La préservation et l'amélioration de la biodiversité, en particulier au sein des agro-écosystèmes, représentent un enjeu majeur pour les territoires ruraux. Les fédérations de chasseurs, en partenariat avec diverses institutions, jouent un rôle actif dans cette démarche à travers des programmes de subventions et d'aménagements. Ces initiatives ciblent la restauration des habitats, la prévention des dégâts de grand gibier et la promotion de pratiques agricoles plus respectueuses de l'environnement, notamment par la plantation de haies et l'introduction de cultures faunistiques comme le miscanthus.
Le Rôle Essentiel des Haies dans les Agro-Écosystèmes
Les haies, les bocages et les alignements d'arbres sont des éléments essentiels des agro-écosystèmes, constituant de véritables îlots de biodiversité, tant pour la flore que pour la faune. Cependant, le patrimoine arboré agricole français a subi une régression significative. Dans les années 1960-1980, les haies ont régressé à un rythme de 45 000 km par an, avant de passer à 15 000 km par an dans les années 1980-1990. Bien que leur linéaire se soit stabilisé depuis 1990, on estime que 70% de notre patrimoine arboré agricole a disparu au total.
Malgré les différentes politiques de plantation et les diverses aides mises en place par l'État, comme la mesure « Plantons des haies » du Plan de Relance économique en 2020, les dernières études réalisées par l'Afac-Agroforesteries et leurs partenaires ont révélé une persistance de cette dégradation. Entre 2006 et 2021, sur une période de 15 ans, 15% de notre patrimoine de haies et d'alignements d'arbres a encore disparu. Le « capital Haie » en France est aujourd'hui estimé à 750 000 km linéaires, dont 80% seraient en mauvais état écologique. Face à cette situation, et sous la demande de Marc Fesneau, ministre de l’Agriculture et de la Souveraineté alimentaire, le Conseil général de l’alimentation, de l’agriculture et des espaces ruraux (CGAAER) a remis un rapport intitulé « La haie, levier de la planification écologique » le 24 avril 2023.

Sensibilis’haie : Une Opération Participative pour la Restauration des Haies
L’opération Sensibilis’haie est une initiative participative et citoyenne de plantations de haies. Réservée aux collectivités territoriales, elle est menée à l'initiative de la Fédération Nationale des Chasseurs (FNC) et financée par l’Office Français de la Biodiversité via le dispositif écocontribution. L'objectif principal de cette opération est de promouvoir la haie et les services écosystémiques rendus, qu'ils soient environnementaux, paysagers, agronomiques, économiques ou encore sociétaux.
Cette initiative s'adresse à tous : chasseurs, agriculteurs, et territoires en contrat de services. Les participants peuvent bénéficier de kits haies composés de 50 plants, 50 protections et des tuteurs. Les essences sélectionnées pour ces kits sont labellisées Végétal Local, ce qui garantit un meilleur taux de reprise. Le choix des essences a été réfléchi pour inclure, dans chaque kit, des arbustes mellifères, produisant des fruits à coques, des baies et ayant un feuillage tardif pour servir de zone refuge. Parmi les essences proposées figurent le Noisetier, la Viorne lantane, la Viorne obier, l'Aubépine, le Charme, le Néflier, le Troène commun, le Fusain d’Europe, le Groseillier sauvage et le Cornouiller sanguin.
Ces kits haies sont conçus pour être à la fois esthétiques et utiles pour la biodiversité. De plus, comme toute haie, ils favorisent l’infiltration de l’eau dans le sol et offrent un effet « coupe-vent », contribuant ainsi à la résilience des paysages agricoles face aux aléas climatiques et à l'érosion des sols.
Coût et Subventions des Kits Haies
Le coût des kits haie est subventionné aux deux tiers par la Fédération Départementale des Chasseurs (FDC), comme la FDC60. Il y a donc un reste à charge équivalent à un tiers du coût, soit 50 € par kit. Ce modèle de financement vise à rendre l'accès à ces aménagements plus accessible pour les collectivités et les acteurs locaux, encourageant ainsi une participation plus large à la restauration du maillage écologique.

Prévention des Dégâts de Grand Gibier : Clôtures et Agrainage Dissuasif
La Fédération des Chasseurs intervient également à différents niveaux pour limiter les dégâts agricoles causés par le grand gibier. Cela inclut la protection par des clôtures, la prévention par des aménagements spécifiques et par de l’agrainage dissuasif.
Financement de Clôtures pour la Protection des Cultures
Pour les exploitants agricoles professionnels, la Fédération des Chasseurs favorise depuis de nombreuses années la prévention des dégâts de grand gibier par la dotation de clôtures électriques et/ou fixes, dont le financement est étudié au cas par cas.
Généralement, pour se protéger des dégâts provoqués par le sanglier ou pour les autres espèces de grand gibier (chevreuils et cerfs notamment), une clôture électrique est suffisante. Ces dispositifs sont souvent financés en tant qu'investissement. Dans certains cas particuliers, une clôture fixe est plus appropriée, et leur financement est également étudié. Pour se renseigner sur les clôtures et les modalités de financement, il est possible de contacter le service des Dégâts, avec des coordonnées telles que Sabine GHIBAUDO (Responsable du service des Dégâts) au 04 92 29 37 45 ou 06 32 64 52 43.
Pour le traitement des demandes de financement de clôtures, les informations suivantes sont indispensables :
- Le périmètre linéaire à clôturer.
- La précision de l'espèce par laquelle les dégâts sont occasionnés.
- La connaissance de la présence ou non d'électricité sur le terrain.
- L'indication du nombre de portes souhaitées pour accéder au terrain.
L'Agrainage Dissuasif : Une Stratégie Complémentaire
Conformément au Code de l’Environnement (Art. L.425-5 - Chapitre V - Gestion), l’agrainage est autorisé dans les conditions définies par le Schéma Départemental de Gestion Cynégétique (SDGC) approuvé par arrêté préfectoral. L’agrainage dissuasif est traité dans la partie « Plan de gestion Sanglier » qui vise à concilier les différents aspects relatifs à la gestion de l’espèce et des dégâts agricoles. Ce plan précise notamment deux points relatifs à l’agrainage : la mise en place d’une commission fédérale « dégâts agricoles » et les prescriptions pour un agrainage dissuasif.
L’agrainage dissuasif est particulièrement efficace pour le sanglier. Depuis la signature de l’arrêté d’approbation du SDGC des Alpes-Maritimes en avril 2009, un plan national de maîtrise du sanglier a été rédigé pour une mise en application à l’échelle de chaque département. Ce plan préconise différentes mesures de gestion de l’espèce afin d’en contrôler les effectifs et son impact sur les activités humaines, la sécurité et les milieux. Il définit notamment le cadre d’utilisation d’un agrainage à but dissuasif. Afin de prendre en compte ces deux documents, un plan départemental d’agrainage est en cours d’approbation.
L'objectif de la FDC 06 est de limiter les dégâts agricoles en intervenant à différents niveaux, incluant la protection par des clôtures, la prévention par des aménagements spécifiques et par de l’agrainage. L’agrainage dissuasif est ici considéré comme un moyen complémentaire pour prévenir et réduire les dégâts en détournant les sangliers des zones agricoles sensibles. Plus généralement, il peut contribuer à maintenir les sangliers éloignés des abords des villages et des zones périurbaines, afin de limiter leur impact sur les jardins potagers et d’agrément et réduire les risques de collisions.
En outre, les différentes mesures prises sur la base du SDGC ont été définies pour ne permettre qu’un agrainage dissuasif qui ne doit en aucun cas jouer un rôle appropriatif, favoriser des concentrations préjudiciables et interférer dans la dynamique du sanglier en augmentant la productivité et le taux de survie de l’espèce.
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Les Cultures Faunistiques : Aménagements pour Détourner le Grand Gibier
Subventionnées par la FDC06 ou effectuées de façon autonome par les associations de chasse, des cultures faunistiques sont réalisées depuis de nombreuses années par un grand nombre de sociétés de chasse. Ces aménagements viennent en complément de l’agrainage dissuasif pour le sanglier ou en substitution pour les autres espèces de grand gibier. Ils concourent aux mêmes objectifs, à savoir détourner le grand gibier des zones agricoles sensibles.
Lorsque les cultures faunistiques sont effectuées sur la base d’un partenariat financier et technique avec la FDC 06, elles sont réalisées par l’intermédiaire des conventions « aménagements faunistiques » et subventionnées à hauteur de 80%. Les 20% restants sont à la charge des sociétés de chasse. Ces aménagements faunistiques consistent à créer des points attractifs pour le grand gibier par la remise en état d’anciennes zones agricoles et de prairies sur des sites choisis.
Le Miscanthus : Une Solution Efficace pour l'Aménagement Faunistique
Les avantages du miscanthus comme couvert faunistique sont désormais bien connus. Cette plante vivace offre un intérêt écologique significatif, notamment pour la faune sauvage. Damien Ferté, agriculteur à Merval, en a fait l'expérience en plantant 2 hectares de miscanthus sur son territoire de chasse et prévoit de poursuivre ses aménagements en plantant 3 hectares supplémentaires cette année.
Il a découvert le miscanthus par l'intermédiaire de la fédération des chasseurs de l'Aisne, qui proposait une opération « bandes de miscanthus » liée à un contrat avec NovaBiom. Ayant déjà participé à une opération « aménagement du territoire » avec la Chambre d’Agriculture quelques années auparavant, il savait précisément où implanter ses bandes. Il a depuis souhaité convertir également certaines lisières de bois et petites parcelles (hors fédération) en cultures pérennes. La plantation de bandes de moutarde, de maïs, de luzerne, etc., était devenue trop contraignante. L'avantage d'une plantation unique sur 20 ans d'une culture à intérêt faunistique reconnu, plus la possibilité de la valoriser, l'a fortement séduit. Il souligne néanmoins l'importance d'apporter un soin particulier à la plantation et au désherbage la première année.

Le miscanthus offre de nombreux atouts :
- Couverture dense et pérenne : Il constitue un abri idéal pour le petit et le grand gibier, ainsi que pour de nombreuses autres espèces.
- Faible entretien : Une fois implanté et bien établi, il demande peu d'entretien, contrairement aux cultures annuelles.
- Intérêt écologique : Il favorise la biodiversité en offrant un habitat et des ressources alimentaires.
- Valorisation économique : Le miscanthus peut être valorisé comme biomasse pour la production d'énergie, de matériaux de construction ou de paillage, offrant ainsi un complément de revenu aux agriculteurs.

Engagements et Actions des Fédérations de Chasseurs pour la Biodiversité
La Fédération des Chasseurs de la Somme, agréée au titre de la Protection de l’Environnement depuis 1978 (art L-411 du Code de l’environnement), emploie du personnel qualifié en matière de faune, flore et de protection de la nature (plus communément appelées PQPN). Ces compétences permettent d'assurer une expertise technique dans la mise en œuvre des aménagements.
Les fédérations de chasseurs proposent diverses initiatives pour favoriser la biodiversité et l'aménagement du territoire :
- Kits Haies : Des « Kits Haies » à prix intéressant sont mis à disposition pour aménager les plaines en faveur de la biodiversité, mais également pour lutter contre l’érosion des sols, le vent et améliorer la qualité des paysages. L'incitation à la plantation est forte : « N’hésitez pas, planter ! »
- Plantation de haies le long des routes départementales : Les sociétés de chasse se voient proposer la plantation gratuite de haies le long des routes départementales via une convention avec le Conseil Départemental.
- Rhizomes de miscanthus : Des sacs de rhizomes de miscanthus sont proposés aux adhérents en contrat de garderie à la Fédération des chasseurs.
- Semences de jachères et cultures à gibier : Aux adhérents en contrat de garderie à la Fédération des chasseurs, ainsi qu’aux agriculteurs, sont proposées des semences de jachères et cultures à gibier en faveur de la biodiversité et des paysages.
- Aide financière pour les bandes intercalaires : Une aide financière est proposée aux agriculteurs pour l’implantation de bandes intercalaires afin de favoriser les couverts en plaines et de permettre de couper le parcellaire, créant ainsi des corridors écologiques et des zones de refuge.
- Barres d’effarouchement : Les GIC (Groupements d'Intérêt Cynégétique), CUMA (Coopératives d'Utilisation de Matériel Agricole) et autres structures peuvent bénéficier de la mise à disposition de barres d’effarouchement à titre gratuit, sous convention avec la Fédération Régionale des Chasseurs. Cette opération est soutenue par le Conseil Régional des Hauts de France, démontrant une approche collaborative pour la protection de la faune sauvage lors des travaux agricoles.

Contribution des Chasseurs à la Préservation des Zones Humides
Une étude régionale financée par l’Agence de l’eau Artois Picardie, intitulée « État des lieux, préconisations et mises en œuvre d’aménagements favorables à la biodiversité dans les zones humides chassées », a été réalisée sur quatre départements (Somme, Pas-de-Calais, Aisne, Nord). Cette étude a eu pour objectif de mettre en avant la contribution des chasseurs dans la préservation de la biodiversité, notamment en zone humide. Des plans de gestion ont ainsi été rédigés afin d’aider les chasseurs ou gestionnaires de zones humides chassées dans leur gestion, soulignant l'importance de leur rôle dans la conservation des écosystèmes fragiles. Ces initiatives attestent de l'engagement des fédérations de chasseurs pour une gestion durable des territoires, conciliant activités cynégétiques et objectifs de conservation de la biodiversité.
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