Le pois de printemps, culture de plus en plus prisée pour ses qualités protéiques et son rôle dans les rotations agricoles, fait l'objet d'une sélection variétale rigoureuse. L'objectif principal est de combiner un rendement élevé avec une bonne tenue de tige, deux facteurs déterminants pour la viabilité économique de cette culture. Les fabricants d'ingrédients agro-alimentaires manifestent un intérêt croissant pour les variétés à graines jaunes, caractérisées par un poids de mille grains (PMG) et une teneur en protéines élevés, ouvrant ainsi de nouvelles perspectives pour l'utilisation du pois de printemps dans l'alimentation humaine et animale. Cette analyse se propose d'explorer en détail les performances des différentes variétés, en mettant un accent particulier sur 'Bagoo', tout en abordant les pratiques culturales essentielles pour optimiser le potentiel de cette légumineuse.

Le Rendement : Une Variable Clé Soumise aux Conditions Climatiques
Les conditions météorologiques de l'année 2018 ont particulièrement mis en évidence la sensibilité du pois de printemps aux aléas climatiques. Dans le nord de la France, des semis tardifs en avril, suivis de conditions sèches et de températures élevées durant la floraison à partir de fin mai, ont engendré une limitation significative des rendements, qui se sont établis en moyenne autour de 40 q/ha. Cette tendance s'est également observée dans le sud du pays, où des excès d'eau au printemps ont conduit à des rendements moyens à faibles. Ces observations soulignent l'importance cruciale d'un choix variétal adapté au contexte pédoclimatique local.
Parmi les variétés à graines jaunes, 'Karpate' s'est distinguée en 2018, confirmant sa suprématie sur la période pluriannuelle de trois ans. Sa régularité de rendement, même durant des années contrastées (2017 et 2018 chaudes et sèches, 2016 humide), et sur l'ensemble des regroupements régionaux, en fait une référence solide. Elle surpasse 'Kayanne', qui fut longtemps considérée comme la variété de référence, marquant ainsi un progrès notable en termes de rendement.
La variété 'Bagoo' représente une autre option intéressante à surveiller. Si elle a occupé la tête du classement en 2017, elle s'est retrouvée bien classée dans la plupart des régions en 2018, à l'exception notable du sud de la France. Elle ressort particulièrement dans le regroupement Hauts de France-Normandie.
D'autres variétés, testées depuis quatre ans et jusqu'alors bien classées, comme 'Astronaute', 'Safran', 'Volt' et 'Mowgli', ont déçu lors de la campagne 2018. 'Mythic', quant à elle, a montré un retrait pour la quatrième année consécutive, sauf dans le Sud où elle a affiché un bon comportement, à l'instar d''Astronaute'. La variété 'Trendy', présente sur trois ans, a vu ses performances s'améliorer cette année, contrastant avec ses mauvais classements des années précédentes. Inversement, 'LG Auris' a connu une forte baisse de rendement en 2018 comme en 2017, s'éloignant des résultats obtenus en 2016, ce qui suggère une certaine instabilité pour ces deux variétés. De même, 'Altarus', testée sur deux ans, n'a pas confirmé ses performances de 2017. Pour sa première année d'évaluation, 'Kassiopée' s'est plutôt bien comportée, contrairement aux deux autres nouveautés - 'Spot' et, surtout, 'Hacker' - qui ont connu un décrochage et se retrouvent en fin de classement.
En ce qui concerne les variétés à graines vertes, 'Karioka' et 'Blueman' ont, pour la deuxième année consécutive, obtenu des résultats supérieurs à ceux de 'Kayanne'. 'Daytona', qui avait présenté des rendements particulièrement faibles en 2017, a enregistré un très bon classement en 2018. À l'inverse, 'Kingfisher', 'Crackerjack', 'LG Stallion' et 'Bluetooth' ont déçu cette année, s'éloignant de leurs performances élevées des années précédentes, ce qui indique une instabilité notable pour ces cinq variétés. Sur une période de trois ans, la variété 'Poseïdon' n'a pas dépassé la moyenne. 'Vertige' s'est rapprochée de la moyenne en 2018, mais reste en dessous du rendement moyen obtenu en 2015.

La Hauteur à la Récolte : Un Atout pour la Facilité de Travail
La hauteur à la récolte constitue un critère de choix essentiel pour les agriculteurs. Les variétés dites "hautes" facilitent grandement la récolte, particulièrement dans des conditions difficiles, telles que des sols humides ou la présence de cailloux en surface. Parmi les variétés évaluées, 'Hacker' présente une hauteur à la récolte d'environ 50 cm, similaire à celle de 'Kayanne'. Pour les variétés disponibles depuis deux ans, 'Bagoo' se distingue en étant environ 15 cm plus haute que 'Kayanne'. 'Volt', présente sur trois ans, dépasse la hauteur de 'Kayanne' de 10 cm. Les variétés plus anciennes, telles qu''Astronaute', 'Mythic' ou 'Safran', affichent des écarts de hauteur relativement faibles par rapport à 'Kayanne'.
Le Poids de Mille Grains (PMG) : Indicateur de la Taille des Graines
Le PMG est un indicateur important de la taille des graines, qui peut influencer leur valorisation sur le marché. Les variétés présentant les plus petites graines incluent 'Kassiopée', 'Bagoo' et 'LG Auris', avec des PMG inférieurs à 230 g. Les autres variétés affichent un PMG supérieur à celui de 'Kayanne' (234 g). 'Karpate' et 'Hacker' présentent un PMG égal ou supérieur à 250 g. Les PMG les plus élevés ont été observés pour 'Spot', 'Safran', 'Mowgli' et 'Altarus', avec une moyenne avoisinant les 260 g.
La Teneur en Protéines : Un Facteur de Qualité Crucial
La teneur en protéines est un critère de qualité déterminant, particulièrement pour les débouchés agro-alimentaires. Parmi les nouveautés testées en 2018, 'Hacker' et 'Kassiopée' se distinguent par des teneurs en protéines supérieures d'environ un point à celles de 'Kayanne'. 'Spot' apporte 0,5 point de protéines en plus par rapport à 'Kayanne'. Concernant les variétés testées depuis deux ans, 'Altarus' se démarque par une teneur en protéines très élevée. 'Karpate' et 'LG Auris' affichent des teneurs en protéines similaires à celles de 'Kayanne'.
Il est important de noter l'évolution des variétés de pois au fil du temps. Les variétés cultivées dans les années 1990 et au début des années 2000, telles qu''Athos', 'Baccara', 'Badminton' et 'Solara', étaient toutes très sensibles à la verse. Ces variétés ne sont aujourd'hui plus cultivées, ayant été largement remplacées par 'Kayanne' (inscrite en 2008) et d'autres variétés comme 'Mythic' ou 'Astronaute'.

Bonnes Pratiques Agricoles pour le Pois de Printemps
L'optimisation du rendement et de la qualité du pois de printemps repose sur un ensemble de bonnes pratiques culturales, depuis le choix de la parcelle jusqu'aux conditions de semis.
Choix de la Parcelle : Fondement d'une Culture Réussie
La première étape cruciale consiste à sélectionner une parcelle saine, dotée d'une réserve hydrique suffisante. Le pois, en fin de cycle, peut être sujet à un stress hydrique qui limite la mise en place des composantes du rendement, telles que la durée de floraison, le nombre d'étages de gousses, le nombre de graines par gousse et le PMG. Le choix d'une parcelle avec une réserve hydrique adéquate est donc primordial pour assurer une alimentation satisfaisante de la plante. Les sols superficiels, présents sur 26 % des surfaces de pois de printemps dans le Nord-Est de la France, ne sont pas adaptés et pénalisent le potentiel de rendement, surtout les années sèches.
Il est également conseillé d'écarter les sols argileux lourds, qui présentent des risques accrus de mauvaise mise en place des racines ou d'asphyxie racinaire. Une vigilance particulière doit être portée au choix d'une parcelle exempte d'aphanomyces. Ce pathogène persistant du sol peut causer des dégâts considérables en cas de printemps doux et humide. Certaines légumineuses sensibles, même utilisées en couvert, peuvent favoriser le développement de ce pathogène.
Préparation du Sol et Semis : Garantir un Bon Enracinement et une Levée Uniforme
Le pois requiert un sol bien aéré sur les 15 premiers centimètres pour favoriser le développement des racines et des nodosités, conditions indispensables à une nutrition azotée et à une alimentation hydrique optimales. Il faut être attentif aux lits de semences trop fins dans les sols sujets à la battance.
Afin de faciliter la récolte du pois, notamment par l'enfouissement des cailloux et le nivellement du sol, un roulage peut être recommandé. Cette opération doit être réalisée soit après le semis, soit au stade 3-4 feuilles du pois. Si un herbicide de prélevée est appliqué, il est impératif de rouler avant l'application de l'herbicide pour ne pas compromettre son efficacité.
Semer tôt et dans des conditions ressuyées est une stratégie clé pour limiter les stress de fin de cycle. Dans la mesure où les conditions le permettent, il est recommandé de semer le pois de printemps dès le 20-25 février. Des pertes de rendement de l'ordre de 2 à 5 q/ha sont observées pour les semis tardifs. En cas de semis sur sol gelé, la graine germera lorsque les températures redeviendront favorables, mais la levée pourrait être plus lente et hétérogène.
Il est primordial de ne pas sur-densifier le semis de pois. Un semis trop dense crée un micro-climat humide à la base du couvert, propice au développement des maladies. Une forte densité entraîne également une compétition accrue entre les plantes pour les ressources en éléments nutritifs et en eau, augmentant ainsi leur sensibilité aux carences et au stress hydrique. Pour les semences de ferme ou les lots bruchés, il est conseillé d'effectuer un test de faculté germinative afin d'adapter au mieux la densité de semis.
Bastien fait le point sur les dates de semis pois d'hiver et pois de printemps
Nutrition Minérale : Un Apport Équilibré Essentiel
Le pois de printemps a une exigence moyenne en phosphore et potasse, mais il ne faut pas négliger ces apports. Pour un potentiel de 45 q/ha, il est recommandé de prévoir 36 kg/ha de phosphore et 52 kg/ha de potasse. En cas d'exportation de pailles, il convient de rajouter 10 kg/ha de phosphore et 60 kg/ha de potasse. Il est important d'éviter les "impasses" en matière d'apports, car même si les symptômes de carences du pois sont souvent peu visibles, ils peuvent freiner le potentiel de la culture. Pour les sols pauvres en magnésium, un apport de 30 à 60 kg/ha peut être envisagé. Ces doses d'apports doivent être ajustées en fonction de la teneur de ces éléments dans le sol et de l'historique des apports dans la rotation culturale.
Variétés Spécifiques et Innovations
Dans le paysage variétal, certaines variétés se distinguent par leurs caractéristiques spécifiques. Par exemple, 'KWS FLAM' est une variété reconnue pour son excellente productivité (première du réseau Terres inovia 2024), se caractérisant par un nombre de grains par mètre carré très élevé et un faible PMG. Elle offre une bonne hauteur à la récolte et un excellent comportement face à la verse. 'SYNERGY' est une variété demi-précoce en floraison et à maturité, offrant une très bonne régularité de rendement et un bon comportement à la verse, avec une faible teneur en vicine convicine.
'CAPRICE' réalise de bonnes performances en rendement en 2025, avec un indice de rendement de 103,4%, et se positionne comme une référence conseillée grâce à sa teneur en protéines élevée et son PMG moyen. Pour les débouchés en alimentation humaine, la variété 'BATIST', inscrite en 2020, est une référence avec une performance pluriannuelle supérieure à la moyenne et l'un des meilleurs PMG. Elle est de type printemps, demi-précoce, résistante à la verse et de groupe 00.
Le marché des semences de pois de printemps est dynamique, avec l'introduction de nouvelles variétés et l'amélioration continue des caractéristiques agronomiques. Le choix d'une variété doit impérativement prendre en compte les spécificités de chaque exploitation, les conditions pédoclimatiques locales, ainsi que les débouchés visés, afin de maximiser le potentiel de cette culture essentielle à l'agriculture durable.