers préfèrent faire leur semis biologique en automne. L’automne est une saison convenable pour semer des graines paysannes. Un moment privilégié pour tous les adeptes du jardinage. C’est la période de l’année où les jours sont réduits et les soirées sont plus fraîches. La période la plus prisée par les jardiniers pour le semis est le printemps. Cela concerne les semis des plantes vivaces, des annuelles et presque la majorité des espèces potagères.

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Conservation et sélection des semences

Pour la récolte des graines semées, des démarches sont à honorer en fonction de l’espèce et de la variété. Sélectionnez les plantes les plus performantes issues des semences paysannes. Il s’agit des plantes remarquables par ses fruits, son goût, sa résistance aux maladies. Après cela, passez à la conservation des graines pour ses semis. Plus exactement des graines de fruits ou légumes robustes et résistantes. Le mode de récolte des graines paysannes pour le semis peut varier d’une espèce à une autre. Il en est de même pour leur mode et leur durée de conservation pour le prochain semis.

Enfin, le semis avec des semences paysannes est une technique facile. Tous les jardiniers peuvent bien le faire dans leur propre potager ou verger. Il suffit uniquement d’assurer un environnement fiable pour la germination des graines. Pour le semis des graines biologiques, le mieux est de choisir entre le printemps et l’automne. Les précieuses semences paysannes ne dépendent pas de l'agro-industrie et sont au coeur d'un système alimentaire vertueux.

Nutrition, adaptation et résilience climatique

En Normandie, Triticum, une association de citoyens et de professionnels, œuvre pour la défense de la biodiversité en aidant les paysans à cultiver des variétés de céréales anciennes (plus de 300). "On sait que le blé tendre a été sélectionné au fil des années notamment sur des critères de rendement, et que le sujet de la nutrition a été laissé de côté, souligne Raphaëlle Mann, chargée de mission agronomie et filières de l'association. Les variétés de Triticum (semence de blé Japhet ou Bon Cauchois, épeautre Oberkulmer, seigle de Pluvigner…) permettent d'obtenir des pains plus nourrissants."

"Elles vont s'adapter au terroir et vont enregistrer les informations : sécheresse, maladie. Cela va leur permettre de s'adapter aux conditions de leur environnement et, par exemple, d'avoir moins de besoins en eau. À l'heure du changement climatique, c'est capital ! Ces semences, parce que reproductibles, participent à l'autonomie des agriculteurs - qui ne sont plus dépendant de semenciers - et à l'autonomie alimentaire d'un territoire."

Stéphane Crozat, du Centre de ressources de botanique appliquée, ajoute : "Globalement, les variétés de l'agriculture paysanne sont plus goûteuses. Mais il arrive que certaines soient insipides. Par ailleurs, le goût a beaucoup évolué. Nous nous aimons beaucoup plus le sucré que l'amer. Les semenciers répondent à cette tendance : certaines de leurs variétés - tomates cerises ou cocktail - sont très sucrées."

Cadre légal et accès aux semences

On entend souvent que les semences paysannes sont interdites. En fait, la vente de semences paysannes à des jardiniers amateurs a été officiellement autorisée en juin 2020. Les agriculteurs ont, quant à eux, le droit de cultiver des variétés non inscrites au « Catalogue officiel des espèces et variétés des plantes cultivées » (c'est le cas de la très grande majorité des semences paysannes) et d'en vendre la récolte, mais pas de commercialiser des graines ou des plants.

Rien ne vous permet de savoir que les fruits ou légumes que vous achetez sont issus de semences paysannes. Pas de label existant, même si la question s'est posée au sein du réseau Semences paysannes. Pour dénicher de bonnes tomates, c’est-à-dire des tomates issues de semences paysannes, souvent nommées tomates anciennes, il va falloir se tourner vers les marchés, les ventes directes de producteurs, ou bien mettre les mains dans la terre.

Après des années de luttes acharnées, les eurodéputés ont voté, en avril 2018, pour mettre un terme à la « criminalisation » de la semence paysanne. Votée définitivement le 2 octobre 2018, la loi EGALIM (pour l’équilibre des relations commerciales dans le secteur agricole et alimentaire et une alimentation saine, durable et accessible à tous), dans son article 78, autorisait quiconque à vendre des semences anciennes aux particuliers. L’interdiction stricte d’utiliser des semences paysannes est donc à nuancer. Le combat pour les semences libres est donc loin d’être fini.

Vers une autonomie semencière collective

La MSP d’AgroBio Périgord a été créée en 2001. Des agriculteurs hébergent des variétés à multiplier de maïs, tournesol et céréales à paille, pour faire leurs propres semences mais également pour en restituer au collectif. La vocation première de la Maison de la Semence est de conserver et de multiplier des variétés peu communes, d’intérêt patrimonial, local et/ou agronomique.

"Aujourd’hui dans le monde 5 des géants de la chimie, devenus producteurs des semences, contrôlent la moitié du marché et veulent une chose : être propriétaires des semences. A qui appartiennent les graines ? Sont-elles un bien commun de l’humanité ou une marchandise comme les autres ?"

En achetant et semant ces semences paysannes, vous participez à lutter contre les OGM, les pesticides, les engrais chimiques et le brevetage du vivant. Vous aidez également à restaurer la diversité variétale, contre la généralisation des variétés F1 dans l’agriculture. Vous aurez de plus un potager réellement bio à sa base, l’assurance d’acheter des graines de plantes issues de végétaux non traités chimiquement. Du coup, votre potager et votre verger seront plus résistants, car sélectionnés pour une culture biologique. Germinance est un réseau d’une cinquantaine de producteurs bios. Ils offrent une large gamme de choix pour de bons prix. Kokopelli est une association qui propose plus de 1700 variétés de légumes, c’est le plus grand choix de semences bios sur internet. Graines del Païs est un réseau d’une vingtaine de producteurs bios répartis dans plusieurs régions.

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