La taille est un geste fondamental du jardinage. Si dans la nature, les arbres et les arbustes se développent harmonieusement sans jardinier armé de sécateur et de cisaille, la taille est un geste fondamental du jardinage qui jalonne l’année et s’adapte aux besoins de chaque végétal en respectant le bon moment, le bon geste et le bon outil. Contrairement à certaines idées reçues, la taille participe à la bonne santé de vos plantes et arbustes. Elle permet de donner et de conserver une silhouette naturelle ou stricte aux arbustes d’un massif ou d’une haie, mais ce n'est pas tout : elle structure la charpente d’un fruitier ou d’un sujet palissé et limite la plante dans des dimensions compatibles avec le jardin ou la terrasse ; elle entretient sa santé lorsqu’elle élimine les parties mortes, malades ou encombrantes ; elle stimule la floraison, la fructification ou la pousse de feuilles et de rameaux plus colorés ; elle prolonge la vie du sujet taillé régulièrement par rapport à celui qui est non taillé, la taille peut même rajeunir un arbuste vieillissant lorsqu’elle se fait plus radicale par le recépage total ou partiel de la ramure.

Les principes fondamentaux de la taille
Le principe de base est de tailler toujours quelques millimètres au-dessus d’une feuille saine orientée vers l’extérieur. Pour une coupe nette, le côté coupant du sécateur doit être du côté de la partie conservée. Il est primordial de choisir le sécateur adapté à votre main par sa taille et son poids. Pour les grosses branches (plus de 2 cm de diamètre), optez pour un modèle à deux mains et à démultiplication. Au-dessus de 6 cm de diamètre, utilisez une scie. La taille en bonne et due forme devrait commencer par une inspection des touffes des arbustes. La suppression des branches et rameaux surnuméraires, malades ou par trop fluets est le préliminaire indispensable. Veillez toujours à éviter les branches qui se croisent, sources de frottements et meurtrissures futurs. De même, favorisez un buisson bien aéré, ventilé en son centre en supprimant une ou deux branches maîtresses. Vous éviterez ainsi tout confinement propice aux maladies cryptogamiques. Ceci aura aussi pour but de provoquer la pousse de nouveaux rameaux vigoureux. Ainsi, vous préparerez les plantes à la taille définitive qui tient compte de l'attrait recherché pour chaque arbuste : floraison ou feuillage décoratif.
La taille de rajeunissement et le recépage
On effectue une taille de rajeunissement en éliminant les vieilles branches à la base de l’arbuste, près de la souche ou à la jonction d’une branche. Cela aura pour effet de stimuler la croissance de jeunes rameaux. Observez d’abord votre arbuste et repérez les vieilles branches. Parmi celles-ci, y en a-t-il qui sont endommagées ou en mauvaise condition ? Est-ce que des branches se croisent au point où le frottement cause des blessures ? En fonction de vos observations, sélectionnez celles que vous voudrez couper et vérifiez que le volume à éliminer ne dépasse pas 30 % du volume de l’arbuste. Votre opération de rajeunissement peut s’étaler sur quelques années. La coupe d’une grosse branche s’effectue en plusieurs étapes. L’objectif est de réaliser une coupe finale franche, sans accrocs ! Tout d’abord, éliminez les branches secondaires de la branche à tailler. Ensuite, à l’endroit où la coupe finale devrait se terminer, pratiquez une petite encoche à l’aide d’une scie. Cela limitera les risques de déchirure. Deux moments sont particulièrement propices à ce type de taille : au printemps, avant l’éclosion des bourgeons, et à l’automne, entre la chute des feuilles et les grands gels. Dans la plupart des cas, il est préférable de limiter la taille à un tiers du volume total de l’arbuste. En revanche, certains arbustes (comme le saule, le cornouiller, le dierville chèvrefeuille et la potentille) peuvent tolérer une taille de rajeunissement plus drastique : le recépage. L’opération consiste à tailler l’ensemble des branches à 15 cm du sol. La taille de rajeunissement est une méthode douce qui s’applique à tous les arbustes du jardin même intégrés à une haie libre. Il s’agit de couper à ras tous les ans, au moment adapté à l’essence du sujet, quelques vieilles branches souvent reconnaissables à leur texture crevassée et à leur couleur grisée.
ARBUSTES D'ORNEMENT : LES MEILLEURS CONSEILS D'EXPERT POUR BIEN TAILLER
Distinctions entre arbres et arbustes : l'élagage
L’arbre se distingue de l’arbuste par une croissance de bourgeons aux extrémités des branches entraînant un dégagement du tronc et un accroissement de la cime. L’élagage maintient la forme naturelle de l’arbre qu’il faut connaître et respecter (en boule, arrondie, étalée, fastigiée, conique, pleureuse…) ; limite la croissance des arbres à développement rapide pour respecter les règles de voisinage, limiter l’ombrage ou préserver la vue ; préserve la bonne santé par la coupe les branches abîmées ou mortes et la bonne pénétration de la lumière en allégeant la ramure. Un élagage pratiqué régulièrement (annuellement ou tous les 2 ans) évite les grosses plaies de taille, portes d’entrée des maladies et parasites. Ne coupez pas une branche en son milieu, mais au ras d’une branche secondaire qui fait office de tire-sève et évite l’apparition de rejets anarchiques.
Stratégies de taille selon le cycle de floraison
Parmi les arbustes qui peuplent nos jardins, il convient de distinguer ceux prisés pour leur floraison et/ou fructification de ceux plantés pour leur feuillage décoratif. Ceci conditionne grandement les techniques de taille à leur prodiguer afin d'obtenir le meilleur effet. Il est nécessaire de tenir compte de leur période de floraison et de savoir si ces plantes fleurissent sur le bois de l'année en cours ou de l'année précédente. Les arbustes à floraison printanière (céanothe printanier, cognassier, forsythia, kerria, rosier non remontant, spirée de printemps…) fleurissent à partir de bourgeons produits l’été précédent. On raccourcit d’un tiers les rameaux florifères en les coupant au-dessus du premier beau bourgeon tourné vers l’extérieur. Le bon moment est juste après la floraison. Les arbustes à floraison estivale ou automnale (abélia, buddléia de David, céanothe d’été, hébé, hibiscus, hydrangea paniculé, lavande, lavatère arbustive, pérovskia, rosier remontant…) fleurissent sur les pousses développées au printemps. Une taille courte est généralement gage de plus de fleurs. Le bon moment est de préférence au début du printemps (mars ou avril).

Les différents modes de croissance végétale
Les spécialistes de la taille ont pour habitude de distinguer plusieurs types d'arbustes selon leur façon de croître naturellement. Ainsi, les arbustes basitones font aisément de nouvelles pousses à la base des charpentières ou du tronc. Il s’agit d’arbustes qui ne se développent pas beaucoup. Ils peuvent être rabattus de manière plus ou moins drastique chaque année. Cela permet de régénérer la plante. La taille en fin d’hiver va consister à garder quelques rameaux d’1 an qui partent de la souche, ou bien à supprimer le tiers des rameaux d’1 an, toujours à partir de la souche. Tel est le cas de ceux à floraison estivale et automnale comme caryopteris, desmodium, elsholtzia, arbre aux papillons, potentilles, corêtes, le cornouiller blanc. A contrario, ceux qualifiés d'arbustes acrotones ne repoussent que sur le haut des branches. Et les arbustes qui ne repartent que de l’extrémité de leurs rameaux et qui sont ne sont pas capables de se renouveler sur du vieux bois. Leurs nouvelles tiges seront raccourcies plus légèrement, à la cisaille, sur leur pourtour. Procédez ainsi pour les buissons ardents, l'atriplex ou le genêt d'Espagne, le buis, la cytise, les bruyères, le romarin, la sauge officinale, le thym, la santoline… qu’il convient de tailler avec parcimonie. D'autres arbustes montrent des formes intermédiaires, voire combinées, de ces types de croissances. On les qualifie de mésotones à l'image des cotonéasters, des éléagnus, des physocarpus, des tamaris. Dès lors, alternez les tailles fortes ou légères selon l'effet désiré.
Gestion des arbustes à feuillage persistant
Quand faut-il tailler les arbustes de haies, qui sont généralement des persistants et tous les autres choisis pour leur beau feuillage ? Peu importe la date de floraison dans ce cas. La taille se pratique plutôt en fonction de l'aspect souhaité du buisson. Elle sera limitée pour les végétaux peu poussant alors que des plantes vigoureuses seront dans certains cas taillées une à deux (buis, if, berbéris, troène…) voire trois à quatre fois par an si l'on tient à leur conserver un aspect propret, surtout s'ils sont conduits en topiaire ou bien en haie. Le principe est de tailler juste après la pousse printanière (en avril-mai) puis, si le besoin esthétique s'en fait sentir, une seconde fois en fin d’été/automne (août-septembre), ceci afin d'obtenir un aspect net durant toute l'année. C'est ce qui est traditionnellement convenu pour les haies de buis ou d'if. Dans les espaces exigus, certains arbustes persistants risquent de prendre bien trop d'ampleur, mais leur feuillage décoratif est parfois indispensable. Alors, n'hésitez pas à retailler en été les jeunes branches de moitié pour les sureaux noirs ou dorés, l'érable negundo tricolore ou bien les arbres à perruque pourpres ou dorés. Vous supprimerez certes toute possibilité de floraison, mais obtiendrez ainsi des feuillages compacts et toujours très colorés. Les abélias et éléagnus ont, quant à eux, tendance à lancer en tous sens de longues pousses vigoureuses qui donnent à l'arbuste un aspect hirsute. Durant l'été, il est important de limiter ces ardeurs en raccourcissant de deux tiers les tiges susmentionnées.
Techniques spécifiques pour la haie
Qu’elle soit libre, champêtre, fleurie ou stricte et classique, on l’aime touffue dès la base. Taillez votre haie dès un an après sa plantation pour l’inciter à se ramifier. La taille de la haie libre se fait une fois par an en tenant compte des formes naturelles des arbustes, des floraisons et des fructifications éventuelles. Supprimez les branches gênantes, abîmées ou très âgées. Aérez le centre de la ramure pour laisser la lumière pénétrer au cœur du buisson. Une haie stricte est taillée de manière à lui donner une forme évasée vers le bas. Ainsi le bas de la haie reçoit la lumière et a moins tendance à se dégarnir. Les puristes utilisent des guides et des cordeaux pour un rendu impeccable. Si vous souhaitez rajeunir une haie négligée pendant plusieurs années, faites-le en deux fois. Taillez un côté de la haie dans un premier temps et l’année suivante l’autre côté. Attention, une taille drastique ne convient pas à certains conifères comme les cyprès. Réservez le taille-haie aux feuillages fins. Le sécateur est préférable pour les essences à grosses feuilles et évite de hacher le feuillage.

Cas particuliers : fruitiers et plantes spécifiques
Les cerisiers se taillent avec modération après la récolte, seulement si nécessaire. Essayez de raccourcir les branches trop longues en laissant une pousse en cours de développement prendre le relais de la végétation, ou sinon, supprimez entièrement les branches devenues improductives et dégarnies. Les branches coupées ne devront pas dépasser 10 cm de diamètre et le volume total coupé devra être bien inférieur à un tiers du volume, les grosses tailles devant être espacées de 4-5 ans environ. Des tailles trop importantes et fréquentes peuvent entrainer un écoulement de gomme résineuse néfaste à la santé de l’arbre. Mieux vaut faire de petites tailles chaque année. Les pommier, poiriers, pêchers et abricotiers peuvent être taillés en vert en été. Pour la taille en vert de la vigne, vous pouvez laisser une feuille au-dessus de chaque grappe de fruits, comme un chapeau et tailler au-dessus de la deuxième feuille les pousses qui apparaissent par la suite à l’aisselle des feuilles, voire en supprimer à la main lorsqu’elles sont encore tendres. Il est sinon possible de tresser ces pousses au-dessus de la vigne si vous en avez la place, ce qui canalise leur vigueur naturelle, respecte leur développement naturel de liane et limite l’apparition de repousses suite à la taille. Une fois les fleurs sèches, il est utile de tailler vos lavandes pour les maintenir en bonne santé. Une lavande bien taillée chaque année vivra plus longtemps, et formera moins vite du bois dégarni à sa base : elle conservera cette forme compacte si caractéristique des paysages de Provence. La taille de la lavande s’effectue à la cisaille et doit suivre la forme naturelle arrondie ou en coussin de la plante. Il est important de raccourcir au maximum sa végétation tout en laissant impérativement quelques centimètres de feuillage au bout de chaque branche pour lui permettre de bien repartir sans créer de trous dans la plante.
La taille des plantes vivaces et méthodes innovantes
Il est possible de supprimer les fleurs fanées des plantes vivaces si vous voulez garder une plante très propre et favoriser la remontée à fleurs, mais cette opération n’est pas indispensable. Par contre, une légère taille en cours de végétation, appelée « Chelsea Chop » par les anglais qui l’ont inventée, peut permettre de former une plante plus compacte et ramifiée, bien garnie de nouvelles tiges et bien fleurie par la suite, plus stables et résistantes au vent comme à la pluie. Il est important de ne pas effectuer cette taille trop tard, idéalement entre mi-mai et mi-juin, et début juillet pour les Aster et plantes à floraison tardive à automnale. La taille « Chelsea Chop » consiste à raccourcir les plantes d’un tiers maximum de leur hauteur en respectant leur forme naturelle, ou à supprimer quelques fleurs en cours de formation, à pincer quelques pousses qui fleuriront plus tard, ce qui permettra d’étaler la floraison au sein de vos massifs. Ce type de taille se pratique sur les Aster, Astrantia, Coreopsis, Delphinium, Geraniums vivaces, Echinacea, Eupatorium, Helianthus, Lamium, Nepeta, Perovskia, Phlox paniculata, Sedum, Solidago, Veronicastrum. Arroser la plante après cette opération lui permet de repartir rapidement et de former plus vite de nouvelles pousses nombreuses et florifères.
Calendrier et précautions saisonnières
En règle générale, il faut éviter de tailler en fin d’automne, juste avant que les feuilles ne tombent, car avant leur chute elles donnent toutes leurs réserves à l’arbuste. La période du débourrement (lorsque les bourgeons s’ouvrent) au printemps est également défavorable à la taille, il est important de laisser l’arbuste repartir grâce à ses nouvelles feuilles. On ne taille pas lorsqu’il gèle, qu’il s’agisse d’arbustes ou d’autres végétaux, car il ne faut pas laisser les tissus à nu, ils sont trop fragiles. Vous pouvez éventuellement tailler les hortensias et autres arbustes à floraison tardive en octobre, pour enlever les fleurs fanées avant l’hiver et faire un peu de nettoyage. Les arbustes de haie peuvent également être taillés à cette période mais plutôt dans le sud de la France. Il est en effet important que la cicatrisation soit bien avancée avant les grands froids. Vous pouvez également nettoyer les plantes grimpantes telles que lierre, vigne vierge ou ampélopsis. Les arbustes se taillent en lune descendante. Retrouvez les gestes de jardinage à faire en fonction du calendrier lunaire.

Spécificités botaniques : Azalées, Rhododendrons et Hortensias
L’azalée du Japon est un arbuste à feuillage persistant qui fleurit au printemps. Sa spécificité est qu’elle ne repart pas bien à partir du vieux bois, il vous faut donc tailler uniquement les rameaux de l’année. Par contre, comme la majorité des arbustes à floraison printanière, c’est en fin de floraison, en toute fin de printemps, que vous réaliserez cette taille. Il est conseillé de ne pas tailler après la mi-juin, car c’est au mois de juillet que l’arbuste prépare sa floraison de l’année suivante. De toute façon cette taille sera pratiquée uniquement si elle est vraiment nécessaire, et elle doit toujours être légère, pas plus de 5 à 7 cm de rameau à la fois. Le rhododendron a beaucoup de points communs avec l’azalée. Comme l’azalée du Japon, il fleurit au printemps, et c’est juste après la floraison qu’il sera taillé, pour une taille légère d’entretien du moins. Car si vous voulez lui faire subir une taille plus drastique, une taille de rajeunissement par exemple, c’est avant le début de la période végétative qu’il faudra agir, c'est-à-dire tôt au printemps. Les fleurs de l’hortensia se produisent à l’extrémité des rameaux de l’année passée. Il faut donc être très attentif lors de la taille et ne tailler que les rameaux âgés de 3 ans, rameaux qui seront d’ailleurs supprimés à la base. Ils sont relativement faciles à reconnaître car leur écorce est moins lisse que celle des jeunes rameaux. La taille s’effectue à la fin de l’hiver et consiste à nettoyer l’arbuste des branches abîmées, mortes ou qui se croisent, ainsi que les plus faibles. Attention, certaines espèces d’hortensias fleurissent très tôt, notamment les hortensias paniculata, il est préférable de limiter la taille aux branches mortes ou trop faibles.
Gestion des plantes grimpantes et volubiles
Certaines plantes grimpantes comme la glycine ou l’akebia nécessitent en été de contrôler les longues pousses conquérantes qui peuvent s’enrouler autour des branches et des toitures ou autres supports. Il faut alors tailler ces pousses très court, en laissant environ deux feuilles à leur base. L’opération peut être renouvelée plusieurs fois au printemps et en été. Il faut également limiter le développement de la vigne vierge sur les façades, avant qu’elle n’atteigne les toitures et ne s’y faufile. La suppression des fleurs fanées permet de garder des plantes toujours nettes et favorise généralement la remontée à fleurs. La taille des arbustes qui poussent en touffe comme les bruyères, les genêts, les lavandes, les sauges officinales, les thyms est essentielle. Leurs branches deviennent alors désordonnées et se dégarnissent. Taillez-les très régulièrement en supprimant deux tiers des nouvelles tiges au moment adapté à leur floraison. La taille des arbustes à fleurs est souvent conseillée au moment de la plantation, mais le végétal le vit comme un stress supplémentaire qui peut gêner sa reprise. Mieux vaut s’abstenir ou se limiter à supprimer les rameaux malingres ou abîmés de la ramure. La taille peut attendre 2 à 3 ans après la plantation. Dans les parcs où les ligneux sont cultivés d'une manière naturelle, la plupart ne sont pas l'objet de tailles trop drastiques, mais font plutôt l'objet de nettoyages et régénérations périodiques.