Les semences paysannes : fondements, enjeux et renouveau agricole à Saint-Brieuc

La question des semences occupe une place centrale dans la transition écologique de nos systèmes alimentaires. Les semences paysannes s’adaptent à leur environnement, semis après semis, année après années. Elles ne sont pas sélectionnées pour ses caractères de performance, à l’inverse des semences commerciales classiques, souvent hybridées, qui sont issues de croisement entre deux variétés sélectionnées selon leurs caractéristiques particulières pour répondre aux critères de l’industrie agroalimentaire : plus de rendement, des fruits et légumes calibrés.

Champ de céréales anciennes diversifiées en Bretagne

Définition et spécificités de la semence paysanne

Une semence paysanne, aussi appelée « variété population », est semée, sélectionnée et reproduite à la ferme d’un paysan. Ces semences, anciennes ou « variétés populations », sont celles qu’un agriculteur prélève dans sa récolte en vue d’un semis ultérieur. Elles sont reproductibles : les graines peuvent être récoltées sur le fruit ou le légume, pour être ressemées plus tard. À contrario, les semences commerciales classiques sont difficiles à multiplier.

La semence paysanne est évolutive et s’adapte, de génération en génération, aux conditions de son environnement. Si le climat évolue, elle va évoluer. Cette capacité d’adaptation est le fruit d’une gestion vivante de la biodiversité. Le domaine de la sélection végétale n’est apparu en tant que tel qu’au cours du XXe siècle, au fur et à mesure que l’activité de sélectionneur se professionnalise. Avant cela, les agriculteurs reproduisaient leurs semences à la ferme, et opéraient par la même occasion une sélection plus ou moins poussée.

Évolution de la législation et accès au marché

Pendant longtemps, la commercialisation de ces variétés a été entravée par des règles strictes. Seules les semences inscrites au catalogue officiel des semences autorisées pouvaient être commercialisées. Cependant, depuis le 1er janvier 2022, il y a une nouvelle réglementation européenne sur l’agriculture biologique. Elle autorise la commercialisation du Matériel hétérogène biologique (MHB), à savoir les semences de populations hétérogènes, incluant donc les semences paysannes.

Depuis janvier 2022, les semences paysannes sont autorisées à la vente aux particuliers. Elles peuvent désormais être cultivées par les jardiniers amateurs. Leur vente est de facto autorisée par la loi, mais seulement auprès des particuliers. La législation régule uniquement le marché de la semence. Les associations membres du Réseau semences paysannes s’échangent depuis longtemps des graines, dans le but de les préserver.

La recherche participative et l'innovation agricole

L’innovation agricole a longtemps été appréhendée sous l’angle des transformations qu’elle occasionnait aux organisations sociales et techniques dans les campagnes. Dans la période de modernisation agricole, l’effort a porté sur le développement par les ingénieurs et chercheurs de nouveaux objets techniques, puis leur adoption par le nombre le plus large d’agriculteurs. Ce mode opératoire de la modernisation a nourri un modèle diffusionniste de l’innovation.

Cependant, les théories sociologiques plus récentes se focalisent sur l’implication croissante des usagers dans la production de l’innovation. Le projet de sélection participative, initié notamment par des agriculteurs du Réseau Semences Paysannes (RSP) en collaboration avec des chercheurs de l’INRA, illustre cette nouvelle dynamique. En s’appuyant sur la diversité des variétés anciennes et locales, ce projet ne conduit pas à la sélection de nouvelles variétés génétiquement homogènes, mais innove sur la nature même des variétés, ainsi que sur les formes d’organisation pour les obtenir ou les maintenir.

Blés paysans, le jeu de la sélection

Dynamiques locales : l'exemple de Saint-Brieuc

Le territoire de Saint-Brieuc Armor Agglomération est le théâtre d’un renouveau agricole soutenu par des structures comme « Agriculture paysanne 22 ». Cette association accompagne des personnes qui envisagent de s’installer en agriculture. En 2020, le nombre de porteurs de projet a augmenté de 20 %. Une hausse qui se poursuit. L’ambition d’Agriculture paysanne 22 est de promouvoir les installations agricoles de tailles moyennes, durables et intégrées dans le paysage local.

Pour favoriser les installations, Agriculture paysanne 22 participe au Plan de professionnalisation personnalisé (PPP) de la chambre d’agriculture. Elle accompagne également des porteurs de projets à travers des temps d’échanges collectifs et individuels, des stages et des formations comme « De l’idée au projet ». Les bénéficiaires sont majoritairement des personnes en reconversion, souvent sans antécédents agricoles directs, cherchant à aligner leur activité professionnelle sur leurs valeurs.

Schéma organisationnel d'une ferme en agriculture paysanne

Transmission et pérennité des fermes

La question de la transmission des exploitations est cruciale. Pascal Prido, vice-président en charge de l’agriculture et de la transition alimentaire, souligne : « 60% des chefs d’exploitation de l’agglomération vont partir à la retraite d’ici moins de 10 ans. Or, on sait, d’ores-et-déjà, que les candidats à la reprise vont manquer. Il faut préparer l’avenir et c’est le sens du plan d’actions élaboré entre Agriculture Paysanne 22 et l’Agglomération. »

Des exemples comme la « Ferme Ar Goued » à Saint-Brieuc illustrent cette transition. Isabelle Mellerin-Alexis et Raphaël Alexis ont repris une exploitation laitière pour la transformer en chèvrerie bio, avec le soutien des dispositifs d’accompagnement locaux. Ces nouveaux paysans privilégient souvent des circuits courts, la vente directe et l’utilisation de semences paysannes pour leurs cultures fourragères ou maraîchères.

Diversité cultivée et réseaux d'acteurs

Tout au long de l’année, les producteurs BioBreizh proposent des légumes issus de semences paysannes comme l’oignon rosé de Roscoff, l’échalote, le chou de Lorient, le brocoli « violet du Cap » ou encore le chou-fleur. Ces souches sont sélectionnées et multipliées dans les fermes ; le producteur reproduit lui-même ses semences d’une année sur l’autre. Certaines sont d’ailleurs transmises depuis 3 générations.

Le Réseau Semences Paysannes (RSP) regroupe principalement les organisations bio et paysannes nationales, des associations de préservation et de renouvellement de la biodiversité cultivée, des associations de producteurs, des artisans-semencier et des ONG. Parallèlement, des entreprises comme Voltagrain interviennent comme partenaires dans le commerce agricole à Saint-Brieuc, fournissant services et produits aux agriculteurs pour répondre à leurs besoins opérationnels dans un contexte de marché agricole en constante évolution. La complémentarité entre ces réseaux de préservation de la biodiversité et les structures de conseil agricole permet de structurer une offre diversifiée, capable de répondre tant aux impératifs écologiques qu’aux exigences économiques des producteurs locaux.

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