L'agriculture moderne est confrontée au défi de concilier une production agricole suffisante avec la réduction de l'impact environnemental des intrants phytosanitaires. Dans ce contexte, l'utilisation de solutions alternatives et éprouvées comme le soufre, notamment sous sa forme Thiovit Jet, est d'un intérêt capital pour la protection des cultures. Cet article explore les enjeux liés à la protection des abricotiers et autres cultures fruitières et légumières, en mettant en lumière les propriétés du soufre et ses applications spécifiques.

Les défis de la protection des abricotiers : un équilibre délicat
Les abricotiers sont particulièrement vulnérables à de nombreuses maladies et ravageurs qui peuvent directement impacter la production de fruits, voire entraîner la mort des arbres. Pour protéger ces vergers, les producteurs appliquent des produits phytosanitaires tout au long de la période végétative, du débourrement jusqu'à la chute des feuilles. En France, l'indice de fréquence de traitement (IFT) total moyen des vergers d'abricotiers était de 9,3 en 2018, dont 6,4 fongicides. Les applications de fongicides et bactéricides, qui luttent principalement contre le monilia sur fleurs et rameaux, sont la principale cause de cet IFT élevé, avec près de trois traitements en moyenne en 2012 et 2015, quelle que soit la région.
Dans le cadre du projet DEPHY EXPE MIRAD, un système de production d'abricot a été développé avec des leviers techniques innovants visant à réduire les intrants phytosanitaires. Parallèlement, un système de production d'abricot en agriculture biologique a été évalué, avec une mise en situation de retrait du cuivre, sur le centre CTIFL de Balandran, de leur plantation à leur sixième feuille. Ces évaluations sont cruciales pour développer des pratiques plus durables.
Les principales maladies et ravageurs de l'abricotier
Plusieurs maladies ont des impacts directs sur la récolte d'abricots. La moniliose, par exemple, contamine les fleurs, les rameaux et les fruits via le développement de pourriture. L'oïdium peut se développer sur le feuillage et les fruits, tandis que la rouille a un impact physiologique lorsqu'elle provoque une défoliation précoce des arbres, entraînant un mauvais retour à fleur l'année suivante.
Les insectes ravageurs représentent également une menace significative. Les insecticides sont utilisés pour lutter principalement contre le psylle Cacopsylla pruni, vecteur du phytoplasme responsable de l'enroulement chlorotique de l'abricotier (ECA). Cette maladie entraîne un dépérissement, puis la mort des arbres. Parmi les autres insectes ravageurs, les morsures des forficules peuvent provoquer d'importants dégâts sur les fruits et être la porte d'entrée d'agents pathogènes, tout comme celles des chenilles de Tordeuse orientale et d'Anarsia.
Un problème récent et préoccupant a émergé à partir de 2020 dans la Drôme, où certains partenaires du projet ont subi des attaques de pucerons d'une gravité inédite, entraînant la mort d'arbres. Des prélèvements réalisés en 2023, avec l'appui de spécialistes, ont mis en évidence une nouvelle espèce invasive de pucerons, Phorodon humulifoliae, originaire d'Asie et spécifique de l'abricotier. Dans ce secteur, la bactériose de l'abricotier est également une maladie préoccupante, bien qu'elle ne soit pas une problématique forte dans la région des Costières.
L'agriculture biologique face aux défis des maladies : la question du cuivre
En agriculture biologique, les producteurs utilisent des traitements à base de cuivre comme fongicide naturel à action préventive, destinés à empêcher le développement de champignons. Cependant, l'utilisation répétée du cuivre a un impact sur la biodiversité du sol. En 2015, en agriculture biologique ou en conversion, la moyenne des traitements était de 6,7, dont 5,5 traitements fongicides bactéricides et 0,9 traitement insecticide acaricide. La nécessité de réduire la dépendance au cuivre pousse à explorer d'autres solutions, et le soufre se présente comme une alternative intéressante.

Le soufre et le Thiovit Jet : propriétés et avantages
Le soufre est un élément chimique connu pour ses propriétés fongicides et acaricides, utilisé depuis longtemps en agriculture. Thiovit Jet, en granulés dispersibles, est une formulation moderne du soufre qui réunit des qualités physiques et biologiques exceptionnelles. 100% des particules sont comprises entre 1 et 6 millièmes de millimètre (micro), ce qui assure une excellente couverture et adhérence.
Thiovit Jet est d'un emploi très facile. Il se verse directement dans la cuve du pulvérisateur sans empâtage, simplifiant ainsi sa préparation et son application. Lors de l'application de ce fongicide, il convient de garder à l'esprit que certaines variétés peuvent être sensibles au soufre dans certaines conditions climatiques. Il est donc recommandé de vérifier la tolérance d'abord si le produit n'a pas été utilisé pour une culture spécifique.
Le cycle du soufre en agriculture
Applications spécifiques du Thiovit Jet sur différentes cultures
Le soufre sous forme de Thiovit Jet est polyvalent et peut être utilisé sur une large gamme de cultures pour lutter contre diverses maladies fongiques et acariens.
Arboriculture fruitière
- Pommier, Poirier : Le premier traitement s'applique aux premiers symptômes ou à l'avertissement. Les autres traitements s’appliquent entre 7 et 14 jours en fonction du degré d’infestation. Pour les fruits à pépins, une application de 0,75 % (75 g/10 l d’eau) est recommandée au débourrement, puis 0,5-0,75 % (50-75 g/10 l d’eau) avant la floraison et 0,3-0,5 % (30-50 g/10 l d’eau) après la floraison contre l'oïdium. Il présente également une efficacité partielle contre la tavelure avec des effets secondaires sur les ériophyides libres. Il est crucial de noter que les traitements post-floraux ne doivent être appliqués que sur les variétés supportant le soufre. Il est impératif de ne pas traiter les variétés sensibles au soufre comme Cox Orange, Braeburn, Spartan et Summerred. Dix litres de bouillie de référence sont indiqués pour un volume de haie foliaire d’environ 63 m³.
- Pêcher, Nectarinier, Abricotier, Prunier : Le premier traitement s'applique aux premiers symptômes ou avertissements. Les autres traitements s’appliquent à un intervalle de 7 à 14 jours, en fonction du degré d’infection, de l’apparence des feuilles à la cuisson finale. Pour les pêches et nectarines, une concentration de 0,3-0,5 % (30-50 g/10 l d’eau à un volume de haie foliaire d’environ 63 m³) est efficace contre l’oïdium et la tavelure noire du pêcher après la floraison, avec un délai d’attente de 3 semaines. Pour les cerisiers, pêchers, nectarines et pruniers (pruneau/prune), 0,75 % (75 g/10 l à un volume de haie foliaire de 63 m³) est conseillé avant floraison et 0,3-0,5 % (30-50 g/10 l à un volume de haie foliaire d’environ 63 m³) après floraison contre la maladie criblée, avec des effets secondaires sur les ériophyides libres. Il est important de ne pas traiter les abricots avec cette formulation dans ces conditions spécifiques.
- Prunier (pruneau/prune) : Un dosage de 0,3-0,5 % (48-80 g/100 m²) est recommandé dès le débourrement contre la rouille du prunier. Ce dosage s’applique à un volume de haie foliaire de 1 m³/m². Un dosage plus élevé est nécessaire en cas de forte attaque. Cinq traitements par parcelle et par année au maximum.

Cultures de baies
- Mûres : Une concentration de 2 % (20 g/1 l d’eau par 10 m²) est utilisée contre les ériophyides gallicoles des ronces en pulvérisation au débourrement (au moment du gonflement des bourgeons). Un deuxième traitement en cas de forte attaque peut être effectué à 1 % (10 g/l d’eau) quand les nouvelles pousses mesurent environ 10-15 cm. Pour les mûres, le dosage indiqué se réfère au stade «début de la floraison jusqu’à 50 % de fleurs ouvertes», avec un traitement avec une quantité standard de bouillie de 1 l/10 m².
- Fraisiers : Pour lutter contre l'oïdium, une solution de 0,2-0,4 % (20-40 g/10 l d’eau pour 100 m²) est appliquée. Le dosage indiqué se réfère au stade «pleine floraison» et «début de la coloration rouge des fruits», pour 4 plants/m², avec un traitement avec une quantité standard de bouillie de 1 l/10 m². Il est crucial de ne pas traiter pendant la floraison et jusqu’à la fin de la récolte.
- Framboise : Une concentration de 1 % (10 g/1 l d’eau pour 10 m²) est efficace contre les ériophyides gallicoles au débourrement, ou après la récolte (= BBCH 91) en automne. Un seul traitement par parcelle au maximum est recommandé dans chaque cas. Pour les framboises d’été, le dosage indiqué se réfère au stade «début de la floraison jusqu’à 50 % de fleurs ouvertes», avec un traitement avec une quantité standard de bouillie de 1000 l/ha. Pour les framboises d’automne, le dosage indiqué se réfère aux haies d’une hauteur comprise entre 150 et 170 cm, avec un traitement avec une quantité standard de bouillie de 1000 l/ha.
Viticulture
- Vigne : Pour la vigne, une solution de 2 % (20 g/1 l d’eau par 12,5 m²) est pulvérisée au stade où la plupart des feuilles sont étalées à gonflement des bourgeons des inflorescences (= BBCH 15-51 = F) contre l’acariose de la vigne et l’érinose. Contre l'oïdium, une concentration de 0,1-0,4 % (10-40 g/10 l d’eau à un volume de la haie foliaire d’environ 2,8 m³) est appliquée, avec un traitement jusqu’à la mi-août. Le dosage mentionné se réfère au stade post floraison (= BBCH 71-81 = J-M) avec une quantité de bouillie de référence de 1,6 l/10 m² (base de calcul) ou à un volume de la haie foliaire de 4,5 m³/10 m². Le délai d’attente est de 3 semaines.
Légumes et fines herbes
- Fines herbes : Pour lutter contre l'oïdium, 20 g/10 l d’eau sont utilisés. Trois traitements par parcelle et par année au maximum sont autorisés. Le délai d’attente est de 2 semaines. Cette utilisation est autorisée comme utilisation mineure selon l’art. 35 OPPh (minor use).
- Cucurbitacées, Tomates : Une concentration de 0,1-0,2 % (10-20 g/10 l d’eau) est efficace contre l'oïdium.
- Tomate, Aubergine, Concombre, Melon, Potiron, Courgette : Le premier traitement s'applique aux premiers symptômes ou à l'avertissement.
- Céréales : Le premier traitement s'applique aux premiers symptômes ou à l'avertissement.

Conseils d'application généraux
Pour toutes les cultures, le traitement s'effectue par pulvérisation. Il est essentiel de mouiller soigneusement et entièrement les plantes pour assurer une efficacité maximale. Le traitement doit être répété à intervalles de 10-14 jours. Un dosage plus élevé est recommandé en cas de forte attaque pour garantir une protection adéquate.
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