Les prairies sont au cœur des systèmes d’élevage, fournissant une ressource fourragère essentielle et jouant un rôle crucial dans la santé des sols et la biodiversité. Maintenir leur productivité et leur qualité est donc primordial. Le réensemencement, qu'il s'agisse d'un semis en sol nu ou d'un sursemis dans une prairie existante, constitue une pratique agronomique fondamentale pour atteindre cet objectif. Les possibilités de mélanges d’espèces sont nombreuses, et pour obtenir des résultats agronomiques et économiques optimisés, il est important de faire des choix cohérents avec le contexte de l’exploitation et de la parcelle même. L’implantation de certains mélanges conduit parfois à des échecs à cause d’une mauvaise vue globale de son système. Il est important de noter qu'un mélange multi-espèces est aussi plus résilient au dérèglement climatique, offrant une meilleure adaptation aux variations climatiques et aux pressions environnementales. La réussite de ces opérations dépend d'une compréhension approfondie des périodes optimales, des techniques appropriées, du choix judicieux des espèces et d'une préparation adéquate du sol. Cet article explore les stratégies et les éléments clés pour une maîtrise efficace du réensemencement et du sursemis des prairies.
I. Comprendre le Réensemencement et le Sursemis : Quand et Comment Agir ?
La décision de réensemencer ou de sursemer une prairie est guidée par plusieurs facteurs, dont l'état de la prairie existante, les objectifs de production et les conditions environnementales. Ces pratiques visent à améliorer la composition floristique, augmenter la productivité, renforcer la résilience face aux stress et adapter la prairie aux besoins spécifiques de l'élevage.
Les Périodes Optimales de Sursemis
Le moment choisi pour le sursemis est un facteur déterminant pour son succès. Deux périodes principales sont généralement envisagées : le printemps et la fin de l'été, chacune présentant ses propres avantages et inconvénients.
Le Sursemis au Printemps
Au printemps, la date de semis ne doit pas être trop précoce afin de prendre en compte le réchauffement de la terre qui doit être suffisant pour permettre une levée rapide des semences. Une température du sol adéquate est essentielle pour une germination rapide et uniforme. Cependant, à cette période de forte pousse de l’herbe, le risque de concurrence avec la végétation en place est important. Les jeunes plantules devront lutter pour l'accès à la lumière, à l'eau et aux nutriments, ce qui peut compromettre leur installation. En revanche, « le semis ne doit pas être trop tardif afin que les espèces implantées soient suffisamment développées (4-5 feuilles pour les graminées, 3 feuilles pour le trèfle blanc) pour supporter des sécheresses précoces », insiste l’Institut du végétal. Un semis printanier trop tardif expose les jeunes pousses aux risques de stress hydrique estival avant qu'elles n'aient eu le temps de développer un système racinaire profond.
Le Sursemis en Fin d’Été
Une autre technique est de réaliser le sursemis en fin d’été à partir du 15 août. Cette période offre un environnement différent pour l'implantation. La prairie en place est alors moins « poussante », ce qui limite la concurrence avec les nouvelles semences. Cette réduction de la compétition permet aux jeunes plantules de s'établir plus facilement sans être étouffées par l'herbe existante. En revanche la réserve en eau du sol est souvent faible à cette période ce qui peut contrarier les chances de succès. La sécheresse post-estivale peut être un facteur limitant majeur, nécessitant une attention particulière à l'humidité du sol ou la possibilité d'irrigation.

Techniques de Mise en Œuvre du Sursemis
La méthode de semis influence directement l'efficacité de l'implantation des semences. Plusieurs options sont disponibles, adaptées à différents contextes et équipements.
Choix de l'Équipement et Profondeur de Semis
Le semis peut se faire à la volée (descentes de graines escamotées) avec un semoir à céréales équipé d’une herse. Cette approche permet de distribuer les graines sur une large surface. Le recouvrement se fait à faible profondeur (1 cm maximum), ou avec un combiné de semis spécialement équipé pour réaliser l’hersage en surface. La faible profondeur de semis est cruciale. De manière générale, le semis des prairies se fait à faible profondeur (1 cm). Les semis plus superficiels favorisent plutôt une bonne implantation des légumineuses comme le trèfle blanc contrairement aux semis plus profonds qui favorisent plutôt les graminées. Cette distinction est importante pour optimiser la composition floristique souhaitée.
La Dose de Semis Préconisée
La quantité de semences à utiliser est un paramètre clé pour assurer une densité de peuplement adéquate. « La dose de semis préconisée est proche de celle d’un ressemis en sol nu : elle varie de 20 à 25 kg/ha pour les graminées, en pur ou en association, et de 3 à 5 kg par ha pour le sursemis de trèfle blanc seul », détaille Arvalis. Ces recommandations permettent d'atteindre une densité suffisante pour une installation rapide et une compétition efficace contre les adventices et la végétation en place.
Le Succès des Semences "Agressives"
Le succès de la pratique du sursemis est lié à la capacité des semences implantées à concurrencer la végétation en place. Le choix de semences doit donc s’orienter vers des variétés dites agressives, c’est-à-dire capables de s’installer rapidement. Arvalis conseille ainsi le ray-grass anglais et le trèfle blanc pour des parcelles destinées au pâturage. Ces espèces sont reconnues pour leur vigueur juvénile et leur capacité à s'établir rapidement sous la pression du pâturage. Le ray-grass hybride, le brome et le trèfle violet sont adaptés pour le sursemis des prairies de fauche. Leurs caractéristiques de croissance et de production les rendent idéales pour des récoltes régulières.
II. Sélection des Espèces et des Mélanges pour des Prairies Performantes
Le choix des espèces et la composition des mélanges fourragers sont des décisions stratégiques qui impactent la productivité, la pérennité et la valeur nutritive de la prairie. Une approche méthodique, basée sur des critères précis, est indispensable.
Critères Essentiels pour un Mélange Approprié
En agriculture biologique, le choix d’un mélange approprié se fait sur base de 5 critères. Ces principes sont également applicables à toutes les formes d'agriculture et constituent un cadre solide pour la prise de décision.
Durée d’Utilisation du Mélange et Pérennité des Espèces
Pour qu’un mélange exprime le maximum de son potentiel sur toute sa durée d’utilisation, il est prioritaire de choisir des espèces avec une pérennité correspondante. Les espèces présentent des cycles de vie différents qui influencent la longévité de la prairie. En général, les espèces à implantation rapide ont une pérennité plus faible (ray-grass d’Italie, ray-grass hybride, trèfle violet, hybride) alors que les espèces à implantation lente restent en place longtemps (dactyle, fétuque, fléole des prés, pâturin des prés…).
Pour raisonner de manière objective, la durée d’utilisation doit prendre en compte essentiellement le nombre d’hivers que va passer la prairie. C’est le facteur limitant pour certaines espèces qui puisent dans leurs réserves pour passer l’hiver, voire meurent. Cela veut dire que si un mélange est implanté à l’automne, cela compte déjà pour une année. C’est également une fausse bonne idée de vouloir prolonger la durée d’utilisation d’un mélange au-delà de ce qui est prévu, car les coûts fixes liés à la prairie restent identiques pour une productivité moindre. Il faut retourner une prairie temporaire quand cela fait mal au cœur ! L'équilibre entre la pérennité des espèces et les objectifs de rotation de la culture est essentiel.
Type d’Utilisation du Fourrage Produit
Le type d’utilisation donne également les lignes directrices pour la composition du mélange. Les exigences d'une prairie de pâturage diffèrent grandement de celles d'une prairie de fauche ou d'ensilage.
- En pâturage, on va choisir des espèces qui sont résistantes au piétinement (ray-grass anglais, trèfle blanc, pâturin des prés) et limiter le dactyle, la fétuque élevée moins appétante et le ray-grass d’Italie très remontant. La capacité des espèces à supporter le passage des animaux et à se régénérer après le broutage est primordiale.
- Pour une récolte en ensilage, les graminées de qualité et les trèfles apportent du sucre et de la protéine en bonne quantité avec peu de pertes de feuilles. L'objectif est d'optimiser la valeur nutritive du fourrage récolté.
- En récolte en sec, limitez au maximum le trèfle violet qui a une grosse tige et évitez les variétés tétraploïdes. La structure de la plante et sa teneur en eau au moment de la récolte sont des considérations importantes.
- Le ray-grass d'Italie n'est pas recommandé car sa remontaison (plusieurs floraisons) est rapide (surtout par temps sec) ce qui diminue la valeur du fourrage et provoque un semis spontané. Le ray-grass d'Italie devient alors une adventice difficile à maîtriser dans la rotation. Sa gestion peut devenir problématique à long terme.
Conditions Pédoclimatiques de la Parcelle
Le régime hydrique conditionne fortement le type de flore à implanter sur une parcelle. Les espèces fourragères ont des préférences très marquées en matière d'humidité du sol. Avec un bon régime hydrique : favorisez le ray-grass. Pour les sols séchants, on incorpore plus de dactyle et fétuque élevée. Ces espèces sont plus tolérantes à la sécheresse. Le pH et la profondeur sont importants aussi. La luzerne exige des sols profonds à pH neutre, alors que le lotier s’adapte bien sur les sols superficiels. L'analyse des caractéristiques du sol est donc un préalable indispensable.

Intensité d’Exploitation et Fertilisation
Certaines espèces supportent mal des fauches ou pâturages trop répétés, voire des fertilisations trop soutenues. La capacité des plantes à récupérer après les coupes ou le broutage est variable. Les légumineuses se développent moins lorsqu’il y a des apports réguliers de lisier rendant les graminées très concurrentielles. Un excès d'azote peut favoriser les graminées au détriment des légumineuses, déséquilibrant le mélange. La luzerne peut être exploitée jusqu’à 5 fois sur l’année, à condition de lui laisser reconstituer ses réserves. Le lotier ne restera implanté durablement que si la prairie est gérée de manière extensive. L'intensité d'exploitation doit donc être adaptée aux espèces présentes.
L'Usage de Semences Biologiques
La priorité est l’utilisation de semences biologiques lorsque la variété souhaitée est disponible. Cette démarche s'inscrit dans les principes de l'agriculture biologique. En fonction du niveau de disponibilité de l’espèce, une dérogation peut être demandée et accordée ou non avant le semis pour l’utilisation d’une variété plus adaptée à l’exploitation. Les niveaux d'autorisation sont définis comme suit :
- Niveau 1 : autorisation exceptionnelle
- Niveau 2 : dérogation individuelle
- Niveau 3 : notification obligatoire
Ces procédures garantissent une flexibilité tout en maintenant l'intégrité du cahier des charges biologique.
III. Préparation du Sol et Techniques de Semis
Une bonne préparation du sol est le fondement d'une implantation réussie, que ce soit pour un sursemis ou un réensemencement complet. Les techniques varient en fonction des conditions de la parcelle et des contraintes de temps.
Le Travail du Sol : Fondement d'une Bonne Implantation
Le travail du sol vise à créer un lit de semences favorable à la germination et à l'établissement des plantules, tout en gérant la flore adventice.
Semis sur Travail de Sol Simplifié ou Labour
Si les conditions le permettent, le semis peut se faire sur travail de sol simplifié : un travail du sol superficiel (<8cm si peu de vivaces présentes) 3 semaines avant le semis afin de faire germer les graines d’adventices et de céréales rejetées par la moissonneuse. Cette technique permet de limiter la perturbation du sol tout en nettoyant la parcelle des premières levées d'adventices. S’il n’y a pas suffisamment de temps ou que les conditions météo ne sont pas propices à un travail de sol de bonne qualité (trop sec ou trop humide) : un labour à faible profondeur (15 cm) permet de gagner du temps en éliminant directement les repousses. Cette option est plus radicale et peut être nécessaire dans des situations de forte infestation d'adventices ou de sols très compactés.
Gestion des Adventices Spécifiques
Un point d'attention particulier doit être porté aux adventices persistantes. Si l'on a des problèmes de rumex (obtus) dans une parcelle, un premier passage de déchaumeur avec ailettes doit être effectué à une profondeur de 10-12 cm minimum. Cette action mécanique vise à perturber le système racinaire de ces plantes invasives.
Texture du Sol et Outils de Travail
Le travail du sol ne doit ni être trop grossier (mauvais contact sol-graine) ni trop fin (risque d’érosion). Un lit de semences idéal est finement émietté en surface mais ferme en profondeur. L’usage d’outil animé (herse rotative) n’est donc pas toujours nécessaire, un travail du sol sur 5 cm de profondeur est souvent suffisant. L'objectif est d'obtenir une structure de sol qui favorise l'enracinement sans créer de compaction ni de risque de lessivage.
L'Apport d'Engrais de Ferme avant Semis
Avant le dernier travail du sol, on peut en profiter pour faire un apport d’engrais de ferme sous forme de fumier composté jeune (15 T/ha) ou de lisier bien dilué (10-15 m³/ha) pour donner un coup de pouce pour l’implantation pour les jeunes plantules. Cet apport de matière organique et de nutriments est crucial pour le démarrage des cultures. En cas d’implantation d’un mélange à dominance de luzerne, on en profitera plutôt de faire un apport de chaux pour maintenir un bon pH et assurer la nutrition en calcium pour l’année suivante. La luzerne, exigeante en calcium, bénéficiera grandement de cette correction.
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Types et Profondeurs de Semis
Le choix de la technique de semis, qu'il soit en ligne ou à la volée, ainsi que la profondeur d'enfouissement des graines, ont une incidence directe sur le taux de levée et la composition finale de la prairie.
Profondeur de Semis et Spécificités des Espèces
De manière générale, le semis des prairies se fait à faible profondeur (1 cm). Les semis plus superficiels favorisent plutôt une bonne implantation des légumineuses comme le trèfle blanc contrairement aux semis plus profonds qui favorisent plutôt les graminées. Cette particularité est due à la taille des graines et aux besoins en lumière pour la germination de chaque type d'espèce.
Semis en Ligne ou à la Volée ?
Chaque méthode a ses avantages selon le contexte :
- En ligne : Pour des mélanges de courte durée avec des espèces à implantation rapide, le semis en ligne convient bien. Il est également préférable lorsque les conditions sont très sèches car on peut plus facilement aller rechercher un peu d’humidité dans le sol en ajustant la profondeur de semis. Cette méthode assure une meilleure précision et un meilleur contact sol-graine.
- À la volée (avec un léger recouvrement) : Les intérêts du semis à la volée sont plus marqués pour des mélanges de longue durée contenant des espèces à implantation plus lente. Pour les prairies à destination du pâturage, le semis à la volée est avantageux pour la formation rapide d’un gazon dense. Il est aussi plus facile de maintenir une profondeur de semis faible, ce qui avantage les légumineuses et les graminées à petites graines. Ces avantages sont conditionnés par une humidité de sol suffisante.
Le Roulage du Semis
Rouler le semis en conditions de sol suffisamment ressuyé (aussi en profondeur) permet un meilleur contact sol-graine et permet de faire remonter l’eau par capillarité en conditions sèches. Il faut alors un rouleau suffisamment lourd (min 400 kg/mètre). Cela limite aussi le risque de dessèchement des plantes, favorisant ainsi une meilleure levée et un établissement plus robuste des plantules.
IV. Caractéristiques Détaillées des Principales Espèces Fourragères
La connaissance des spécificités de chaque espèce est indispensable pour construire des mélanges adaptés aux objectifs de production et aux contraintes environnementales.
Graminées Clés
Les graminées constituent la base de la plupart des prairies, offrant volume et énergie.
- Fétuque élevée : Cette espèce aime les sols profonds et supporte bien les sols hydromorphes, la sécheresse et les températures élevées. Elle est très pérenne mais s’installe très lentement. Son épiaison a lieu début mai et elle est non remontante. Elle démarre tôt en végétation. Sa valeur alimentaire est moyenne à bonne. La fétuque élevée tardive à feuille souple est une variété intéressante.
- Dactyle : Le dactyle est adapté aux sols séchants et supporte les températures élevées. Il est déconseillé dans les sols hydromorphes car il supporte mal l’excès d’eau. Son installation est lente mais sa pérennité est élevée. Le dactyle épie début mai et est non remontant. C’est la graminée la plus riche en protéines. On privilégiera le dactyle tardif.
- Ray-grass Anglais (RGA) : Recommandé pour des parcelles destinées au pâturage, il est résistant au piétinement. Composé majoritairement de Ray-grass Anglais associé à différentes variétés complémentaires de fétuques, ce mélange polyvalent s’adapte très bien dans tous types d’environnements en plaine. Il garantit une résistance au piétinement, mais aussi un rendement élevé en fourrage de qualité et une récolte étalée sur toute la saison. On évitera les variétés précoces, privilégiant l'intermédiaire et/ou le tardif pour les prairies permanentes.
- Ray-grass hybride (RGH) : Cette espèce s’implante rapidement, sur tout type de sol. Sa productivité est bonne, cependant, l’espèce présente une dormance estivale. Plutôt adapté à la fauche, il est moins remontant et de meilleure valeur nutritionnelle qu’un ray-grass d’Italie. Il existe plusieurs types comme le RGH typé Italien ou le RGH mixte.
- Fétuque des prés : Cette espèce supporte bien le froid, la neige et les conditions de sol humide. Elle craint les contextes séchants et les fortes températures. Son installation est très lente.
- Fléole des prés : Cette espèce est adaptée aux sols acides et humides et convient particulièrement bien dans les zones à hivers très froids.
- Pâturin des prés : Très long à implanter, il a principalement des fonctions d’engazonnement et de limitation des salissements pour des utilisations en pâturage de longue durée, uniquement en mélanges. Il est excellent pour la résilience du tapis herbacé.
- Festulolium : Cette famille de plantes est issue de croisements entre ray-grass et fétuque. Elle couvre une très large palette de comportements et d’adaptations aux conditions pédoclimatiques, aux modes d’utilisations et à la durée de la culture.
Légumineuses Essentielles
Les légumineuses enrichissent la prairie en protéines et en azote, améliorant la valeur fourragère et la fertilité du sol.
- Trèfle blanc : L’utilisation de cette légumineuse peut être très large. Les seules situations présentant moins d’intérêt pour sa culture sont celles d’excédent de fertilisation azotée, de difficulté de désherbage, de recours à de grandes légumineuses ou de prairies de courte durée (installation relativement lente). Le trèfle blanc géant ou le trèfle blanc intermédiaire (avec possibilité de mettre 2 variétés avec par exemple des ports différents) sont des options. Sa densité de semis n'est pas à mettre en relation avec une densité de peuplement car il est explosif.
- Luzerne : Cette espèce est adaptée aux sols calcaires bien drainés et fonctionne également bien avec inoculation sur des sols relativement acides avec chaulage. En revanche, elle ne supporte pas les sols hydromorphes ni les sols très acides. C’est l’espèce la plus productive en conditions chaudes, sèches et humides. Elle est riche en protéines, moins en énergie. La luzerne de type Flamande, ou des variétés à port étalé et tiges fines, peuvent être semées en mélange.
- Trèfle violet : Cette espèce s’implante facilement et rapidement. Elle tolère les sols humides et acides et s’adapte à de basses températures. En revanche, sa résistance à la chaleur et à la sécheresse est moyenne. Le trèfle violet est très productif et possède une bonne valeur alimentaire, bien équilibrée. Il est adapté à la fauche et présente des risques de météorisation. Il existe des variétés 2n (diploïdes) et 4n (tétraploïdes), ainsi que des variétés 2n à port étalé (pâturage; ex : Pastor).
- Sainfoin : Espèce d’implantation relativement lente, réservée aux sols calcaires. Il est principalement utilisé en fauche et peut être cultivé en pur. Sa bonne capacité de séchage confère un intérêt particulier à cette légumineuse. Elle est également riche en protéines et en tanins et non météorisante.
- Lotier corniculé : Intéressant sur sols pauvres superficiels et séchants, il est peu agressif et peu productif. Sa dormance est variable entre les différentes variétés et sa pérennité est de 4 ans. Le lotier est bien adapté au pâturage mais est aussi utilisable en fauche.
- Trèfle hybride (2n) : Le trèfle hybride s’installe assez rapidement, supporte l’immersion et reste productif dans les sols compactés, humides, acides et asphyxiants. Cette espèce est très résistante au froid mais sensible à la sécheresse. Elle est adaptée au pâturage comme à la fauche et présente des risques de météorisation. Le trèfle hybride possède une bonne teneur en protéines et révèle un bon comportement en association. Son PMG est identique à celui du trèfle blanc, et il est moins météorisant que les autres trèfles, et pauvre en phyto-œstrogènes.
Impact de la Ploïdie sur les Variétés
La ploïdie, ou le nombre de chromosomes d’une variété tétraploïde qui a été multiplié par deux, joue un rôle important dans le comportement des plantes. Par exemple, les variétés tétraploïdes de ray-grass sont généralement plus productives et plus riches en eau. La composition des mélanges doit prendre en compte le pouvoir de concurrence des espèces et variétés au cours de phases-clé de la prairie. Cependant, une variété tétraploïde supporte moins la sécheresse et les températures élevées. Son implantation est rapide. Il existe de grandes différences de précocité entre les variétés et deux ploïdies ; les choix des variétés sont donc à réfléchir selon le type d’utilisation souhaité. Par exemple, les variétés les plus tardives sont mieux adaptées au pâturage, les plus précoces sont plus résistantes en situations froides ou séchantes.
V. L'Élaboration de Mélanges Spécifiques pour Prairies Temporaires et Permanentes
La conception des mélanges fourragers est un art qui allie la science agronomique à l'expérience du terrain. Elle doit répondre à des objectifs clairs et tenir compte des spécificités de chaque parcelle.
Principes Généraux pour la Composition des Mélanges
Les mélanges prairiaux, tout comme les associations simples d’une variété de graminée avec une variété de légumineuse ou encore les semis d’espèces pures, constituent aujourd’hui une gamme de solutions techniques pour le semis des prairies. Autant de solutions à combiner ou à choisir selon les contextes de production et les attentes des éleveurs. Pour établir les tableaux de mélanges décris ci-après, nous avons orienté nos choix vers les espèces mentionnées précédemment.
Pour lire les tableaux de propositions de mélanges, il convient de suivre une méthodologie en quatre étapes :
- Première étape : choisissez votre objectif de production et allez au tableau correspondant.
- Deuxième étape : placez-vous dans la colonne correspondante aux critères de votre parcelle (terrain normal, vite sec, sec et humide ou humide).
- Troisième étape : lisez verticalement les densités de semences à prévoir par hectare pour votre mélange.
- Quatrième étape : Certains cas proposent 2 variantes pour une même densité de semis de 30 kg à l'hectare.
Ces tableaux sont des outils précieux pour guider le choix des agriculteurs.

Spécificités des Prairies Permanentes
Les prairies permanentes ont des exigences particulières en termes de pérennité et de résilience.En prairie permanente, le trèfle utilisé est à petite graine, donc le pourcentage en poids de semences plus faible ne signifie pas nécessairement moins de trèfle. De plus, en prairie pâturée la végétation plus courte le favorise.
- Trèfle violet 2n étalé Pastor : Renseigné pour prairie permanente avec une pérennité due à du repiquage et du semis spontané qui peut être provoqué. Apprécié en Suisse et en France.
- Trèfle blanc intermédiaire : Possibilité de mettre 2 variétés avec par exemple des ports différents. Sa densité de semis n'est pas à mettre en relation avec une densité de peuplement car il est explosif.
- Ray-grass Anglais : Travailler avec de l'intermédiaire et ou du tardif.
Une prairie permanente performante uniquement fauchée n'est pas une situation recommandée. Sa flore va changer après 4-5 ans pour souvent laisser place à des espèces concurrentielles (rhizome, allélopathique, par semis spontané (pâturin annuel)) qui s'adaptent bien au milieu et moins productives. La diversité des modes d'exploitation, incluant le pâturage, est souvent bénéfique pour maintenir la qualité et la composition floristique d'une prairie permanente.
Certification et Choix des Variétés
Le choix des variétés doit être rigoureux pour garantir la qualité et l'adaptation des semences. Les variétés recommandées sont celles du Catalogue Français ou, à défaut, celles du Catalogue Européen (www.semae.fr) et doivent avoir subi avec succès les tests officiels pour la production fourragère. Les variétés certifiées sont reconnaissables par l’apposition d’une étiquette bleue sur le sac de semences. Il est rappelé que seules les variétés inscrites au Catalogue Français ont subi avec succès ces tests dans les conditions pédoclimatiques françaises. Pour constituer un mélange, nous recommandons d’utiliser prioritairement les espèces à certification obligatoire parmi les espèces utilisées comme plantes fourragères.

Maintenance Post-Semis
Les semences garantissent un apport constant en protéines, associées aux graminées sélectionnées apportant aussi la fibre nécessaire aux animaux. Récolter au plus tard en fin de floraison. Il est important d’éviter le surpâturage, afin que les réserves de la prairie soient reconstituées à l’arrivée de l’hiver. Une gestion attentive de la prairie après le semis est essentielle pour assurer sa pérennité et sa productivité.
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