La réussite de la culture de colza dépend en grande partie de l'implantation initiale. La préparation du sol varie en fonction du type de sol. La réussite de l’implantation du colza est devenue une phase cruciale pour obtenir une culture robuste, à même d’exprimer son potentiel et peu sensible aux insectes d’automne. Pour parvenir à ces objectifs, la qualité de la structure du sol et du semis sont des éléments essentiels à l’atteinte de la robustesse du colza. Une implantation réussie du colza permet de limiter la nuisibilité des bioagresseurs.
Diagnostic et préparation du sol selon la nature pédologique
Pour les sols argileux (avec un teneur en argile supérieure à 22-25%), il est généralement déconseillé de labourer car cela peut conduire à la formation de mottes et les passages fréquents risquent de dessécher le sol. En ce qui concerne les sols limono-sableux (avec une teneur en limon supérieure à 18-20%), il est essentiel d'éviter d'aggraver les risques de compaction du sol et les problèmes d'enracinement dus à l'agglomération du sol. Fragmenter le sol s'avère souvent bénéfique pour réduire les passages excessifs et la formation excessive de terre fine.

Le travail du sol n’est pas un tabou : il doit permettre d’obtenir une structure du sol favorable à un bon enracinement du colza si le sol est tassé. Il est donc préférable avant le semis de restaurer une qualité structurale optimale à l’enracinement du colza pour garantir sa robustesse plutôt que de remettre cette opération plus tard. Cependant, il faut veiller à ne pas faire de travail superflu pour préserver l’humidité : limiter la profondeur et le nombre d’interventions au strict nécessaire. Toute anticipation est bonne mais l’anticipation des semis de colza commence dès l’implantation de la culture précédente. En effet, toute restauration/réparation de la qualité structurale entre 0 et 20 cm, si elle est anticipée dans l’interculture du précédent, laissera la possibilité de n’intervenir qu’en superficiel avant le colza, et de limiter les risques de pertes de fraicheur dans le sol.
La méthode mise au point par Terres Inovia suit les trois étapes suivantes :
- La première étape consiste à collecter des informations sur la parcelle : teneur en argile du sol sur la profondeur travaillée (> ou < 22-25%), présence des résidus du précédent (abondant, peu abondant) et risque en bioagresseurs (adventices dicotylédones ou insectes / rongeurs).
- La deuxième vise à réaliser un diagnostic de la structure du sol.
- La troisième étape consiste à combiner tous les critères pour choisir le mode d’implantation en fonction des éléments recueillis.
Pour faire ce diagnostic, Terres Inovia a mis en œuvre une méthode bêche adaptée de la méthode Isara-Lyon. Cette observation est à réaliser de mars à mai. Il est nécessaire de s’adapter aux conditions du milieu et de modifier ses habitudes si besoin. Identifier les zones de compaction pour décider si un travail du sol est nécessaire ou non.
Gestion des résidus et techniques de semis
Le travail du sol avant colza, qu’il soit superficiel ou plus profond, risque de favoriser les levées d’adventices et plus particulièrement des repousses de céréales de la culture précédente. Plus ces levées seront précoces, et plus ces dernières risquent d’assécher le sol en profondeur. Leur destruction doit donc être anticipée afin de maintenir le plus d’humidité dans le sol : éviter tout travail du sol dans les 15 jours avant semis pour favoriser la ré-humectation en cas de pluie.

Un déchaumage superficiel permet aussi de bien répartir les résidus du précédent cultural. Cependant, avec un climat sec, les pailles ont du mal à se dégrader rapidement ce qui complique la préparation du sol. « Le risque est alors d’implanter le colza dans un matelas de paille et de terre défavorable à la levée », explique Mathieu Dulot. En présence de quantités importantes de paille dans la parcelle et de sols secs, deux stratégies sont envisageables : tout mélanger profondément pour une bonne répartition des pailles ou, en technique culturale simplifiée (TCS), laisser la paille en surface pour pouvoir semer la graine dans la terre en dessous et pas dans un mulch.
Le labour avant colza peut s’envisager dans de situations de sols plutôt légers à tendance limoneuse, qui limiteront la formation de mottes risquant de pénaliser la qualité de l’implantation du colza. Il convient donc de vérifier l’état structural et d’avoir des outils performants pour gérer les résidus pailleux (chasses paille et herse à paille pour répartir les résidus). Les semoirs à dents offrent dans la plupart des situations une meilleure réussite du semis, en positionnant la graine sous le mulch de paille, en contact avec la terre fine. Le mulch protège le sol et limite l’évaporation.
Optimisation du matériel de semis
L'utilisation d'un semoir monograine pour vos semis de colza vous assure une implantation uniforme et un bon tassement de la ligne de semis. Cela permet une levée plus rapide et uniforme. Ce type de semoir vous permet de contrôler l'espacement des graines sur les rangs et d'optimiser les capacités d'ajustement du colza. Vous pouvez retrouver toutes les pièces nécessaires à l'entretien de votre semoir monograine avant de commencer vos semis de colza. Agricolors vous propose une large gamme de pièce pour toutes les marques de semoir telle que Monosem, Amazone, Kuhn, Lemken, etc.
Colza robuste : les objectifs à atteindre pour une implantation réussie avant le travail du sol
En conditions difficiles, le semoir de précision est un plus pour la maîtrise de la densité, de la régularité du positionnement de la graine dans le lit de semences et donc pour l'implantation du peuplement. Si le sol est assez frais, la graine sera implantée à 2 cm de profondeur. S’il fait sec au moment du semis, il faudra mettre les graines un peu plus profondément pour qu’elle puisse germer après une pluie significative. Dans tous les cas, ne pas assécher inutilement le sol par des passages répétés (herse, vibroculteur). Rappuyer le sol limite l'évaporation et favorise les remontées capillaires.
Stratégies de date et densité de semis
Après avoir atteint la période propice pour le semi de colza, il est recommandé de procéder aux semis avant l'arrivée d'une précipitation. Opter pour un semi par temps sec présente des avantages, car les graines patienteront jusqu'à des conditions de germination favorables, puis profiteront pleinement des précipitations à venir. Idéalement, il est conseillé de semer juste avant une pluie d'une quantité comprise en 7 et 10mm. Dans le cas où le sol de semis présente une légère humidité, cette étape devient même cruciale, car l'humidité existante est suffisante pour enclencher le processus de germination. Par conséquent, il est impératif que de nouvelles pluies surviennent rapidement afin d'éviter le dessèchement des jeunes plants.
« Il ne faut pas attendre trop tard pour préparer les terres, confirme Mathieu Dulot, ingénieur de développement dans le Nord-Est chez Terres Inovia car si le manque de pluies persiste jusqu’au semis, le travail du sol risque d’accentuer le dessèchement et de pénaliser la germination des graines de colza. »
La densité de peuplement est un critère essentiel pour obtenir un colza robuste. Une sous densité ne permet pas d’atteindre le rendement potentiel, surtout en sols à faible potentiel mais une sur densité favorise l’élongation, l’obtention de pieds chétifs et peu robustes, vulnérables aux dégâts de ravageurs et pénalise le rendement, surtout en sols à bon potentiel. Grâce à ses capacités de ramification, le colza est une culture qui valorise bien les peuplements clairs, de 20 à 30 plantes par m².
Protection intégrée et associations culturales
Les limaces posent un problème majeur pendant la phase de germination des cultures. Leur activité est favorisée par la présence de résidus de paille et l'humidité du sol. Pour lutter efficacement, il est judicieux d'adopter une approche combinant des mesures agronomiques et l'utilisation de produits chimiques. Face aux insectes tels que les altises et les charançons, le renforcement de la résistance des plantes contribue à compléter la protection phytosanitaire.
Le colza associé à des légumineuses permet une croissance dynamique et continue à l’automne qui atténue les dégâts durant l’hiver et au printemps par les larves d’insectes d’automne : plus la croissance est soutenue, moins les larves parviennent à progresser vers l’aisselle des feuilles et le cœur des plantes et donc à perturber la croissance du colza. MAIS, si le nombre de larves est plus souvent réduit avec un couvert associé au colza, ce couvert doit être relativement développé pour jouer ce rôle d’atténuation du risque larvaire : il faut viser 300 à 500g/m² de couvert associé. Afin de garantir un effet sur les larves, Il ne suffit donc pas de semer les espèces en association, mais il faut réussir leur implantation et leur levée avec le colza.

L’objectif est de favoriser une levée rapide afin d’atteindre le stade 4 feuilles autour du 20 septembre, avant l’arrivée des altises, tout en assurant une croissance régulière à l’automne et une reprise dynamique en sortie d’hiver. Le travail le plus efficace est celui qui respecte la structure du sol tout en optimisant le potentiel de germination, garantissant ainsi une culture robuste capable de résister aux aléas climatiques et aux pressions parasitaires.