Gestion des risques et prévention dans le secteur du maraîchage et des cultures spécialisées

La sécurité au travail dans le secteur agricole, et plus particulièrement dans le maraîchage et l’horticulture, constitue un enjeu majeur de santé publique et de performance économique. Avec un taux de sinistralité professionnelle supérieur à la moyenne nationale, les exploitants font face à une multiplicité de dangers inhérents aux travaux de plein champ, aux serres et à la manipulation de produits complexes. La prévention ne peut être une démarche ponctuelle ; elle doit s’intégrer dès la conception des lieux de travail et évoluer tout au long de la vie de l’entreprise.

La réalité des chutes de hauteur : un risque sous-estimé

Dans le secteur agricole, les chutes de hauteur représentent 4 000 accidents du travail par an, soit plus de 10% des accidents du travail. Dans les exploitations agricoles, ces chutes surviennent le plus fréquemment lors de la descente de véhicule ou de machine. Ce risque est la 3e cause des accidents mortels au travail dans le secteur agricole après les accidents cardio-vasculaires et les accidents en lien avec les machines.

La sécurisation de l'activité peut passer par l'acquisition de matériel ou/et l'adaptation des installations existantes. À titre d’exemple pour les actions de prévention primaire, le ministère de l’Agriculture et la MSA ont impulsé un travail sur les équipements de travail en hauteur non motorisés, sécurisés et appropriés aux travaux de taille et de cueille en arboriculture. Le ministère en lien avec la MSA a également largement contribué à l’élaboration d'une norme européenne spécifique aux plates-formes élévatrices mobiles de personnel utilisées en arboriculture.

Schéma de sécurité pour la descente de tracteur

Nuisances physiques et troubles musculo-squelettiques (TMS)

Les agriculteurs, et particulièrement les maraîchers, sont soumis à des nuisances physiques intenses. Ils effectuent la mise en culture de la terre, qui comprend la préparation des sols, la semaison ou plantation, la protection phytosanitaire, la récolte et le stockage. Ces tâches imposent des contraintes posturales et articulaires répétitives et prolongées lors des travaux de plantation et d’arrachage des végétaux, de préparation des sols, ainsi que le port de charges lourdes (sacs d’engrais, caisses et cageots pleins, manutention diverses).

Les déplacements d’objets volumineux et encombrants, comme les palettes, chariots et containers, ajoutent une pénibilité significative. Les horticulteurs, maraîchers et pépiniéristes figurent parmi les métiers les plus concernés par les troubles musculo-squelettiques, c'est-à-dire les affections péri-articulaires provoquant des douleurs des poignets (syndrome du canal carpien), des coudes (épicondylite des tailles), des épaules (tendinites) et des lésions de la colonne vertébrale (lombalgies), ainsi que des traumatismes aux genoux et aux chevilles du fait d'une position accroupie, agenouillée ou penchée en avant fréquente.

Risques mécaniques et sécurité des machines

L'utilisation d'engins agricoles expose les travailleurs à des risques mécaniques sévères, notamment les heurts et happements des doigts ou bras, de la chevelure ou des vêtements par les parties mobiles en mouvement des machines (herses rotatives, lames en rotation rapide, fond de la trémie d’épandage). L’écrasement par des chutes de charges ou le renversement des engins dans les déclivités ou profondes ornières constitue un danger permanent.

Les interventions en cas de bourrage, les opérations d’attelage et de dételage, ainsi que les travaux concernant les liaisons tracteurs-outils autour de l'arbre de transmission à cardans, figurent parmi les situations les plus dangereuses. Les lames en rotation rapide peuvent aussi occasionner des projections sur les membres ou sur le visage d’éclats de bois ou de pierres ou de poussières.

Sensibilisation aux dangers associés à la prise de force

Exposition aux produits chimiques et phytosanitaires

De nombreux travailleurs agricoles utilisent des pesticides (fongicides, insecticides, herbicides, raticides) de façon intensive et prolongée. Il y a le danger d’une intoxication aiguë, lors d’une exposition accidentelle, qui se manifeste par des troubles cutanés, digestifs, respiratoires, musculaires, nerveux ou cardiovasculaires. Plus néfastes encore sont les risques d’intoxication chronique, résultant d’une exposition fréquente et prolongée à des doses faibles.

L’utilisation des produits chimiques n’est jamais anodine. La voie cutanée est une porte d'entrée majeure : certains produits causent directement des lésions (rougeurs, brûlures, irritation), tandis que d'autres passent dans le sang. Les allergies sont également fréquentes : l’organisme est d’abord sensibilisé à un produit avec lequel il est fréquemment en contact, puis toute rencontre ultérieure déclenche une réaction allergique, souvent au niveau de la peau ou du système respiratoire.

Spécificités du travail sous serre

Les entreprises horticoles, maraîchères et les pépinières ont des risques spécifiques, qui concernent la production florale ou légumière elle-même, mais aussi l'entretien des serres. Les serres sont des installations hautes, notamment avec de grandes verrières, rendant difficiles les travaux de maintenance et de réparation. Le montage et l'entretien des serres exigent des travaux en hauteur, mise en place d'échafaudages, de chariots élévateurs et d'échelles, créant des situations dangereuses.

Par ailleurs, l'augmentation du taux de dioxyde de carbone (CO2) dans une serre, avec un système d'enrichissement, permet d'augmenter la croissance des plantes, mais présente un risque d'asphyxie. Les serres constituent un milieu fermé où les molécules phytosanitaires persistent dans l'air après traitement. De plus, les émanations toxiques des gaz de fumigation, souvent inodores et incolores, sont plus lourdes que l'air, ce qui leur permet de se concentrer en bas de la serre, augmentant le risque d'intoxication.

Illustration d'une serre maraîchère avec signalétique de sécurité

Facteurs climatiques et isolement professionnel

Le travailleur agricole de plein champ effectue souvent seul des travaux ou une tâche en étant hors de portée de vue ou de voix pendant un certain temps, et ainsi, il ne dispose pas de possibilité de recours en cas d’aléas, d’accident ou de malaise. Bien entendu, l’isolement aggrave non seulement la probabilité d’accident mais aussi sa gravité.

Les problèmes de santé dus à la chaleur et à l'action prolongée du rayonnement solaire génèrent des risques de malaise général, de crampes musculaires et de pertes de connaissance. À l'inverse, pour des travaux en extérieur, le risque lié au froid est accru par une exposition au vent (refroidissement éolien) et à l’humidité. Le refroidissement des parties du corps peut provoquer des engelures ou déclencher le syndrome de Raynaud (doigts blancs et douloureux par vasoconstriction).

Évaluation des risques et démarche de prévention (DUERP)

Dans le secteur maraîchage, le Document Unique d’Évaluation des Risques Professionnels (DUERP) ne se limite pas à un document administratif. Une évaluation efficace combine trois dimensions : l'observation terrain, l'analyse des tâches critiques et la consultation des équipes. Pour être robuste, le DUERP doit définir des mesures immédiates, des actions correctives planifiées et un suivi annuel.

La première étape consiste à repérer en particulier les agents chimiques cancérogènes ou dangereux. La suppression ou la substitution des produits ou procédés dangereux par d'autres qui le sont moins est la mesure de prévention prioritaire. L'utilisation de sécateurs assistés, l'apprentissage de l'aiguisage des lames et le port systématique d'équipements de protection individuelle (EPI) sont des mesures essentielles. Il est impératif que les EPI ne sortent pas du lieu de travail et soient entreposés et lavés séparément des vêtements personnels.

La formation PRAP (Prévention des Risques liés à l'Activité Physique) est recommandée pour prévenir les risques liés aux manutentions manuelles. Enfin, la sensibilisation des travailleurs saisonniers, souvent peu expérimentés, est cruciale, car leur manque de conscience des risques et leur difficulté à identifier leurs limites augmentent la probabilité d'accidents. Chaque risque prioritaire du DUERP doit se traduire par une action opérationnelle : procédure, équipement, formation ou contrôle.

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