La culture des bonsaïs, ces « arbres en pot » dont on freine la croissance, est une pratique ancestrale codifiée il y a quasiment un demi-millénaire au Japon. L’objectif est d’obtenir un arbre à l’aspect vénérable voire tourmenté, comme s’il avait poussé dans une anfractuosité de rocher ou sous des vents dominants très forts. Réplique poétique d’une nature tourmentée, le bonsaï gagne à conquérir nos intérieurs ou nos terrasses, mais l’adopter requiert un peu de doigté. La taille fait partie des gestes que vous devrez effectuer régulièrement sur votre bonsaï pour lui permettre de conserver ses proportions et de former sa silhouette.

Fondamentaux de la croissance et dominance apicale
Avant de passer en revue les techniques en détail, il semble important de rappeler quelques fondamentaux sur la manière dont les arbres grandissent. Les arbres ont une tendance naturelle à distribuer davantage de croissance vers le sommet de l’arbre et la périphérie, ce qui est appelé la « dominance apicale ». Ce mécanisme naturel encourage les arbres à pousser plus haut pour se prémunir de la concurrence d’autres arbres et éviter de se retrouver à l’ombre. La plupart des arbres ont cette tendance, c’est-à-dire que la tête et le bout des branches sont plus vigoureux que ce qui se trouve plus à l’intérieur de l’arbre. Avoir des branches parfaitement équilibrées est quelque chose de difficile à atteindre, car c’est un peu aller contre la nature de l’arbre de vouloir toujours s’allonger pour aller à la recherche de la lumière. Il faut comprendre une chose essentielle : pour que les feuilles puissent faire la photosynthèse, il faut qu’elles soient à la lumière. Les parties qui se trouvent plus à l’intérieur de l’arbre vont se retrouver à l’ombre.
La taille de structure : sculpter la base
Pour donner à un arbre sa forme de base, il faut souvent tailler de grosses branches. Décider quelle branche doit rester ou doit être coupée peut être difficile, pas seulement parce que c’est une action irréversible mais aussi parce que cette décision impactera directement l'aspect visuel de l’arbre. La taille de structure se fait généralement en fin d’hiver, ou au tout début du printemps, avant la montée de sève. Sur les feuillus, c’est lorsque quasiment toutes les feuilles sont tombées. Vous pouvez alors mieux voir la structure de l’arbre et des branches.
La première étape est de poser l’arbre sur une table à hauteur des yeux et de retirer toutes les branches mortes. Ensuite, il faut prendre un peu de temps pour observer son arbre et décider quelles sont les branches qui ne conviennent pas à la forme projetée. Ne jamais conserver deux branches qui partent du même endroit sur le tronc, sinon cela va entraîner la formation d’une « boule » à cause de l’afflux de sève à cet endroit. Les ramifications ne font toujours pas paire ; un rameau se sépare en deux, qui vont ensuite se séparer en deux, etc. C’est comme cela que l’on forme de jolis plateaux. Certaines essences, telles que les érables du Japon ou bien les ormes de Chine, ont tendance à avoir de nombreux bourgeons qui partent d’un même point. Si vous les conservez, vous allez avoir une inversion de conicité.

La gestion de la conicité et les « tire-sève »
On parle souvent de la conicité du tronc, qui doit être massif à la base (au niveau du nebari) et doit progressivement devenir de plus en plus fin. Même sur un bonsaï mature, qui est déjà bien formé, c’est parfois une opération nécessaire car la végétation s’est allongée, et les parties en bout de branches sont devenues trop grosses. Si vous avez une branche basse qui est plus fine que celles au-dessus, il faut donc la faire grossir, et pour cela il faut la laisser pousser. En ne taillant rien sur cette branche, vous allez voir se développer beaucoup de rameaux, beaucoup de feuilles, et plus il y a de feuilles, plus la branche va grossir. Cette technique fonctionne également si vous voulez faire grossir le tronc, dans ce cas vous devez laisser pousser l’arbre librement, surtout au niveau de la tête. Lorsque vous rabattez ce tire-sève, vous pouvez repartir sur une pousse proche du tronc, mais ne coupez pas au niveau du profil de l’arbre.
La taille d’entretien et le pincement
Le but de la taille d’entretien est de maintenir et d’affiner la forme d’un arbre. Pour ce faire, il faut simplement tailler les branches ou les pousses qui ont dépassé la taille désirée de couronne ou de forme, en utilisant des ciseaux fins ou un ciseau normal. La taille d’entretien devra être suivie régulièrement du printemps jusqu'au milieu de l'été pour la plupart des espèces.
Le pincement consiste à couper au ciseau ou avec ses doigts le bourgeon qui vient de s’ouvrir en bout du rameau. Sa croissance va être bloquée, de nouveaux bourgeons vont se former en quelques semaines, mais ils seront plus faibles, permettront d’avoir des entre-nœuds plus courts et des feuilles plus petites. Contrairement aux arbres caducs, les pins et les conifères doivent être pincés à la main. Utiliser des ciseaux pour tailler des conifères mènerait à un feuillage sec et brun à l’endroit des coupes.
Pincement des chandelles, taille des aiguilles, sélection des bourgeons sur les pins
La défoliation : une méthode de densification
La défoliation est une autre méthode de taille des bonsaïs, qui consiste à retirer les feuilles d’un caduc pendant l’été pour obliger l’arbre à faire pousser de nouvelles branches. Cette technique conduit au final à la réduction de la taille des feuilles et à la densification de la ramification. La défoliation totale est quand même un peu traumatisante pour un bonsaï, et elle ne doit être pratiquée que sur un arbre en pleine santé. Sur les érables du Japon, conservez une feuille sur deux sur les parties les plus vigoureuses. Pour obtenir un bonsaï à petites feuilles, le jardinier doit procéder à la taille répétée au fur et à mesure des années des feuilles. En pleine période de pousse, elle consiste à tailler au ciseau les ¾ de la feuille pour ne garder que le pétiole et le début de la feuille.
La taille des racines : l'équilibre vital
Sachant qu'un bonsaï doit se limiter à un pot restreint, il est impératif de procéder assez régulièrement à la taille de ses racines. En règle générale, la taille doit s'envisager quand l'arbre montre des signes de déclin ou quand il commence à se soulever de son pot. Pour que le stress généré soit minimisé, il est préférable de procéder à la taille des racines en fin d'automne et au début du printemps. La plante est retirée de son pot et les racines sont démêlées avec précaution avec un crochet. La taille privilégie les grosses racines et laisse en place les radicelles qui sont plus efficaces pour absorber l'eau. Un arbre sain ne devrait avoir aucun problème suite à l’élagage de son feuillage jusqu’à 1/3, mais avec une taille significative, il est important de tailler les racines dans des proportions équivalentes. Ainsi, l’on évite que l’arbre ne développe une croissance trop rapide pour compenser le déséquilibre entre feuillage et racines.

Soins post-taille et cicatrisation
Pour finir, on conseille de mastiquer les grosses plaies avec une pâte cicatrisante, disponible dans la plupart des magasins de bonsaï. Lorsque l’on coupe complètement une branche, ou que l’on raccourcit une branche, on se retrouve avec une grosse cicatrice. Sur un conifère, il est toujours possible de créer du bois mort pour rendre cette coupe moins artificielle. Une bonne technique pour fermer une grosse cicatrice est de laisser filer un rameau au niveau de la coupe. Si la cicatrice est vraiment grosse, il faudra peut-être faire l’opération en plusieurs fois.
N'oubliez jamais qu'on ne taille jamais un arbre faible. Plus de photosynthèse, c’est aussi plus de circulation de la sève dans les vaisseaux du xylème et du phloème, entre les racines et les feuilles. Si vous rencontrez un problème de dessèchement, assurez-vous de l'état des branches en grattant légèrement l'écorce : si c'est vert en dessous, l'arbre est vivant. Dans ce cas, la patience et une exposition appropriée, sans soleil direct ni courant d'air, seront vos meilleures alliées pour permettre une reprise vigoureuse. L'utilisation d'un sac plastique transparent peut parfois aider à maintenir une hygrométrie nécessaire à la survie d'un sujet affaibli.