Semences Population : Définition, Enjeux et Rôle dans l'Agroécologie

Champ de maïs avec des plantes variées

Introduction : La Semence, Pilier de l'Agriculture et de la Biodiversité

La semence est au cœur de toute production agricole, un élément fondamental qui porte en elle le potentiel de renouvellement des cultures. Historiquement, elle a été le lien entre les générations de cultivateurs et la terre, un médium d'adaptation et d'évolution. Selon le Larousse, une semence est « une graine, ou autre partie d’un végétal, apte à former une plante complète après semis ou enfouissement ». Cette définition englobe les graines sélectionnées pour être semées, mais aussi d'autres organes de reproduction des végétaux tels que les plants, boutures ou greffons.

Au fil des millénaires, la sélection - initialement involontaire - de caractères utiles chez des espèces sauvages a conduit à leur domestication et à la naissance de l'agriculture. Aujourd'hui, la sélection variétale est un processus conscient et maîtrisé, demeurant un facteur essentiel d’évolution et d’adaptation des systèmes agricoles. La majeure partie de notre alimentation provient de céréales et d’autres graines, souvent issues de plantes annuelles qui nécessitent une culture annuelle à partir de semences.

Au sein de chaque espèce de plante cultivée, il existe de nombreuses variétés. Une variété est un ensemble de plantes de la même espèce pouvant être clairement identifiées par des caractères (morphologiques, physiologiques, chimiques, etc.) que la multiplication conserve. Par exemple, l'espèce Zea mays (maïs) regroupe des milliers de variétés, chacune se distinguant par sa couleur, sa saveur, sa grosseur, ou la durée de son cycle biologique. L'ensemble des variétés existantes constitue les ressources génétiques dont disposent les paysans et les semenciers pour la culture et la sélection de nouvelles variétés.

Infographie montrant la classification des plantes cultivées

La biodiversité cultivée, ou agrobiodiversité, correspond à la diversité des plantes et des animaux d’élevage utilisés en agriculture dans un territoire donné. Elle englobe la diversité génétique au sein des espèces, le nombre d’espèces, leurs importances relatives et leurs associations au sein des agrosystèmes. Cette biodiversité, essentielle à notre alimentation et à la résilience des agrosystèmes, a connu une forte érosion au cours du dernier siècle. La FAO estime que 75% de la diversité génétique des plantes cultivées a été perdue entre 1900 et 2000.

Face à cette perte alarmante et aux défis climatiques et environnementaux actuels, un regain d'intérêt se manifeste pour des approches de sélection et de production de semences qui valorisent la diversité, la résilience et l'autonomie des agriculteurs. C'est dans ce contexte que les "semences population", souvent aussi appelées "semences paysannes", retrouvent leur pertinence et sont considérées comme une solution d'avenir pour une agriculture plus durable.

Agriculture : préserver la biodiversité des semences

Qu'est-ce qu'une Variété Population ?

Une variété population est une approche distincte et fondamentale de la gestion des semences, contrastant fortement avec les variétés modernes homogènes. Elle est définie comme un ensemble d’individus aux génotypes variés, à base génétique large, composées d’individus exprimant des phénotypes proches mais présentant une grande variabilité génétique. Ces variétés sont généralement sélectionnées au champ par des agriculteurs et multipliées en pollinisation libre sans autofécondation forcée. Le Réseau Semences Paysannes, une organisation clé dans la promotion de ces pratiques, précise que les semences paysannes sont des variétés-population : une population rassemble des individus proches génétiquement, mais tous différents (comme une famille) : leur diversité génétique leur confère une grande adaptabilité et sont la solution d’avenir aux changements climatiques.

Schéma illustrant la variabilité génétique d'une population

Caractéristiques Fondamentales des Variétés Populations

  1. Diversité Génétique et Phénotypique : Contrairement aux variétés homogènes modernes, une variété population se caractérise par une richesse génétique importante. Les individus au sein de la population ne sont pas tous parfaitement semblables, bien qu’ils possèdent des caractères communs. Cette diversité se traduit par des phénotypes variés, visibles par exemple par des différences de couleurs et de caractéristiques au sein d'une même culture, comme le maïs population. Cette hétérogénéité est un atout majeur pour l'adaptation. Les variétés populations sont composées d’individus exprimant des caractères phénotypiques proches, mais présentant encore une grande variabilité leur permettant d’évoluer selon les conditions de cultures et les pressions environnementales. Elles sont définies par l'expression de caractères issus de combinaisons variables de plusieurs génotypes ou groupes de génotypes.

  2. Reproduction en Pollinisation Libre : Le mode de reproduction par pollinisation libre est essentiel. Il permet le brassage génétique et l'évolution constante de la population. Les variétés population sont renouvelées par multiplications successives en pollinisation libre et/ou en sélection massale, sans autofécondation forcée sur plusieurs générations. Cette caractéristique les distingue des hybrides F1, obtenus par fécondation forcée entre lignées pures.

  3. Sélection Paysanne et Évolution Continue : Les variétés populations sont traditionnellement sélectionnées directement au champ par les agriculteurs. Cette sélection se fait de manière dynamique, souvent non intentionnelle au départ, s'apparentant à un processus darwinien de sélection naturelle. Certains individus, mieux adaptés aux conditions de culture locales (climat, nature du sol, présence de bioagresseurs), poussent mieux et leurs graines se retrouvent davantage dans la récolte et le semis suivant. D’année en année, des caractères favorables propres à l’environnement local sont ainsi sélectionnés. C’est ainsi que des variétés adaptées aux différentes régions et terroirs voient le jour, se maintiennent et continuent à évoluer.

    À cette sélection naturelle s'ajoute une sélection volontaire, ou artificielle, appelée sélection massale. Les paysans peuvent choisir de ressemer certaines graines plutôt que d’autres, en fonction de critères spécifiques à leurs besoins, comme la taille des grains ou la qualité des individus qui les ont produits. Cette intervention humaine accélère l’évolution des variétés populations et la sélection de certains critères. Par sélection naturelle et artificielle, la gestion in situ permet une adaptation en continu aux conditions de cultures locales et au terroir. Les variétés populations évoluent donc au rythme des modifications des techniques de culture et des changements bioclimatiques.

L'Histoire des Variétés Populations

Ces variétés étaient communément produites et utilisées jusqu’à la révolution verte des années 60 en Europe et dans le reste du monde. Avant le XIXe siècle et la diffusion des connaissances sur les lois génétiques de l'hérédité, la sélection des plantes était une pratique entièrement paysanne, basée sur l'observation et la reproduction des individus les plus performants. Les paysans cultivaient la terre en ressemant une partie de leur récolte et en échangeant leurs semences, contribuant ainsi à une richesse variétale considérable et à une adaptation locale des cultures. Par exemple, il y a 9 000 ans, le maïs, alors appelé téosinte, était déjà cultivé par les premières civilisations amérindiennes, et les paysans sélectionnaient et conservaient leurs propres semences. Au fil des siècles, le maïs s'est répandu, notamment aux États-Unis, où l'on recensait plus de 20 000 variétés à une certaine époque.

Ancienne gravure montrant des paysans sélectionnant des semences

L'industrialisation de l'agriculture et la révolution verte ont ensuite marginalisé les variétés populations au profit de variétés modernes, développées pour des raisons de productivité et de transformation industrielle, et de plus en plus homogènes.

Semences Populations vs. Variétés Modernes : Une Question d'Objectifs et de Valeurs

La distinction entre semences population et variétés modernes est essentielle pour comprendre les enjeux agricoles actuels. Alors qu'un maïs hybride F1 est issu du croisement de deux lignées « pures » et sélectionné pour sa stabilité et son homogénéité dans des conditions de production optimales, un maïs population (ou « de pays ») provient de la sélection paysanne. Ces deux approches répondent à des philosophies et des objectifs différents.

Variétés Homogènes : Lignées Pures et Hybrides F1

À partir du XIXe siècle, les découvertes génétiques et les progrès en génétique ont permis aux semenciers de perfectionner l'obtention de variétés standardisées et stables. Deux grands types de variétés homogènes ont vu le jour : les lignées pures et les hybrides F1.

  • Lignées Pures : Elles sont obtenues par autofécondations successives et sélection des descendants les plus intéressants. Ce processus réduit la diversité génétique, chaque gène n'existant plus qu'en une seule version (homozygote). Les populations dérivées de lignées pures sont ainsi très peu diversifiées, offrant une grande homogénéité.

  • Hybrides F1 : Ces variétés sont issues du croisement entre deux individus appartenant à deux lignées pures distinctes. Les variétés F1 possèdent pour chaque gène les allèles du père et de la mère, ce qui peut résulter en une vigueur hybride (hétérosis), se traduisant par des caractères souvent meilleurs que ceux des lignées pures (très vigoureuses, productives et homogènes). Cependant, la descendance d'un hybride F1 est très hétérogène et peu productive, ce qui oblige les agriculteurs à racheter des semences chaque année s'ils veulent continuer à profiter de ces avantages. Cette non-reproductibilité par le paysan est un point crucial. Les hybrides F1 concernent principalement des cultures comme le maïs, le tournesol, la betterave sucrière, le colza, la carotte, l’asperge et la tomate.

Schéma comparatif lignée pure et hybride F1

L'arrivée des semences hybrides américaines et le lancement d’un programme de sélection par l’Institut National de la Recherche Agronomique (INRA) ont été des facteurs critiques dans l’intensification de la culture du maïs en France après la Seconde Guerre Mondiale. Cette culture est passée d’une activité quasiment vivrière à une production mécanisée à hauts rendements, destinée aux besoins croissants des élevages nationaux.

Les variétés modernes ont été sélectionnées pour maximiser les rendements dans le cadre des pratiques agricoles issues de la révolution verte (recours à l’irrigation, aux engrais minéraux et aux produits phytosanitaires) et pour répondre aux processus de transformation et de distribution du système alimentaire industrialisé. Elles sont un élément clé de la standardisation et de l’industrialisation du système alimentaire. Par exemple, pour le blé tendre, des variétés avec un type de gluten résistant capable de supporter des pétris rapides ont été sélectionnées pour la filière boulangère industrielle.

Semences Paysannes vs. Semences Fermières vs. Semences Industrielles

Pour clarifier davantage, il est utile de distinguer les différentes catégories de semences :

  • Semences Paysannes (Variétés Populations) : Elles sont reproductibles, produites, sélectionnées et conservées localement par des paysans ou des jardiniers à partir de populations génétiquement variées. Elles évoluent avec le climat, le sol et les pratiques de culture. Issues d’un processus nécessairement collectif, elles sont librement échangeables dans le respect des droits d’usage définis par les collectifs qui les font vivre. Elles ne sont pas inscrites au Catalogue Officiel et sont libres de droit, appartenant à l’agriculteur qui les récolte et peut les ressemer sans contribution financière. Leur vente est très encadrée, limitée à l'entraide agricole et à l'expérimentation de petites quantités.

  • Semences Fermières : Ce sont des graines récoltées à partir d’une variété inscrite au Catalogue Officiel et protégée par un Certificat d’Obtention Végétale (COV) ou un autre titre de propriété intellectuelle détenue par les industriels. Elles sont reproduites sur une ferme, et le paysan doit rémunérer l’obtenteur de la variété pour cette utilisation (souvent via une "Contribution Volontaire Obligatoire"). Une grande majorité d’agriculteurs ont recours aux semences fermières, mais cette pratique, avec les variétés actuelles, oblige souvent à revenir à la semence hybride tous les deux ou trois ans.

  • Semences Commerciales (Industrielles) : Elles regroupent les lignées pures et les hybrides F1. Elles sont issues de sélection professionnelle et répondent à des critères stricts de stabilité, d'homogénéité et de distinction pour être inscrites au Catalogue Officiel des Semences et Plants. Ces semences sont souvent non reproductibles par le paysan ou soumises à des droits de propriété, exigeant un rachat annuel.

La pression exercée par l’industrie agro-alimentaire sur les semences a provoqué la disparition de 75 % de la biodiversité cultivée en 50 ans. Cependant, les paysans et paysannes ont toujours sélectionné et produit leurs semences à travers le monde, et ont ainsi entretenu cette biodiversité cultivée essentielle à notre alimentation.

Les Atouts des Variétés Populations pour une Agriculture Résiliente

La diversité génétique offerte par les variétés populations et leur mode de reproduction par pollinisation libre leur confère la particularité d’être évolutives. Par la sélection naturelle et la sélection opérée par l’agriculteur, les variétés population ont ainsi la capacité de s’améliorer au fil des générations selon les objectifs définis par l’agriculteur et les contraintes environnementales qu’elles subissent. Ces atouts sont particulièrement pertinents dans le contexte actuel de changements climatiques et de transition agroécologique.

Adaptation aux Conditions Locales et aux Changements Climatiques

Les caractéristiques des variétés populations évoluent en fonction des variations des conditions environnementales locales. Cette plasticité est un avantage considérable. Grâce à leur diversité génétique, elles conservent un haut niveau de diversité qui leur confère une capacité d’adaptation face à des conditions pédoclimatiques stressantes et face aux organismes bioagresseurs. Les agriculteurs sélectionnent leurs populations en fonction de leurs besoins spécifiques, comme la précocité et le rendement en grains, ce qui conduit à une meilleure adaptation au terroir et à l’utilisation, souvent pour la valorisation à la ferme.

Carte des zones climatiques et sols

Les variétés populations sont rustiques et peu exigeantes en intrants. Elles s’adaptent aux terroirs, aux pratiques paysannes et aux changements climatiques. Face aux défis du réchauffement climatique, leur capacité à évoluer et à s'adapter localement est un atout majeur, permettant de construire une agriculture plus résiliente.

Résistance aux Maladies et Moindre Dépendance aux Intrants

La diversité génétique des variétés populations leur confère une meilleure résistance face aux maladies et aux ravageurs. Comme l'a observé Thomas Tuaux, un producteur bio, son maïs population se comporte bien face aux maladies, en partie grâce à cette diversité. Cela réduit le besoin en produits phytosanitaires, s'inscrivant parfaitement dans les principes de l'agriculture biologique et de l'agroécologie.

De plus, ces variétés sont généralement moins gourmandes en intrants (engrais, pesticides), ce qui diminue les coûts de production pour les agriculteurs et réduit l'impact environnemental. Cela contribue à une agriculture plus autonome et plus respectueuse des écosystèmes.

Autonomie des Agriculteurs et Réappropriation des Savoir-faire

Cultiver et sélectionner ses propres semences est un acte de réappropriation d’une facette essentielle du métier d’agriculteur. Ne pas dépendre des firmes semencières permet une plus grande indépendance économique et stratégique. Des agriculteurs comme Thomas Tuaux soulignent l'importance de cette autonomie, surtout en élevage laitier bio.

La production de semences population permet de retrouver des valeurs paysannes et offre une grande satisfaction en étant maître de sa production du début à la fin. Ce travail de sélection, bien que demandant du temps, est perçu comme une valeur ajoutée qui rémunère le temps de travail et contribue à la valorisation de pratiques agricoles durables.

Agriculture : préserver la biodiversité des semences

Un Levier pour la Diversité et la Résilience des Agrosystèmes

Les variétés populations sont un levier important de diversité et de résilience des agrosystèmes. En maintenant une large base génétique, elles contribuent à la conservation de la biodiversité cultivée, essentielle pour la sécurité alimentaire mondiale. Elles favorisent également des systèmes agricoles plus complexes et moins vulnérables aux chocs.

Cette diversité se manifeste également par des différences de couleurs, de goûts et de caractéristiques qui ne se trouvent pas dans les catalogues des semenciers, offrant des opportunités pour des débouchés locaux et une valorisation à la ferme.

La Culture du Maïs Population : Un Exemple Concret

Le maïs population offre un exemple éloquent des avantages et des défis liés à la culture des semences populations. Alors que la plupart des maïs cultivés sont des lignées hybrides, des agriculteurs choisissent de cultiver et sélectionner leurs propres semences, créant ainsi des "maïs population" ou "maïs paysan".

Pourquoi Choisir le Maïs Population ?

Pour les agriculteurs, les raisons de choisir le maïs population sont multiples :

  • Rustique et adapté au terroir : Ces variétés sont mieux adaptées à leur terroir et à leurs débouchés. À partir de variétés anciennes comme Blanc de Monein, grand roux basque, Rouge d’Astarac ou Aguartzan, ils cultivent et sélectionnent des populations avec une importante diversité d’individus.
  • Biodiversité : Cultiver le maïs population permet de maintenir et de développer une certaine biodiversité.
  • Autonomie : La production de ses propres semences est une manière de ne pas dépendre des firmes semencières et de se réapproprier une facette du métier d'agriculteur.

Les Spécificités de la Culture du Maïs Population

La culture du maïs population demande une attention particulière et des pratiques adaptées :

  • Préparation du sol et semis : Une bonne préparation du sol est essentielle pour un développement rapide. Il faut attendre un sol bien réchauffé pour le semis. Des tests de germination sont nécessaires pour évaluer la densité de semis requise, généralement 60 000 à 70 000 pieds/ha.
  • Sélection au champ : En cours de culture, il est nécessaire d'enlever les pieds les plus chétifs. À la récolte, il faut repérer les pieds les plus intéressants et en garder la moitié des épis, effectuant ainsi une sélection massale. La pollinisation libre donne une plus grande variabilité entre individus qu’avec un hybride, mais la sélection conduite localement permet une meilleure adaptation au terroir et à l’utilisation.
  • Récolte et séchage : Pour les besoins d'une exploitation de taille moyenne, 10 ares de maïs population peuvent suffire à produire la semence pour 5 à 8 hectares l'année suivante. Le ramassage se fait souvent à la main, avec un tri simultané des épis pour ne garder que les plus intéressants. Les épis entiers sont séchés en cribs, avant d'être égrainés.
  • Décalage de maturité : Les individus d'un maïs population ne sont pas tous au même stade de maturité, la floraison pouvant s’étaler sur 3 semaines. Cela contraste avec les hybrides F1, où tous les individus arrivent à maturité simultanément.
  • Rendement et qualités nutritionnelles : Si le maïs population peut être très volumineux, il n'y a pas forcément de perte de rendement en maïs ensilage. Bien qu'il puisse être un peu plus tardif, la quantité de matière sèche produite est similaire. De plus, certaines variétés populations, comme la variété Lavergne, offrent de bons rendements (14/15 tonnes de matière sèche sur de bonnes terres) et des qualités nutritionnelles intéressantes (riche en oligoéléments et vitamines), même si elles sont moins riches en amidon.

Variétés de maïs population avec différentes couleurs d'épis

Le travail de sélection et de production des semences de maïs population demande du temps et un investissement personnel important, mais pour de nombreux agriculteurs, il représente une démarche passionnante et valorisante.

Cadre Réglementaire et Défis pour les Semences Populations

Malgré leurs nombreux avantages, les semences populations font face à des défis importants, notamment en raison du cadre réglementaire actuel qui favorise les variétés homogènes et industrialisées.

La Réglementation sur la Commercialisation des Semences

Depuis 1960, pour qu’une variété puisse être commercialisée (semences et graines), elle doit obligatoirement être inscrite au Catalogue Officiel National. Cette inscription nécessite de répondre favorablement à des examens rigoureux :

  • Tests DHS (Distinction, Homogénéité, Stabilité) :
    • Distinguable : La variété doit être différente de toutes les variétés déjà inscrites.
    • Homogène : Les plantes de cette variété doivent avoir des caractéristiques semblables.
    • Stable : La reproduction de la semence ne doit pas modifier la variété.
  • Tests VATE (Valeur Agronomique, Technologique et Environnementale) : Ces tests évaluent la productivité, la résistance aux maladies, la valeur technologique (adaptation aux procédés de transformation) et la dépendance de la variété aux produits de traitement.

Le coût d’inscription et de maintien au catalogue officiel est significatif (entre 7 000 € et 11 000 € pour une céréale à paille, plus les annuités). De plus, un lot de semences doit être certifié avant d’être vendu, garantissant sa conformité, sa qualité et l'absence de problèmes sanitaires.

Diagramme du processus d'inscription au catalogue officiel

En raison de ces exigences d'homogénéité et de stabilité, les semences de variétés populations, par nature diverses et évolutives, ne peuvent être commercialisées dans le cadre réglementaire actuel, sauf exceptions très encadrées. Cette situation limite leur diffusion et leur développement à plus grande échelle.

Les Défis de la Conservation et de l'Échange

La conservation des ressources génétiques se fait de deux manières principales :

  • Conservation ex situ : Dans des banques de graines, où les variétés sont stockées et ne sont plus soumises aux changements environnementaux. Cependant, ces banques sont souvent détenues par un petit nombre d'organismes privés ou publics, et l'accès pour les agriculteurs est difficile. L'intérêt de ces banques est génétique plutôt qu'agricole, car il faudrait plusieurs années pour multiplier les semences pour une utilisation alimentaire.
  • Gestion in situ : C'est la conservation dynamique au champ, où les paysans eux-mêmes participent au maintien et au renouvellement de la diversité de leurs cultures. Les échanges de graines entre différentes régions peuvent également contribuer à la diversification locale des ressources génétiques.

La réglementation actuelle crée une situation paradoxale où les semences paysannes, fruits d’une sélection et d’une conservation collective, sont librement échangeables au sein de collectifs mais ne peuvent être vendues en dehors de cadres très spécifiques (entraide agricole, expérimentation).

Initiatives et Solutions pour les Semences Populations

Face à ces défis, des initiatives paysannes et des programmes de recherche collaborative émergent pour soutenir et développer les semences populations :

  • Le Réseau Semences Paysannes (RSP) : Cette organisation promeut les semences paysannes, les définissant comme un commun inscrit dans une co-évolution entre les plantes cultivées, les communautés et les territoires. Le RSP est un acteur majeur dans la structuration de collectifs d'agriculteurs pour la sélection et la conservation des semences.
  • Les Maisons des Semences Paysannes : Inspirées par des expériences comme les "Casas de Sementes Criolas" au Brésil, ces structures permettent de mutualiser les différentes étapes de production et de conservation des semences, de sécuriser les collections vivantes et de renouveler la biodiversité cultivée. Elles sont un levier pour protéger les semences paysannes de possibles accaparements.
  • Projets de recherche participative : Des programmes comme le CASDAR Proabiodiv et CASDAR Covalience visent à co-construire et formaliser des modèles de gestion dynamique locale pour développer l’autonomie semencière et l’adaptation des systèmes de production au contexte local. Par exemple, plus de 85 variétés de maïs sont étudiées dans le cadre de ces projets.
  • Groupes d'agriculteurs : Des collectifs d'éleveurs bio se réapproprient la culture et la sélection du maïs population, échangeant leurs expériences et progressant ensemble pour adapter les variétés à leurs besoins spécifiques.

Ces initiatives témoignent d'une volonté de retrouver une autonomie, de préserver la biodiversité cultivée et de développer des pratiques agricoles plus résilientes face aux enjeux contemporains.

Photo de groupe d'agriculteurs échangeant des semences

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